Déc 102020
 

L’immense régression environnementale d’une loi conçue sur mesure pour les industriels et le Medef (et tant pis pour la pollution !), qui ouvre en outre une voie royale à la corruption, s’applique désormais, validée par le Conseil constitutionnel. La loi Asap, pour « Accélération et simplification de l’action publique », « poursuit à marche forcée le démantèlement du droit de l’environnement »résume Reporterre, avec force cris de joie macronistes, alors que les médias dominants regardent ailleurs. Le rôle des hypocrites en chef est ici tenu par les ministres Amélie de Montchalin et Agnès Pannier-Runacher : « Ces évolutions (…) démontrent qu’il est possible de conjuguer protection de l’environnement et attractivité économique de notre territoire », se rengorgent-elles. Le toupet ! « Conjuguer protection de l’environnement » en lançant des travaux avant que l’autorisation environnementale ne soit délivrée ? C’est ce que permet par exemple cette loi.

« Après vingt-cinq ans au poste de commissaire enquêteur, l’Isérois Gabriel Ullmann a été brusquement démis de ses fonctions. La raison ? Le rapport défavorable qu’il avait rendu sur un projet industriel local. L’avis négatif de trop. »

Le docteur en droit de l’environnement Gabriel Ullmann remet les pendules à l’heure : « Si la loi comporte d’indéniables avantages pour les opérateurs économiques (…), elle comporte de graves atteintes pour les droits des citoyens et de la sociétéLoin d’être une loi de simplification, elle complexifie le droit en instituant des régimes différents selon les activités, les objets ou les circonstances, tout en étant elle-même une loi bavarde et fourre-tout ». Sur ce dernier point, le Conseil constitutionnel a sévi, censurant pas moins de 26 articles, dénoncés comme « cavaliers législatifs » – c’est-à-dire introduits dans la loi alors qu’ils n’ont aucun rapport avec son objet, pratique interdite. Légère satisfaction que de voir ainsi taper sur les doigts de nos législateurs indélicats. Restent les principaux points négatifs de cette loi, chroniques de catastrophes environnementales et de scandales de corruption annoncés.

PS : puisque nous vous tenons et qu’il est question plus haut d’Agnès Pannier-Runacher, ministre de l’Industrie, ne résistons pas à citer sa déclaration de dimanche dernier, qui vaut son pesant de cacahouètes.

« La gauche, c’est de ne pas sacrifier les classes populaires (…) leur donner les moyens de prendre leur destin en main et de se réaliser ». Prends ton destin en main, feignant, traverse la rue pour trouver du travail – ou enfourche le tigre avec des sandwichs jambon fromage ! Le macronisme est décidément orwellien : « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force » et donc le libéralisme c’est la meilleure façon d’être de gauche.

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Déc 082020
 

Il n’y aurait pas de « violences policières » mais des « violences de policiers », tortille du popotin Emmanuel Macron sur Brut. Et que fait-on quand elles se produisent ? On prononce « des sanctions très claires », comme le président l’a ordonné à Darmanin pour les agresseurs de Michel Zecler. Problème : le préfet de police vient de leur accorder le bénéfice de « la solidarité nationale » en payant leurs frais de justice avec vos impôts !

Photo réalisée par l’avocate de Michel Zecler

Les femmes et hommes de bonne volonté de la France entière, y compris de droite, ont été révulsés par les images de la caméra de vidéo-surveillance montrant trois policiers s’acharner pendant quinze minutes à coups de pieds, de poings et de matraque sur Michel Zecler, coupable d’être rentré chez lui pour éviter une amende pour non-port du masque sanitaire. Un déchaînement de violence qui soulève le cœur. Or qu’apprenons-nous par Libération ? « Le 26 novembre, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, annonçait vouloir demander la «révocation» des agents du commissariat du XVIIarrondissement de Paris mis en cause dans le tabassage du producteur de musique noir. Dans le même temps, le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a octroyé le bénéfice de la protection fonctionnelle aux quatre policiers mis en examen, selon un tract du syndicat Unsa Police, dont les informations ont été confirmées à Libération par le cabinet du ministre de l’Intérieur et la préfecture. Cette décision assure aux agents une prise en charge de leurs frais de justice par la collectivité publique et symbolise l’expression de la solidarité nationale. Gérald Darmanin a été «avisé» de cette mesure, ajoute son entourage. » Ainsi donc Lallement considère qu’il faut venir en aide à des brutes racistes et menteuses sous serment. Or cette « protection fonctionnelle » ne peut être octroyée si la personne concernée à commis une « faute personnelle », à savoir «un comportement incompatible avec les obligations qui s’imposent dans l’exercice des fonctions publiques» ou qui «eu égard à leur nature et aux conditions dans lesquelles ils ont été commis, revêtent une particulière gravité» (Conseil d’État, 30 décembre 2015). Alors pour les agresseurs de Zecler ? Les deux, mon général préfet ! Mais non, pour Lallement, tabasser sans raison pendant 15 minutes un citoyen n’est pas « un comportement incompatible avec les obligations qui s’imposent dans l’exercice des fonctions publiques», sans « particulière gravité ». Bienvenue dans la police de Macron. Et Darmanin a été « avisé », donc il couvre.

