Oct 102020
 
Institut Pasteur de Lille - Avec votre don, accélérez les avancées de nos  chercheurs dans la lutte contre le cancer et bénéficiez d'une déduction  fiscale pouvant atteindre jusqu'à 75 %.

Imaginez qu’un établissement de recherche médicale sérieux et renommé – l’Institut Pasteur de Lille (IPL) – annonce avoir vraisemblablement trouvé un médicament contre la Covid : en étudiant les effets produits sur ce satané virus par quelques 2000 molécules déjà présentes dans la pharmacopée, les chercheurs en ont décelée une « active contre le coronavirus. Nous l’avons testée sur des cellules humaines du poumon et les résultats se sont révélés très prometteurs », annonce le Pr Benoît Déprez, directeur scientifique de l’IPL, à La Voix du Nord le 29 septembre dernier. C’était notre billet du 2 octobre, où nous nous insurgions que l’État ne verse pas les cinq millions d’euros qui manquaient pour valider définitivement le traitement par un essai clinique. Pensez donc : on pourrait disposer dès cet été, non d’un vaccin, mais d’un médicament capable de soigner les malades de la Covid, qui a déjà tué 32 690 personnes en France, dont 62 hier (109 la veille). Mentionnons au passage que ces chiffres sont sans doute gonflés en attribuant systématiquement les décès à la Covid à partir du moment où feu le patient y est positif (même s’il est en fait mort d’autre chose), comme l’expliquent 250 chercheurs, ce qui pourrait augmenter le total de jusqu’à 30%. Mais tout de même ! Veut-on sauver des vies, oui ou non ? Cinq millions d’euros, c’est trop quand on prétend s’engager contre la pandémie « quoi qu’il en coûte » ?

COVID-19 - Les chiffres clés en France au 09/10/2020
Santé publique France, chiffres du 9 octobre 2020

« Face à la pandémie mondiale, la découverte scientifique des chercheurs de l’Institut Pasteur de Lille suscite un espoir de traitement énorme. Il est vital que ces recherches puissent se poursuivre et c’est dans ce but, que j’ai décidé d’apporter un soutien pour cette phase capitale d’essais cliniques. Je suis fier que cette découverte ait été réalisée par des équipes de ma région d’origine, et espère vivement que leurs travaux aboutiront dans les meilleurs délais. » Enfin ! Emmanuel Macron a pris la mesure du défi. Mais c’est étrange, il est originaire de Picardie, pas du Nord, c’est différent… Donc ce n’est pas lui. Qui alors va verser les cinq millions d’euros manquants, en majesté ? Bernard Arnault, Monsieur LVMH, troisième homme le plus riche du monde avec une fortune personnelle de 76 milliards de dollars. Rassurez-vous, les cinq millions ne seront pas prélevés sur ses propres deniers, c’est le groupe qui paye. Enfin, la Fondation d’entreprise Louis Vuitton, créée pour ses actions de mécénat.

Le château de Versailles acquiert un trésor national grâce au mécénat de  LVMH - Presse - Château de Versailles
Louis Vuitton Mwait and see ce que ça rapporte

Une affaire qui roule, le mécénat. « La France s’est dotée en 2003 d’un dispositif fiscal en faveur du mécénat des entreprises «parmi les plus généreux sur le plan international», selon la Cour [des comptes], qui appelle à «mieux encadrer» ce dispositif, écrit Libération en novembre 2018. Il « permet de déduire directement 60% des dons de l’impôt sur les sociétés » et, grâce à lui, « LVMH a économisé 518 millions d’euros d’impôts sur dix ans », de 2007 à 2017. In fine donc, c’est bien l’État qui paye (à 60%), ce qui semble légitime en l’occurrence s’agissant de la recherche médicale. Sauf que c’est au prix d’un appauvrissement de ses recettes fiscales, nouvelle offrande aux entreprises – aux très grandes essentiellement, « 24 entreprises ont représenté 44% de la dépense fiscale en 2016 », celles qui n’en finissent plus de se gaver (et de gaver leurs dirigeants et actionnaires). Sauf, surtout, que le mécénat se pratique par définition à la discrétion du mécène, suivant ses propres choix le portant vers telle cause ou tel projet que son arbitraire aura désigné. C’est institutionnaliser la charité. Les progressistes – les vrais ! – préfèrent l’impôt qui redistribue suivant les décisions politiques de dirigeants élus du peuple que le bon vouloir des riches.

