Oct 072020
 

Censée répondre aux « attentes majeures des Français » ressorties du « grand débat », cette loi organise une réalité une dérégulation en faveur des implantations industrielles au détriment de l’environnement et de la sécurité, tout en ouvrant une voie royale à la corruption. Dans la discrétion des grands médias.

Loi Asap : le gouvernement continue à défaire le droit de l'environnement

La journaliste canadienne Naomi Klein l’a théorisé dans La Stratégie du choc, sous-titré La Montée d’un capitalisme du désastre, qui vise à « imposer d’un seul coup, immédiatement après une crise, les réformes économiques douloureuses, avant que les gens n’aient eu le temps de se ressaisir ». Elle balaie l’histoire contemporaine et analyse « Le coup d’État du Chili en 1973, suivi des strictes réformes économiques des « Chicago Boys » ; la guerre des Malouines en 1982, suivie de la rigueur thatchérienne ; le massacre de la place Tian’anmen en 1989 et le tournant économique néolibéral chinois ; l’attaque du Parlement russe en 1993 par Boris Eltsine et la libéralisation la plus débridée au profit des oligarques ; les attentats de 2001 puis l’invasion de l’Irak en 2003, suivis de la privatisation de la guerre, de la défense et de la sécurité ; le tsunami en 2004, suivi du déplacement des populations au profit d’installations hôtelières et d’une dérégulation étatique ; l’ouragan Katrina en 2005 suivi de la refonte sociologique de la Nouvelle Orléans et de la privatisation de secteurs publics entiers, etc. » Ajoutons désormais à la liste la pandémie de la Covid-19. Que font en effet les macronistes avec leur loi Accélération et simplification de l’action publique (Asap) ? « Ce texte poursuit à marche forcée le démantèlement du droit de l’environnement », résume Reporterre.

Open bar pour la bétonisation et la destruction de la biodiversité

Asap signifie en anglais as soon as possible, aussi vite que possible. Que faut-il donc faire, selon le gouvernement, aussi vite que possible ? Une fois n’est pas coutume, donnons la parole à Lutte ouvrière : « Le gouvernement a fait voter une loi dite de simplification administrative qui, entre autres, autorise les entreprises à lancer la construction d’un nouveau site industriel avant que soient terminées toutes les enquêtes administratives quant à son éventuel impact sur l’environnement. Elle diminue aussi les délais de recours pour demander une concertation sur certains projets. Et, si elle reconnaît quand même que chacun a le droit d’être informé des risques auxquels il est soumis, cette possibilité reste limitée par l’obligation de respecter le secret des affaires. Des réglementations existaient qui entravaient, un tout petit peu, la possibilité laissée à certains patrons de transformer une région en poubelle ou d’empoisonner l’eau ou le sol. Au lieu de les faire respecter, on les supprime tout simplement. » Délire de gauchiste ? Hélas non : « le gros morceau se trouve dans le titre III, sur la «simplification des mesures applicables aux entreprises», résume Reporterre. Et plus précisément, aux sites industriels. Lorsque ceux-ci veulent s’implanter, ils doivent — en fonction de leur dangerosité – donner des garanties de sécurité, évaluer les risques sur la santé et l’environnement, consulter les riverains. Les articles 21 à 26 du projet de loi visent à gommer des étapes dans ce processus, pour toujours plus d’industries… et donc de terres bétonnées. (…) Parmi les plus contestés, l’article 25 donne la possibilité au préfet, dans certains cas, de dispenser l’industriel d’enquête publique et de la remplacer par une simple consultation publique. »

Détruire d’abord, avoir l’autorisation (ou pas) après

Abordons le point sans doute le plus ahurissant : « L’article suivant, le 26, enfonce un clou de plus dans le cercueil du droit de l’environnement. Il prévoit que les travaux pourront commencer avant que l’autorisation environnementale ne soit délivrée. Cette autorisation vérifie que le projet (d’usine ou d’entrepôt, par exemple) a bien pris en compte toutes les conséquences sur l’eau, la biodiversité, l’air, etc. Il sera donc possible de détruire à coup de bulldozers la biodiversité… avant d’avoir l’autorisation de le faire. Autrement dit, d’artificialiser les sols en toute impunité. Que se passera-t-il si l’autorisation environnementale est finalement refusée? «On aura fait tous ces dégâts à la biodiversité, tous ces travaux pour rien!» s’émeut Morgane Piederrière [porte-parole de France Nature Environnement]. Ou alors, les travaux ayant commencé, la biodiversité sur le site ayant déjà été détruite, il n’y aura plus grand-chose à sauver, et il sera bien plus facile d’obtenir l’autorisation environnementale. «Cela légitime la politique du fait accompli», regrette encore la juriste. »

