Déc 152020
 
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Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac, publie une tribune titrée « J’ai l’impression de voir mon pays glisser vers un régime illibéral », où elle évoque les victimes des arrestations violentes et arbitraires survenues lors de la manifestation parisienne de samedi dernier : « Venues défendre les libertés publiques, les voici privées de liberté dans la foulée. Pour s’attaquer au droit même de manifester, voici la nouvelle stratégie déployée par les forces de l’ordre : charger de façon brutale la manifestation déclarée pour la fragmenter. Gazer sans distinction, comme le 5 décembre dans de nombreuses villes. Et souvent frapper, à coups de matraques, tirer, au risque de mutiler. Puis arrêter, de façon arbitraire et pour des motifs fallacieux et faire subir à ces dizaines de personnes une garde à vue. Enfin, instiguer la peur, pour chacun, de venir manifester. Comme cela doit arranger le pouvoir que tant d’entre nous n’osent plus venir manifester. (…) Ce gouvernement mène une offensive autoritaire et liberticide d’ampleur, avec les projets de lois sur la «sécurité globale» et celle dite «séparatisme» ou encore une série de décrets décidés la semaine dernière [qui autorise un fichage politique, religieux et même sexuel, NDA]. Il fait le choix d’une surenchère sécuritaire avec le Rassemblement national. Pour poursuivre des politiques injustes, de moins en moins légitimes, de plus en plus rejetées, il s’impose par la répression, par la peur, espérant faire taire les voix qui s’opposent à lui. »
Le Syndicat national des journalistes, avec 19 organisations, dont par exemple Attac, justement, mais aussi la Ligue des droits de l’Homme ou les syndicats CGT et Solidaires, lui fait écho dans un communiqué de presse : « comme nous le redoutions, la manifestation parisienne, bien que dûment déclarée par un collectif d’organisations et autorisée par la préfecture de police, s’est transformée en souricière. Nombre d’observateurs ont constaté ce samedi 12 décembre dans la capitale des dérives inadmissibles liées à un déploiement policier et militaire brutalisant et attentatoire au droit de manifester : interpellations en masse, charges infondées faisant éclater le cortège, retenues sans motif légitime au-delà du délai légal, gardes à vue notifiées à la chaîne sur la base d’infractions pénales dévoyées, refus de contacter l’avocat désigné par les gardés à vue… Une fois encore, journalistes comme manifestant·e·s ont été pris pour cibles. Le pouvoir exécutif a donné à voir sa détermination à mater toute contestation. À Lyon et à Caen, des pratiques semblables ont été relevées. (…) C’est du jamais vu en France. Nous glissons lentement mais sûrement vers un régime autoritaire, un État illibéral, un État de police. Moins les politiques de ce gouvernement apparaissent comme légitimes, plus celui-ci utilise la répression et l’étouffement des libertés pour les imposer. »

Un musicien blessé au visage après une charge à l’aveugle. © AR
Un musicien blessé au visage après une charge à l’aveugle. © AR

« La manifestation parisienne a été émaillée d’incidents très tôt, quand les forces de l’ordre ont décidé de charger le cortège juste après son départ de la place du Châtelet, sans raisons apparentes« , relate Mediapart. « Sur son compte Twitter, la préfecture de police a expliqué que les forces de l’ordre étaient «intervenues au milieu du cortège […] pour empêcher la constitution d’un groupe de black-blocs violents». Par vagues successives, les CRS, gendarmes mobiles, mais aussi les voltigeurs des Brigades de répression des actions violentes motorisées (BRAV-M) ont ainsi foncé dans le tas le long du boulevard de Sébastopol, sans faire le tri entre les manifestants et les personnes qu’ils souhaitaient interpeller. » Le Monde explicite cette nouvelle stratégie de la police : « Après deux manifestations contre la loi sécurité globale marquées par des violences à Paris, les forces de l’ordre ont samedi changé de tactique en intervenant tout au long de la manifestation par «bonds offensifs», pour interpeller toute personne soupçonnée de vouloir constituer un «bloc». Selon les forces de l’ordre, ces «blocs» se constituent de petits groupes très mobiles qui se greffent sur le cortège pour détruire des commerces et en découdre avec la police. » Ce qui revient donc, on l’a vu, à foncer dans le tas et taper sur tout ce qui bouge, comme le relaie aussi un street-medic sur Twitter : « on n’ avait jamais vu autant de crânes ouverts que cet aprèm’ dans Paris… Les flics ont matraqué du début à la fin de la manif’ tout le monde sans distinction… des images horribles en tête. On a dû prendre en charge un gamin de 16 ans qui avait le crâne ouvert, un reporter photo en sang, une mamie de 66 ans le bras rempli d’ecchymoses, etc., etc. Les flics étaient là pour faire peur. Pour terroriser. Pour empêcher de revenir le week-end prochain. (…) On s’est fait gazer à la gazeuse à main à 10 cm du visage alors qu’on soignait un crâne ouvert… sans absolument aucune raison. »