« Je sais que vous êtes expert en optimisation fiscale, Monsieur Trump… Je ne me défends pas mal non plus. »

On marche sur la tête. C’est la Fondation d’entreprise Louis Vuitton qui va payer 40% de ces cinq millions, mais ça n’empêche pas Bernard Arnault d’écrire, dans un communiqué – chaque mot y est soigneusement pesé, foi de communicant -, « J’ai décidé d’apporter un soutien ». L’IPL a peut-être découvert un médicament contre la Covid mais sa mise au point dépend de l’initiative privée d’un milliardaire. Monsieur est trop bon. Et la puissance publique dans tout ça ? L’intérêt général en pleine catastrophe sanitaire inédite dans l’histoire de l’humanité ? Est-ce à l’État ou à Bernard-la-magouille, comme on ne l’appelle pas dans les milieux chics de l’oligarchie, de protéger la population française ? On en est là. L’Assistance publique/Hôpitaux de Paris (AP-HP) a créé son fonds d’urgence Coronavirus Covid-19, expliquant en mai dernier : « Le volume considérable de patients que les équipes de l’AP-HP sont amenées à suivre, mais également l’excellence de sa recherche clinique, en font un acteur crucial de la lutte contre l’épidémie. Depuis la prise en charge des premiers cas en France à l’AP-HPune véritable course contre la montre est engagée. Les équipes sont entièrement mobilisées pour la prise en charge de tous les patients, mais elles doivent mener de front le soin et la recherche. Des renforts sont nécessairesdans l’immédiat pour le soutien aux équipes en première ligne et comme pour le lancement des projets de recherche mais aussi dans les semaines à venir, pour continuer à soutenir toutes les initiatives qui auront émergé et les besoins qui resteront non couverts. Pour cela, nous avons besoin de votre soutien, exceptionnel et immédiat. » L’Assistance publique ! Est-ce aux Français de venir à son secours ou à l’État de lui procurer les moyens dont elle a besoin ? L’institut Pasteur lance un appel aux dons pour la mise au point d’un vaccin. « Gérald Darmanin lance un appel aux dons pour les entreprises en difficulté », alors ministre de l’Action et des Comptes publics et pas encore fascistoïde ministre de l’Intérieur. La Macronie ne fait pas encore assez de cadeaux aux entreprises, le quidam est appelé à mettre la main à la poche.

« Plutôt qu’organiser un «Téléthon de la honte», rétablissez l’ISF, Monsieur Darmanin !, l’interpelle vigoureusement Maxime Combes le 3 avril dernier. L’appel aux dons plutôt que lever l’impôt est-il la nouvelle doctrine de l’exécutif ? En annonçant une plateforme de dons en ligne pour que les « particuliers ou entreprises apportent leur contribution à l’effort de solidarité de la nation envers les plus touchés », Gérald Darmanin illustre à nouveau l’incurie d’un gouvernement qui se refuse à prendre des mesures à la hauteur des enjeux. Il y a des appels à la «solidarité nationale» qui sonnent comme une invitation à l’indignation collective », proteste l’économiste membre d’Attac et contributeur de l’excellent webzine Basta!, jugeant le procédé « à la fois extravagant et indigne » : « Extravagant parce qu’on attend de l’exécutif qu’il prenne des décisions courageuses et visionnaires à la hauteur des difficultés que nous traversons. (…) les pouvoirs publics doivent débloquer des financements pérennes, prévisibles et suffisants. Pas que le gouvernement se lance dans l’organisation hasardeuse d’un Téléthon géant, aussi gênant qu’inapproprié. Indigne parce que les personnels soignants, et, plus largement, toutes celles et tous ceux qui prennent soin de nous, risquent leur vie quotidiennement en raison de l’incurie d’un gouvernement défaillant incapable d’assurer à chacun.e le matériel nécessaire pour se protéger. Pourvoir aux besoins des hôpitaux et amortir les conséquences sociales et économiques de la crise sanitaire nécessitent immédiatement des financements publics et pérennes, pas un appel à dons ponctuel et incertain. (…) Les appels au don ? Quelle honte ! Pour la 6e puissance mondiale, dans un pays où l’évasion fiscale est évaluée entre 60 et 100 milliards d’euros par an et où les entreprises du CAC40 prévoient de verser près de 50 milliards d’euros de dividendes. (…) Non, on ne financera pas les hôpitaux par des appels à dons. Mais en s’assurant que chacun.e, entreprises multinationales comprises, paient leur juste part d’impôt. Lutte implacable contre l’évasion fiscale, rétablissement de l’impôt sur la fortune et de la progressivité de l’imposition sur les revenus du capital, suppression du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), voilà les mesures que l’exécutif devrait prendre s’il était un tantinet conséquent. Si la crise économique qui s’annonce est plus dure qu’en 1929, comme l’affirme Bruno Le Maire, on n’organise pas un Téléthon. On met à contribution les millionnaires et les milliardaires de ce pays : les taux supérieurs de l’impôt sur le revenu ont atteint 70% à 94% entre les années 30 et le début des années 80 aux États-Unis. Et près de 80% en France, sous la présidence du général de Gaulle au milieu des années 1960. Chiche ? »