Émilie Cariou — Wikipédia

À qui profite le crime ? « Ce sont des revendications du Medef depuis la nuit des temps », constate Émilie Cariou, députée macroniste repentie (elle fait partie des fondateurs du groupe Écologie démocratie solidarité créé en mai dernier). Sa circonscription, la Meuse, doit accueillir le très controversé projet d’enfouissement des déchets nucléaires Cigéo, or Asap supprime la commission chargée d’évaluer le coût du démantèlement du nucléaire et de ses déchets : « L’excuse est qu’elle n’a jamais siégéMais il aurait été important qu’elle siège, j’ai tenté — par des amendements cosignés avec Barbara Pompili­ [l’actuelle ministre de la Transition écologique et solidaire] – de la réactiver plusieurs fois et cela a été refusé.» On interdit que la commission se réunisse et l’on dit ensuite : « regardez, elle ne s’est jamais réunie ! » Trop fort.

Mathilde Panot, députée France insoumise, résume la philosophie de la loi Asap : «On réduit le nombre d’agents publics, donc le nombre de contrôles, donc l’efficacité des lois. Ensuite, on dérégule. Et enfin, on privatise les missions de l’État [concernant l’Office national des forêts et les chambres d’agriculture], on affaiblit la puissance publique et on met les gens en danger sur la question des risques industriels. Tout cela au moment où la crise sanitaire nous a fait ressentir l’importance du service public. C’est un choc de simplification, un texte idéologique qui vise à démanteler l’État et va à contresens de tout ce qu’on aurait dû apprendre de la période Sur les risques industriels que la députée mentionne, l’article 23 de la loi « prévoit que si un nouveau site industriel s’implante dans un lieu où d’autres sont déjà installés, on n’étudiera les dégâts que de ce nouveau site, et pas ceux cumulés de toutes les activités, synthétise Reporterre. Pourtant, l’accident de Lubrizol a permis de constater ces effets cumulés, les entrepôts du voisin NL Logistique ayant aussi largement brûlé. » La zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer comporte par exemple 13 sites Seveso et on ne les prendra pas en compte pour autoriser une nouvelle activité dangereuse ? Proprement hallucinant.

L’hydre de la corruption invitée au festin

Christophe Grébert : "J'intègre l'association Anticor et devient son  co-référent pour les Hauts-de-Seine" - MonPuteaux.com

Comme si tout cela ne suffisait pas, la loi Asap ouvre grand la porte à la corruption, comme l’explique un expert en a matière, Kévin Gernier, chargé de mission collectivités territoriales auprès de Transparency France, interrogé par Marianne : « Il y a d’abord le seuil en dessous duquel une personne publique qui veut réaliser un marché est dispensée de publicité et autres formalités administratives. Il y a un mouvement de fond qui s’est récemment accéléré. On est passé de 4 000 euros à 25 000 en 2011, puis à 40 000 fin décembre dernier, notamment sous l’impulsion des Sébastien Lecornu, alors ministre en charge des Collectivités territoriales et d’Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances. Laquelle a multiplié les réunions avec le secteur du BTP à Bercy. Puis un décret de juillet l’a propulsé à 70 000 euros pour une période de un an. Le texte Asap ne mentionne plus de seuil. » Transparency et Anticor dénoncent ensemble cette loi qui limite « l’encadrement des marchés publics et le droit à l’information » : « le projet de loi introduit ainsi un «motif d’intérêt général» permettant de justifier la conclusion d’un marché public sans aucun appel d’offre préalable, quel que soit son montant. Un élu local ou un agent public pourrait ainsi conclure un contrat de plusieurs millions d’euros avec l’entreprise de son choix sans mise en concurrence préalable, s’il estime que le délai nécessaire à cette procédure serait «manifestement contraire à un motif d’intérêt général». Le Code de la commande publique inclut pourtant déjà une palette de situations justifiant de passer outre cette procédure essentielle pour éviter le risque de favoritisme et le potentiel surcoût pour la communauté (urgence impérieuse, première procédure infructueuse, etc.). L’ajout de cette référence – très large – à «l’intérêt général», qui devra être précisée par décret en Conseil d’État, pourrait faciliter la signature de contrats opaques avec une dimension clientéliste ou même d’enrichissement personnel. » Et le droit à l’information ? Il sera restreint concernant « des éléments dont la divulgation serait «de nature à faciliter des actes susceptibles de porter atteinte à la santé, la sécurité et la salubrité publique». Cette mention risque de justifier de nombreux refus d’accès à des documents par l’administration, et elle pourrait mettre en danger la protection des lanceurs d’alerte qui choisissent de divulguer des informations sur des menaces à l’intérêt général. »

