Nov 212020
 

La Macronie se moque ouvertement du monde et les médias mainstream ne remplissent pas leur tâche démocratique d’éclairer l’opinion par les faits. Combien de policiers harcelés suite à la diffusion de vidéos en intervention ? Nous avons cherché et trouvé… un cas. Et on en fait une loi ?

« Tout en garantissant la liberté d’informer » : mais Ferme ta gueule!

Regardez ce reportage extrait du 20h de TF1 du 17 novembre dernier, à partir de 22 minutes et 20 secondes. On y apprend le calvaire vécu par un policier : « Filmée en intervention, l’image de son visage a été partagée plus de 100 000 fois, son identité et son adresse rendus publics ». Menaces de mort, de « s’occuper de [ses] enfants », de « violer [sa] femme » tant et si bien que cette dernière, « terrorisée », est partie avec les enfants se réfugier chez son père pendant six mois ! Le reportage ne précise pas ce que la vidéo à l’origine de ce harcèlement ignoble, inacceptable quoi qu’il en soit, montrait de l’intervention du policier. Notons au passage que, sans la loi Sécurité globale, ce type de cyberharcèlement est déjà lourdement puni par le droit français : deux ans de prison et 30 000 € d’amende. Et que la peine s’aggrave, article 433-3 du Code pénal, pour protéger une personne dépositaire de l’autorité publique (la liste est longue) : « Est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende la menace de commettre un crime ou un délit contre les personnes ou les biens proférée à l’encontre d’une personne investie d’un mandat électif public, d’un magistrat, d’un juré, d’un avocat, d’un officier public ou ministériel, d’un militaire de la gendarmerie nationale, d’un fonctionnaire de la police nationale, des douanes, de l’inspection du travail, de l’administration pénitentiaire ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique, d’un sapeur-pompier professionnel ou volontaire, d’un gardien assermenté d’immeubles ou de groupes d’immeubles ou d’un agent exerçant pour le compte d’un bailleur des fonctions de gardiennage ou de surveillance des immeubles à usage d’habitation ». Pour autant, la Macronie a cru bon d’inclure dans la loi susmentionnée un tristement célèbre article 24 qui prévoit, « sans préjudice du droit d’informer », de pénaliser d’un an de prison et 45 000 euros d’amende la diffusion de « l’image du visage ou tout autre élément d’identification » d’un policier ou d’un gendarme en intervention quand ladite diffusion poursuit l’objectif de porter « atteinte à son intégrité physique ou psychique ». Ce texte a été voté hier soir à l’Assemblée nationale par 146 votes contre 24. Et puisqu’il est censé « protéger les policiers et les gendarmes souvent jetés en pâture sur les réseaux sociaux », selon la justification tweetée par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, alors que nous venons de voir que le droit les protège déjà d’abondance, c’est donc que ce phénomène doit avoir une certaine ampleur. Nous avons par conséquent cherché des exemples. Le premier, celui du 20h de TF1 détaillé plus haut, nous n’avons pas eu trop de mal à le dégotter, bien que le message qui le relayait sur Twitter ne mentionnait pas sa date de diffusion, vite retrouvée. Devinez l’émetteur dudit message ? Le compte officiel de La République en marche.

