Juil 012020
 

Pour l’ensemble de son œuvre, hélas encore inachevée, le préfet de police de Paris Didier Lallement méritait bien son pilori sur plumedepresse !

Lallement et Castaner, les copains et les coquins, morts de rire lors de la première journée nationale d’hommage aux victimes du terrorisme (11/06/2020).

Le dossier est lourd, très lourd. Par quoi commencer ? Allez, la déclaration qui a inspiré le (piteux) titre de ce billet, en date du 24 juin 2020, carrément dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, y était auditionné par la commission d’enquête parlementaire sur les obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire. Répondant à Ugo Bernalicis, député La France insoumise, à propos du laisser-faire total de la préfecture face aux manifestations « sauvages » des policiers – parfaitement illégales – protestant qu’on les accuse de racisme et de violence et qu’on veuille les empêcher d’étrangler les gens jusqu’à la mort, il a osé cette réponse : « Je n’ai pas trouvé les organisateurs. » Libération déduit : « En conséquence : aucune interpellation n’a pu avoir eu lieu puisque pour que le délit d’attroupement «soit constitué, il faut que la personne qui a appelé à la manifestation soit identifiée». Didier Lallement venait pourtant d’expliquer que dans les cas des manifestations non autorisées, qui sont appelées sur les réseaux sociaux, «la doctrine que j’ai mise en place, c’est de dire : oui, on interpelle, puisqu’il y a un délit d’attroupement qui est constitué».
Sauf que là, donc, il n’a pas trouvé les organisateurs.

L’humoriste Alex Vizorek, au micro de Par Jupidémie sur France Inter, s’illustre mieux qu’un analyste juridico-politique en s’exclamant en substance : « C’est bête, quel dommage qu’il ne dispose pas d’équipes d’enquêteurs ! » C’est entendu, ce « Je n’ai pas trouvé les organisateurs » est à la fois grotesque et odieusement méprisant tant il insulte la représentation nationale à laquelle il s’adresse. Les députés vont-ils croire une seconde que le préfet de police de Paris est incapable de trouver qui a organisé cette manifestation illégale de policiers ? Les limiers de Libération y sont parvenus, eux : « En cherchant l’origine de ces manifestations sur les réseaux sociaux, CheckNews a pu identifier plusieurs messages, qui indiquent que les rassemblements parisiens répondent à l’appel de la BAC 75N, c’est-à-dire la brigade anticriminalité de nuit de Paris. Ainsi, la page Facebook du syndicat policier Unité SGP Police 94 note le 14 juin qu’elle «a répondu présente à l’appel initié par nos collègues de la BAC 75N, appelant à se réunir au pied de l’arc de Triomphe». Idem le 18 juin, elle note «Unité SGP 94 présent lors du rassemblement initié par la Bac 75 N au Château de Vincennes», où avait lieu un nouveau rassemblement. » Ce bon préfet Lallement n’avait pas pensé à aller voir sur Twitter ! Et les organisateurs de la manifestation illégale ne seront pas inquiétés.

Une autre déclaration de Lallement fait encore frémir à la relecture : « ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, ceux qu’on trouve dans les réanimations, désormais, aujourd’hui, ce sont ceux qui au début du confinement, ne l’ont pas respecté. C’est très simple. Il y a une corrélation très simple. » Cette fois, le préfet a dû présenter ses excuses: « la préfecture de police a fait savoir, par le biais d’un communiqué, que Didier Lallement « regrette les propos qu’il a tenus ce matin lors d’une opération de contrôle des mesures de confinement et tient à les rectifier. » Toujours selon la préfecture, « son intention n’était pas d’établir un lien direct entre le non-respect des consignes sanitaires et la présence des malades en réanimation. Il s’agissait de rappeler la nécessité d’une stricte application du confinement dans cette période, pour la protection de la santé de chacun. » En bref, il ne voulait pas dire ce qu’il a très exactement dit, en des termes on ne peut plus explicites. Sors les rames, Didier !

« Nous ne sommes pas dans le même camp, Madame »
Nous vous annoncions un dossier très lourd et nous tenons nos promesses. Il y a donc aussi cette scène captée en vidéo, face à une manifestante Gilet jaune.

