Oct 172020
 
Actualités | Métropole : la surprise Gaby Charroux | La Provence

Comme depuis le début de la crise sanitaire, l’absence totale de concertation avec les élus locaux pousse à des prises de décisions qui manquent de discernement, qui manquent de graduation et qui auront des conséquences catastrophiques pour l’économie locale et bien au-delà. Et comme on ne prend pas le temps de discuter avec les maires et donc de discuter avec moi, je considère que l’État n’a pas besoin des moyens publics de la commune. Par conséquent, je ne demanderai pas aux agents de la police municipale de faire respecter ces décisions. Le Préfet et la police nationale devront assumer cette position. » Gaby Charroux (lire son communiqué entier) est le maire (PCF) de Martigues, 49 000 habitants, commune des Bouches-du-Rhône englobée dans la Métropole Aix-Marseille Provence (de force, la création de ladite Métropole représentant un cas d’école de déni de démocratie). Après une valse hésitation durant la journée entière du lendemain des annonces du président de la République instaurant le couvre-feu, 90 des 92 communes de la Métropole (les 2 autres sont hors des Bouches-du-Rhône) sont finalement concernées – contre l’avis du représentant local de l’État – mais pas des maires du territoire, puisqu’on ne leur a pas demandé leur avis.

L’intransigeance aveugle bête et méchante l’a finalement emporté

Gaby Charroux explique ainsi sa décision de ne pas impliquer la police municipale dans le contrôle du couvre-feu : « Que le confinement nocturne soit une étape supplémentaire décidée pour les villes qui sont dans les zones d’alerte maximale, cela peut s’entendre. Mais, comment expliquer que la Ville de Martigues qui avait et respectait les mesures de restriction imposées, passe tout d’un coup à une situation extrême ? Comment peut-on imaginer que des petites villes comme Mimet ou des villes moyennes comme Martigues soient traitées comme Marseille ou Aix ? » Il mentionne Mimet, 4 550 habitants : qu’en dit le maire de cette commune ? « Enfermer les Provençaux des petits villages la nuit n’a aucun sens ». France Bleu relaie son propos : « Le président de l’union des maires des Bouches-du-Rhône est très en colère depuis que l’on sait que 90 communes de la métropole d’Aix-Marseille sont concernées par le couvre-feu. Georges Cristiani estime qu’il n’y a aucune raison d’instaurer cette règle pour les petites communes. » Argument du maire (sans étiquette) ? « Aller enfermer les Provençaux des petits villages forestiers la nuit n’a aucun sens lorsqu’on entasse les gens dans les transports en commun tous les matins et tous les soirs. » Cristiani s’exclame aussi dans La Provence : « Comment pouvez-vous expliquer aux habitants d’un village où il n’y a pas de cas qu’ils doivent rester chez eux ? » C’est Ubu roi.

Rappelons enfin – c’était notre billet d’hier – que l’imposition d’un couvre-feu répond à la situation résumée par l’exemple marseillais : 157 patients Covid hospitalisés en tout et pour tout et 45 en réanimation pour une aire urbaine de 1,7 millions d’habitants. Cette crise n’est pas sanitaire, c’est la crise d’un système de santé laminé par quarante ans de destruction du service public par les politiques libérales.