Il est évidemment logique que les macronistes dégainent des exemples pour justifier leur texte. Or là, en réalité, ils n’en ont qu’un. Darmanin lui-même n’en donne pas d’autre. Il mentionne seulement, à plusieurs reprises ainsi que le précise 20 minutes, l’attentat de Magnanville : « Je rappelle d’ailleurs que les attentats, c’est aussi ceux de Magnanville où un policier et sa compagne qui était policière ont été égorgés dans leur domicile, devant leur enfant de quelques années, par quelqu’un qui a eu leur adresse personnelle et qui a commis un attentat », a ainsi déclaré Gérald Darmanin en guise d’exemple justifiant l’intérêt protecteur, pour les forces de l’ordre, de la loi sur la « sécurité globale ». Or de quoi s’est-il s’agi concernant ce drame ? « Gérald Darmanin dit vrai en indiquant que Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider ont été assassinés par un terroriste disposant de leur adresse personnelle. Mais l’enquête s’oriente plutôt sur la piste d’une fuite de cette information cruciale au sein de la police. » Strictement rien à voir avec la diffusion de vidéos sur les réseaux, donc : et Darmanin n’a trouvé que ça ! Il sait pertinemment du reste qu’il n’existe aucun rapport entre Magnanville et ce fichu article 24, puisqu’il s’est fendu devant la Commission des lois de l’Assemblée nationale d’un piteux « on ne sait pas si ce sont les images des réseaux sociaux qui ont fait naître cet attentat, m’enfin… » Évidemment qu’on ne le sait pas, puisqu’il n’existe strictement aucun élément en ce sens !
Alors pour en avoir le cœur net, nous avons longuement cherché la trace d’autres cas, que n’auraient pas manqué de partager les hérauts de #JeSoutiensLaPolice et autres macrono-fascistoïdes, a fortiori la fachosphère proprement dite. Et ? Rien. Ou presque : un « jeune influenceur auteur de vidéos humoristiques » qui s’était moqué d’un policier de Clermont-Ferrand a été condamné à quatre mois de prison avec sursis, 210 heures de travaux d’intérêt général et 1 500 € de dommages et intérêts au policier harcelé.

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Ugo Bernalicis, député France insoumise et membre du Parti de gauche

Voilà donc que cette majorité fait voter un texte (inutile) pour protéger les forces de l’ordre d’un danger théorique dont la survenue n’est pas documentée. Il y a donc bien une autre raison, énoncée par le député France insoumise Ugo Bernalicis : « L’article 24 de la proposition de loi relative à la sécurité globale est celui qui retient le plus l’attention médiatique, car il vise à dissuader de filmer et photographier les policiers. Il n’était pas prévu dans la version initiale du texte proposé par Jean-Michel Fauvergue et Alice Thourot, députés LREM. C’est un ajout sur commande de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur. Cette proposition est à la base faite par Alliance police, corporation policière radicalisée, qui ne supporte pas que les journalistes et les manifestants puissent filmer et diffuser les violences policières de plus en plus nombreuses, notamment sous le quinquennat d’Emmanuel Macron. Le 26 mai 2020, Eric Ciotti avait déposé une proposition de loi allant dans ce sens. Elle avait suscité un tollé dans les médias. En revanche, le député Ciotti avait eu les honneurs dans un tract d’Alliance. Puis c’est maintenant au tour de LREM de le mettre cette fois-ci à l’ordre du jour. » Le choses sont claires : l’extrême droitisation de la Macronie est en marche et ce régime confirme de plus en plus ses dérives dictatoriales.

Plus de 2 400 blessés, une femme tuée, 23 éborgnés, 5 amputés : j’y suis pas allé de main morte avec les Gilets jaunes !
– T’inquiète, on va continuer, mais ça sera plus filmé…

Photo: Gonzalo Fuentes/Reuters

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Nov 052020
 

C’est l’arroseur arrosé : Claude Malhuret, sénateur de l’Allier présidant le groupe Les Indépendants – République et territoires (croupion macroniste), jouait les amuseurs le 4 mai dernier : « Je revois le professeur Mélenchon de la faculté de médecine de La Havane pointer sur vous un doigt vengeur et vous lancer : « il y aura un deuxième pic de l’épidémie et vous le savez. » Impressionnant. J’étais au bord du retweet. » Le même Malhuret, membre de la commission d’enquête sur la Covid-19 (tremblez, macronistes !), déclare tranquillement le 29 octobre dernier : « Face à cette situation imprévisible, il est dans de nombreux cas presque impossible d’anticiper. »