Pourquoi donc le préfet, qui « s’abstient, dans l’exercice de ses fonctions, de toute expression ou manifestation de ses convictions religieuses, politiques ou philosophiques » (code de déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale), dit-il à cette femme qu’ils ne sont « pas dans le même camp » ? Parce qu’elle manifeste contre le pouvoir ? Qu’elle manifeste tout court ? La question reste posée. La réponse suggérée côté préfectoral relève là encore du parfait foutage de gueule : « L’entourage du préfet de police de Paris assure à franceinfo que Didier Lallement parlait « du camp des casseurs et pas de celui des gilets jaunes. » Il est vrai que la femme à qui il s’adresse ressemble furieusement à une membre des black blocks !

« Mise en danger de la vie d’autrui »

Priscillia Ludosky, co-organisatrice d’une manifestation Gilets jaunes en novembre 2019, porte plainte contre le préfet de police de Paris.

Mais voyons concrètement comment Lallement traite donc ces Gilets jaunes qu’il assimile tous à des casseurs, avec l’exemple d’une manifestation de novembre 2019, qui lui vaut une plainte pour « atteinte à la liberté individuelle par personne dépositaire de l’autorité publique », « entrave à la liberté d’expression, de réunion et de manifestation » et « mise en danger de la vie d’autrui. » Les plaignants sont les co-organisateurs de la manifestation, Priscillia Ludosky et Faouzi Lellouche. Ils sont soutenus par la Ligue des droits de l’Homme, qui dénonce de « graves atteintes aux libertés » et « un recours disproportionné à la force publique », et décompte « au moins 94 blessés. » Dont un énième éborgné : insupportable ! Que s’est-il passé ?

La stratégie de la nasse contre le droit de manifester est le titre du rapport de 30 pages de L’Observatoire parisien des libertés publiques, émanation de la Ligue de droits de l’Homme. En voici la conclusion : « La manifestation prévue au départ de la place d’Italie a été le théâtre d’interventions violentes, d’un recours massif aux armes du maintien de l’ordre, dont des armes de guerre, par les forces de police et de gendarmerie présentes sur place. Place d’Italie, on dénombre 94 personnes prises en charge par les secouristes de rue présents sur place, une personne mutilée ayant perdu un œil, un journaliste grièvement blessé au visage et des personnes en état de détresse (évanouissements, crises de panique). L’Observatoire s’inquiète de l’emploi d’armes qui mutilent, blessent et traumatisent. Utilisées dans le cadre d’une stratégie de dissuasion et d’intimidation, elles affaiblissent le droit de manifester pourtant nécessaire dans une société démocratique. Il s’alerte également que journalistes et «streets-médics» soient pris pour cible. (…) De multiples irrégularités ont été constatées, telles l’absence de sommations, l’utilisation d’armes en dehors de toute nécessité ou proportionnalité, et l’absence d’insignes ou d’identification de policiers en intervention. »

Premier mai 2019 chamailleur

« L’Observatoire s’inquiète de la pratique de la nasse comme technique de maintien de l’ordre, poursuit le rapport. Cette technique policière à l’utilisation de plus en plus fréquente, pose en effet des réelles questions quant à sa légalité (privation de liberté hors cadre légal, limitation injustifiée des libertés d’aller et venir, d’expression, de réunion et de manifestation) et aux risques qu’elle engendre pour l’intégrité physique des personnes, manifestant·es ou non. Ces éléments conduisent l’Observatoire à s’interroger quant aux objectifs poursuivis par les autorités et salles de commandement à travers la mise en place d’un encadrement de cette nature, dont la capacité à accroître considérablement les tensions et à augmenter les risques de blessures graves ne pouvait raisonnablement être ignorée. Les autorités ont-elles véritablement souhaité éviter les heurts, violences ou débordements ? Au contraire, il apparaît que la stratégie du maintien de l’ordre adoptée et la stratégie de communication offensive, ont constitué un cadre particulièrement favorable au développement de ces situations, entraînant in fine la justification de la nasse place d’Italie, de «l’interdiction» de tout départ de cortège et de la répression particulièrement violente qui a suivi au cours de l’après-midi. »

A police officer kicks a protester during an anti-government demonstration called by the « Yellow Vest » (Gilets Jaunes) movement on January 12, 2019, on the Place de l’Etoile, in Paris. – Thousands of anti-government demonstrators marched in cities across France on January 12 in a new round of « yellow vest » protests against the president, accused of ignoring the plight of millions of people struggling to make ends meet. (Photo by LUDOVIC MARIN / AFP)