Il nous est avis qu’on peut toujours attendre.

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Oct 092020
 
Fière de quoi ?

Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, côté pile, réagit au prix Nobel de chimie décroché par Emmanuelle Charpentier, première femme française lauréate de cette distinction à ne pas s’appeler Curie (après Marie et Irène, donc), en exprimant « une immense fierté pour l’ensemble de notre recherche ». Et côté face ? « Tous les voyants sont au rouge et conduisent à un même constat : la recherche française décroche, à cause d’un sous-investissement chronique », déclare la même ministre de la Recherche (qui décroche), et le même jour, le 7 octobre dernier, auditionnée par le sénat pour défendre le  projet de loi de programmation de la recherche. Qui ne répond pas du tout aux enjeux soulignés par la ministre elle-même dans son constat implacable. Embarquée dans le bateau ivre du libéralisme macronien, l’ancienne chercheuse qu’elle est (biochimiste, spécialiste en génétique moléculaire) s’avère incapable de renverser la table pour que la recherche française relève la tête. « Pour palier le déficit d’attractivité de la recherche française, ce projet de loi prévoit qu’aucun chercheur ne sera embauché en dessous de deux Smic (contre 1,3 actuellement), résume le Huffington post. Et c’est à peu près la seule mesure qui a l’air d’être bien accueillie dans le monde de la recherche. »

Que reprocher à ce projet de loi ? « En pleine crise sanitaire, le 19 mars, Emmanuel Macron en visite à l’institut Pasteur tweetait : «La crise du Covid-19 nous rappelle le caractère vital de la recherche scientifique et la nécessité d’investir massivement sur le long terme», rappelle Muriel Ressiguier, députée France insoumise du Parti de gauche. Nous pouvions donc espérer une prise de conscience sur les enjeux de la recherche et ses besoins. Hélas, le projet de loi de Programmation pluriannuelle de la recherche, présenté le 22 juillet en conseil des ministres, est dans la même veine idéologique que l’avant-projet rendu public le 7 juin. Tout d’abord concernant le financement, sur les 25 milliards d’euros annoncés pour la recherche d’ici 2030, seuls 400 millions supplémentaires seront budgétisés en 2021 et nous n’avons aucune certitude sur l’engagement des gouvernements à venir. » Nous avons consacré un billet à cette entourloupe : le projet de loi s’engage sur une trajectoire budgétaire que les futurs gouvernements ne seront absolument pas tenus de suivre ; il promet donc des milliards qu’il ne verse pas. « La logique reste celle de l’ouverture au privé, de la mise en concurrence exacerbée et de la rentabilité à court terme, poursuit Muriel Ressiguier. Nous ne sommes pas les seuls à vous le reprocher, puisque ce texte est également rejeté par la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui n’y retrouve pas les propositions qu’elle a formulées lors de la grande consultation lancée par le ministère. (…) vous conservez le crédit impôt recherche (CIR), régulièrement remis en cause, notamment par la Cour des comptes, qui estime que son efficacité est difficile à établir au regard de son objectif d’augmenter les dépenses intérieures de recherche et développement des entreprises. Ce cadeau fiscal de plusieurs milliards d’euros par an devrait être réaffecté aux subventions pour charges de service public et bénéficier ainsi en partie à la recherche fondamentale et aux sciences humaines, qui sont les grandes perdantes du projet de loi. Sous couvert d’une compétitivité stimulante, votre texte va accélérer la dégradation des conditions de travail des chercheurs : la multiplication des contrats précaires, avec l’instauration de CDI de mission scientifique, les chaires de professeur junior, inspirées des tenure tracks américains, et les contrats doctoraux de droit privé tendent à supprimer peu à peu le statut de fonctionnaire. »