STOCK TUYAUX DE POÊLES POUR LES PROS | Cheminées Céline

Concluons avec Politis et la plume de notre confrère Michel Soudais : « Dans l’exposé des motifs, très succinct, qu’en avait donné le gouvernement lors de son adoption en Conseil des ministres le 5 février, ce projet de loi prétendait répondre aux «attentes majeures des Français» ressorties du grand débat national «en matière de transformation de l’action publique, de simplification de leur relation avec l’administration et d’accompagnement de leurs projets». La fumisterie est complète. Le texte comprend bien des mesures de simplification consensuelles à destination des particuliers (…) Mais les dispositions relatives à la simplification des procédures applicables aux entreprises sont bien plus nombreuses. (…) Difficile de ne pas voir dans l’empilement de mesures de ce monstre législatif la patte de puissants lobbys. Il s’agit en définitive, en diabolisant les réglementations, instances de concertation et de réflexion, de lever les obstacles à la relance de l’économie. Dans la «libération des énergies», qui guide la macronie depuis la réforme par ordonnances du code du travail, la loi Asap que des parlementaires et juristes ont traduit As soon as possible («aussi vite que possible»), un leitmotiv libéral en vogue outre-Atlantique, marque un grand recul de l’État. Au détriment de la justice sociale, de l’environnement, de la santé et de la démocratie. Car moins de règles et moins de procédures, c’est au final moins de protections. »

Face aux dégâts dévastateurs de cette loi, l’on reste pantois et désabusé devant l’extrême discrétion des médias dominants.

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Oct 022020
 

Ça y est, la recherche publique française, à l’Institut Pasteur de Lille, a trouvé un médicament contre la Covid-19 ! Vous n’en avez pas entendu parler ? C’est qu’il manque juste un essai clinique pour valider définitivement son efficacité. Qu’il coûte 5 millions d’euros et que le gouvernement ne les verse pas. Scandale !

Le médicament hospitalier, un marché en pleine forme mais sous observation

Le 10 mai dernier, le docteur Jean Dubuisson, responsable de l’équipe Virologie moléculaire et cellulaire à l’Institut Pasteur de Lille, qui pilote une étude visant à identifier des molécules efficaces contre la Covid-19, était optimiste : « Tous ces tests seront finis d’ici à la fin mai, annonçait-il dans les colonnes de 20 minutes. Il est quasiment sûr que nous allons trouver des molécules efficaces contre la Covid-19. Pour l’instant, nous en avons identifié une dizaine qui donnait de bons résultats. Mais pour valider ces recherches, il faut passer par des tests sur des animaux, car nous ne sommes pas à l’abri d’un effet secondaire. » Où en est-on aujourd’hui ? Nouvel article le 29 septembre : « Des chercheurs de l’institut Pasteur de Lille ont confirmé, ce mardi, à 20 Minutes, avoir trouvé une molécule efficace contre la Covid-19. » Alléluia ! «Reste à mener un essai clinique pour valider définitivement l’activité antivirale de cette molécule», souligne un membre de l’équipe de recherche. Selon lui, cette dernière ligne droite peut aller assez vite. «Nous avons besoin de plusieurs centaines de patients pour ces essais», assure-t-il. Mais pour l’instant, c’est l’absence de financement qui constitue un frein. Selon nos informations, il manque cinq millions d’euros et une demande d’aides a été formulée auprès de l’Etat qui «pour l’instant, n’a pas manifesté beaucoup d’intérêt». Les bras nous en tombent. Le gouvernement fait pleuvoir des milliards de « pognon de dingue » sur les entreprises, sans aucune contrepartie, mais n’est pas fichu de débloquer en urgence 5 millions pour nous permettre de disposer d’un médicament. Comment l’expliquer ? Incompétence, lourdeurs et lenteurs bureaucratiques ? Ne versons pas dans le complotisme en formulant l’hypothèse délirante que le gouvernement ne veut pas de médicament pour maintenir la population en état de vulnérabilité et donc de peur, et lui imposer ainsi des restrictions à ses libertés fondamentales. Mais alors quoi ? Il est plus que temps de médiatiser davantage cette information, pour forcer nos gouvernants à verser aux chercheurs les 5 millions qui leur manquent. Immédiatement.