Utiliser sciemment la violence pour imprimer la peur et dissuader les citoyens d’aller manifester : la systématisation de cette pratique date en France de François Hollande (pour réprimer la contestation de la loi El Khomri), dont on n’imaginait pas le jour de son élection qu’il infligerait au « pays des droits de l’Homme » (sic) une telle escalade autoritaire et liberticide. Emmanuel Macron s’est coulé avec aisance dans ses traces. Et la justice, laisse-t-elle faire ? La plainte contre Lallement n’a évidemment aucune chance : à Lyon, en 2010, plus de 600 personnes avaient été encerclées par la police pendant plus de six heures sur la place Bellecour, lors d’une manifestation contre la réforme des retraites de Sarkozy, et 19 associations et syndicats avaient porté plainte, comme le rappelle Le Monde. Verdict : non-lieu pour le préfet et le chef de la police lyonnaise de l’époque, confirmé en mars dernier par la cour d’appel. Pas trop de soucis en vue pour notre préfet de police de Paris. Sauf si l’on considère qu’à la différence de l’affaire lyonnaise, on a compté 94 blessés place d’Italie !

Même s’il s’agit de son bilan le plus glorieux, Lallement n’en est pas à son coup d’essai en matière de brutalité : avant Paris, il était préfet de Nouvelle-Aquitaine. Résultat ? Un rapport de soixante pages dédiées à sa politique lors des manifestations en termes de maintien de l’ordre, signé de l’Observatoire girondin des libertés publiques. Émanant comme son frère parisien de la Ligue des droits de l’Homme, il rassemble notamment Greenpeace, Médecins du monde ou le Syndicat des avocats de France. Sous le titre offensif d’Une politique d’intimidation, le rapport ne mâche pas ses mots : « politique d’escalade de la violence« « sommations inexistantes », « répression des manifestations lycéennes », « usage non-maîtrisé et dangereux des armes » (grenades GLI-F4, LBD-40, Lacrymogènes…), « répression judiciaire » (« entrave à la liberté de manifester », « gardes a vues », « traitement judiciaire des procédures à l’encontre des manifestants »…), énumère France 3.

Le matraquage de parlementaire aussitôt approuvé

« Je marchais tranquillement pour rejoindre mon vélo, avec un ami, vers la place des Victoires quand on s’est fait rattraper par des policiers. J’ai à peine eu le temps de sortir ma carte de parlementaire, de crier mon nom et ma qualité, que je me suis pris des coups de matraque télescopique. Mon ami a eu le même sort » : tel est le récit que fait le député France insoumise Loïc Prud’homme des faits survenus le 2 mars 2019 à Bordeaux. Et le préfet de Nouvelle-Aquitaine d’alors dans cette affaire ? Eh bien notre ami Lallement s’est fendu d’un message sur Twitter à chaud : pour lui, en matraquant un parlementaire qui quitte tranquillement une manifestation, les policiers « ont fait correctement leur travail » et il « les soutien[t] totalement. » Voilà qui suscite la colère d’Eric Coquerel, qui s’exprime ci-dessus, et de son organisation entière, comme le relate L’Obs.com : « La France Insoumise a affirmé dans un communiqué que Loïc Prud’homme avait été matraqué « en toute impunité » par « des policiers » alors qu’il « partait pacifiquement de la manifestation. Ils l’ont fait consciemment après avoir reconnu la fonction de Loïc », ont-il dénoncé. « Frapper un député symbolise la dérive autoritaire actuelle. Nous demandons immédiatement la démission de M. Castaner, ainsi que des excuses et l’ouverture d’une enquête de l’IGPN. » Les Insoumis peuvent toujours courir, et Lallement lui aussi, court toujours… Car revenons à l’accablant rapport de l’Observatoire girondin des libertés publiques, et précisément à sa conclusion : « L’OGLP s’inquiète de voir que les stratégies bordelaises du préfet Didier Lallement, que nous dénonçons dans ce dossier, semblent au contraire avoir été appréciées du gouvernement, au point qu’il a été promu depuis à la préfecture de Paris, comme symbole du durcissement souhaité de la politique du maintien de l’ordre dans la capitale. Nous y voyons une fuite en avant dangereuse pour les droits et libertés comme pour les personnes et souhaitons que ce dossier serve de signal d’alarme. »

Le journaliste David Dufresne dénonce l’omerta des médias français sur les violences policières.