"Aujourd'hui, pour réussir, un bon scientifique doit être un stratège financier" soutient Emmanuelle Charpentier.
Emmanuelle Charpentier par Gordon Welters pour L’Express

Revenons enfin sur l’ « immense fierté pour l’ensemble de notre recherche » exaltée par Frédérique Vidal à l’annonce du prix Nobel. Pour le coup, la ministre est grotesque. Que déclarait en effet la chercheuse couronnée dans une interview à L’Express ? « La santé de la recherche en France, comme dans d’autres pays européens, n’est pas au mieux et je suis touchée, voire déprimée, lorsque j’en discute avec mes collègues français. Je ne sais pas si, étant donné le contexte, j’aurais pu mener à bien le projet CRISPR-Cas 9 en France. Si j’avais fait une demande de financement, il est probable que l’Agence nationale de la recherche (ANR) n’aurait pas alloué de fonds à mon projet. » Emmanuelle Charpentier a fait toute sa carrière à l’étranger. Toujours fière, Frédérique Vidal ?

PS : il faut lire La virologie est un sport de combat, tribune signée Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à l’université d’Aix-Marseille, qui travaille sur les virus à ARN (acide ribonucléique), dont font partie les coronavirus. Il dénonce très concrètement « le sous-financement récurrent de la recherche publique en France en général dans les 20 dernières années ; la précarité grandissante des personnels de ces laboratoires ; le sous-équipement dramatique en grands instruments scientifiques essentiels aux développements de thérapies antivirales ; le faible niveau des salaires des chercheur·ses, très éloignés de ceux des haut·es fonctionnaires ; et finalement, le peu de considération dont ils font l’objet par les femmes et les hommes politiques français. Elles et ils prétendent parler au nom de la science, souvent confondue avec la technologie, mais sans écouter les scientifiques. »

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Oct 072020
 

Censée répondre aux « attentes majeures des Français » ressorties du « grand débat », cette loi organise une réalité une dérégulation en faveur des implantations industrielles au détriment de l’environnement et de la sécurité, tout en ouvrant une voie royale à la corruption. Dans la discrétion des grands médias.

Loi Asap : le gouvernement continue à défaire le droit de l'environnement

La journaliste canadienne Naomi Klein l’a théorisé dans La Stratégie du choc, sous-titré La Montée d’un capitalisme du désastre, qui vise à « imposer d’un seul coup, immédiatement après une crise, les réformes économiques douloureuses, avant que les gens n’aient eu le temps de se ressaisir ». Elle balaie l’histoire contemporaine et analyse « Le coup d’État du Chili en 1973, suivi des strictes réformes économiques des « Chicago Boys » ; la guerre des Malouines en 1982, suivie de la rigueur thatchérienne ; le massacre de la place Tian’anmen en 1989 et le tournant économique néolibéral chinois ; l’attaque du Parlement russe en 1993 par Boris Eltsine et la libéralisation la plus débridée au profit des oligarques ; les attentats de 2001 puis l’invasion de l’Irak en 2003, suivis de la privatisation de la guerre, de la défense et de la sécurité ; le tsunami en 2004, suivi du déplacement des populations au profit d’installations hôtelières et d’une dérégulation étatique ; l’ouragan Katrina en 2005 suivi de la refonte sociologique de la Nouvelle Orléans et de la privatisation de secteurs publics entiers, etc. » Ajoutons désormais à la liste la pandémie de la Covid-19. Que font en effet les macronistes avec leur loi Accélération et simplification de l’action publique (Asap) ? « Ce texte poursuit à marche forcée le démantèlement du droit de l’environnement », résume Reporterre.