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Oct 152020
 
Martine Vassal et Brigitte Macron, vendredi à Marseille.
Photo Boris Horvat. AFP

Je prends acte de la décision du président de la République d’instaurer l’état d’urgence et le couvre-feu dans les grandes villes françaises, dont Aix-en-Provence, Marseille et Paris. La situation sanitaire continue de se dégrader de façon très inquiétante et il fallait agir vite », déclare Martine Vassal, reprise par La Provence. La double présidente du Conseil départemental et de la Métropole Aix-Marseille Provence ne dit pas un mot sur le stupéfiant silence du chef de l’État à propos de la situation du système de santé, dont il est comptable. Ni bien-sûr sur l’absence de mesures pour les entreprises – en bonne affidée du Medef -, non plus que pour les établissements d’enseignement, pourtant foyers de contamination numéros 1 et 2 : « les entreprises hors établissements de santé restent parmi les types de collectivités les plus représentées pour la survenue de clusters (25%), puis le milieu scolaire et universitaire (21%) », annonce Santé publique France. Mais le pire de la déclaration de la LR marseillaise reste ce qui est en caractères gras ci-dessus, « La situation sanitaire continue de se dégrader de façon très inquiétante et il fallait agir vite ». Il se trouve que nous avons un peu travaillé sur la situation sanitaire de Marseille. Rappelons que la cité phocéenne,  871 103 habitants en 2020, représente en réalité un bassin de vie (une aire urbaine) de 1 million 744 000 âmes. C’est l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM) à qui échoit de soigner tout ce monde, forte de 4 hôpitaux et 3 400 lits. Eh bien voici le tableau Covid mis à jour quotidiennement :

Il y a donc aujourd’hui 157 patients Covid hospitalisés en tout et 45 en réanimation pour une aire urbaine de 1,7 millions d’habitants. Et c’est la panique ! Faut-il que l’hôpital soit à ce point à bout de souffle – ballot quand il s’agit de contrer une affection pulmonaire – pour que moins de 50 lits de réanimation occupés obligent à un… couvre-feu ! Mais ça ne gêne pas Martine Vassal. Pire, elle poursuit sa déclaration en appelant à « l’union sacrée pour préserver nos libertés ». Gonflé : on oblige les gens à ne plus bouger de chez eux à 21h pour « préserver nos libertés » ? Orwell avait tout prévu. Mais « l’union sacrée » ? Emmanuel Macron en appelait justement lui aussi à cette « union sacrée », en mars dernier. C’est toute la communication gouvernementale, du reste, qui tient en cette formule. Pour faire oublier sa gestion calamiteuse de la pandémie, les macronistes invoque la mobilisation de tous, l’unité nationale, censée défendre de toute critique. Vassal relaie donc complaisamment la propagande du pouvoir. Notez que ce n’est pas surprenant : n’appelait-elle pas, pour les élections municipales à Marseille avant de s’y faire ridiculiser, éliminée au premier tour dans une circonscription toujours remportée dès le 1er par sa majorité avant elle, à un «large rassemblement» autour d’elle, incluant LREM, pour faire front face au RN, en position de force à Marseille », comme le rapportait en juin Libération ? Au lieu de quoi les marcheurs ont voulu partir seuls, sanctionnés d’un score humiliant (1,53%), et ce n’est pas le RN qui a emporté la mise mais l’écologiste à la tête d’une alliance de gauche, Michèle Rubirola et son Printemps marseillais.

"Six semaines de couvre-feu, c’est dramatique", s'indigne Michèle Rubirola.

Rubirola, justement, que dit-elle de ce couvre-feu ? « Comment ne pas être en colère ?, proteste la doctoresse de profession dans La Provence. Six semaines de couvre-feu, c’est dramatique. Ces mesures venues d’en haut frappent au mauvais endroit au lieu de s’occuper de l’hôpital public qui ne va pas bien on préfère généraliser. On sait que le problème est plutôt dans les transports en commun et les restaurants d’entreprise, on tape à côté de la plaque. » Entre Vassal et Rubirola, il n’y a décidément pas photo.

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Oct 142020
 

L’ancienne soignante en Ehpad eurodéputée LFI « ne supporte plus le discours de Macron » : comme disait Desproges, étonnant, non ?

Sud Education Morbihan - Du fric pour l'hôpital public !

Interpellé par des soignants réclamant « Du fric pour l’hôpital public », Emmanuel Macron a osé la saillie suivante – la même que l’on nous sert depuis quarante ans pour saccager le système de santé, et l’on voit aujourd’hui le résultat : « Ce n’est pas une question de moyens, c’est une question d’organisation ».