Résumons-nous et concluons : non, las, ce rapport n’aura pas servi de signal d’alarme et le maintien à son poste de cet énergumène, promu à Paris en récompense de ses multiples dérapages, avec sa soi-disant doctrine de gestion de l’ordre qui ne fait que semer le chaos (et terrifie les citoyens, à qui ça apprendra d’aller manifester !), illustre la dérive d’une Macronie en roue libre, qui n’est plus aujourd’hui soutenue par personne mais use et abuse de la violence pour étouffer les oppositions. Cela avec la complicité des médias dominants : « Il y a eu une «omerta ahurissante» des médias français sur les violences policières durant le mouvement des Gilets jaunes, a lancé David Dufresne, en recevant jeudi 14 mars son Grand Prix du jury du journalisme 2019 des mains des journalistes du Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin. «Ces images étaient sous nos yeux. Faites votre boulot !», a-t-il lancé, en emportant son trophée, sous une belle ovation. »

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Juin 242020
 

La dérive autoritaire du pouvoir macroniste, dont nous protègent encore à l’occasion les institutions républicaines – hélas pas de la façon brutalement répressive dont s’exerce le « maintien de l’ordre public », s’avère chaque jour plus flagrante, comme viennent de l’illustrer deux exemples édifiants. Ainsi, sans le Conseil d’État, le gouvernement continuerait tranquillement de violer plusieurs libertés fondamentales : la liberté de manifester et le droit d’expression collective des idées et des opinions, la liberté de réunion et la liberté syndicale, excusez du peu, avec l’interdiction de manifester qu’il entendait maintenir jusqu’en… novembre !

Et sans le Conseil constitutionnel, c’est à la liberté d’expression qu’aurait attenté la Macronie. En effet, la loi « visant à lutter contre les contenus haineux sur Internet », dite loi Avia, du nom de sa rapporteure Laetitia Avia (députée de Paris La République en marche), votée le 13 mai et qui devait entrer en application en juillet, a été pulvérisée par l’instance placée au sommet de la hiérarchie de la justice française. Le Monde résume : « Le juge constitutionnel a censuré sa disposition-phare, l’obligation faite aux réseaux sociaux [sans l’intervention d’un juge, NdA] de supprimer, dans les vingt-quatre heures, sous peine de lourdes amendes, les contenus «haineux» qui leur sont signalés sur Facebook, Twitter, Snapchat, YouTube… Pour le Conseil constitutionnel, ce mécanisme risquait de porter «une atteinte à l’exercice de la liberté d’expression et de communication qui n’est pas nécessaire, adaptée et proportionnée». Or, c’était «le cœur du texte», comme l’affirmait Mme Avia, en mai 2019. » Ce qui conduit le quotidien débuter son article par les mots « C’est une gifle. »

Pour mieux comprendre ce à quoi nous avons de justesse échappé grâce à l’avis du Conseil constitutionnel, donnons la parole à l’association de défense des libertés en ligne La Quadrature du Net : « Victoire ! Après une longue année de lutte, le Conseil constitutionnel vient de déclarer contraire à la Constitution la quasi-intégralité de la loi de lutte contre la haine en ligne. Au-delà de sa décision, le Conseil constitutionnel refuse le principe d’une censure sans juge dans un délai imposé d’une heure ou de vingt-quatre heures. En prétendant lutter contre la haine, la loi organisait en réalité une censure abusive d’Internet : la police pouvait exiger la censure de contenus à caractère terroriste en une heure ; les grandes plateformes devaient censurer tout contenu qui pourrait être haineux en vingt-quatre heures. Le Conseil constitutionnel a rendu une décision claire : ce principe de censure dans un délai fixe, que le Conseil critique violemment, est contraire à la Constitution. Comme nous le relevions dans nos observations envoyées au Conseil constitutionnel, un tel délai fixe, pour tout type de contenu, aggrave considérablement les risques de censures abusives, voire de censure politique. »

