Mai 252020
 
Cet air de benêt !

Gérald Darmanin, fringant ministre de l’Action et des Comptes publics (quel titre grotesque !), a été élu samedi matin maire de Tourcoing. Et il va cumuler ce mandat avec son ministère. Le Monde cite l’ancien sarkozyste : « Le président de la République et le Premier ministre m’avaient autorisé à être ministre et candidat. Ils m’ont autorisé, pendant un temps et vu les circonstances exceptionnelles » liées à l’épidémie de Covid-19, « à exercer ces deux fonctions », a déclaré le ministre de l’Action et des Comptes publics dans un entretien au Journal du dimanche. « Mais sans cumuler les rémunérations : je ne toucherai pas l’indemnité de maire », reversée à la Société protectrice des animaux (SPA), a-t-il précisé. » Nous voilà rassuré (et vaguement ému en pensant à nos compagnons à quatre pattes). Mais pour le reste, cumuler la charge d’une municipalité et d’un (grand) ministère ? « Exit la jurisprudence instaurée par Lionel Jospin en 1997 qui veut qu’un ministre ne peut pas diriger un exécutif local, commente Le Monde. Certes, il s’agit d’une règle non écrite – qui a souffert des exceptions, à gauche comme à droite (Jean-Yves Le Drian, Nicolas Sarkozy…) –, mais le Premier ministre l’avait réaffirmée en septembre 2019. » Les confrères oublient en revanche de rappeler que notre Sibeth Ndiaye nationale, au nom du gouvernement, est encore revenue de façon très résolue sur le sujet quatre mois plus tard, en janvier 2020.

Ouvrons Le Figaro : « La règle du non-cumul demeurera », a-t-elle prévenu, en réponse à la députée LR Véronique Louwagie. « On ne pourra pas être ministre et chef d’un exécutif local. Chacun aura quelques semaines pour se mettre en conformité avec cette règle définie par le chef du gouvernement. » Et d’insister : « Nous le devons à l’ensemble de nos concitoyens ». Comme c’est amusant, il était justement question du futur néo re-maire de Tourcoing : « Un message à l’attention de Gérald Darmanin ? « Elle a répété la règle déjà édictée par le Premier ministre. Ça ne visait pas Gérald Darmanin », élude-t-on à Matignon. » L’article cite également le ci-devant Darmanin lui-même : « Il n’y a pas de règle juridique mais il y a une règle politiqueMême si j’ai été maire et ministre pendant sept mois, je crois qu’il n’est pas sain de cumuler les deux dans la durée. Je me plierai évidemment à la règle choisie par le président de la République. Ministre, c’est temporaire. maire, élu local, c’est l’engagement d’une vie, d’une ville

Finalement, le « Nous le devons à l’ensemble de nos concitoyens » de la porte-parole et la « règle politique » énoncée par le cumulard lui-même sont aujourd’hui oubliés, par la grâce, on vous le donne en mille, de la Covid-19. Et le président retourne sa veste, de même qu’Édouard Philippe. « On ne va pas changer un ministre aussi important et emblématique en ce moment, explique l’entourage du Premier ministre, interrogé dimanche matin par Le Monde. Les Français comprendront que dans les circonstances exceptionnelles que nous vivons, il ne faut pas déstabiliser l’équipe. » On adore ce « les Français comprendront ». Mais Covid-19 ou pas, le problème est surtout que les macronistes n’ont personne – il suffit de voir qui est ministre de l’Intérieur, ou porte-parole du gouvernement, ou encore Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, pour mesurer l’absence criante de personnalités compétentes sur le banc de touche de cette équipe de bras cassés.