Voilà donc ce qui s’est passé samedi. Qui est gravissime. Comment le pouvoir le justifie-t-il ? Réponse dans un autre article de Mediapart : « Au terme d’une manifestation sévèrement réprimée, le ministre de l’intérieur a annoncé l’interpellation de 142 «individus ultra-violents». C’est faux. Les éléments réunis par Mediapart montrent que les policiers ont procédé à des arrestations arbitraires dans un cortège pacifique. » Et qu’en disait-on le lendemain matin, dimanche, dans la matinale de la radio de service public France Inter ? Le Journal de 7h est ainsi introduit par Éric Delvaux : « à la Une ce matin cette nouvelle journée de mobilisation contre la loi Sécurité globale et cette fois la police a réussi à empêcher les saccages dans la capitale. avec des interventions éclair dans les cortèges et des manifestants qui se disent étouffés. » Satisfecit vibrant, donc, à part que les manifestants se disent « étouffés », pas matraqués, gazés et arrêtés arbitrairement, « étouffés ». Sont listés les autres titres, avant que le journaliste en charge du journal, Adrien Serrière, n’en revienne à la mobilisation : « Pour le troisième week-end consécutif et peut-être pas le dernier, des manifestations dans plusieurs villes contre le projet de loi Sécurité globale ; à Paris, les forces de l’ordre étaient bien plus nombreuses que les semaines précédentes, y ont interpellé près de 150 manifestants. Cette fois, pas de saccage, mais il faut dire que les policiers ont cadenassé le cortège. » Mise en avant du nombre d’arrestations, dont on vient de voir la nature, ici non précisée. Lancement ensuite du reportage où la reportrice sur le terrain, Sandrine Etoa-Andègue, donne la parole à des manifestants, qui protestent d’un « dispositif policier complètement disproportionné » ou d’un « État autoritaire ». Et sur les violences ? Expédiées en une phrase par la consœur : « Peu après le départ du cortège, première tensions, premières charges, les policiers fondent sur des hommes en noir. » S’ils sont en noir, ce sont des black-blocs, donc la police charge les voyous : voilà le sous-entendu très clair de cette petite phrase. Or la police a chargé – et matraqué et gazé – tout le monde. Mais la présentation malhonnête, osons-le dire, de France Inter n’en informera pas l’auditeur. Pas plus que du caractère arbitraire des arrestations, sur lesquels revient pourtant Adrien Serrière pour clore le sujet : « Et 47 manifestants étaient en garde-à-vue hier soir ; les policiers ont saisi une centaine d’armes par destination, des tournevis, des clés à molettes ou encore des mortiers. » Ce sera tout, merci au journalisme de préfecture. Juste un détail, que l’auditeur ne sait pas forcément : les policiers classent comme « armes par destination » par exemple des… masques à gaz. Mais la messe est dite sur France Inter, qui relaie fidèlement la communication du pouvoir : la police a bien travaillé en empêchant les saccages et en arrêtant de dangereux individus ultra-violents, la preuve par toutes ces armes saisies. Ainsi va l’information sur le service public en Macronie.