Anne-Sophie Pelletier — Wikipédia

Anne-Sophie Pelletier, ancienne soignante en Ehpad et eurodéputée France insoumise, répond dans Le Monde moderne : « Je ne supporte plus le discours d’Emmanuel Macron qui dit qu’à l’hôpital ce n’est pas une question de moyens mais d’organisation et bien NON, c’est d’abord une question de moyens car si il vous manque des lits, des jambes et des bras vous n’avez absolument aucun moyen de vous organiser autrement. »

Au vu de son expérience professionnelle en Ehpad, le journaliste l’interroge : « Comment cette période à été vécue chez les professionnels de ce secteur déjà en crise bien avant l’arrivée de ce virus ? » La réponse d’Anne-Sophie Pelletier déborde d’un flot de colère qu’on ne peut plus endiguer : « Très mal. Grâce à la mobilisation des opalines il y a quand même eu de grosses grèves dans les Ehpad et pourtant il n’y a pas plus de moyens, les soignants sont épuisés, il n’y a pas de protections, les soignants ont été infectés, il y en a un certains nombre qui sont décédés du Covid alors les retours que j’ai sont terribles. Encore une fois la santé est la dernière roue du carrosse, on les applaudit à 20h mais quand ils vont dans la rue pour manifester ils se font réprimer par la police et sont seuls. Là, avec la deuxième vague qui pointe le bout de son nez, les soignants n’en peuvent tout simplement plus et le plus terrible c’est que les soignants qui se sont permis de dénoncer cette situation, ont fait l’objet de mesures et de sanctions disciplinaires destinées à les faire taire. Le gouvernement devra rendre des comptes à un moment ou à un autre car il n’a pas été capable de gérer la crise, de protéger les soignants, les aînés, les familles, mais aussi tous les invisibles comme le personnel travaillant dans les pompes funèbres ou les aides à domicile dont on a absolument pas entendu parler pendant cette crise. »

EHPAD, une honte française | Lisez!
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Oct 142020
 

Paroles, promesses, trémolos de gratitude envers les soignants et derrière ? Rien. On s’apprête à donner un nouveau tour de vis liberticide parce qu’on n’a pas levé le petit doigt pour préparer le système de santé, malgré les failles exposées au grand jour par la crise sanitaire. Et comme on n’a rien fait, il menace à nouveau d’exploser. La « deuxième vague » est le fruit pourri de leur incompétence, de leur libéralisme fanatique, aveuglement idéologique qui les fait s’acharner sur le service public depuis des décennies. Ça suffit !

https://medias.liberation.fr/photo/1294504-prodlibe-2020-0213-passation-de-pouvoirs-buzyn-veran.jpg?modified_at=1581971681&width=960
– Franchement, Agnès, tu m’as vraiment laissé une situation de merde !
– Je compte sur toi pour l’aggraver, Olivier

Photo Marc Chaumeil pour Libération

Le 25 juin 2020, le ministre de la Santé accorde un entretien au Monde, sous un titre qui prend tout son sel aujourd’hui : Olivier Véran détaille la stratégie pour éviter une seconde vague. « Le ministre de la santé, Olivier Véran, annonce qu’un dépistage systématique de la population va être expérimenté, pour les personnes volontaires, dans des zones à risque. Près de 1,3 million d’habitants sont concernés en Ile-de-France. Il indique également qu’«a minima» 12 000 lits de réanimation seront mobilisables dans les hôpitaux en cas de nouvelle vague. » Ah ? Mais il n’y a alors pas à s’inquiéter, avec ces 12 000 lits supplémentaires. La deuxième vague n’a qu’à bien se tenir.

Le 30 septembre 2020, Le Figaro revient sur l’affaire : « Aujourd’hui comme en mars dernier, le nombre de lits de réanimation constitue toujours le nerf de la guerre épidémique. En juillet, le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait annoncé qu’au moins 12 000 lits de réanimation pourraient être mobilisables à l’automne, contre 5000 lors de la «première vague». Alors que la France connaît un rebond de l’épidémie de Covid-19, avec une augmentation du nombre de contaminations, des hospitalisations et des admissions en réanimation, des médecins dénoncent l’absence de progrès en la matière. »