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Mai 212020
 

En pleine série de billets sur le rapport au mensonge de la Macronie, puisque le poisson pourrit toujours par la tête, Emmanuel Macron lui-même ose le méta mensonge, tellement énorme que nous en restons stupéfait. Lors d’un reportage de BFM TV au titre putassier, Au cœur de l’Élysée, face à la crise, il fut donc entre autres question des masques : « Il y a eu une doctrine restrictive, pour ne jamais être en rupture, que le gouvernement a prise et qui était la bonne. Il y a eu ensuite un approvisionnement et une production renforcés et nous n’avons jamais été en rupture. Ce qui est vrai, c’est qu’il y a eu des manques, qu’il y a eu des tensions, c’est ça qu’il faudra regarder pour le corriger et pour le prévenir… Ayons collectivement l’honnêteté de dire qu’au début du mois de mars, personne ne parlait des masques, parce que nous n’aurions jamais pensé être obligés de restreindre la distribution de ceux-ci, pour les donner aux soignants. »

Marianne réfute la fin de l’assertion présidentielle : « Rappelons tout de même que l’agence Santé publique France avait alerté sur l’état des stocks dans une note adressée en 2018 au directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. En 2019, un collège d’experts missionné par Santé publique France recommandait quant à lui de stocker un milliard de masques en prévision d’une pandémie, au risque d’une… pénurie. « Les recommandations d’utilisation des masques n’ont pas à être modifiées. En cas de pandémie, le besoin en masques est d’une boîte de 50 masques par foyer, à raison de 20 millions de boîtes en cas d’atteinte de 30% de la population française. » Soit un stock d’un milliard de masques. « Le stock devrait être renouvelé pour éviter d’atteindre la date de péremption des masques », insistaient-ils. »

Gonflée, Sa Suffisance Présidentielle ! « Au début de mois de mars, personne ne parlait des masques », prétend-il, mine de tomber de la lune, alors que le problème avait bien été soulevé dès 2018 ? Et il ose invoquer « l’honnêteté collective » ?

On traduit sans mal l’histoire de la « doctrine restrictive » : comme il n’y avait pas de masques, les macronistes ont proclamé qu’il n’en fallait pas. Mais voilà, le président en vient ainsi à nier l’évidence : « Nous n’avons jamais été en rupture », ne craint-il donc pas d’affirmer. Mensonge digne d’un Donald Trump, proprement invraisemblable avec les centaines de faits recensés par les médias pour attester de l’existence objective de ladite rupture. Nos confrères précités sortent leurs sources : « Quant à la pénurie, elle a bien eu lieu, comme Marianne l’a relaté. De nombreux soignants ont ainsi dû travailler avec des masques périmés, quand d’autres ont été contraints de réutiliser le même toute une journée, bien au-delà des quatre heures d’efficacité des protections. Pour pallier les carences de l’État, de nombreuses initiatives individuelles et locales sont nées (…). »

Cet acte de révisionnisme présidentiel

Puisque l’on parle de soignants, convoquons Christian Lehmann, médecin et écrivain avec lequel nous avions un jour donné conférence commune à l’époque des parutions de Sarkozy, la grande manipulation, pour nous, et de Sarkolangue pour lui, en 2008. Voici ce que « Docteur Justice » écrit dans Libération : « La France a été confinée à cause de la pénurie de masques. Les stocks étaient si bas que les soignants en première ligne ont été confrontés au coronavirus avec des protections inadéquates, des masques chirurgicaux périmés, quand il leur aurait fallu des FFP2. Généraliste, en première ligne en ville, ma dotation depuis deux mois et demi n’a comporté que six masques FFP2, soit de quoi assurer théoriquement trois journées de travail. En ville, des aides-soignantes, des infirmières, ont dû travailler sans protection. Des soignants en réanimation se sont habillés de sacs-poubelles. Des personnels administratifs ou soignants dans les hôpitaux ont dû avoir recours à la bonne volonté et à la débrouillardise de fabricants de visières et de couseuses amateures et bénévoles aujourd’hui renvoyées à leur anonymat. Leur contribution essentielle est niée par cet acte de révisionnisme présidentiel. Des dizaines de milliers de soignants ont été contaminés, 25 000 à l’hôpital, 40 500 dans les établissements sociaux et médico-sociaux, et un nombre encore inconnu en ville. Je ne ressens pas seulement de la colère. C’est bien au-delà. C’est de la sidération. (…) Qu’espèrent-ils nous faire croire ? Qu’il n’existait pas de pénurie ? Que le gouvernement a disposé tout au long de ces mois de confinement d’un stock suffisant qu’il n’aurait pas distribué aux soignants qui en avaient besoin ? On n’est plus même dans de la mauvaise foi, même plus dans les «alternative facts», les vérités alternatives, terme inventé par Kellyanne Conway, conseillère de Donald Trump (…). Nous sommes ici, collectivement, peuple et soignants, devant un raisonnement sectaire d’un tel aveuglement qu’il confronte le pouvoir à une accusation plus grave encore que celle de l’impéritie : la mise en danger délibérée de la vie d’autrui. »