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Déc 102020
 

Nous en parlions il y a deux jours, sous ce titre : Violences policières systémiques : le préfet solidaire des brutes racistes et menteuses sous serment. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin était interrogé ce matin sur France Info à propos de cette décision du préfet de prendre en charge les frais de justice des accusés de l’agression de Michel Zecler et débute sa réponse par : « Je la trouve normale ». Puis il poursuit : « D’abord, il n’y a pas eu de soutien financier, c’est ce qu’on appelle la protection fonctionnelle. » Qui consiste en quoi ? « Les avocats sont payés par l’État ». Allons bon : l’État ne doit pas les payer financièrement, sinon il s’agirait bien d’un soutien financier ! Darmanin conteste l’évidence en tentant de jouer sur les mots mais le vrai mensonge arrive très vite : « Tous les agents publics, tous les fonctionnaires ont droit à la protection fonctionnelle« . Le journaliste de France Info objecte en le coupant : « Elle n’est pas toujours accordée… » « Attendez, je vais en dire quelques mots dans quelques instants », annonce le ministre pour se lancer dans une longue digression, s’indignant que ce n’est pas Twitter qui décide de qui est coupable et que les policiers ont droit à un procès équitable et bla bla bla. Il revient ensuite au sujet : « Cette protection fonctionnelle, elle a été accordée dans toutes les affaires précédentes, même quand les policiers ont été mis en cause, l’affaire Chouviat, l’affaire Théo, par exemple. » Pour rappel, l’un est mort étranglé – fracture du larynx – au terme d’un placage au sol et l’autre est atteint de séquelles irréversibles suite à une déchirure anale de dix centimètres causée par un coup de matraque télescopique. Les policiers concernés ont-ils effectivement bénéficié de la protection fonctionnelle ? Si c’est exact, ce n’est pas une excuse. Elle doit en effet être refusée en cas de « faute personnelle », définie par le Conseil d’État : « un comportement incompatible avec les obligations qui s’imposent dans l’exercice des fonctions publiques » ou qui « eu égard à leur nature et aux conditions dans lesquelles ils ont été commis, revêtent une particulière gravité ». Quand on a vu les images des trois policiers s’acharnant comme des « barbares » sur l’infortuné producteur de rap, on ne se pose pas la question de savoir s’il y a « faute personnelle » !

Vous avez dit « barbares » ? Comme c’est barbare !

« Les barbares étaient de sortie, les barbares revêtus d’uniformes étaient de sortie ce soir-là. » Qui a fait cette déclaration, parlant justement des agresseurs de Michel Zecler ? Jean-Michel Fauvergue, député LREM, ancien policier du Raid et co-rapporteur de la loi Sécurité globale ! On se souvient des tombereaux de boue déversés sur Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il avait lui aussi utilisé le mot de « barbares » pour dénoncer les violences policières. Cette fois-ci, on n’entend pas l’inénarrable Christophe Castaner dénoncer « une insulte inacceptable » et sommer le député marcheur de s’excuser. Ni menacer de porter plainte : « Jeudi matin, le ministre a indiqué sur RTL qu’il allait saisir la justice, annonçait alors Le Monde, en septembre 2019. «Je ferai un article 40 et je vais demander au procureur de la République d’étudier la faisabilité d’une poursuite.» L’article 40 du code de procédure pénale prévoit que toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit, est tenu d’en informer le procureur de la République. » Personne n’a jamais entendu parler d’une plainte. Sans doute que même le procureur de la République, pourtant hiérarchiquement aux ordres du gouvernement, a envoyer bouler le ministre de l’Intérieur de l’époque invoquant cet article 40 parce qu’il avait eu connaissance d’un délit, en l’espèce une « insulte inacceptable ». Fin de la blague. Cette fois-ci, 150 policiers ne sont pas allés manifester devant le siège d’En marche, comme ils l’avaient fait pour la France insoumise. On a donc désormais le droit de parler de « barbares », nous le notons.

Toujours est-il que le préfet de police de Paris, dont une pétition de SOS Racisme réclame le départ – que nous avons signée -, ne juge pas les fautes des policiers tabasseurs de Zecler assez graves pour constituer une « faute personnelle ». Il a préféré cocher la case « faute de service », précise RAPRNB. C’est pas eux, c’est le service. Le webzine musical nous donne l’explication par la bouche du professeur de droit public à l’université de Grenoble-Alpes, Serge Slama : “Certes les fautes sont graves mais on peut penser qu’elles sont également dues à un défaut d’encadrement, qu’il y a aussi faute de service et donc de l’État”. Mais alors, si l’encadrement est fautif, il faut remonter à la source des ordres et le responsable en chef doit démissionner. Lallement, démission, CQFD.