Une Pétition pour augmenter le nombre de lits en réanimation compte 25 509 signatures, adressée directement au ministre de la Santé : « Le 25 juin, vous avez annoncé dans une interview au journal Le Monde qu’il y aurait “au minimum 12 000 lits de réanimation à l’automne”. Pourtant, en six mois, aucun lit n’a été ouvert. Le résultat est qu’il faut prendre aujourd’hui des mesures anti-Covid draconiennes pour éviter un nouvel engorgement des services hospitaliers. Ces restrictions, au-delà des désagréments considérables pour la population, sont en train d’entraîner un effondrement économique, dont le coût pourrait se chiffrer en centaines de milliards d’euros pour notre pays. De plus, la sécurité sanitaire de la population française n’est plus assurée. De nombreux services de réanimation se trouvant à nouveau proches de la saturation. Économiser sur les lits en réanimation est une des pires erreurs économiques et sanitaires possibles. Nous vous demandons d’agir enfin, de toute urgence, pour acheter les lits et former le personnel nécessaire. En aucun cas le coût de ces mesures, aussi élevé soit-il, ne peut être comparé avec les destructions de richesses, d’emplois et de vies humaines liés aux mesures anti-Covid prises dans le pays. » Ajoutons que ce n’est pas parce qu’on s’appelle Véran qu’il faut « nous la faire à l’envers ».

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Oct 122020
 
Macronavirus.... La Barbarie en Marche, A quand la fin ?
« La France est coupée en deux. D’un côté, une France qui considère qu’elle n’a plus rien à attendre d’un pouvoir jugé hors-sol, autiste, égoïste. De l’autre, une “élite” autoproclamée, satisfaite, inculte, fière de ses rapports à la mondialisation, riche, prétentieuse, agressive. »

Le Covid à la Une, encore et encore ! titre le journaliste, réalisateur et producteur de documentaires Jacques Cotta sur son compte Facebook. « Les villes tombent dans le rouge écarlate du jour au lendemain, les bars doivent fermer et les activités prévues doivent être supprimées. Le premier ministre Castex vient d’indiquer que plus de six dans un domicile privé, c’est pas prudent et qu’il demande à chacun de faire la police chez soi… « car l’état ne peut intervenir ». Il ne peut pas « interdire au parents d’embrasser leurs enfants » mais… Et pour les « grands parents », il faut savoir « garder de la distance »… Pour étayer toutes ces atteintes à venir aux libertés individuelles, il évoque des chiffres… 40% des lits de réanimation seraient occupés par des malades atteints par le Covid-19. Alerte ! Mais de quoi parle-t-on ?
->Il existe 5000 lits de réanimation en France pour 67 millions de français.
->Soit 50 par département en moyenne vu qu’il existe 101 départements.
Ce qui est affolant, ce n’est pas l’épidémie, mais l’état de notre système de santé victime d’une politique ultra libérale qu’il subit depuis plus de quatre décennies. Et ce qui affole le gouvernement c’est la possibilité, avec fort peu de malades, que cette situation réapparaisse au grand jour. Que soit établi sans discussion que les différents « Ségur de la santé » n’ont strictement rien réglé. Que la situation est toujours aussi accablante. Et que la véritable menace qui pèse sur la santé des Français est moins le Covid-19 que la politique menée depuis des décennies et aggravée depuis l’élection d’Emmanuel Macron qui compte « faire le boulot » jusqu’au bout… »

C’est peu dire que nous sommes pleinement en accord avec Jacques Cotta (relire sur plumedepresse L’hôpital à l’os : ceci n’est pas une crise sanitaire). Prenons le simple exemple de la région où nous vivons, en première ligne puisqu’il s’agit de la Métropole Aix-Marseille Provence (en rouge écarlate clignotant sur la carte de la peur !). Le quotidien local, La Provence, nous délivre aujourd’hui des nouvelles du front anti-Covid, dans une dépêche illustrée du tableau ci-dessous.

L’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM) compte à ce jour 173 patients atteints de la Covid-19 hospitalisés dont 48 en réanimation.