Et au fait, puisque masques aujourd’hui il y a et que nous sommes tous incités à les porter – voire obligés dans les transports en commun -, on en parle de leur indispensable gratuité ?

https://lafranceinsoumise.fr/2020/04/28/coronavirus-ppl-lfi-gratuite-masques/
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Mai 182020
 

Nous vous en parlions dans un billet précédent : la création par le gouvernement du dispositif DésInfox, censé lutter contre les fausses informations, n’empêche pas l’équipe au pouvoir de continuer d’affirmer des contre-vérités. Suprême hypocrisie qui nous invite à jouer avec les gouvernementeurs aux arroseurs arrosés. À commencer par Sibeth Ndiaye. La porte-parole sait bien pourtant que ses déclarations sont particulièrement scrutées, au vu de ses antécédents, mais c’est plus fort qu’elle, dirait-on. Quand bien même la vérification de ce qu’elle avance est élémentaire.

Les décodeurs du Monde s’en chargent : « L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a-t-elle attendu le mois d’avril pour enjoindre aux pays d’effectuer des tests de dépistage des personnes suspectées d’être porteuses du SARS-CoV-2 ? C’est ce qu’a déclaré la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, sur BFM-TV, le 10 mai. Selon elle, la France se serait alignée sur les recommandations de l’OMS afin d’augmenter, au mois d’avril, les capacités de tests sur son territoire. Alors que la France a pris du retard dans sa stratégie, et que l’objectif gouvernemental annoncé de 700 000 tests par semaine est loin d’être atteint, Mme Ndiaye dit-elle vrai ? » À votre avis ? La vérité est que le directeur général de l’OMS, le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, a énoncé cette préconisation dès le 6 mars, répétée le 11 et martelée le 13 : trois fois, l’OMS a indiqué qu’un dépistage généralisé était nécessaire ! Et le directeur général déclarait le 16 mars : « Nous n’avons pas vu d’escalade assez urgente dans le dépistage, l’isolement et la recherche des contacts, qui sont le pilier de la riposte. » 

Ndiaye a menti, c’est entendu. Le gouvernement n’a pas voulu entendre la recommandation de l’OMS. Emmanuel Macron en personne s’est même autorisé à pontifier le 13 avril, comme cité par L’Obs :  « Nous n’allons pas tester toutes les Françaises et tous les Français, ça n’aurait pas de sens ». Sa Suffisance présidentielle contredisait ainsi, avec l’insupportable aplomb qu’on lui connaît, la doctrine officielle de la communauté scientifique internationale. Et que dire du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, qui prétend que dépister chaque Français répondrait « à des attentes médiatiques », mais « pas à des attentes médicales » ? Quel toupet ! L’hôte de la place Beauvau aura sans doute confondu : OMS ne signifie pas Organisation médiatique de la santé ! À croire que la Macronie a faite sienne la maxime de Joseph Goebbels : « Plus le mensonge est gros, mieux il passe ».

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Mai 122020
 

La phrase du jour qui vaut à son auteur notre distinction du Bonnet d’âne eût pu être signée Marlène Schiappa,  Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, déclarant : « Sibeth Ndiaye est en train de devenir un rôle modèle pour plein de jeunes filles ». Alors que la France entière se moque de la porte-parole du gouvernement, il fallait oser. Mais on le sait, Schiappa ose tout – comme Ndiaye du reste. C’est donc certainement partie remise pour la bouillante corse, parce qu’elle est cette fois tombée sur plus fort qu’elle.

Nous nommons Jean-Michel Blanquer, qui goûtera tout le sel de se voir décerner un Bonnet d’âne pour un ministre de l’Éducation nationale.

Via le compte Twitter du camarade Fontenelle

C’était sur Europe 1, lisez lentement pour mieux déguster le nectar.

« Il y a plus de risques à rester chez soi que d’aller à l’école ».