Sauf que « le professeur Mélenchon » (de la faculté de médecine de La Havane) avait bien prédit l’imprévisible, ce qui faisait alors se gausser le cacique de la droite, ancien secrétaire d’État de Chirac. En parlant de prédiction, Jean-Luc Mélenchon avait déjà joué les Pythies en 2017 : « Nous sommes menacés d’un véritable krach sanitaire. Un krach, c’est un effondrement. Il résulterait de trois facteurs : le premier, ce sont des défis sanitaires totalement nouveaux ; le second, c’est un appareil de soins, un ensemble de moyens de soins, qui est en voie de dislocation ; et le troisième, le plus grave, le plus important, le plus décisif, c’est ce qu’il y a dans la tête des décideurs. Une vision absolument absurde, mercantile, entrepreneuriale comme ils disent pour se gargariser avec des mots dont ils ne savent plus très bien ce qu’ils veulent dire, mais qui font si bien au goûter de la marquise. Cette vision de la santé nous rend incapable de répondre à ce que nous voyons se lever devant nous. D’abord, le déchainement de nouvelles épidémies. Comment a-t-on pu en arriver là ? Regardez l’hôpital public qui était réputé, parce qu’il faut bien prendre le problème par un bout, être un modèle dans notre pays parmi les autres nations, et ça l’était. Comment en est-on arrivé au point où des gens qui travaillent sont devenus l’unique et dernière ligne qui permet à l’hôpital de fonctionner. Car sans leur dévouement, parfois jusqu’à la mort, il n’y aurait plus d’hôpital public. [On pourra toujours les applaudir à 20h !] Non, tout ça n’est pas normal. C’est pourquoi je vous parle d’un krach sanitaire en vue. Pendant qu’eux vous disent qu’ils vont encore enlever de l’argent public, encore diminuer les budgets publics, moi, je vous dis que nous allons améliorer la vie parce qu’on le peut. Le progrès est le seul horizon qui vaille. C’est ça qui peut nous rassembler. En ceci consiste la vertu : faire ce qui est bon pour tous. » Las, on connaît la suite : Mélenchon n’a pas été élu, Macron a poursuivi la taille en pièces de l’hôpital public et la pandémie est venue. Bien vu, malheureusement, professeur Mélenchon.

L’imprévisibilité, c’est aussi l’alibi fourni par le président de la République :  « le virus circule en France à une vitesse que même les prévisions les plus pessimistes n’avaient pas anticipée. Nous avons tous été surpris par l’accélération soudaine de l’épidémie. Tous », ose avec aplomb Emmanuel Macron. Repris de volée par Le Monde : « L’Institut Pasteur avait envisagé une saturation encore plus rapide des services de réanimation ». Et le gouvernement a tellement été surpris qu’il en était évidemment bien informé, puisqu’il diffusait lui-même l’information : « Début octobre, le gouvernement s’est appuyé à plusieurs reprises sur des prévisions de l’Institut Pasteur datées du 25 septembre. Le 4 octobre, Le Journal du dimanche relayait ces «projections qui inquiètent le gouvernement», évoquant une possible saturation des services de réanimation dès la mi-novembre. Ces graphiques diffusés sur Twitter par le ministère de la santé reprennent ainsi ces modélisations dans plusieurs villes », en l’occurrence Lille, Grenoble, Lyon et Saint-Etienne. Et il n’y a pas que l’Institut Pasteur : « À la même époque, le 22 septembre, le conseil scientifique Covid-19 alertait dans une note le gouvernement sur les risques d’une diffusion non maîtrisée du virus ». Conclusion du Monde : « Contrairement à ce qu’a affirmé Emmanuel Macron, le scénario actuel était donc bien sur la table. S’il n’était pas possible de prédire à quel rythme l’épidémie pourrait progresser, plusieurs modélisations ont anticipé les ferments de la situation actuelle, en envisageant même parfois des hypothèses encore plus alarmantes. » Mais à part ça, « Nous avons tous été surpris par l’accélération soudaine de l’épidémie. Tous ».

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Oct 142020
 

L’ancienne soignante en Ehpad eurodéputée LFI « ne supporte plus le discours de Macron » : comme disait Desproges, étonnant, non ?

Sud Education Morbihan - Du fric pour l'hôpital public !

Interpellé par des soignants réclamant « Du fric pour l’hôpital public », Emmanuel Macron a osé la saillie suivante – la même que l’on nous sert depuis quarante ans pour saccager le système de santé, et l’on voit aujourd’hui le résultat : « Ce n’est pas une question de moyens, c’est une question d’organisation ».

