Avr 072011
 

Le 5 avril 1971 paraissait dans le N° 334 du magazine Le Nouvel Observateur une pétition signée par 343 femmes affirmant avoir subi un avortement, ce qui les exposait à l’époque à des poursuites pénales pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement : « Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l’avortement libre », commençait le texte, rédigé par Simone de Beauvoir. A la suite d’un dessin de Cabu pour Charlie Hebdo, leur démarche, prélude à la dépénalisation de l’avortement instaurée par la loi Veil de janvier 1975, passa à la postérité sous le nom du Manifeste des 343 salopes. Mais 40 ans après cet appel, « l’accès à l’IVG n’est toujours pas garanti », proteste un collectif informel de blogueuses féministes, fédérées autour des Entrailles de Mademoiselle.

Sous la signature des « filles des 343 salopes », ce nouvel appel est titré : IVG : je vais bien, merci. Nous en publions le texte :

« Plus de 200 000 femmes avortent chaque année en France. Cet acte, pratiqué sous contrôle médical, est des plus simples. Pourtant, le parcours des femmes qui avortent, lui, l’est de moins en moins : le droit à l’IVG est menacé : en pratique, par la casse méthodique du service public hospitalier, et dans les discours, car l’avortement est régulièrement présenté comme un drame dont on ne se remet pas, un traumatisme systématique. Ces discours sur l’avortement sont des slogans éloignés de ce que vivent la grande majorité des femmes, ils ont pour but de les effrayer et de les culpabiliser. Nous en avons marre que l’on nous dicte ce que nous devons penser et ressentir. Depuis le vote de la loi Veil en 1975, a-t-on cessé de prédire le pire aux femmes qui décident d’avorter ? Nous en avons assez de cette forme de maltraitance politique, médiatique, médicale. Avorter est notre droit, avorter est notre décision. Cette décision doit être respectée : nous ne sommes pas des idiotes ou des inconséquentes. Nous n’avons pas à nous sentir coupables, honteuses ou forcément malheureuses. Nous revendiquons le droit d’avorter la tête haute, parce que défendre le droit à l’avortement ne doit pas se limiter à quémander des miettes de tolérance ou un allongement de la corde autour du piquet. Nous disons haut et fort que l’avortement est notre liberté et non un drame. Nous déclarons avoir avorté et n’avoir aucun regret : nous allons très bien. Nous réclamons des moyens pour que le droit à l’IVG soit enfin respecté. Nous réclamons son accès inconditionnel et gratuit mais également la liberté de faire ce que nous voulons de notre corps sans que l’on nous dise comment nous devons nous sentir. »

Ayant déjà recueilli en quelques jours plus de 1000 signatures, la pétition est à signer en ligne ici.

 

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  15 commentaires à “40 ans après, la lutte pour l’IVG continue”

  1. Brillant billet ;-))

  2. bonjour,

    ne serait-il pas temps de se faire l’écho d’un programme du PG ?

    il comprend notamment de nombreux articles progressistes, et la défense de l’IVG y est mentionnée !

    pour info vous trouverez tout le programme ici :
    http://programme.lepartidegauche.fr/programme

    et la mention sur « Affirmer le droit à disposer de son corps » se trouve ici :
    http://programme.lepartidegauche.fr/programme/4-chapitre-1–refondation-republicaine/200-188-affirmer-le-droit-a-disposer-de-son-corps

  3. Pour ma part, j’ai été surprise. J’ignorais, qu’à notre époque, on en était encore là. Attendre un enfant quand on ne peut pas l’élever, qu’on ne veut pas en avoir, je croyais qu’on pouvait maintenant avorter dans de bonnes conditions d’autant plus que les grossesses sont décelables très tôt.

  4. il rencontre le mien … je souscrit des deux mains a cette manifestation d ‘indignation devant un recul de nos droits durement acquit

    frederique

  5. Oui, super billet, Olivier! 😀
    Et c’est vrai que les commentateurs sont des commentatrices plutôt … 😉
    Tiens, un petit plus : le blog, maintenant : http://blog.jevaisbienmerci.net/

  6. Ca fait un moment que je voulais commenter cet article.
    Autant, je trouve inadmissible qu’il soit compliqué, difficile, culpabilisant d’avorter aujourd’hui à cause du manque de moyens des hôpitaux, de l’attitude de certains personnels hospitaliers, etc. Autant, je ne comprends pas qu’on puisse dire « j’ai avorté et je vais très bien, merci. ». Je comprendrais largement mieux « j’ai avorté et je t’em.erde » face à quelqu’un qui viendrait me parler de mon « traumatisme ».
    Je lis peu les journaux, regarde peu les journaux télévisés et les émissions diverses donc je n’ai pas trop entendu dans les médias l’avortement présenté comme un drame dont on ne se remet pas. J’imagine le côté culpabilisateur et hyper intrusif d’un tel discours, et aussi la déconsidération sous-jacente des femmes ayant avorté.
    Pour autant, je suis convaincue, sans l’avoir vécu, qu’avorter est une épreuve pour toute femme (je vais me faire des copines) et que le nier n’apporte rien. Pour moi, le problème d’un discours sur le traumatisme d’une femme ayant avorté est l’intrusion inadmissible (voire le jugement implicite) dans la vie de la (des) femme(s) concernée(s), plus que l’opinion exprimée sur les conséquences d’un avortement. Et c’est cette intrusion en tant que telle qui est à condamner.
    N’avoir aucun regret d’avoir avorté ne signifie pas forcément bien vivre le fait d’avoir avorté.