Imaginez : il eût suffi que la police allègue d’un « contenu à caractère terroriste« , quitte à faire un usage immodéré du terme pour criminaliser la contestation politique et sociale, pour que les Facebook, Twitter, Youtube et leurs amis soient obligés de retirer le contenu incriminé en une heure, sous peine d’un an d’emprisonnement et de 250 000 euros d’amende ! Le caractère liberticide de cette loi sautait aux yeux : « Ce texte a été vertement critiqué, tant par les députés, de droite comme de gauche, que par des instances comme le Conseil national du numérique, la Commission nationale consultative des droits de l’homme ou des associations comme La Quadrature du Net, récapitule Le Monde. Tous accusent ce texte de faire reculer la liberté d’expression en confiant à des acteurs privés d’importants pouvoirs en la matière. Les opposants au texte craignent notamment que, par peur des amendes et en l’absence de sanctions significatives pour «surcensure», les réseaux sociaux soient incités à supprimer des contenus pourtant légaux. »

Mais La République en marche ne s’y est pas arrêtée. Prête à fouler aux pieds les libertés fondamentales. « Essayez la dictature et vous verrez ! », avait lancé Emmanuel Macron, pour fustiger les voix dénonçant sa dérive autoritaire. Il vient coup sur coup de leur donner deux fois raison. « Essayez la dictature »… Avec l’interdiction de manifester puis la tentative de censure de la liberté d’expression sur Internet, il semble que l’apprenti autocrate se soit lui-même pris au mot.

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Juin 172020
 

De 58 milliards à… 500 : le chiffre dont s’est vanté le président hisse le mensonge à une échelle stratosphérique. Dans l’indifférence quasi-générale.

« Super-menteur » : les Guignols avaient ainsi surnommé Chirac et Sarkozy s’était ensuite aisément glissé dans le costume. Mais Macron les fait aujourd’hui passer pour des amateurs.

« Nous avons mobilisé près de 500 milliards d’euros pour notre économie, pour les travailleurs, pour les entrepreneurs, mais aussi pour les plus précaires. C’est inédit. Et je veux ce soir que vous le mesuriez aussi pleinement. Dans combien de pays tout cela a-t-il été fait ? C’est une chance et cela montre la force de notre État et de notre modèle social. »

Emmanuel Macron, 14 juin 2020

Devant notre écran de télévision comme 23,6 millions de Français, nous avions certes un peu sursauté : tant que cela ? « 500 milliards », mince, ça en fait de l’argent magique* ! Sauf qu’il s’agit d’argent imaginaire. Mais l’invraisemblable multiplication (par 8,6, comme la bière !) qu’a opérée Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée n’a pas fait les gros titres de l’actualité, bien que démontée par plusieurs confrères. Comme si le mensonge en politique ne choquait plus personne, tant il est devenu habituel. L’opinion est-elle mithridatisée ? Plutôt écœurée, sur l’air du « tous des menteurs, tous des voleurs, tous pourris ! », qui fait prospérer le meilleur ami du président, le vote d’extrême droite, son assurance-vie de réélection. Mais n’oublions pas le principal : aussi peu relevée, cette élucubration des 500 milliards passe pour vérité auprès de la grande majorité des citoyens.

Tout tient d’abord dans l’usage du mot « mobilisé », comme l’écrit très prudemment notre confrère du « quotidien de révérence référence » : « Selon les données communiquées au Monde par le ministère de l’Action et des Comptes publics, l’État a effectivement «mobilisé» 463 milliards d’euros pour lutter contre les conséquences du Covid-19, y compris celles liées au système de santé, soit un total proche du chiffre mentionné par le chef de l’État. » Bon, de 463 à 500, on n’est plus à cela près, penserez-vous. Mais gardez-vous bien d’en rester là : en fait, « Le chiffre impressionnant avancé par Emmanuel Macron ne comprend en réalité «que» 58 milliards d’euros de dépenses effectives« . Comment passe-t-il ainsi de 58 à 500 ? Facile, il compte les garanties accordées par l’État, qui représentent à elles seules 327 milliards d’euros potentiellement dépensés. Les entreprises souscrivent des prêts et, si jamais elles venaient à faire défaut – qu’elles ne les remboursaient pas -, c’est l’État qui mettrait alors la main à la poche. Autrement dit, seul un pourcentage infime de ces sommes sera effectivement dépensé. Ajoutons à cela 32,5 milliards d’aides en trésorerie et en capital, qui ne sont que des avances aux entreprises, donc ne sont pas dépensés non plus. La conclusion du Monde marche sur des œufs : « Le chiffre de 500 milliards d’euros peut donc porter à confusion quant au niveau des dépenses réelles de l’État pour lutter contre les conséquences de l’épidémie ». Porter à confusion, sans rire ?