Anne-Sophie Pelletier — Wikipédia

Anne-Sophie Pelletier, ancienne soignante en Ehpad et eurodéputée France insoumise, répond dans Le Monde moderne : « Je ne supporte plus le discours d’Emmanuel Macron qui dit qu’à l’hôpital ce n’est pas une question de moyens mais d’organisation et bien NON, c’est d’abord une question de moyens car si il vous manque des lits, des jambes et des bras vous n’avez absolument aucun moyen de vous organiser autrement. »

Au vu de son expérience professionnelle en Ehpad, le journaliste l’interroge : « Comment cette période à été vécue chez les professionnels de ce secteur déjà en crise bien avant l’arrivée de ce virus ? » La réponse d’Anne-Sophie Pelletier déborde d’un flot de colère qu’on ne peut plus endiguer : « Très mal. Grâce à la mobilisation des opalines il y a quand même eu de grosses grèves dans les Ehpad et pourtant il n’y a pas plus de moyens, les soignants sont épuisés, il n’y a pas de protections, les soignants ont été infectés, il y en a un certains nombre qui sont décédés du Covid alors les retours que j’ai sont terribles. Encore une fois la santé est la dernière roue du carrosse, on les applaudit à 20h mais quand ils vont dans la rue pour manifester ils se font réprimer par la police et sont seuls. Là, avec la deuxième vague qui pointe le bout de son nez, les soignants n’en peuvent tout simplement plus et le plus terrible c’est que les soignants qui se sont permis de dénoncer cette situation, ont fait l’objet de mesures et de sanctions disciplinaires destinées à les faire taire. Le gouvernement devra rendre des comptes à un moment ou à un autre car il n’a pas été capable de gérer la crise, de protéger les soignants, les aînés, les familles, mais aussi tous les invisibles comme le personnel travaillant dans les pompes funèbres ou les aides à domicile dont on a absolument pas entendu parler pendant cette crise. »

EHPAD, une honte française | Lisez!
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Oct 112020
 

Plus de 5 millions de Français ont désormais besoin de l’aide alimentaire, tandis que les 0,1% les plus riches ont enregistré 25% d’augmentation de leur fortune en deux ans, grâce aux cadeaux fiscaux du président des riches.

Merci à notre confrère Guillaume Blardone, qui exhume fort à propos un extrait de la conférence de presse post « grand débat national », en avril 2019, où Emmanuel Macron annonce qu’il ne reviendra pas sur la transformation de l’Impôt sur la fortune (ISF) en Impôt sur la fortune immobilière (IFI) : « Comme c’est une réforme pragmatique, elle sera évaluée en 2020 et nous regarderons son efficacité. Si elle n’est pas efficace, nous la corrigerons. Si elle est trop large, qu’elle a des effets pervers, ils seront corrigés. Mais je le dis très clairement : c’est une réforme pour produire, pas un cadeau pour les plus fortunés. » Bien, bien, bien. Nous sommes en 2020 et que nous apprend Le Monde ? Après la suppression de l’ISF, les revenus des 0,1% les plus riches ont explosé en France, titre-t-il. Le quotidien résume ainsi le deuxième rapport du comité d’évaluation des réformes de la fiscalité, publié jeudi 8 octobre, précisant qui en sont les auteurs : « Réalisé sous l’égide de France Stratégie, l’organisme d’évaluation et de prospective rattaché à Matignon, [il est le] travail d’économistes, de députés, de représentants de l’Insee, du Trésor, ou encore du Medef et de la CFDT. » Pas un ramassis de gauchistes, donc. Et que concluent-ils ? « La suppression de l’impôt sur la fortune (ISF) et l’instauration de la «flat tax» [prélèvement forfaitaire unique de 30% sur les revenus du capital] au début du quinquennat ont eu pour effet de faire fortement augmenter les revenus des 0,1% des Français les plus aisés, tandis que la distribution de dividendes, de plus en plus concentrée, a explosé. »

« Mettant en série les faits, arpentant les lieux du pouvoir, brossant le portrait de l’entourage, ce livre fait la chronique édifiante d’une guerre de classe menée depuis le cœur de ce qui s’apparente de plus en plus à une monarchie présidentielle. »