Mise à jour du 9 octobre : c’est le groupe de luxe de Bernard Arnault LVMH qui a versé les 5 millions.

(et cet article est le flop le plus dingue de ce blog, avec 14 vues !)

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Sep 292020
 

Parmi les signataires de cette tribune subitement déprogrammée par le Journal du dimanche (JDD) – nous y reviendrons -, nombre de ces 250 scientifiques sont des professionnels de santé compétents et reconnus, à haut niveau de responsabilité, rien moins que des olibrius. Citons par exemple les premiers signataires : Laurent Toubiana, chercheur épidémiologiste à l’Inserm, directeur de l’Irsan, Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à l’Université de Paris, ancien président des États Généraux de la Prévention, Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de recherche au CNRS, Jean Roudier, professeur de médecine, rhumatologue, directeur d’une unité Inserm… Leur propos est limpide et interroge : « l’idée d’une «deuxième vague» reproduisant le pic de mars-avril 2020 n’est pas un constat empirique. C’est une théorie catastrophiste issue de modélisations fondées sur des hypothèses non vérifiées, annoncée dès le mois de mars et ressortie des cartons à chaque étape de l’épidémie : en avril lors du soi-disant «relâchement» des Français, en mai avant le déconfinement, en juin pour la Fête de la musique, en été pour les «clusters» de Mayenne ou les matchs de foot, et à nouveau cet automne face à une augmentation des cas certes significative, mais lente et grevée d’incertitudes diagnostiques. Au final, cette prétendue «deuxième vague» est une aberration épidémiologique et l’on ne voit rien venir qui puisse être sérieusement comparé à ce que nous avons vécu au printemps dernier. »

« Tu vas voir qu’il va encore y avoir des anti-carottes ! »

Mais alors, que dire des mesures gouvernementales ? La tribune répond : « le ministère de la Santé a encore annoncé mercredi 23 septembre des mesures restrictives des libertés individuelles et collectives qu’il prétend fondées scientifiquement sur l’analyse de l’épidémie de coronavirus. Cette prétention est contestable. Nous pensons au contraire que la peur et l’aveuglement gouvernent la réflexion, qu’ils conduisent à des interprétations erronées des données statistiques et à des décisions administratives disproportionnées, souvent inutiles voire contre-productives. (…) une partie des sujets classifiés parmi les personnes «décédées de la Covid» sont en réalité mortes en raison d’une autre pathologie mais classifiées Covid parce qu’elles étaient également porteuses du virus. Or des études récentes montrent que ce groupe pourrait constituer jusqu’à 30% des décès au Royaume-Uni ces dernières semaines. Cette façon de compter de plus en plus comme «morts du Covid» des personnes en réalité atteintes avant tout d’autres maladies est probablement l’explication principale du fait que, comme cela est écrit en toutes lettres sur le site de l’Insee : «depuis le 1ᵉʳ mai, on ne constate plus en France d’excédent de mortalité par rapport à 2019». Il découle de tout ceci qu’il n’y a pas de sens à paralyser tout ou partie de la vie de la société en suivant des raisonnements qui sont parfois erronés dans leurs prémisses mêmes. Il est urgent d’arrêter l’escalade, d’accepter de remettre à plat nos connaissances scientifiques et médicales, pour redéfinir démocratiquement une stratégie sanitaire actuellement en pleine dérive autoritariste. »