Nous préférons la formulation utilisée par Regards, beaucoup plus explicite : « Emmanuel Macron a déclaré avoir «mobilisé près de 500 milliards d’euros pour notre économie». C’est une fake-news« . Qui alerte en outre d’une « entourloupe sur le financement de la sécurité sociale » : « Le déficit 2020 de la sécurité sociale devrait être supérieur à 50 milliards d’euros (…) [L’État] ne prendra pas à son compte le financement de ce déficit supplémentaire et qui va perdurer plusieurs années. (…) Cela a deux conséquences : dès maintenant, comme le souligne Thomas Piketty, et contrairement à ce qu’a affirmé le président de la République, des augmentations d’impôts ont été décidées. Mais pas ceux qui devraient l’être. Créée en 1996, la CRDS (Contribution au remboursement de la dette sociale) qui équivaut à un prélèvement de 0,5% sur tous les revenus des Français «des plus bas jusqu’aux plus hauts» devait être supprimée en 2024. «Le principe de prolonger ce prélèvement pendant dix ans» a été adopté. Et pour demain, cela annonce de nouvelles attaques contre la sécurité sociale. »

Edit : l’humoriste Nicole Ferroni consacrait justement son billet de ce matin sur France Inter à ce mauvais coup porté à la Sécurité sociale

*: « Il n’y a pas d’argent magique » : formule utilisée par Macron devant des infirmières en avril 2018.

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Mai 212020
 

En pleine série de billets sur le rapport au mensonge de la Macronie, puisque le poisson pourrit toujours par la tête, Emmanuel Macron lui-même ose le méta mensonge, tellement énorme que nous en restons stupéfait. Lors d’un reportage de BFM TV au titre putassier, Au cœur de l’Élysée, face à la crise, il fut donc entre autres question des masques : « Il y a eu une doctrine restrictive, pour ne jamais être en rupture, que le gouvernement a prise et qui était la bonne. Il y a eu ensuite un approvisionnement et une production renforcés et nous n’avons jamais été en rupture. Ce qui est vrai, c’est qu’il y a eu des manques, qu’il y a eu des tensions, c’est ça qu’il faudra regarder pour le corriger et pour le prévenir… Ayons collectivement l’honnêteté de dire qu’au début du mois de mars, personne ne parlait des masques, parce que nous n’aurions jamais pensé être obligés de restreindre la distribution de ceux-ci, pour les donner aux soignants. »

Marianne réfute la fin de l’assertion présidentielle : « Rappelons tout de même que l’agence Santé publique France avait alerté sur l’état des stocks dans une note adressée en 2018 au directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. En 2019, un collège d’experts missionné par Santé publique France recommandait quant à lui de stocker un milliard de masques en prévision d’une pandémie, au risque d’une… pénurie. « Les recommandations d’utilisation des masques n’ont pas à être modifiées. En cas de pandémie, le besoin en masques est d’une boîte de 50 masques par foyer, à raison de 20 millions de boîtes en cas d’atteinte de 30% de la population française. » Soit un stock d’un milliard de masques. « Le stock devrait être renouvelé pour éviter d’atteindre la date de péremption des masques », insistaient-ils. »

Gonflée, Sa Suffisance Présidentielle ! « Au début de mois de mars, personne ne parlait des masques », prétend-il, mine de tomber de la lune, alors que le problème avait bien été soulevé dès 2018 ? Et il ose invoquer « l’honnêteté collective » ?