PS : depuis un arrêt « Teitgen » du Conseil d’État (14 février 1975), l’administration peut refuser d’accorder la protection fonctionnelle à un agent pour des motifs d’intérêt général. Il doit s’agir d’un motif susceptible de « discréditer l’administration ou de faire obstacle de façon particulièrement grave à la bonne marche du service public« . N’est-ce pas le cas en faisant bénéficier de cette protection les « barbares revêtus d’uniformes » qui ont massacré le producteur innocent et menti ensuite pour l’accuser, qui l’auraient envoyé en prison si la vidéo ne les avaient trahis ?

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Déc 102020
 

L’immense régression environnementale d’une loi conçue sur mesure pour les industriels et le Medef (et tant pis pour la pollution !), qui ouvre en outre une voie royale à la corruption, s’applique désormais, validée par le Conseil constitutionnel. La loi Asap, pour « Accélération et simplification de l’action publique », « poursuit à marche forcée le démantèlement du droit de l’environnement »résume Reporterre, avec force cris de joie macronistes, alors que les médias dominants regardent ailleurs. Le rôle des hypocrites en chef est ici tenu par les ministres Amélie de Montchalin et Agnès Pannier-Runacher : « Ces évolutions (…) démontrent qu’il est possible de conjuguer protection de l’environnement et attractivité économique de notre territoire », se rengorgent-elles. Le toupet ! « Conjuguer protection de l’environnement » en lançant des travaux avant que l’autorisation environnementale ne soit délivrée ? C’est ce que permet par exemple cette loi.

« Après vingt-cinq ans au poste de commissaire enquêteur, l’Isérois Gabriel Ullmann a été brusquement démis de ses fonctions. La raison ? Le rapport défavorable qu’il avait rendu sur un projet industriel local. L’avis négatif de trop. »

Le docteur en droit de l’environnement Gabriel Ullmann remet les pendules à l’heure : « Si la loi comporte d’indéniables avantages pour les opérateurs économiques (…), elle comporte de graves atteintes pour les droits des citoyens et de la sociétéLoin d’être une loi de simplification, elle complexifie le droit en instituant des régimes différents selon les activités, les objets ou les circonstances, tout en étant elle-même une loi bavarde et fourre-tout ». Sur ce dernier point, le Conseil constitutionnel a sévi, censurant pas moins de 26 articles, dénoncés comme « cavaliers législatifs » – c’est-à-dire introduits dans la loi alors qu’ils n’ont aucun rapport avec son objet, pratique interdite. Légère satisfaction que de voir ainsi taper sur les doigts de nos législateurs indélicats. Restent les principaux points négatifs de cette loi, chroniques de catastrophes environnementales et de scandales de corruption annoncés.

PS : puisque nous vous tenons et qu’il est question plus haut d’Agnès Pannier-Runacher, ministre de l’Industrie, ne résistons pas à citer sa déclaration de dimanche dernier, qui vaut son pesant de cacahouètes.

« La gauche, c’est de ne pas sacrifier les classes populaires (…) leur donner les moyens de prendre leur destin en main et de se réaliser ». Prends ton destin en main, feignant, traverse la rue pour trouver du travail – ou enfourche le tigre avec des sandwichs jambon fromage ! Le macronisme est décidément orwellien : « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force » et donc le libéralisme c’est la meilleure façon d’être de gauche.

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Déc 082020
 

Il n’y aurait pas de « violences policières » mais des « violences de policiers », tortille du popotin Emmanuel Macron sur Brut. Et que fait-on quand elles se produisent ? On prononce « des sanctions très claires », comme le président l’a ordonné à Darmanin pour les agresseurs de Michel Zecler. Problème : le préfet de police vient de leur accorder le bénéfice de « la solidarité nationale » en payant leurs frais de justice avec vos impôts !