Public Sénat effectue un constat implacable : « les dividendes ont augmenté «fortement», de 60% en 2018, pour atteindre en volume 23,2 milliards d’euros. La tendance haussière se poursuit en 2019. «Les 0,1% de Français les plus aisés sont un quart de fois plus riches que les 0,1 % de 2017», constate l’étude. «Ce rapport souligne de façon caractérisée et solide : pour les très hauts revenus, le gain est considérable», note le sénateur socialiste Vincent Eblé, ex-président de la commission des finances au Sénat. «Les chiffres sont absolument hallucinants. En une seule année, l’inflexion est énorme. C’est un changement de nature démentiel. » (…) la concentration de ces revenus tirés du capital est de plus en plus marquée. Si en 2017 0,1% des foyers fiscaux (38 000 personnes) percevait la moitié du total, la part du même groupe est passée aux deux tiers en 2018. Quant aux 0,01% de foyers les plus fortunés (3 800 personnes), leur part est passée dans le même temps d’un cinquième à un tiers. «Macron est devenu le président des très très riches, c’est confirmé», analyse le sénateur communiste Éric Bocquet, membre de la commission des finances du Sénat. L’élu du Nord s’inquiète de voir l’écart des richesses «continuer à se creuser». « Une enquête du Secours populaire nous apprend qu’il y a de plus en plus de monde à solliciter l’aide alimentaire, les départements sont assaillis de nouvelles demandes de RSA. La pauvreté s’enkyste dans la société et quelques jours plus tard, on apprend que les riches deviennent encore plus riches», s’indigne-t-il. »

Pire que le Président des Riches ! – Adrien Quatennens

Donc ce qui n’était « pas un cadeau pour les plus fortunés » était bien un cadeau pour les plus fortunés. À présent que la réforme a été évaluée, comme promis – accordons-le à Macron -, nous attendons que la réforme soit « corrigée ». Supprimée en fait ! Mais ne rêvons pas. Comptons par contre, si ce n’est la presse, qu’au moins les députés France insoumise, dont le président Jean-Luc Mélenchon avait averti dès mai 2017 que Macron était « le président des riches », ce en quoi il avait parfaitement raison, preuve fournie par le rapport, interpelle la majorité sur ce point. Comment nieront-ils l’évidence, assumeront-ils de gaver les millionnaires quand le peuple souffre de plus en plus ? « Le Secours populaire met en garde mercredi contre une flambée de la pauvreté sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale », relayait France 24 le 29 septembre dernier ; « Dans les rues de Paris, les files d’attente pour les distributions alimentaires continuent de s’allonger, face à l’afflux inédit de nouvelles personnes venant s’ajouter aux précaires dont la situation a empiré. Familles monoparentales, personnes âgées, étudiants, mais aussi intérimaires ou travailleurs indépendants : personne ne semble plus à l’abri de la précarité, selon le Secours populaire. » Un deuxième article apporte des précisions : « Les chiffres donnent le tournis : 1,2 million de personnes supplémentaires ont été aidées par l’association de mi-mars à fin août, soit une augmentation de 50% par rapport aux années précédentes. Au total, ce sont plus de 5 millions de Français, selon une estimation du ministre de la Santé, Olivier Véran, qui ont désormais recours à l’aide alimentaire. » « Il est «trop tôt» pour évoquer l’impact fiscal de la crise du Covid-19, a estimé mercredi le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, en réponse à un début de polémique sur la suppression de l’ISF et un appel au don lancé par le ministre des Comptes publics », nous informait Le Figaro en avril dernier : «Il y aura un temps pour le débat fiscal» mais «il est trop tôt pour le poser». Et maintenant ?

Rends l'ISF d'abord !
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Sep 262020
 

Bachelot, Touraine, Buzyn, Véran… Les ministres de la Santé de droite, sarkozystes, hollandistes ou macronistes, se succèdent pour enfoncer les clous du cercueil de l’hôpital public. Chronique d’une catastrophe annoncée.

Hôpitaux : "On n'a pas tiré les conclusions" de la première vague, accuse le professeur Philippe Juvin
Ici, un soignant nommé Philippe Juvin, qui déplore la casse de l’hôpital public