Open bar pour la bétonisation et la destruction de la biodiversité

Asap signifie en anglais as soon as possible, aussi vite que possible. Que faut-il donc faire, selon le gouvernement, aussi vite que possible ? Une fois n’est pas coutume, donnons la parole à Lutte ouvrière : « Le gouvernement a fait voter une loi dite de simplification administrative qui, entre autres, autorise les entreprises à lancer la construction d’un nouveau site industriel avant que soient terminées toutes les enquêtes administratives quant à son éventuel impact sur l’environnement. Elle diminue aussi les délais de recours pour demander une concertation sur certains projets. Et, si elle reconnaît quand même que chacun a le droit d’être informé des risques auxquels il est soumis, cette possibilité reste limitée par l’obligation de respecter le secret des affaires. Des réglementations existaient qui entravaient, un tout petit peu, la possibilité laissée à certains patrons de transformer une région en poubelle ou d’empoisonner l’eau ou le sol. Au lieu de les faire respecter, on les supprime tout simplement. » Délire de gauchiste ? Hélas non : « le gros morceau se trouve dans le titre III, sur la «simplification des mesures applicables aux entreprises», résume Reporterre. Et plus précisément, aux sites industriels. Lorsque ceux-ci veulent s’implanter, ils doivent — en fonction de leur dangerosité – donner des garanties de sécurité, évaluer les risques sur la santé et l’environnement, consulter les riverains. Les articles 21 à 26 du projet de loi visent à gommer des étapes dans ce processus, pour toujours plus d’industries… et donc de terres bétonnées. (…) Parmi les plus contestés, l’article 25 donne la possibilité au préfet, dans certains cas, de dispenser l’industriel d’enquête publique et de la remplacer par une simple consultation publique. »

Détruire d’abord, avoir l’autorisation (ou pas) après

Abordons le point sans doute le plus ahurissant : « L’article suivant, le 26, enfonce un clou de plus dans le cercueil du droit de l’environnement. Il prévoit que les travaux pourront commencer avant que l’autorisation environnementale ne soit délivrée. Cette autorisation vérifie que le projet (d’usine ou d’entrepôt, par exemple) a bien pris en compte toutes les conséquences sur l’eau, la biodiversité, l’air, etc. Il sera donc possible de détruire à coup de bulldozers la biodiversité… avant d’avoir l’autorisation de le faire. Autrement dit, d’artificialiser les sols en toute impunité. Que se passera-t-il si l’autorisation environnementale est finalement refusée? «On aura fait tous ces dégâts à la biodiversité, tous ces travaux pour rien!» s’émeut Morgane Piederrière [porte-parole de France Nature Environnement]. Ou alors, les travaux ayant commencé, la biodiversité sur le site ayant déjà été détruite, il n’y aura plus grand-chose à sauver, et il sera bien plus facile d’obtenir l’autorisation environnementale. «Cela légitime la politique du fait accompli», regrette encore la juriste. »

Émilie Cariou — Wikipédia

À qui profite le crime ? « Ce sont des revendications du Medef depuis la nuit des temps », constate Émilie Cariou, députée macroniste repentie (elle fait partie des fondateurs du groupe Écologie démocratie solidarité créé en mai dernier). Sa circonscription, la Meuse, doit accueillir le très controversé projet d’enfouissement des déchets nucléaires Cigéo, or Asap supprime la commission chargée d’évaluer le coût du démantèlement du nucléaire et de ses déchets : « L’excuse est qu’elle n’a jamais siégéMais il aurait été important qu’elle siège, j’ai tenté — par des amendements cosignés avec Barbara Pompili­ [l’actuelle ministre de la Transition écologique et solidaire] – de la réactiver plusieurs fois et cela a été refusé.» On interdit que la commission se réunisse et l’on dit ensuite : « regardez, elle ne s’est jamais réunie ! » Trop fort.

Mathilde Panot, députée France insoumise, résume la philosophie de la loi Asap : «On réduit le nombre d’agents publics, donc le nombre de contrôles, donc l’efficacité des lois. Ensuite, on dérégule. Et enfin, on privatise les missions de l’État [concernant l’Office national des forêts et les chambres d’agriculture], on affaiblit la puissance publique et on met les gens en danger sur la question des risques industriels. Tout cela au moment où la crise sanitaire nous a fait ressentir l’importance du service public. C’est un choc de simplification, un texte idéologique qui vise à démanteler l’État et va à contresens de tout ce qu’on aurait dû apprendre de la période Sur les risques industriels que la députée mentionne, l’article 23 de la loi « prévoit que si un nouveau site industriel s’implante dans un lieu où d’autres sont déjà installés, on n’étudiera les dégâts que de ce nouveau site, et pas ceux cumulés de toutes les activités, synthétise Reporterre. Pourtant, l’accident de Lubrizol a permis de constater ces effets cumulés, les entrepôts du voisin NL Logistique ayant aussi largement brûlé. » La zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer comporte par exemple 13 sites Seveso et on ne les prendra pas en compte pour autoriser une nouvelle activité dangereuse ? Proprement hallucinant.