Le président Emmanuel Macron et le préfet de police Didier Lallement lors d'une rencontre les policiers de la BAC en juillet 2020.
Macron a personnellement nommé Lallement préfet de police de Paris malgré (ou grâce à ?) ses mensonges avérés à Bordeaux pour couvrir les violences contre les Gilets jaunes.

« Ensuite, quand il y a des violences policières sur le terrain, on doit donner tout éclaircissement à ces violences, déclarait en 2017 le bonimenteur suprême en campagne. Quand il y a des violences, il y a une responsabilité hiérarchique. Il y a des commissaires, des directeurs départementaux de la sécurité publique, des préfets, des ministres. Il n’y aura pas d’incident sans réponse. Moi je suis pour un système de responsabilité. » On va t’aider Manu : Lallement, Darmanin. Démissions ?

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Déc 072020
 

Les dévots d’Emmanuel Macron et tout le ban et l’arrière ban de la droite continueront sans doute, les éditocrates à l’unisson, de nier toute dérive autoritaire. Pourtant, la réalité, têtue, indique que les gendarmes pourront désormais inscrire dans un fichier des informations relatives «à la prétendue origine raciale ou ethnique, aux opinions politiques, philosophiques ou religieuses, à l’appartenance syndicale, à la santé ou à la vie sexuelle ou l’orientation sexuelle» (article 2 du décret n°2020 151 publié du 22 février dernier).

fichagepolitique
Illustration du Blog de Gabas dans le Club Mediapart

Il y a certes des garde-fous : ces collectes de données sensibles «ne sont possibles qu’en cas de nécessité absolue pour les seules fins et dans le strict respect des conditions définies au présent décret, dans les limites des nécessités de la mission au titre de laquelle elles sont collectées» et «le traitement de telles données n’est possible qu’en cas de nécessité absolue, sous réserve des garanties appropriées pour les droits et libertés de la personne concernée». Mais Checknews de Libération donne la parole à la pénaliste Virginie Gautron : « Certes, le texte limite l’enregistrement aux informations « nécessaires, adéquates et proportionnées », mais comme aucune cible n’est précisée, les gendarmes sont totalement maîtres de la décision et de l’interprétation des critères de nécessité. Un cadre plus précis éviterait les collectes de précaution, « au cas où cela pourrait servir », une tentation qu’on retrouve dans toutes les institutions.»

PS : pour rendre à César ce qui lui appartient Next INpact a débusqué le lièvre dès le 4 décembre, directement dans le terrier du Journal officiel.

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Déc 022020
 
La prison de la Santé accueillera 739 détenus permanents.
Ne pas oublier de le lui souhaiter à minuit le 1er janvier : « Et surtout la Santé ! »

Nous signalions dans notre billet d’hier que Gérald Darmanin, incroyablement toujours ministre de l’Intérieur, avait commis un parjure lors de son audition devant l’Assemblée nationale. « Premier mensonge lorsque le ministre de l’Intérieur parle de l’agression de Michel Zecler par des policiers, résume Libération. Darmanin assure que les policiers et la préfecture n’avaient pas d’images de l’agression avant leur diffusion par Loopsider, jeudi 26 novembre. «Le ministre de l’Intérieur, le préfet de police, le directeur général de la police nationale, n’ont pas eu accès à des images. Ces images, elles ont été mises en ligne par le site informatif», indique-t-il. Une version contredite par le journaliste de Loopsider mais également par le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz. Dimanche, lors d’un point presse, ce dernier avait indiqué que les vidéos de l’agression avaient été saisies et exploitées par les policiers dès le lundi 23 novembre, soit deux jours après les faits et trois jours avant la mise en ligne par Loopsider. »
Vous avez noté l’expression « premier mensonge », c’est donc qu’il y en a un autre : « Deuxième mensonge lorsque Gérald Darmanin évoque le cas d’un autre policier pas franchement raccord avec les valeurs de la République. «L’un de mes premiers gestes en tant que ministre de l’Intérieur a été de ne pas garder dans la police un agent qui avait porté un écusson qui rappelait le IIIe Reich», assure-t-il. Sauf que non. Comme l’a souligné une journaliste de Mediapart, Darmanin avait simplement suspendu la promotion de ce CRS qui, avant l’intervention du ministre, devait être promu brigadier-chef. Le ministre s’en était d’ailleurs vanté sur Twitter«Conformément à ce que j’ai demandé au Directeur général de la police nationale, cet agent ne sera pas promu», avait-il indiqué le 30 juillet. Une légère différence, donc. Le CRS avait en revanche été suspendu 15 jours en 2015 pour avoir porté l’insigne de la 12e Panzer SS – un blason qui fait un peu plus que «rappeler le IIIe Reich».