Photo réalisée par l’avocate de Michel Zecler

Les femmes et hommes de bonne volonté de la France entière, y compris de droite, ont été révulsés par les images de la caméra de vidéo-surveillance montrant trois policiers s’acharner pendant quinze minutes à coups de pieds, de poings et de matraque sur Michel Zecler, coupable d’être rentré chez lui pour éviter une amende pour non-port du masque sanitaire. Un déchaînement de violence qui soulève le cœur. Or qu’apprenons-nous par Libération ? « Le 26 novembre, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, annonçait vouloir demander la «révocation» des agents du commissariat du XVIIarrondissement de Paris mis en cause dans le tabassage du producteur de musique noir. Dans le même temps, le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a octroyé le bénéfice de la protection fonctionnelle aux quatre policiers mis en examen, selon un tract du syndicat Unsa Police, dont les informations ont été confirmées à Libération par le cabinet du ministre de l’Intérieur et la préfecture. Cette décision assure aux agents une prise en charge de leurs frais de justice par la collectivité publique et symbolise l’expression de la solidarité nationale. Gérald Darmanin a été «avisé» de cette mesure, ajoute son entourage. » Ainsi donc Lallement considère qu’il faut venir en aide à des brutes racistes et menteuses sous serment. Or cette « protection fonctionnelle » ne peut être octroyée si la personne concernée à commis une « faute personnelle », à savoir «un comportement incompatible avec les obligations qui s’imposent dans l’exercice des fonctions publiques» ou qui «eu égard à leur nature et aux conditions dans lesquelles ils ont été commis, revêtent une particulière gravité» (Conseil d’État, 30 décembre 2015). Alors pour les agresseurs de Zecler ? Les deux, mon général préfet ! Mais non, pour Lallement, tabasser sans raison pendant 15 minutes un citoyen n’est pas « un comportement incompatible avec les obligations qui s’imposent dans l’exercice des fonctions publiques», sans « particulière gravité ». Bienvenue dans la police de Macron. Et Darmanin a été « avisé », donc il couvre.

Le président Emmanuel Macron et le préfet de police Didier Lallement lors d'une rencontre les policiers de la BAC en juillet 2020.
Macron a personnellement nommé Lallement préfet de police de Paris malgré (ou grâce à ?) ses mensonges avérés à Bordeaux pour couvrir les violences contre les Gilets jaunes.

« Ensuite, quand il y a des violences policières sur le terrain, on doit donner tout éclaircissement à ces violences, déclarait en 2017 le bonimenteur suprême en campagne. Quand il y a des violences, il y a une responsabilité hiérarchique. Il y a des commissaires, des directeurs départementaux de la sécurité publique, des préfets, des ministres. Il n’y aura pas d’incident sans réponse. Moi je suis pour un système de responsabilité. » On va t’aider Manu : Lallement, Darmanin. Démissions ?

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Déc 072020
 

Les dévots d’Emmanuel Macron et tout le ban et l’arrière ban de la droite continueront sans doute, les éditocrates à l’unisson, de nier toute dérive autoritaire. Pourtant, la réalité, têtue, indique que les gendarmes pourront désormais inscrire dans un fichier des informations relatives «à la prétendue origine raciale ou ethnique, aux opinions politiques, philosophiques ou religieuses, à l’appartenance syndicale, à la santé ou à la vie sexuelle ou l’orientation sexuelle» (article 2 du décret n°2020 151 publié du 22 février dernier).

fichagepolitique
Illustration du Blog de Gabas dans le Club Mediapart

Il y a certes des garde-fous : ces collectes de données sensibles «ne sont possibles qu’en cas de nécessité absolue pour les seules fins et dans le strict respect des conditions définies au présent décret, dans les limites des nécessités de la mission au titre de laquelle elles sont collectées» et «le traitement de telles données n’est possible qu’en cas de nécessité absolue, sous réserve des garanties appropriées pour les droits et libertés de la personne concernée». Mais Checknews de Libération donne la parole à la pénaliste Virginie Gautron : « Certes, le texte limite l’enregistrement aux informations « nécessaires, adéquates et proportionnées », mais comme aucune cible n’est précisée, les gendarmes sont totalement maîtres de la décision et de l’interprétation des critères de nécessité. Un cadre plus précis éviterait les collectes de précaution, « au cas où cela pourrait servir », une tentation qu’on retrouve dans toutes les institutions.»

PS : pour rendre à César ce qui lui appartient Next INpact a débusqué le lièvre dès le 4 décembre, directement dans le terrier du Journal officiel.