L’hydre de la corruption invitée au festin

Christophe Grébert : "J'intègre l'association Anticor et devient son  co-référent pour les Hauts-de-Seine" - MonPuteaux.com

Comme si tout cela ne suffisait pas, la loi Asap ouvre grand la porte à la corruption, comme l’explique un expert en a matière, Kévin Gernier, chargé de mission collectivités territoriales auprès de Transparency France, interrogé par Marianne : « Il y a d’abord le seuil en dessous duquel une personne publique qui veut réaliser un marché est dispensée de publicité et autres formalités administratives. Il y a un mouvement de fond qui s’est récemment accéléré. On est passé de 4 000 euros à 25 000 en 2011, puis à 40 000 fin décembre dernier, notamment sous l’impulsion des Sébastien Lecornu, alors ministre en charge des Collectivités territoriales et d’Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances. Laquelle a multiplié les réunions avec le secteur du BTP à Bercy. Puis un décret de juillet l’a propulsé à 70 000 euros pour une période de un an. Le texte Asap ne mentionne plus de seuil. » Transparency et Anticor dénoncent ensemble cette loi qui limite « l’encadrement des marchés publics et le droit à l’information » : « le projet de loi introduit ainsi un «motif d’intérêt général» permettant de justifier la conclusion d’un marché public sans aucun appel d’offre préalable, quel que soit son montant. Un élu local ou un agent public pourrait ainsi conclure un contrat de plusieurs millions d’euros avec l’entreprise de son choix sans mise en concurrence préalable, s’il estime que le délai nécessaire à cette procédure serait «manifestement contraire à un motif d’intérêt général». Le Code de la commande publique inclut pourtant déjà une palette de situations justifiant de passer outre cette procédure essentielle pour éviter le risque de favoritisme et le potentiel surcoût pour la communauté (urgence impérieuse, première procédure infructueuse, etc.). L’ajout de cette référence – très large – à «l’intérêt général», qui devra être précisée par décret en Conseil d’État, pourrait faciliter la signature de contrats opaques avec une dimension clientéliste ou même d’enrichissement personnel. » Et le droit à l’information ? Il sera restreint concernant « des éléments dont la divulgation serait «de nature à faciliter des actes susceptibles de porter atteinte à la santé, la sécurité et la salubrité publique». Cette mention risque de justifier de nombreux refus d’accès à des documents par l’administration, et elle pourrait mettre en danger la protection des lanceurs d’alerte qui choisissent de divulguer des informations sur des menaces à l’intérêt général. »

STOCK TUYAUX DE POÊLES POUR LES PROS | Cheminées Céline

Concluons avec Politis et la plume de notre confrère Michel Soudais : « Dans l’exposé des motifs, très succinct, qu’en avait donné le gouvernement lors de son adoption en Conseil des ministres le 5 février, ce projet de loi prétendait répondre aux «attentes majeures des Français» ressorties du grand débat national «en matière de transformation de l’action publique, de simplification de leur relation avec l’administration et d’accompagnement de leurs projets». La fumisterie est complète. Le texte comprend bien des mesures de simplification consensuelles à destination des particuliers (…) Mais les dispositions relatives à la simplification des procédures applicables aux entreprises sont bien plus nombreuses. (…) Difficile de ne pas voir dans l’empilement de mesures de ce monstre législatif la patte de puissants lobbys. Il s’agit en définitive, en diabolisant les réglementations, instances de concertation et de réflexion, de lever les obstacles à la relance de l’économie. Dans la «libération des énergies», qui guide la macronie depuis la réforme par ordonnances du code du travail, la loi Asap que des parlementaires et juristes ont traduit As soon as possible («aussi vite que possible»), un leitmotiv libéral en vogue outre-Atlantique, marque un grand recul de l’État. Au détriment de la justice sociale, de l’environnement, de la santé et de la démocratie. Car moins de règles et moins de procédures, c’est au final moins de protections. »

Face aux dégâts dévastateurs de cette loi, l’on reste pantois et désabusé devant l’extrême discrétion des médias dominants.