    • Je me réponds à moi-même sur mes deuxième et troisième phrases qui ne sont pas des choses à mettre au même niveau.
      Le fait que dans notre société il soit compliqué pour une femme d’avorter parce que la société ne lui en donne pas les moyens (manque de moyens hospitaliers, propos culpabilisants et déplacés du personnel hospitalier, de l’entourage, de la société etc), c’est franchement grave et inadmissible. Ca, c’est la première chose.
      Ce qui me faisait réagir surtout dans cet article, c’est le côté « banalisation » de l’avortement qui pour moi n’est pas une bonne manière de le défendre. L’avortement n’est pas un acte banal. Cependant, toute femme a le droit d’avorter, et la société (ni les voisins, ni la famille, ni le personnel hospitalier, etc) n’a rien à redire sur ça. Ca c’était la deuxième chose.

      • Je ne vois pas pourquoi ce serait pas possible de dire « J’ai avorté, je vais bien ». C’est en effet ce que vivent justement la plupart des femmes, qui vont beaucoup mieux après l’avortement qu’avant. Sur le blog de « Je vais bien », on voit d’ailleurs quelques variantes, toutes les femmes ne vont pas bien tout de suite, mais beaucoup sont tellement heureuses et soulagées!

        Déjà médicalement et on le dit peu, l’avortement est « banal », ce fut d’ailleurs ma grande stupéfaction, dans les années 70, avec les aspirations Karman militantes hors milieu hospitalier, de découvrir que ce truc qui avait mutilé et tué tant de femmes était d’une telle simplicité et innocuité. Y compris sans anesthésie, puisque ce n’était précisément pas possible hors milieu hospitalier. Entre parenthèse, cela donne l’info, pas banale, elle, que l’avortement est moins dangereux que l’anesthésie générale.

        Psychologiquement, et on l’oublie, ou on tente de nous le faire oublier, une grossesse non désirée, non assumée, n’est PAS un enfant. Et de nombreuses femmes le vivent, le sentent ainsi. Nous avons eu pourtant quelques (rares) témoignages de femmes qui « parlent » à l’enfant refusé, qui lui « expliquent » leur décision, et celles-là ne semblent pas aller plus mal que les autres, convaincues qu’elles sont d’avoir fait le bon choix. Le comble, c’est quand une femme explique qu’elle s’est sentie coupable… de n’éprouver aucune culpabilité, faut le faire, non?

        Reconnaître que l’avortement est un acte banal, cela éviterait peut être ces prises de risques bizarres, ces retards à la prise de conscience dont l’intéressée s’étonne elle-même après coup, et qui sont liées à un déni d’angoisse. Lui même lié à notre histoire tragique, l’interdiction, la pénalisation, les avortements boucherie, les septicémies, les curetages à vif, les stérilités, les mortes « d’appendicite », la guillotine même, sous Pétain. Et aussi les nouveaux-nés trouvés dans des poubelles ou enterrés au fond du jardin.

        Cette charge d’angoisse pèse encore sur certaines femmes, et c’est avec ça que nous voulons en finir en disant « Je vais très bien, merci! »

        • Je comprends tout à fait que les femmes « aillent mieux » après l’avortement qu’avant dans le sens où elles sont soulagées, où elles n’ont pas de regret d’avoir avorté, etc.
          J’imagine tout à fait le soulagement évident de ne pas avoir à assumer un enfant qu’on ne peut ou ne veut pas assumer.

          L’embryon n’est pas un enfant effectivement, cependant si cet embryon avait évolué dans le ventre de sa mère, il serait devenu un enfant. Et pour moi, c’est bien là que l’avortement ne peut pas être un acte banal psychologiquement, quelle que soit sa simplicité opératoire.
          C’est là où je tique moi, c’est quand vous écrivez que beaucoup sont heureuses d’avoir avorté. Soulagées, clairement, heureuses, j’imagine difficilement.

          Je ne crois pas une seconde que le fait de dire que l’avortement est un acte banal éviterait les prises de risque bizarres, les prises de consciences retardées, qui seraient liées à un déni d’angoisse, lui-même lié à l’histoire tragique de l’interdiction de l’avortement, des avortements clandestins et de tout ce que les femmes ayant bravé cette interdiction ont subi.

          Ce qui m’aurait plus parlé dans votre démarche, c’est d’axer sur les conditions toujours difficiles dans lesquelles les femmes avortent aujourd’hui. J’ai lu sur le blog « je vais bien, merci » certains témoignages et ça allait beaucoup plus loin que simplement des propos culpabilisants et déplacés de la part du personnel hospitalier (la femme à qui on met sous le nez le foetus avorté par exemple en lui disant de regarder). Et du chacun sa place : une femme ayant avorté n’a pas à subir le jugement de la société, de l’entourage, du personnel hospitalier, etc.

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