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Déc 062020
 

Faire dégénérer, systématiquement, toutes les manifestations. Se montrer ultra violente avec les manifestants et étonnamment permissive avec les casseurs. Telle est la doctrine de la police macroniste, avec un double objectif : dissuader par la peur les citoyens d’aller manifester – plus de cortège à Paris sans lacrymogènes, c’est terminé ! – et faire accréditer par l’opinion le « Moi ou le chaos » qui justifie toutes les répressions. Ce qui passe par commettre, provoquer ou laisser faire les violences. Qui seront ensuite complaisamment exposées et mises en avant en boucle par les médias dominants. Une stratégie forcément consciente. Et liberticide. De Macron à Castex en passant par Darmanin et le préfet de police Lallement, tous coupables. Comme Hollande, Valls et Cazeneuve avant eux, et Sarkozy en précurseur. Que se vayan todos !

Olivier Bonnet, journaliste d’opinion, ne vous déplaise, Monsieur Macron (« Certains journalistes, quasi militants, contribuent à créer une bulle où on laisse croire qu’en France on va réduire les libertés » sur Brut).
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La fraction de seconde précise où l’on peut croire, avec l’effet de perspective, qu’un policier est changé en « torche humaine ». Alors que pas du tout, comme le montre cette vidéo. LCI a affiché cette photo hier soir durant une grande partie de ses émissions.

Quatre cent casseurs qui ne sont pas maîtrisés, c’est une incompétence extrême de Monsieur le préfet Lallement, et c’est plutôt surprenant… Posons-nous la question de savoir à qui profite ces débordements… sans doute au gouvernement. » Notre phrase du jour a été prononcée sur BFMTV par l’avocat pénaliste Yassine Bouzrou, qui défend par exemple les familles Traoré (pour Adama) et Redouane (pour Zineb). Il a ainsi précisé sa pensée (limpide) : « Ça arrange beaucoup de monde que cela se passe comme ça. Dont le préfet de police de Paris. Il est hostile à ces rassemblements et il n’est pas possible de ne pas prévoir ces débordements. Ou alors c’est de l’incompétence, et il doit partir ».
La police laisserait donc sciemment faire les casseurs ? L’accusation est tout sauf invraisemblable. Rappelons un précédent historique : « Patrick Buisson, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, affirme que ce dernier a délibérément laissé des casseurs provoquer des émeutes, lors des manifestations anti-CPE, en 2006″, rapportait Le Télégramme dix ans plus tard. « Il était prévu que, dans un premier temps, les casseurs puissent s’ébrouer sans intervention de la police« On les laissera faire leurs courses chez Darty et à Go Sport » avait intimé l’homme fort du gouvernement. L’émotion fut en effet à son comble, après la publication de photos (…) dont l’opinion ne retiendrait qu’une chose: des hordes sauvages étaient entrées dans Paris », écrit l’ancienne âme damnée d’extrême droite de Sarkozy, citée par BFMTV, dans son livre La cause du peuple. La suite ? « Le lendemain de ces violences, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, se félicite de l’opération de police selon lui réussie, et dénonce les militants « de l’extrême gauche, de l’extrême droite », alliés à des « hooligans » et à des « voyous d’un certain nombre de quartiers » qui ont attaqué les CRS. »

CPE, loi Travail, Gilets jaunes, Sécurité globale : un continuum de répression des manifestants conjuguée au laisser-faire des violences par les casseurs.

Alexandre Langlois, secrétaire générale du Syndicat de police Vigi, qui vient de démissionner avec fracas de la police, témoignait au lendemain d’une énième manifestation violente, le 1er mai 2018 : « il a rapporté sur Twitter les témoignages de collègues CRS, qui auraient reçu la consigne suivante : « En cas de casse, on laisse casser« , relate Marianne. Il nous confirme au téléphone avoir reçu ces informations des CRS présents sur place. Des consignes, selon lui, toujours données à l’oral. « Nos collègues CRS nous ont alerté hier. La consigne était la suivante : « s’il y a de la casse on laisse casser ». Selon lui, cette stratégie du laisser faire devient classique, et en dit long sur la stratégie politique adoptée par le gouvernement pour traiter la grogne sociale: « L’objectif est de détourner le message social, je n’en vois pas d’autre ». Le magazine recueille aussi le témoignage direct d’un CRS, qui confirme : « C’était pareil au moment des manifestations contre la loi Travail : ils voulaient qu’on laisse faire. C’est une question politique. Ces règles sont édictées au plus haut niveau de l’exécutif ».