C‘est quand même assez incroyable que huit mois après la crise, on soit dans un système où on n’a pas augmenté le nombre de lits de réanimation ou d’hospitalisations, on l’a même réduit. Paradoxalement, au mois d’octobre, nous risquons d’avoir moins de moyens hospitaliers à la disposition des malades du Covid qu’au mois de mars. » Voici l’alerte lancée par le professeur Philippe Juvin, chef des urgences de l’hôpital européen Georges-Pompidou. Il a raison et c’est un scandale. « Nous sommes à l’os en matière hospitalière, nous n’avons pas de marge de manœuvre et la Covid arrive en faisant déborder le vase qui était déjà extrêmement plein. Toutes ces mesures ne sont prises que dans un seul but, c’est de faire en sorte de ne pas submerger le système de santé. Aujourd’hui, on paye un système de santé qui s’est appauvri. » C’est exactement ça. Si les restaurants et les bars ferment à nouveau dans la Métropole Aix-Marseille Provence dimanche soir (pour une semaine finalement, au terme de laquelle on réévaluera la situation) et en Guadeloupe, ce n’est pas que la fameuse « deuxième vague » – expression entre guillemets pour interroger sa pertinence – serait particulièrement submersive, mais bien parce que le système de santé, « à l’os » comme le diagnostique notre professeur, ne peut assumer de surcharge. Autrement dit, le problème n’est pas sanitaire. Il résulte de choix politiques : il n’y a pas assez de lits, pas assez de soignants. Depuis quand ? Longtemps.

La Garenne-Colombes : retour de buzz (suite 2): Nicolas Sarkozy a trouvé  quelqu'un chez les Républicains qui a encore envie d'être soutenu par lui  ...
Là, un homme politique Les Républicains nommé Juvin Philippe, qui a mis en œuvre avec ses amis la casse de l’hôpital public

Problème : le soignant est aussi un politique, RPR puis UMP et aujourd’hui LR avec une belle constance, ancien eurodéputé, actuel maire de La Garenne-Colombes et président de la fédération LR des Hauts-de-Seine. Et que disait-il de la loi Bachelot, en 2009, pour la défendre ardemment ? « La loi Bachelot permet de sauver l’hôpital public en l’organisant mieux ». Nous sommes en 2020, onze ans plus tard, et il est donc manifeste que la loi Bachelot a échoué à « sauver l’hôpital public », si toutefois tel était son objectif authentique. Mais qu’a-t-elle produit comme résultat, dès lors ?

La loi Bachelot a fait de l'hôpital une entreprise - le Plus
La loi Bachelot, censée « sauver l’hôpital public » en 2009, vue par les syndicats de santé de l’époque

La loi du 21 juillet 2009 – tiens, pendant les vacances ! – « Hôpital, patients, santé et territoire », dite loi Bachelot pour la ministre de la Santé qui l’a portée, Roselyne Bachelot-Narquin, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, a jeté les bases du système de santé français tel qu’il fonctionne encore aujourd’hui. Quatre ans après sa promulgation, André Grimaldi, chef de service à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), la dénonçait pour avoir « anéanti le service public hospitalier », pas moins : « cette loi a supprimé « le service public hospitalier » pour le remplacer par « des établissements de santé aux statuts variables ». Elle a, au nom de la lutte contre les abus du pouvoir médical, supprimé tout pouvoir soignant pour donner tout le pouvoir aux gestionnaires. Elle a signifié formellement la fin des services qui regroupent les équipes soignantes, remplacés par des « pôles » de gestion. Elle a consacré le pouvoir du directeur, « seul patron à bord », sous la tutelle étroite du directeur de l’ARS (ndlr : Agence régionale de santé), véritable préfet sanitaire aux ordres du gouvernement. (…) Le seul objectif fixé à cette immense machine bureaucratique est celui de la rentabilité promue par la généralisation de la tarification à l’activité (T2A). »

Feu Bernard Debré (décédé le 13 septembre dernier), alors député UMP donc de la même formation politique, tirait à boulets rouges sur cette loi avant même qu’elle ne soit votée : « Nous sommes en révolte parce que nous croyons que le pouvoir qu’ont les médecins de proposer un projet médical pour l’hôpital ne leur appartiendra pas. Ce sera le directeur (qui l’aura) avec une vision uniquement comptable. » Peut-être réagissait-il davantage en soignant, en professeur de médecine, ancien chef du service d’urologie de l’hôpital Cochin qu’il était, qu’en suivant l’idéologie libérale de la loi Bachelot. Au contraire de Philippe Juvin, pas encore touché par la grâce. La loi Bachelot a ainsi consacré la logique de « l’hôpital-entreprise ». Et depuis ?

Cazeneuve, Le Drian, Vallaud-Belkacem... Qui pour remplacer Valls à  Matignon?
Appelle Marisol, on va supprimer 16 000 lits en trois ans !
Sérieux ?