Cela, vous auriez dû le lire dans le JDD du 27 septembre : « Acceptée le samedi matin par le journaliste en charge de la rubrique « Tribune/Opinions », elle devait paraître intégralement sur le site Internet du journal et faire l’objet d’un article dans la version papier du lendemain. Le journaliste nous disait s’en féliciter car cela allait permettre un débat contradictoire avec d’autres opinions très alarmistes exprimées ce jour dans ce journal. À 16h, ce journaliste nous a pourtant prévenu que sa rédaction en chef interdisait la publication. Certitude de détenir soi-même la vérité ? Couardise ? Volonté de ne pas déplaire au gouvernement ? Nous ignorons les raisons de cette censure que personne n’a jugé utile (ou tout simplement courtois) de nous expliquer. » Complément d’information dans France Soir : « à la place, le choix éditorial du JDD fut de publier une tribune d’un collectif de 7 médecins qui mettaient en garde contre une éventuelle seconde vague et demandait des mesures sanitaires radicales dès ce week-end pour des vacances de la Toussaint sereines. Ces médecins sont parmi ceux que l’on retrouve sur les plateaux de télevision depuis le début de la pandémie : Karine Lacombe, Gilbert Deray, Bruno Megarbane.  Un choix éditorial aux connotations politiques et sanitaires, perpétuant ainsi le discours anxiogène du gouvernement qui depuis plusieurs semaines est à la recherche d’une hypothétique seconde vague. »

Plus de 250 scientifiques qui dénoncent une « dérive autoritariste » d’un côté, 7 médecins qui volent au secours de mesures toujours plus restrictives de l’autre : le média de Jean-Luc Lagardère a fait son choix.

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Sep 262020
 

Bachelot, Touraine, Buzyn, Véran… Les ministres de la Santé de droite, sarkozystes, hollandistes ou macronistes, se succèdent pour enfoncer les clous du cercueil de l’hôpital public. Chronique d’une catastrophe annoncée.

Hôpitaux : "On n'a pas tiré les conclusions" de la première vague, accuse le professeur Philippe Juvin
Ici, un soignant nommé Philippe Juvin, qui déplore la casse de l’hôpital public

C‘est quand même assez incroyable que huit mois après la crise, on soit dans un système où on n’a pas augmenté le nombre de lits de réanimation ou d’hospitalisations, on l’a même réduit. Paradoxalement, au mois d’octobre, nous risquons d’avoir moins de moyens hospitaliers à la disposition des malades du Covid qu’au mois de mars. » Voici l’alerte lancée par le professeur Philippe Juvin, chef des urgences de l’hôpital européen Georges-Pompidou. Il a raison et c’est un scandale. « Nous sommes à l’os en matière hospitalière, nous n’avons pas de marge de manœuvre et la Covid arrive en faisant déborder le vase qui était déjà extrêmement plein. Toutes ces mesures ne sont prises que dans un seul but, c’est de faire en sorte de ne pas submerger le système de santé. Aujourd’hui, on paye un système de santé qui s’est appauvri. » C’est exactement ça. Si les restaurants et les bars ferment à nouveau dans la Métropole Aix-Marseille Provence dimanche soir (pour une semaine finalement, au terme de laquelle on réévaluera la situation) et en Guadeloupe, ce n’est pas que la fameuse « deuxième vague » – expression entre guillemets pour interroger sa pertinence – serait particulièrement submersive, mais bien parce que le système de santé, « à l’os » comme le diagnostique notre professeur, ne peut assumer de surcharge. Autrement dit, le problème n’est pas sanitaire. Il résulte de choix politiques : il n’y a pas assez de lits, pas assez de soignants. Depuis quand ? Longtemps.

La Garenne-Colombes : retour de buzz (suite 2): Nicolas Sarkozy a trouvé  quelqu'un chez les Républicains qui a encore envie d'être soutenu par lui  ...
Là, un homme politique Les Républicains nommé Juvin Philippe, qui a mis en œuvre avec ses amis la casse de l’hôpital public

Problème : le soignant est aussi un politique, RPR puis UMP et aujourd’hui LR avec une belle constance, ancien eurodéputé, actuel maire de La Garenne-Colombes et président de la fédération LR des Hauts-de-Seine. Et que disait-il de la loi Bachelot, en 2009, pour la défendre ardemment ? « La loi Bachelot permet de sauver l’hôpital public en l’organisant mieux ». Nous sommes en 2020, onze ans plus tard, et il est donc manifeste que la loi Bachelot a échoué à « sauver l’hôpital public », si toutefois tel était son objectif authentique. Mais qu’a-t-elle produit comme résultat, dès lors ?