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Oct 052020
 

Hallucinant message de la préfecture de police de Paris sur Twitter :

Il existe donc (depuis février 2020, création à Bobigny) une « cellule de lutte contre l’islamisme et le repli communautaire » – que nous baptiserons Clirc). Sous l’égide de laquelle on a contrôlé aujourd’hui une école « attachée à une mosquée ». « Procédure classique », nous précise-t-on. Donc rien à voir avec la future loi. Dont on n’a visiblement pas besoin pour qu’une « cellule de lutte contre l’islamisme et le repli communautaire » n’aille contrôler les écoles confessionnelles. Et finalement quoi ? « Plusieurs insuffisances liées à la sécurité incendie ». Signification de ce message ? « Vous voyez, on lutte contre l’islamisme : on a déjà chopé une école où il manquait deux extincteurs ! »

Cette mosquée ou cette école, rue Jean-Pierre Timbaud dans le onzième arrondissement de Paris, ont-elles été repérées comme radicalisées ? Qu’on nous le dise. Ou l’a-t-on ciblée au hasard ? À croire Hamadi Hammami, président de l’association Foi et Pratique responsable de la mosquée, qui interpelle le Conseil français du culte musulman (CFCM), cette association, membre fondatrice du CFCM, est «présente depuis plus de 40 ans, et ne représente en rien un danger contre la République et ses valeurs, bien au contraire. Nous œuvrons tous, pour former les citoyens de confession musulmane de demain». Il précise : « Ce matin, une quinzaine de policiers, tous corps confondus, ont fait irruption dans la mosquée Omar pendant les cours d’arabeLes enfants et les enseignants ont été choqués par cette intrusion, qui n’a aucun sens.»

Musulmans, juifs et cathos partagent des makrouds à la mosquée JP Timbaud |  StreetPress
La mosquée ciblée a pourtant affiché sa non-radicalisation.

Didier Lallement, préfet de police de Paris, a dû confondre mosquée Omar et mollah Omar, c’est ballot. Il aurait dû lire StreetPress du 15 décembre 2015 : « En 2012 l’imam de la mosquée Omar était expulsé du pays, accusé de prêcher un djihad violent. Aujourd’hui le lieu de culte affiche une banderole «Pas en mon nom». Il en est aussi question dans Le Figaro du 27 septembre dernier, qui titrait Attentat près de l’ancien siège de Charlie Hebdoà la mosquée Omar, on fustige «cet acte ignoble» : « Ce premier dimanche d’automne, la banderole «not in my name» – «pas en mon nom» –, aurait pu être à nouveau affichée sur le fronton de la mosquée Omar (…) «Nous aurions pu ressortir cette banderole que nous avions affichée sur notre façade en 2015 après les attentats de Charlie Hebdo, confie au Figaro Hammami Hamadi, le président de l’association Foi et pratique, responsable de la mosquée. C’est le message qu’a prononcé l’imam dans son prêche de vendredi. Comment peut-on se reconnaître dans un acte aussi ignoble que cruel, ce n’est pas possible. Lors de la publication des nouvelles caricatures, il n’y a eu aucun remous dans la communauté. » Conclusion : la cible du jour est justement une mosquée exemplaire par sa condamnation du terrorisme !

Annonçant la création de la première Clirc, RTL expliquait : « L’idée est de mobiliser les services de renseignement, mais aussi les collectivités locales, les municipalités, l’éducation nationale, voire des particuliers. Objectif : détecter et prévenir le prosélytisme et le communautarisme. » Avantage avec les particuliers : ils peuvent faire milice ou délation… À travers ce qui débouche finalement sur un contrôle incendie dans une école coranique, n’est-ce pas le gouvernement Macron-Castex-Darmanin qui joue avec le feu ?
PS : que cette campagne présidentielle va être longue…