« Avec 4 hôpitaux et 3 400 lits, l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM) est le 3e Centre hospitalier universitaire de France, lit-on sur le site de l’institution. C’est aussi le premier employeur de la région, avec plus de 12 000 salariés et près de 2000 médecins. » Marseille, 871 103 habitants en 2020, possède une « aire urbaine de 1 744 000 habitants », selon le directeur de l’Insee Paca, cité par La Provence. Et pourquoi le plan Orsec est-il déclenché, quel est ce cataclysme qui a conduit à la fermeture totale des cafés et des restaurants, à présent rouverts (avant d’être refermés ?) suivant la totale incohérence, mois après mois, des pouvoirs publics ? Parce qu’il y a, sur un bassin de population de 1 744 000 d’habitants, 48 personnes en réanimation (et moins de 200 hospitalisés) pour Covid. Ce monde n’est-il pas devenu complètement fou ? « Ce qui affole le gouvernement c’est la possibilité, avec fort peu de malades, que cette situation réapparaisse au grand jour », écrit donc Jacques Cotta. Que notre système de santé, ruiné par les libéraux, est à l’agonie. Les Marseillais ont-ils pris conscience que c’est moins la Covid qui les menace que l’incurie gouvernementale liberticide ? Que ce qu’il faut d’urgence, ce sont des moyens pour l’hôpital public ?

Lille: plusieurs milliers de soignants manifestent, quelques incidents en  marge
Lille, le 16 juin 2020

Incorrigible, Emmanuel Macron est aveugle, volontairement, cyniquement.  « Ce n’est pas une question de moyens, c’est une question d’organisation », a-t-il encore osé, mardi dernier 6 octobre, interpellé par des soignants de l’Hôpital Rothschild de Paris. Comme s’il n’avait rien appris, rien retenu des leçons de la crise sanitaire. Ou que ça l’arrange d’y précipiter la France plus encore, pour mieux gouverner par la peur. Rien n’a changé, c’est « le retour à l’anormal ». Marianne nous apprend que « Dans son projet de loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2021, publié ce mercredi 7 octobre, l’exécutif prévoit en effet 900 millions d’euros d’économies dans les établissements de santé. » Il serait vraiment temps de se débarrasser de ce grotesque monarque au petit pied, bouffi de suffisance, incapable de gouverner autrement que pour renforcer les privilèges des 0,1% de la population.

Mise à jour du 13 octobre : ils ne sont plus que 47 aujourd’hui en réanimation.
Mise à jour du 14 octobre, dans l’attente des nouvelles mesures annoncées ce soir par Macron : 161 hospitalisés dont 42 en réanimation.

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Oct 102020
 
Institut Pasteur de Lille - Avec votre don, accélérez les avancées de nos  chercheurs dans la lutte contre le cancer et bénéficiez d'une déduction  fiscale pouvant atteindre jusqu'à 75 %.

Imaginez qu’un établissement de recherche médicale sérieux et renommé – l’Institut Pasteur de Lille (IPL) – annonce avoir vraisemblablement trouvé un médicament contre la Covid : en étudiant les effets produits sur ce satané virus par quelques 2000 molécules déjà présentes dans la pharmacopée, les chercheurs en ont décelée une « active contre le coronavirus. Nous l’avons testée sur des cellules humaines du poumon et les résultats se sont révélés très prometteurs », annonce le Pr Benoît Déprez, directeur scientifique de l’IPL, à La Voix du Nord le 29 septembre dernier. C’était notre billet du 2 octobre, où nous nous insurgions que l’État ne verse pas les cinq millions d’euros qui manquaient pour valider définitivement le traitement par un essai clinique. Pensez donc : on pourrait disposer dès cet été, non d’un vaccin, mais d’un médicament capable de soigner les malades de la Covid, qui a déjà tué 32 690 personnes en France, dont 62 hier (109 la veille). Mentionnons au passage que ces chiffres sont sans doute gonflés en attribuant systématiquement les décès à la Covid à partir du moment où feu le patient y est positif (même s’il est en fait mort d’autre chose), comme l’expliquent 250 chercheurs, ce qui pourrait augmenter le total de jusqu’à 30%. Mais tout de même ! Veut-on sauver des vies, oui ou non ? Cinq millions d’euros, c’est trop quand on prétend s’engager contre la pandémie « quoi qu’il en coûte » ?