Affirmation précédée de l’amusant « Beaucoup de pédiatres le disent ». Bon sang, mais ça fait huit semaines qu’on nous serine « Sauvez des vies, restez chez vous » ! Pour commenter cette sortie revigorante de Jean-Michel Blanquer, nous pensons d’abord à l’absurde et au surréalisme. Puis très vite au mépris immense pour son auditoire de la tête d’œuf : faut-il prendre les gens à ce point pour des abrutis quand on manie à un tel niveau le foutage de gueule ? Bonnet d’âne mérité donc pour l’idole du Point, doublé du 89e Ferme ta gueule !, bien senti, de l’histoire de plumedepresse.

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Avr 302020
 

L’actualité nous fournit un exemple de choix pour alimenter notre recension de la rubrique Macron: des belles paroles aux actes contraires. Celui-là, on le voyait venir de loin, à partir du moment où il fut annoncé (par Emmanuel Macron lui-même : « Il n’y aura pas d’obligation du retour à l’école. Il faudra de la souplesse », « Ce sont les parents au final qui décideront ») que la reprise de l’école, fixée le 11 mai, se ferait sur la base du volontariat. Ça sentait l’entourloupe à plein nez. Bingo !

Muriel Pénicaud,  671 infractions au Code du travail à Business France, agence publique qu’elle dirigeait, aujourd’hui ministre du… Travail

« Le gouvernement espère que le nombre de parents indemnisés pour garder leurs enfants baissera significativement à partir du 11 mai, date de reprise progressive de l’école », nous informe L’Usine nouvelle. Comment éviter dès lors que trop de parents ne choisissent – « volontariat », nous serine-t-on depuis sept jours ! – de ne pas envoyer leurs enfants à l’école ? Tout simplement en les privant du droit au chômage partiel. Muriel Pénicaud, ministre du Travail, a tranché : il faudra fournir à l’employeur une attestation de l’école certifiant que l’établissement ne peut pas accueillir l’enfant.

Si l’on souhaite mettre en œuvre un réel volontariat, il faut donner les moyens d’exercer un libre choix. Sinon, c’est Tartuffe et compagnie. Or donc, si l’école est ouverte, le choix se borne pour les gens qui travaillent à y remettre son enfant ou à perdre tout rémunération (ou se débrouiller pour trouver une solution de garde).

La priorité gouvernementale est claire : dans la même phrase où Pénicaud annonce qu’il sera interdit de ne pas aller travailler pour garder les enfants – c’est à cela que revient la nécessaire attestation de fermeture de l’école -, elle ne s’empêche pas d’ajouter : « Mais il est important que les enfants puissent retourner à l’école ». Pour libérer les parents, ne précise-t-elle pas ici, mais on a bien compris : hop, tous au travail ! L’inénarrable Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, remet une couche en appelant un « maximum de Français à reprendre le travail ».

C’est ainsi que les écoles rouvrent, contre l’avis du Conseil scientifique, et le volontariat promis aux parents s’envole. Tartuffe, disions-nous.

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Avr 242020
 

« Si un ministre ou une porte-parole assurent que le masque n’est pas indispensable (Ndiaye, 17 mars ; Salomon, 19 mars ; Nunez, 20 mars), puis, quelques jours plus tard, se réjouissent de l’arrivée espérée d’un milliard de masques sur le sol français (Véran, 28 mars), ou les présente comme indispensables lors du déconfinement (Philippe, 19 avril) alors la confiance disparaît », résume parfaitement Emmanuelle Walter, rédactrice en chef de L’Hebdo d’Arrêt sur images.

La palme à Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, pour la déclaration ci-dessous, en date du 22 avril et relayée sur Twitter par France Info.

Or, ainsi que le note malicieusement sur son compte Facebook Jérôme Bonnet, le rédacteur en chef de RT France citant BFM TV, Salomon déclarait le 4 mars : « Les masques n’ont aucun intérêt pour le grand public ».

L’Hebdo dont nous parlions plus haut pointe aussi la mauvaise volonté que met ce gouvernement à se prêter à l’exercice démocratique : « Voyez plutôt notre classement des conférences de presse des gouvernements occidentaux sur le Covid-19 : la France est bonne dernière, avec ses allocutions sans médias, et ses conférences de presse avec journaliste unique. » La France d’aujourd’hui, en Macronie.

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