La loi Bachelot a fait de l'hôpital une entreprise - le Plus
La loi Bachelot, censée « sauver l’hôpital public » en 2009, vue par les syndicats de santé de l’époque

La loi du 21 juillet 2009 – tiens, pendant les vacances ! – « Hôpital, patients, santé et territoire », dite loi Bachelot pour la ministre de la Santé qui l’a portée, Roselyne Bachelot-Narquin, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, a jeté les bases du système de santé français tel qu’il fonctionne encore aujourd’hui. Quatre ans après sa promulgation, André Grimaldi, chef de service à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), la dénonçait pour avoir « anéanti le service public hospitalier », pas moins : « cette loi a supprimé « le service public hospitalier » pour le remplacer par « des établissements de santé aux statuts variables ». Elle a, au nom de la lutte contre les abus du pouvoir médical, supprimé tout pouvoir soignant pour donner tout le pouvoir aux gestionnaires. Elle a signifié formellement la fin des services qui regroupent les équipes soignantes, remplacés par des « pôles » de gestion. Elle a consacré le pouvoir du directeur, « seul patron à bord », sous la tutelle étroite du directeur de l’ARS (ndlr : Agence régionale de santé), véritable préfet sanitaire aux ordres du gouvernement. (…) Le seul objectif fixé à cette immense machine bureaucratique est celui de la rentabilité promue par la généralisation de la tarification à l’activité (T2A). »

Feu Bernard Debré (décédé le 13 septembre dernier), alors député UMP donc de la même formation politique, tirait à boulets rouges sur cette loi avant même qu’elle ne soit votée : « Nous sommes en révolte parce que nous croyons que le pouvoir qu’ont les médecins de proposer un projet médical pour l’hôpital ne leur appartiendra pas. Ce sera le directeur (qui l’aura) avec une vision uniquement comptable. » Peut-être réagissait-il davantage en soignant, en professeur de médecine, ancien chef du service d’urologie de l’hôpital Cochin qu’il était, qu’en suivant l’idéologie libérale de la loi Bachelot. Au contraire de Philippe Juvin, pas encore touché par la grâce. La loi Bachelot a ainsi consacré la logique de « l’hôpital-entreprise ». Et depuis ?

Cazeneuve, Le Drian, Vallaud-Belkacem... Qui pour remplacer Valls à  Matignon?
Appelle Marisol, on va supprimer 16 000 lits en trois ans !
Sérieux ?

« Tous les gouvernements, de droite comme de gauche, ont mené cette politique de casse pendant ces «trente désastreuses», récapitule l’économiste Jean Gadrey, membre du Conseil scientifique d’Attac, dans Politis. Il en a fallu, des lois austéritaires, pour cela ! Rien qu’au cours des onze dernières années, on a eu la loi Bachelot de 2009, qui avait pour objectif de supprimer 22 000 postes et de fermer 16 000 lits d’hospitalisation en installant à la direction des hôpitaux des managers non médicaux. En 2015, la loi de Marisol Touraine et Manuel Valls était tout aussi «ambitieuse» dans la casse. Depuis le début du règne d’Emmanuel Macron, le tour de vis s’est poursuivi en dépit des puissants mouvements des personnels soignants. La loi Buzyn de 2019 a prévu notamment de «déclasser» environ 300 hôpitaux de proximité en fermant de nombreux services d’urgence et de chirurgie et des maternités. »

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Edit du 29 septembre

Voilà donc où nous en sommes aujourd’hui. Nous payons les conséquences de trente ans de politiques libérales. Depuis 1991, la densité de lits d’hôpital par habitants a baissé en France de 48% ! Macron, à la suite de la crise sanitaire, va-t-il améliorer les choses ? Il n’en a en tout cas rien fait pour l’instant, alors que l’électrochoc du confinement aurait dû le pousser à agir, mieux qu’avec un « Ségur » bidon. C’était l’occasion, le moment idéal. Mais l’hypocrite petit banquier d’affaires ne renoncera jamais à ses dogmes, dussent-ils précipiter la France dans le mur. Alors qui ? Un LR, un PS, responsables complices de cette casse ? Ne les croyez pas s’ils l’osaient promettre. Un programme politique a chiffré l’effort qu’il propose de mettre en œuvre : le recrutement de 62 500 soignants et médecins à l’hôpital. Pour cela comme le reste, un seul choix donc, celui de L’Avenir en commun.