COVID-19 - Les chiffres clés en France au 09/10/2020
Santé publique France, chiffres du 9 octobre 2020

« Face à la pandémie mondiale, la découverte scientifique des chercheurs de l’Institut Pasteur de Lille suscite un espoir de traitement énorme. Il est vital que ces recherches puissent se poursuivre et c’est dans ce but, que j’ai décidé d’apporter un soutien pour cette phase capitale d’essais cliniques. Je suis fier que cette découverte ait été réalisée par des équipes de ma région d’origine, et espère vivement que leurs travaux aboutiront dans les meilleurs délais. » Enfin ! Emmanuel Macron a pris la mesure du défi. Mais c’est étrange, il est originaire de Picardie, pas du Nord, c’est différent… Donc ce n’est pas lui. Qui alors va verser les cinq millions d’euros manquants, en majesté ? Bernard Arnault, Monsieur LVMH, troisième homme le plus riche du monde avec une fortune personnelle de 76 milliards de dollars. Rassurez-vous, les cinq millions ne seront pas prélevés sur ses propres deniers, c’est le groupe qui paye. Enfin, la Fondation d’entreprise Louis Vuitton, créée pour ses actions de mécénat.

Le château de Versailles acquiert un trésor national grâce au mécénat de  LVMH - Presse - Château de Versailles
Louis Vuitton Mwait and see ce que ça rapporte

Une affaire qui roule, le mécénat. « La France s’est dotée en 2003 d’un dispositif fiscal en faveur du mécénat des entreprises «parmi les plus généreux sur le plan international», selon la Cour [des comptes], qui appelle à «mieux encadrer» ce dispositif, écrit Libération en novembre 2018. Il « permet de déduire directement 60% des dons de l’impôt sur les sociétés » et, grâce à lui, « LVMH a économisé 518 millions d’euros d’impôts sur dix ans », de 2007 à 2017. In fine donc, c’est bien l’État qui paye (à 60%), ce qui semble légitime en l’occurrence s’agissant de la recherche médicale. Sauf que c’est au prix d’un appauvrissement de ses recettes fiscales, nouvelle offrande aux entreprises – aux très grandes essentiellement, « 24 entreprises ont représenté 44% de la dépense fiscale en 2016 », celles qui n’en finissent plus de se gaver (et de gaver leurs dirigeants et actionnaires). Sauf, surtout, que le mécénat se pratique par définition à la discrétion du mécène, suivant ses propres choix le portant vers telle cause ou tel projet que son arbitraire aura désigné. C’est institutionnaliser la charité. Les progressistes – les vrais ! – préfèrent l’impôt qui redistribue suivant les décisions politiques de dirigeants élus du peuple que le bon vouloir des riches.

« Je sais que vous êtes expert en optimisation fiscale, Monsieur Trump… Je ne me défends pas mal non plus. »