 
Me Arié Alimi raconte comment on nasse en interdisant donc de quitter les lieux, puis on gaze les manifestants pris au piège au motif qu’ils ne se sont pas dispersés !

En dehors des casseurs, comment créer des incidents, pour déconsidérer le mouvement et dissuader par la violence les citoyens de venir manifester ? Facile ! En juin dernier, un autre avocat, Arié Alimi (qui défend par exemple le confrère Taha Bouhafs ou les familles de Rémy Fraisse et Cédric Chouviat), racontait ainsi la manifestation Justice pour Adama, sous la plume de l’excellent Samuel Gontier pour Télérama : « En résumé, les forces de l’ordre ont employé l’éprouvée technique du grenadage massif, combiné à la nasse, afin de procéder à une dispersion dans le calme et la bonne humeur. «J’y étais, rappelle l’avocat. Ce que j’ai pu voir et ce qu’on m’a rapporté, c’est une nasse de toutes ces personnes jusqu’à La Fourche, c’est loin, et des gaz lacrymogènes lancés au sein même de la foule alors qu’on ne peut partir puisque les personnes sont nassées.» «C’est ce qu’on entend très souvent », note la présentatrice. «C’est ce qu’on appelle la “technique Lallement”, explique Arié Alimi. Le préfet de police de Paris décide, au moment où les gens essaient de partir, de nasser tout le monde et de balancer des lacrymogènes pour créer la conflictualité Je m’inscris en faux : ce n’est pas spécifiquement la «technique Lallement» (même si celui-ci la manie avec talent) puisqu’elle était déjà à l’œuvre en 2016, lors des manifs contre la loi Travail (j’y étais). «C’est pour créer le conflit, c’est fait exprès ? », demande la journaliste. «C’est la technique du préfet de police de Paris pour décrédibiliser la manifestation Toutes les manifestations. Sauf celles de la Manif pour tous – ou celle des fafs le 1er Mai dernier. «Il sait que ça va créer une tension et entraîner quelquefois des débordements, des mouvements de foule, des incidents.» Dont vont se repaître les télés. »

Alors quand bien même la stratégie gouvernementale d’instrumentalisation de la violence se voit comme le nez au milieu de la figure, elle pourrait bien porter ses fruits auprès d’une opinion biberonnée à BFMTV et CNews. Darmanin a tweeté « Les casseurs cassent la République. Soutien à nos policiers et nos gendarmes, une nouvelle fois très violemment pris à partie », faisant état d’un bilan de 95 interpellations et « Parmi les blessés, 67 policiers et gendarmes dont 48 à Paris ». Le pyromane de Beauvau ne parle pas des blessés manifestants ; BFMTV mentionne qu’ « un manifestant a été grièvement blessé à la main, un autre a été touché au front et un journaliste à la jambe ». A part ça, que reste-t-il des 95 interpellations ? « Vingt-cinq personnes, dont deux mineurs, ont été placées en garde à vue à Paris, a indiqué le parquet, récapitule 20 minutes. La majorité des gardés à vue le sont pour «participation à un groupement formé en vue de la commission de violences», a-t-on précisé de même source, selon un bilan établi à minuit. Une personne est entendue pour «violences volontaires sur personne dépositaire de l’autorité publique», a ajouté parquet. » Bref, un seul homme vraiment accusé de violence et 25 de s’être trouvés au mauvais endroit, les autres arrêtés pour rien. Et combien d’arrestations de casseurs ? La tête à Toto Lallement. Qui est censé maintenir l’ordre ? Le préfet de police de Paris, et Darmanin par ricochet, son supérieur. De qui cette manifestation est-elle la faillite – une de plus ? Mais il ne sera sans doute encore pas démissionné, et l’on ne retiendra que les violences des méchants casseurs d’extrême gauche et les pauvres policiers violentés. Désespérant.

PS : pour être juste, précisions que la gestion de l’ordre d’extrême droite ne date pas de Sarkozy, plus ancien président cité dans ce billet, et qu’elle est la digne héritière de la tradition des barbouzes du Sac de l’ère gaulliste et des brutaux ministres de l’Intérieur à la Poniatowki ou Pasqua.

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