NOTRE BIEN
COMMUN
LA SANTÉ
Les livrets de la France insoumise #22 SANTÉ
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Sep 012020
 
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Deuxième Bonnet d’âne pour notre distingué ministre de l’Éducation nationale : à l’heure des vérifications généralisées – et ô combien bienvenues – par les journalistes de la véracité des propos tenus en public, il ne faut plus mentir, Jean-Michel Blanquer ! Les masques, « fourniture scolaire comme une autre » selon lui, ne seraient distribués gratuitement nulle part dans le monde. Ce qui justifierait que les macronistes refusent toujours, inébranlablement et désormais contre la classe politique française dans son entier (les Insoumis ayant été précurseurs), de les mettre gratuitement à la disposition de la population. Eh bien c’est faux. C’est Checknews, de Libération, qui s’y colle :  ils sont bel et bien gratuits dans deux pays européens, la Grèce et l’Italie, où 11 millions de maques seront distribués chaque jour.

A l’heure du retour sur les bancs de près de 12 millions d’élèves français, marquée par une improvisation permanente qui n’a d’égale qu’une criante impréparation, bonne rentrée scolaire à tous !

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Août 192020
 

Une pandémie de licenciements… « 43 343 suppressions de postes envisagées, auxquelles s’ajoutent 2 023 «petits licenciements collectifs» (de 2 à 9 salariés licenciés) », comptabilise Le Monde. Plus de 45 000 salariés sur le carreau : la Covid a bon dos.

CGT TUIFRANCE on Twitter: "La distanciation physique en Macronie ...

« Les PSE alibis : ils ne sont pas du tout concernés par le Covid mais sont lancés en espérant être noyés dans la vague » : notre Phrase du jour est signée Olivier Laviolette, membre du comité de direction de Syndex, cabinet d’expertise auprès des comités économiques et sociaux. Pour ceux qui l’ignorent, PSE signifie Plan de sauvegarde de l’emploi, dans la novlangue orwellienne des libéraux. Il énumère deux autres types de PSE qui tombent actuellement comme à Gravelotte : « les PSE d’opportunité : ils sont “habillés” Covid mais étaient déjà envisagés avant » et, tout de même, « ceux directement liés au Covid-19, comme dans le tourisme, le commerce, avec Camaïeu, ou encore dans l’aéronautique ». L’expert donne un exemple de « PSE alibi » : « l’emblématique PSE de Nokia ». Marianne y consacre un article : « Ce projet de PSE ne vise qu’à booster la productivité mondiale du groupe sur le dos des salariés », s’indigne Philippe Mulot, délégué central CGT de Nokia. » Même son de cloche du côté du syndicat des cadres CFE-CGC : « Dans cette période de sortie de crise sanitaire liée au Covid-19, tous les plans sociaux qui nous sont annoncés sont opportunistes car ils visent à satisfaire des objectifs financiers », déplore François Hommeril, le président du syndicat. 1233 licenciements en tout, qui font tousser même la CFDT, par la bouche du délégué central Pascal Guihéneuf : « Alors que grâce à la 5G, nous avons plusieurs années d’activité devant nous ! ». Marianne précise : « Cruauté du business, Nokia vient en effet d’engranger notamment sur ce marché… des contrats avec la quasi-totalité des opérateurs français ! »

Nokia : plus de 1200 suppressions de postes. – MELTING POT ASSOC
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Lannion, « ce site de télécom historique inauguré en 1962 par le Général de Gaulle », va perdre la moitié de ses effectifs, de 800 salariés à 402. Il n’appartient plus à Alcatel-Lucent depuis 2016, racheté par Nokia avec la bénédiction d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie. Depuis 2016, c’est le quatrième PSE chez Nokia. « C’est un dossier sur lequel le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire, et derrière lui Emmanuel Macron à l’Élysée, vont devoir démontrer leur savoir faire afin de limiter la casse sociale », commente Laurence Dequay, journaliste de Marianne autrice de l’article, qui ironise : « Dans cette période charnière, l’Exécutif ne pourra se contenter de répéter qu’il se montrera « inflexible » à l’endroit de Nokia…comme en 2017, 2019… » On sait ce que vaut leur inflexibilité.

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