« Tous les gouvernements, de droite comme de gauche, ont mené cette politique de casse pendant ces «trente désastreuses», récapitule l’économiste Jean Gadrey, membre du Conseil scientifique d’Attac, dans Politis. Il en a fallu, des lois austéritaires, pour cela ! Rien qu’au cours des onze dernières années, on a eu la loi Bachelot de 2009, qui avait pour objectif de supprimer 22 000 postes et de fermer 16 000 lits d’hospitalisation en installant à la direction des hôpitaux des managers non médicaux. En 2015, la loi de Marisol Touraine et Manuel Valls était tout aussi «ambitieuse» dans la casse. Depuis le début du règne d’Emmanuel Macron, le tour de vis s’est poursuivi en dépit des puissants mouvements des personnels soignants. La loi Buzyn de 2019 a prévu notamment de «déclasser» environ 300 hôpitaux de proximité en fermant de nombreux services d’urgence et de chirurgie et des maternités. »

Image
Edit du 29 septembre

Voilà donc où nous en sommes aujourd’hui. Nous payons les conséquences de trente ans de politiques libérales. Depuis 1991, la densité de lits d’hôpital par habitants a baissé en France de 48% ! Macron, à la suite de la crise sanitaire, va-t-il améliorer les choses ? Il n’en a en tout cas rien fait pour l’instant, alors que l’électrochoc du confinement aurait dû le pousser à agir, mieux qu’avec un « Ségur » bidon. C’était l’occasion, le moment idéal. Mais l’hypocrite petit banquier d’affaires ne renoncera jamais à ses dogmes, dussent-ils précipiter la France dans le mur. Alors qui ? Un LR, un PS, responsables complices de cette casse ? Ne les croyez pas s’ils l’osaient promettre. Un programme politique a chiffré l’effort qu’il propose de mettre en œuvre : le recrutement de 62 500 soignants et médecins à l’hôpital. Pour cela comme le reste, un seul choix donc, celui de L’Avenir en commun.

NOTRE BIEN
COMMUN
LA SANTÉ
Les livrets de la France insoumise #22 SANTÉ
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Juil 202020
 

« D’après nos calculs, le budget pour une famille de quatre personnes avec deux enfants âgés de plus de 11 ans (NDLR : âge à partir duquel un enfant doit obligatoirement en porter un) s’élève à 96 euros par mois pour des modèles lavables et à… 228 euros (!) pour des masques à usage unique » : Le Parisien chiffre l’ampleur du scandale de refuser la gratuité des masques désormais obligatoires (depuis ce matin) dans les lieux publics clos.

Les députés France insoumise expliquaient dans leur projet de loi du 28 avril dernier : « il est indispensable de généraliser le port du masque dans la population et le rendre obligatoire dans les lieux publics. Pour ce faire, il faut que ceux-ci soient accessibles, donc disponibles, mais aussi gratuits. Même si le coût unitaire du masque peut sembler modique, il ne sera pas à la portée des personnes les plus démunies déjà fortement touchées par la crise sociale. (…) Pour que le port obligatoire du masque soit possible, il faut que personne ne se pose la question de s’en passer. Pour qu’il soit efficace, il faut que personne ne doive économiser les masques par manque d’argent. »

SOLIDAIRES 28
Les Insoumis ne sont pas seuls à le réclamer : le Parti socialiste, Europe Écologie-Les Verts, l’association Attac, la CGT et l’Union syndicale Solidaires aussi.

Le groupe parlementaire France insoumise fait preuve de constance : après que la proposition de loi du 28 avril, présentée par Bastien Lachaud, a été rejetée, Alexis Corbière a présenté un amendement au projet de loi sur l’état d’urgence sanitaire dans la nuit du 8 au 9 mai, pour demander à nouveau la gratuité. Amendement rejeté… en huit secondes exactement, sans discussion (voir la séquence vidéo), jugé « irrecevable ». Jamais deux sans trois, dit-on ? C’est cette fois Adrien Quatennens qui va s’y coller : une nouvelle proposition de loi a été déposée aujourd’hui 20 juillet. Que répondra cette fois La République en marche ?

Post scriptum : les ventes de masques ont généré 175 millions d’euros de chiffre d’affaires dans la grande distribution.

Mise à jour du 22 juillet : Macron répond non.

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