On traduit sans mal l’histoire de la « doctrine restrictive » : comme il n’y avait pas de masques, les macronistes ont proclamé qu’il n’en fallait pas. Mais voilà, le président en vient ainsi à nier l’évidence : « Nous n’avons jamais été en rupture », ne craint-il donc pas d’affirmer. Mensonge digne d’un Donald Trump, proprement invraisemblable avec les centaines de faits recensés par les médias pour attester de l’existence objective de ladite rupture. Nos confrères précités sortent leurs sources : « Quant à la pénurie, elle a bien eu lieu, comme Marianne l’a relaté. De nombreux soignants ont ainsi dû travailler avec des masques périmés, quand d’autres ont été contraints de réutiliser le même toute une journée, bien au-delà des quatre heures d’efficacité des protections. Pour pallier les carences de l’État, de nombreuses initiatives individuelles et locales sont nées (…). »

Cet acte de révisionnisme présidentiel

Puisque l’on parle de soignants, convoquons Christian Lehmann, médecin et écrivain avec lequel nous avions un jour donné conférence commune à l’époque des parutions de Sarkozy, la grande manipulation, pour nous, et de Sarkolangue pour lui, en 2008. Voici ce que « Docteur Justice » écrit dans Libération : « La France a été confinée à cause de la pénurie de masques. Les stocks étaient si bas que les soignants en première ligne ont été confrontés au coronavirus avec des protections inadéquates, des masques chirurgicaux périmés, quand il leur aurait fallu des FFP2. Généraliste, en première ligne en ville, ma dotation depuis deux mois et demi n’a comporté que six masques FFP2, soit de quoi assurer théoriquement trois journées de travail. En ville, des aides-soignantes, des infirmières, ont dû travailler sans protection. Des soignants en réanimation se sont habillés de sacs-poubelles. Des personnels administratifs ou soignants dans les hôpitaux ont dû avoir recours à la bonne volonté et à la débrouillardise de fabricants de visières et de couseuses amateures et bénévoles aujourd’hui renvoyées à leur anonymat. Leur contribution essentielle est niée par cet acte de révisionnisme présidentiel. Des dizaines de milliers de soignants ont été contaminés, 25 000 à l’hôpital, 40 500 dans les établissements sociaux et médico-sociaux, et un nombre encore inconnu en ville. Je ne ressens pas seulement de la colère. C’est bien au-delà. C’est de la sidération. (…) Qu’espèrent-ils nous faire croire ? Qu’il n’existait pas de pénurie ? Que le gouvernement a disposé tout au long de ces mois de confinement d’un stock suffisant qu’il n’aurait pas distribué aux soignants qui en avaient besoin ? On n’est plus même dans de la mauvaise foi, même plus dans les «alternative facts», les vérités alternatives, terme inventé par Kellyanne Conway, conseillère de Donald Trump (…). Nous sommes ici, collectivement, peuple et soignants, devant un raisonnement sectaire d’un tel aveuglement qu’il confronte le pouvoir à une accusation plus grave encore que celle de l’impéritie : la mise en danger délibérée de la vie d’autrui. »

Et au fait, puisque masques aujourd’hui il y a et que nous sommes tous incités à les porter – voire obligés dans les transports en commun -, on en parle de leur indispensable gratuité ?

https://lafranceinsoumise.fr/2020/04/28/coronavirus-ppl-lfi-gratuite-masques/
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Mai 182020
 

Nous vous en parlions dans un billet précédent : la création par le gouvernement du dispositif DésInfox, censé lutter contre les fausses informations, n’empêche pas l’équipe au pouvoir de continuer d’affirmer des contre-vérités. Suprême hypocrisie qui nous invite à jouer avec les gouvernementeurs aux arroseurs arrosés. À commencer par Sibeth Ndiaye. La porte-parole sait bien pourtant que ses déclarations sont particulièrement scrutées, au vu de ses antécédents, mais c’est plus fort qu’elle, dirait-on. Quand bien même la vérification de ce qu’elle avance est élémentaire.