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Oct 022020
 

Devinette : quel est l’auteur de cette critique sur Twitter du film documentaire signé du journaliste David Dufresne Un Pays qui se tient sage, enquête coup-de-poing sur les violences policières ? « Impossible de terminer cette semaine sans parler d’#UnPaysQuiSeTientSage. Un titre évocateur qui interroge l’instrumentalisation de la force publique par un pouvoir politique qui entend priver les Français de leur liberté de manifester. » Absolument d’accord : le durcissement effroyable de la répression en Macronie – 82 blessés graves dont une douzaine d’éborgnés parmi les Gilets jaunes – ne peut qu’ouvertement servir l’objectif de dissuader des citoyens apeurés par les violences de participer aux manifestations. « Nier cette volonté politique manifeste reviendrait à reconnaître l’incapacité de la police et la gendarmerie à assurer l’ordre public sans blesser des innocents, tout en garantissant la liberté de manifester. Or notre savoir-faire en la matière est incontestable. @davduf – aidé en cela par les milliers de témoins anonymes -, réunit des intervenants dont aucun ne sera en mesure de légitimer les dérives dont les preuves déroulent sous nos yeux, et dont certaines victimes témoignent avec une sincérité bouleversante. #UnPaysQuiSeTientSage fait appel à notre humanité, pour rendre hommage et justice à ceux qui simplement « n’auraient pas dû être là », parce qu’ils ne font pas partie du même camp. Reconnaître ces injustices ne fera pas de vous des « anti flics », mais simplement des êtres humains. » Alors, qui écrit cela ? Un syndicat policier. Et si l’on croit en une police républicaine, on ne peut que saluer l’expression libre des héritiers du premier syndicat historiquement de la police, créé en 1883, qui se proclame « syndicat de la colère des policiers », Vigi Ministère de l’Intérieur.

Comme dirait Didier Super, Y’en a des biens.
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Oct 022020
 

Ça y est, la recherche publique française, à l’Institut Pasteur de Lille, a trouvé un médicament contre la Covid-19 ! Vous n’en avez pas entendu parler ? C’est qu’il manque juste un essai clinique pour valider définitivement son efficacité. Qu’il coûte 5 millions d’euros et que le gouvernement ne les verse pas. Scandale !

Le médicament hospitalier, un marché en pleine forme mais sous observation

Le 10 mai dernier, le docteur Jean Dubuisson, responsable de l’équipe Virologie moléculaire et cellulaire à l’Institut Pasteur de Lille, qui pilote une étude visant à identifier des molécules efficaces contre la Covid-19, était optimiste : « Tous ces tests seront finis d’ici à la fin mai, annonçait-il dans les colonnes de 20 minutes. Il est quasiment sûr que nous allons trouver des molécules efficaces contre la Covid-19. Pour l’instant, nous en avons identifié une dizaine qui donnait de bons résultats. Mais pour valider ces recherches, il faut passer par des tests sur des animaux, car nous ne sommes pas à l’abri d’un effet secondaire. » Où en est-on aujourd’hui ? Nouvel article le 29 septembre : « Des chercheurs de l’institut Pasteur de Lille ont confirmé, ce mardi, à 20 Minutes, avoir trouvé une molécule efficace contre la Covid-19. » Alléluia ! «Reste à mener un essai clinique pour valider définitivement l’activité antivirale de cette molécule», souligne un membre de l’équipe de recherche. Selon lui, cette dernière ligne droite peut aller assez vite. «Nous avons besoin de plusieurs centaines de patients pour ces essais», assure-t-il. Mais pour l’instant, c’est l’absence de financement qui constitue un frein. Selon nos informations, il manque cinq millions d’euros et une demande d’aides a été formulée auprès de l’Etat qui «pour l’instant, n’a pas manifesté beaucoup d’intérêt». Les bras nous en tombent. Le gouvernement fait pleuvoir des milliards de « pognon de dingue » sur les entreprises, sans aucune contrepartie, mais n’est pas fichu de débloquer en urgence 5 millions pour nous permettre de disposer d’un médicament. Comment l’expliquer ? Incompétence, lourdeurs et lenteurs bureaucratiques ? Ne versons pas dans le complotisme en formulant l’hypothèse délirante que le gouvernement ne veut pas de médicament pour maintenir la population en état de vulnérabilité et donc de peur, et lui imposer ainsi des restrictions à ses libertés fondamentales. Mais alors quoi ? Il est plus que temps de médiatiser davantage cette information, pour forcer nos gouvernants à verser aux chercheurs les 5 millions qui leur manquent. Immédiatement.

Mise à jour du 9 octobre : c’est le groupe de luxe de Bernard Arnault LVMH qui a versé les 5 millions.

(et cet article est le flop le plus dingue de ce blog, avec 14 vues !)

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