On marche sur la tête. C’est la Fondation d’entreprise Louis Vuitton qui va payer 40% de ces cinq millions, mais ça n’empêche pas Bernard Arnault d’écrire, dans un communiqué – chaque mot y est soigneusement pesé, foi de communicant -, « J’ai décidé d’apporter un soutien ». L’IPL a peut-être découvert un médicament contre la Covid mais sa mise au point dépend de l’initiative privée d’un milliardaire. Monsieur est trop bon. Et la puissance publique dans tout ça ? L’intérêt général en pleine catastrophe sanitaire inédite dans l’histoire de l’humanité ? Est-ce à l’État ou à Bernard-la-magouille, comme on ne l’appelle pas dans les milieux chics de l’oligarchie, de protéger la population française ? On en est là. L’Assistance publique/Hôpitaux de Paris (AP-HP) a créé son fonds d’urgence Coronavirus Covid-19, expliquant en mai dernier : « Le volume considérable de patients que les équipes de l’AP-HP sont amenées à suivre, mais également l’excellence de sa recherche clinique, en font un acteur crucial de la lutte contre l’épidémie. Depuis la prise en charge des premiers cas en France à l’AP-HPune véritable course contre la montre est engagée. Les équipes sont entièrement mobilisées pour la prise en charge de tous les patients, mais elles doivent mener de front le soin et la recherche. Des renforts sont nécessairesdans l’immédiat pour le soutien aux équipes en première ligne et comme pour le lancement des projets de recherche mais aussi dans les semaines à venir, pour continuer à soutenir toutes les initiatives qui auront émergé et les besoins qui resteront non couverts. Pour cela, nous avons besoin de votre soutien, exceptionnel et immédiat. » L’Assistance publique ! Est-ce aux Français de venir à son secours ou à l’État de lui procurer les moyens dont elle a besoin ? L’institut Pasteur lance un appel aux dons pour la mise au point d’un vaccin. « Gérald Darmanin lance un appel aux dons pour les entreprises en difficulté », alors ministre de l’Action et des Comptes publics et pas encore fascistoïde ministre de l’Intérieur. La Macronie ne fait pas encore assez de cadeaux aux entreprises, le quidam est appelé à mettre la main à la poche.

« Plutôt qu’organiser un «Téléthon de la honte», rétablissez l’ISF, Monsieur Darmanin !, l’interpelle vigoureusement Maxime Combes le 3 avril dernier. L’appel aux dons plutôt que lever l’impôt est-il la nouvelle doctrine de l’exécutif ? En annonçant une plateforme de dons en ligne pour que les « particuliers ou entreprises apportent leur contribution à l’effort de solidarité de la nation envers les plus touchés », Gérald Darmanin illustre à nouveau l’incurie d’un gouvernement qui se refuse à prendre des mesures à la hauteur des enjeux. Il y a des appels à la «solidarité nationale» qui sonnent comme une invitation à l’indignation collective », proteste l’économiste membre d’Attac et contributeur de l’excellent webzine Basta!, jugeant le procédé « à la fois extravagant et indigne » : « Extravagant parce qu’on attend de l’exécutif qu’il prenne des décisions courageuses et visionnaires à la hauteur des difficultés que nous traversons. (…) les pouvoirs publics doivent débloquer des financements pérennes, prévisibles et suffisants. Pas que le gouvernement se lance dans l’organisation hasardeuse d’un Téléthon géant, aussi gênant qu’inapproprié. Indigne parce que les personnels soignants, et, plus largement, toutes celles et tous ceux qui prennent soin de nous, risquent leur vie quotidiennement en raison de l’incurie d’un gouvernement défaillant incapable d’assurer à chacun.e le matériel nécessaire pour se protéger. Pourvoir aux besoins des hôpitaux et amortir les conséquences sociales et économiques de la crise sanitaire nécessitent immédiatement des financements publics et pérennes, pas un appel à dons ponctuel et incertain. (…) Les appels au don ? Quelle honte ! Pour la 6e puissance mondiale, dans un pays où l’évasion fiscale est évaluée entre 60 et 100 milliards d’euros par an et où les entreprises du CAC40 prévoient de verser près de 50 milliards d’euros de dividendes. (…) Non, on ne financera pas les hôpitaux par des appels à dons. Mais en s’assurant que chacun.e, entreprises multinationales comprises, paient leur juste part d’impôt. Lutte implacable contre l’évasion fiscale, rétablissement de l’impôt sur la fortune et de la progressivité de l’imposition sur les revenus du capital, suppression du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), voilà les mesures que l’exécutif devrait prendre s’il était un tantinet conséquent. Si la crise économique qui s’annonce est plus dure qu’en 1929, comme l’affirme Bruno Le Maire, on n’organise pas un Téléthon. On met à contribution les millionnaires et les milliardaires de ce pays : les taux supérieurs de l’impôt sur le revenu ont atteint 70% à 94% entre les années 30 et le début des années 80 aux États-Unis. Et près de 80% en France, sous la présidence du général de Gaulle au milieu des années 1960. Chiche ? »

Il nous est avis qu’on peut toujours attendre.

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