Les décodeurs du Monde s’en chargent : « L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a-t-elle attendu le mois d’avril pour enjoindre aux pays d’effectuer des tests de dépistage des personnes suspectées d’être porteuses du SARS-CoV-2 ? C’est ce qu’a déclaré la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, sur BFM-TV, le 10 mai. Selon elle, la France se serait alignée sur les recommandations de l’OMS afin d’augmenter, au mois d’avril, les capacités de tests sur son territoire. Alors que la France a pris du retard dans sa stratégie, et que l’objectif gouvernemental annoncé de 700 000 tests par semaine est loin d’être atteint, Mme Ndiaye dit-elle vrai ? » À votre avis ? La vérité est que le directeur général de l’OMS, le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, a énoncé cette préconisation dès le 6 mars, répétée le 11 et martelée le 13 : trois fois, l’OMS a indiqué qu’un dépistage généralisé était nécessaire ! Et le directeur général déclarait le 16 mars : « Nous n’avons pas vu d’escalade assez urgente dans le dépistage, l’isolement et la recherche des contacts, qui sont le pilier de la riposte. » 

Ndiaye a menti, c’est entendu. Le gouvernement n’a pas voulu entendre la recommandation de l’OMS. Emmanuel Macron en personne s’est même autorisé à pontifier le 13 avril, comme cité par L’Obs :  « Nous n’allons pas tester toutes les Françaises et tous les Français, ça n’aurait pas de sens ». Sa Suffisance présidentielle contredisait ainsi, avec l’insupportable aplomb qu’on lui connaît, la doctrine officielle de la communauté scientifique internationale. Et que dire du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, qui prétend que dépister chaque Français répondrait « à des attentes médiatiques », mais « pas à des attentes médicales » ? Quel toupet ! L’hôte de la place Beauvau aura sans doute confondu : OMS ne signifie pas Organisation médiatique de la santé ! À croire que la Macronie a faite sienne la maxime de Joseph Goebbels : « Plus le mensonge est gros, mieux il passe ».

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Mai 052020
 

Toujours soucieux de donner un coup de main au gouvernement – vous nous connaissez ! -, Plumedepresse.net propose sa contribution dans la lutte contre les fausses informations engagée par la Macronie, qui vient de créer son propre service de factchecking (vérification des faits, pour les personnes hermétiques à l’anglais), la rubrique Désinfox sur le site gouvernemental officiel. C’est la porte-parole Sibeth Ndiaye qui l’a elle-même annoncé sur Twitter, déclenchant une hilarité furieusement contagieuse parmi les internautes.

Désinfox recense donc des articles de presse, de FranceTVInfo, Libération, 20 Minutes, l’AFP, Le Monde…, qui démentent les informations erronées circulant à propos du Covid-19. Justement, en bon journaliste citoyen, nous lui signalons la parution d’un article qui participe de façon exemplaire à cette entreprise de salubrité médiatique : Réouverture des écoles : le choix du gouvernement est bien en désaccord avec le conseil scientifique, du Monde. Parce que figurez-vous que certains prétendent l’inverse ! Un exemple ? Olivier Véran, ministre de la Santé (et mêmes des Solidarités paraît-il). « Le conseil scientifique était opposé à la réouverture des écoles comme avant, ce qui n’a jamais été notre volonté. Nous sommes donc en accord », a déclaré le bougre.

Or qu’a précisément statué le Conseil scientifique, dans son avis finalisé le 16 avril ? « Le risque de transmission est important dans les lieux de regroupement massif que sont les écoles et les universités, avec des mesures barrières particulièrement difficiles à mettre en œuvre chez les plus jeunes. En conséquence, le Conseil scientifique propose de maintenir les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités fermés jusqu’au mois de septembre. » Les Décodeurs, pseudonyme collectif des auteurs de cette rubrique du Monde, poursuivent leur démontage : « Les recommandations sanitaires publiées dans l’avis du 24 avril ne changent pas la position du Conseil scientifique : celui-ci énonce clairement une deuxième fois avoir « pris acte » de la décision politique et formule des recommandations en conséquence de cette décision. M. Véran joue sur le fait que le conseil a formulé ces recommandations pour sous-entendre qu’il soutient cette décision, ce qui est inexact, pour trois raisons. D’abord, parce que le conseil a énoncé une position opposée claire, ensuite parce que le conseil n’a, à aucun moment, dit « soutenir » de près ou de loin cette initiative. Et, enfin, parce que ses recommandations suivantes ne changent pas sa position. Le conseil a en effet un rôle d’aide à la décision qui implique qu’il formule des recommandations pour éclairer la décision politique… ou s’adapter à celles déjà prises. »

Quand le gouvernement se pique de traquer les fausses informations, que ses membres en profèrent eux-mêmes fait singulièrement désordre. Ou comme dit le proberbe, « Quand on grimpe au cocotier, il faut avoir le cul propre ».

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