Mar 222011
 

Valse hésitation de l’UMP à propos de l’attitude à adopter vis-à-vis des candidats Front national du deuxième tour des cantonales. Le Secrétaire général du parti, l’inénarrable Jean-François Copé, commence par expliquer qu’il ne votera ni FN, ni PS, doctrine confirmée par Nicolas Sarkozy en personne. Ni FN, ni PS, ça veut forcément dire s’abstenir, comme le suggère donc logiquement le ministre du Budget, François Baroin, ou voter blanc, comme le propose son homologue de la Santé, Xavier Bertrand. Dans la  mesure où les votes blancs ne sont (scandaleusement) pas comptabilisés en France, on reste pantois que deux ministres en exercice recommandent, dans une démocratie, aux électeurs de ne pas exprimer de suffrage ! Mais passons : tout change lorsque le Premier ministre François Fillon appelle, lui, clairement, à « voter contre le FN », ce qui implique donc de voter PS en cas de duel entre candidats de ces deux formations. Revirement ? Pas du tout : Fillon explique ensuite que Sarkozy partage exactement la même position, Copé ajoutant qu’il est tout à fait d’accord. Comme si on n’avait pas entendu qu’ils avaient d’abord préconisé le « ni ni » ! Ils nous prennent vraiment pour des abrutis mais ce n’est pas nouveau, ni notre sujet du jour.

Jean-Louis Borloo, président du Parti radical membre de l’UMP, est donc le chevalier blanc de l’anti-lepénisme : « Pour nous les Radicaux, il ne peut y avoir une seule voix, un seul vote ou un seul élu FN, déclare-t-il solennellement, cité par L’Express. Il ne s’agit pas de stigmatiser ces électeurs, c’est pas le sujet, mais il y a des moments où il ne peut pas y avoir d’ambiguité (…) Le PS n’est pas sur la même ligne politique et n’a pas le même statut que le FN. Faire barrage au FN est évidemment indispensable », a martelé Jean-Louis Borloo, qui a auparavant rappelé qu’en 1992 il avait refusé de devenir président de la Région Nord-Pas-de-Calais grâce à l’appui d’une voix FN. » Complétons par un tour sur le site du Parti radical dont la Web TV reprend des extraits de l’allocution. Il y déclare, à propos de son opposition au FN : « C’est ma constante depuis 1992 ». Vraiment ? Marine Le Pen, invitée tout à l’heure du Grand journal de Canal +, a déclaré se souvenir d’une interview dans Minute où il ne se disait pas hostile à une alliance. Alors nous avons vérifié.

Pour trouver sur Chrétienté.info un article titré Quand Borloo n’était pas contre une alliance avec le FN. En fait, précédée de la mention « Lu dans Minute », la simple reprise d’une Brève de l’hebdomadaire d’extrême droite : « L’ancien ministre et président du Parti radical, tout à son ambition présidentielle de l’an prochain, s’est démarqué de l’abandon par l’UMP de la doctrine du «front républicain» face au Front national. » Suit la reprise de la citation de Borloo, « Pour nous les radicaux (…) », terminant par « Faire barrage au FN est évidemment indispensable. » Et Minute de commenter : « Evidemment ? Cette évidence ne l’a pas toujours été pour Borloo. En février 1993, alors qu’il n’était que le maire de Valenciennes, dans le Nord, Borloo avait accordé un entretien à Minute. Interrogé sur la possibilité d’«alliances avec Le Pen», il avait répondu : «Personnellement, j’ai des rapports cordiaux avec les gens du FN de ma région, et je ne serais pas contre. Mais s’il devait y avoir des alliances, il faudrait que toute la droite suive. Celui qui prendrait cette initiative tout seul se ferait descendre politiquementLe mois d’après, dans une circonscription où le FN était déjà bien implanté, Borloo se faisait élire député… » Dans la mesure où le journal d’extrême droite s’auto-cite et qu’on sait qu’il roule pour Le Pen, doit-on croire en l’existence de cette interview, dans ces termes ? Oui, puisqu’elle est également reproduite dans un article de Valeurs actuelles de novembre 2010 : « Vis-à-vis de Génération Écologie, parti qu’il a cofondé avec Brice Lalonde avant de s’en éloigner, comme, plus tard, de Nicolas Sarkozy, les positions de Borloo ont de même évolué. Idem sur la question des alliances avec le Front national. Car, si le président du Parti radical estime, aujourd’hui, que «l’essentiel de ce que propose Jean-Marie Le Pen n’est ni possible ni convenable», il n’en a pas toujours été ainsi. Interrogé, le 10 février 1993, par l’hebdomadaire Minute, sur la possibilité d’«alliances avec Le Pen», voici, en effet, ce qu’il répondait : «Personnellement, j’ai des rapports cordiaux avec les gens du FN de ma région, et je ne serais pas contre. Mais s’il devait y avoir des alliances, il faudrait que toute la droite suive. Celui qui prendrait cette initiative tout seul se ferait descendre politiquement.» Qu’aurait-on dit s’il s’était agi de Charles Pasqua ? » Reprenons : en 1992, Borloo refuse la présidence de Région qu’il aurait dû à une voix d’un Conseiller régional FN mais il explique quelques mois plus tard n’être « pas contre » s’allier avec les lepénistes. L’explication de ce paradoxe doit résider dans la fin de sa réponse : « Celui qui prendrait cette initiative tout seul se ferait descendre politiquement ». On appréciera la profondeur de ses convictions « républicaines » anti-frontistes.

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  5 commentaires à “« Faire barrage au FN » : Borloo l’imposteur”

  1. On a là tout simplement la répétition générale pour l’UMP au cas où, l’an prochain on aurait un duel de deuxième tour des Présidentielles entre le PS et le FN.
    Pauvre France comme disait ma grand-mère.
    Pauvre France de …droite !
    En revanche, j’ai apprécié, ce soir aux JT télés, de voir des candidats UMP BATTUS au premier tour, appeler clairement à voter pour la gauche dimanche prochain, faisant d’ailleurs référence à l’attitude du PS en avril 2002.
    Comme quoi, même à l’UMP, il y a encore des hommes et des femmes d’honneur et de morale. N’en déplaise à M. Copé et consorts.

    jf.

  2. Nous, on s’en fiche de toutes leurs consignes, contradictoires, dignes du pauvre cerveau malade de leur chef suprême, cela fait longtemps que nous savons pour qui voter ! Haut les coeurs…

  3. On a envie de dire que c’est effarant, mais en fait, ce n’est pas surprenant.

  4. On rappellera que ce sont les mêmes UMP qui, pour éviter de se retrouver dans des triangulaires avec le FN (et donc perdre, le plus souvent), ont modifié récemment le code électoral pour augmenter le seuil pour se maintenir au 2ème tour à 12,5% des inscrits (10% auparavant et 10% des votants encore avant, de mémoire).

    Cela fait que, à cause de l’abstention élevée, il y a très peu de triangulaires, voire même beaucoup de cantons dans lesquels seul le 1er dépasse le seuil !

    Ce sont donc ceux qui ont créé cette situation qui en souffrent aujourd’hui, puisqu’au lieu de virer le FN du 2ème tour, ils ont réussi à se virer eux-mêmes…

    La solution ? Revenir en arrière et rabaisser le seuil, pour que l’offre politique soit plus grande et que ne s’établisse pas le règne du bipartisme à peine gêné par le FN (qui aura du mal à avoir beaucoup d’élus).

    Mais est-ce que la « gauche » parle de çà ? Est-ce que c’est dans son programme de gouvernement ?
    Non bien sûr, puisque cette loi électorale la favorise !

    Tartuffes !

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