Zéro pointé en droit constitutionnel : le législatif fait les lois, l’exécutif les applique. Mais quand la police viole la loi, elle fait certes la sienne, par la force.

Alors ? L’ article 434-13 du code pénal prévoit que « le témoignage mensonger fait sous serment devant toute juridiction (…) est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende ». Dans le contexte de l’affaire Cahuzac, célèbre mensonge d’un ministre devant la représentation nationale, une doublette UMP voulait en 2013 créer un délit de parjure. Le Monde rétorquait alors : « Un responsable politique est déjà passible de poursuites s’il est avéré qu’il a menti en témoignant, sous serment, devant une commission d’enquête parlementaire, à l’Assemblée comme au Sénat. » Renvoyant à cet article 434-13. Cinq ans d’emprisonnement donc pour Gérald Darmanin ? Chiche !

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Nov 032020
 

Depuis l’acte ignoble d’un jeune terroriste islamiste, les vannes sont ouvertes, d’où coulent à gros bouillons des flots de bêtise et de haine, comme s’il était engagé un concours parmi les politiciens de droite à qui dirait le plus n’importe quoi. Deuxième exemple.

Le titre de une. Hebdo n° 1440 - La France et l'islam
Juin 2018

“Si rien n’est fait, la France sera un État islamique”, nous offre sur BFM TV Éric Ciotti, député et conseiller général des Alpes-Maritimes, seulement repris par Le Monde juif, à la suite de l’horrible attentat au couteau de la cathédrale de Nice. Voilà qui est parfait tout à la fois pour nos rubriques La Phrase du jour et Ferme ta gueule! L’organe d’extrême droite sioniste ajoute au grotesque de la saillie de Ciotti en titrant d’un improbable : Terrible mise en garde du député Ciotti. Terrible, en effet.

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Oct 172020
 
Actualités | Métropole : la surprise Gaby Charroux | La Provence

Comme depuis le début de la crise sanitaire, l’absence totale de concertation avec les élus locaux pousse à des prises de décisions qui manquent de discernement, qui manquent de graduation et qui auront des conséquences catastrophiques pour l’économie locale et bien au-delà. Et comme on ne prend pas le temps de discuter avec les maires et donc de discuter avec moi, je considère que l’État n’a pas besoin des moyens publics de la commune. Par conséquent, je ne demanderai pas aux agents de la police municipale de faire respecter ces décisions. Le Préfet et la police nationale devront assumer cette position. » Gaby Charroux (lire son communiqué entier) est le maire (PCF) de Martigues, 49 000 habitants, commune des Bouches-du-Rhône englobée dans la Métropole Aix-Marseille Provence (de force, la création de ladite Métropole représentant un cas d’école de déni de démocratie). Après une valse hésitation durant la journée entière du lendemain des annonces du président de la République instaurant le couvre-feu, 90 des 92 communes de la Métropole (les 2 autres sont hors des Bouches-du-Rhône) sont finalement concernées – contre l’avis du représentant local de l’État – mais pas des maires du territoire, puisqu’on ne leur a pas demandé leur avis.

L’intransigeance aveugle bête et méchante l’a finalement emporté

Gaby Charroux explique ainsi sa décision de ne pas impliquer la police municipale dans le contrôle du couvre-feu : « Que le confinement nocturne soit une étape supplémentaire décidée pour les villes qui sont dans les zones d’alerte maximale, cela peut s’entendre. Mais, comment expliquer que la Ville de Martigues qui avait et respectait les mesures de restriction imposées, passe tout d’un coup à une situation extrême ? Comment peut-on imaginer que des petites villes comme Mimet ou des villes moyennes comme Martigues soient traitées comme Marseille ou Aix ? » Il mentionne Mimet, 4 550 habitants : qu’en dit le maire de cette commune ? « Enfermer les Provençaux des petits villages la nuit n’a aucun sens ». France Bleu relaie son propos : « Le président de l’union des maires des Bouches-du-Rhône est très en colère depuis que l’on sait que 90 communes de la métropole d’Aix-Marseille sont concernées par le couvre-feu. Georges Cristiani estime qu’il n’y a aucune raison d’instaurer cette règle pour les petites communes. » Argument du maire (sans étiquette) ? « Aller enfermer les Provençaux des petits villages forestiers la nuit n’a aucun sens lorsqu’on entasse les gens dans les transports en commun tous les matins et tous les soirs. » Cristiani s’exclame aussi dans La Provence : « Comment pouvez-vous expliquer aux habitants d’un village où il n’y a pas de cas qu’ils doivent rester chez eux ? » C’est Ubu roi.

Rappelons enfin – c’était notre billet d’hier – que l’imposition d’un couvre-feu répond à la situation résumée par l’exemple marseillais : 157 patients Covid hospitalisés en tout et pour tout et 45 en réanimation pour une aire urbaine de 1,7 millions d’habitants. Cette crise n’est pas sanitaire, c’est la crise d’un système de santé laminé par quarante ans de destruction du service public par les politiques libérales.

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