Juil 222020
 

Impunité, enquête accablante sur la mort de Cédric Chouviat, nouvelle affaire de violences, témoignages internes de racisme… Dans ce lourd contexte, le syndicat Unité SGP Police FO n’a pas trouvé mieux que nommer un délégué condamné aux assises pour avoir abattu un fuyard dans le dos et non sanctionné par la police !

Puisqu’il sera question dans ce billet d’impunité – ne parlons même pas d’exemplarité -, convoquons Damien Saboundjian. En 2012, il « avait tué un fugitif d’une balle dans le dos », résume Le Monde. Acquitté en première instance, il est condamné en appel par la cour d’Assises en 2017, reconnu coupable de « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». On peut dès lors se demander quelle est donc l’intention quand on tire quatre balles sur un homme : le blesser seulement ? Ce qui n’a pas empêché le policier de plaider la légitime défense… Elle « n’a pas été retenue, et la cour a prononcé une peine de cinq ans de prison avec sursis et une interdiction de porter une arme pendant la même durée à l’encontre de Damien Saboundjian. Il peut en revanche continuer d’exercer le métier de policier. » Ce qu’il fera, Médiapart nous apprenant que le délinquant en bleu « n’a jamais été sanctionné sur le plan disciplinaire ». Depuis mars dernier – mais Médiapart ne l’a révélé qu’il y a cinq jours -, il est désormais délégué Unité SGP Police FO. Quel symbole !

L’impunité quasi-générale en chiffres

Suivi judiciaire des violences policières de Basta !

« Basta ! a recensé 213 affaires d’interventions policières létales, en quatre décennies, dont l’issue judiciaire est connue », explique le média « radicalement indépendant ». Résultat édifiant : « Au total, nous avons compté au moins 84 classements sans suite, 59 non-lieux, 10 relaxes, 12 acquittements, 38 peines de prison avec sursis, 10 peines de prison ferme, assorties ou non de sursis. Deux affaires sur trois n’ont débouché sur aucun procès : cela signifie que la justice n’a pas rendu de décision claire (classement sans suite ou non-lieu). » L’affaire Adama Traoré n’en fait pas partie, la procédure judiciaire étant en cours. Au total, à peine 5% des affaires d’interventions policières ayant entraîné la mort aboutissent à de la prison ferme. Quelques exemples ? « L’affaire des agents de la Bac ayant ouvert le feu sur un véhicule et tué Gaye Camara de huit balles à Épinay-sur-Seine mi-janvier 2018 ? Non-lieu. L’affaire des agents de la Bac – encore –, appelés pour des nuisances de voisinage dans un immeuble à Paris et ouvrant le feu sur Shaoyao Liu, devant ses enfants, dans son appartement ? Non-lieu. L’affaire du gendarme qui a lancé la grenade offensive, tuant Rémi Fraisse lors d’une manifestation en octobre 2014 dans le Tarn ? Non-lieu confirmé en appel. Ces noms, ces drames, viennent s’ajouter à une longue liste de décès décrétés sans responsable ni coupable par les instances pénales. » Vous avez dit « impunité » ?

Cédric Chouviat, assassiné

Mort de Cédric Chouviat : trois des quatre policiers mis en examen pour "homicide involontaire"
© Crédit photo : MaxPPP

Mort de Cédric Chouviat : l’enquête qui taille en pièces la version des policiers, tel est le titre qui barre la Une de Libération aujourd’hui. « Témoignages, vidéos, auditions des gardes à vue… Libération et Mediapart ont pu consulter de nouveaux documents issus de la procédure ouverte sur les circonstances de la mort du livreur après son interpellation en janvier à Paris. Et révèlent comment les agents mis en cause auraient tenté de dissimuler leur responsabilité. » Médiapart ajoute une précision dans son titre : Des mensonges de policiers couverts par leur hiérarchie. Les deux articles n’étant accessibles que sur abonnement, voyons ce qu’il en est relaté ailleurs. Pour le résumé rapide des faits, franceinfo résume : « Ce livreur de 42 ans avait été interpellé en juillet dernier lors d’un contrôle routier, quai Branly à Paris. Il avait été maintenu au sol par les policiers. Selon une expertise judiciaire, Cédric Chouviat a crié à sept reprises « J’étouffe ». L’autopsie avait conclu à une mort par asphyxie avec fracture du larynx. Depuis la famille de Cédric Chouviat ne cesse de dénoncer une bavure policière. » Regardez et écoutez comment le journaliste Claude Askolovitch relate les faits sur Arte.

« Ils n’ont pas entendu Cédric Chouviat crier «j’étouffe» à sept reprises. C’est ce qu’ont affirmé les policiers, rapporte Le Parisien. Des mensonges que mettent en lumière mardi Mediapart et Libération grâce à des documents qu’ils ont consultés. (…) Cédric Chouviat continuait d’enregistrer la conversation lorsqu’il a été attrapé par le cou, plaqué au sol sur le ventre, encore casqué, avant d’être menotté. Non seulement on l’entend se plaindre d’étouffer, mais on entend aussi distinctement l’un des fonctionnaires dire à son collègue, le chef de bord Michaël P. : «C’est bon, c’est bon, lâche», «sur un ton paraissant empreint d’inquiétude». Mais face aux enquêteurs de la police des polices, ce gardien de la paix ne «sait plus» pourquoi il a prononcé ces mots, rapporte Médiapart. La «clé d’étranglement» ? Un simple «maintien de tête», affirme Michaël P. «Il n’y a pas eu de geste volontaire», dit-il encore. D’autres vidéos tournées par l’une des policières impliquées ont pourtant été versées au dossier. » Posent problème aussi les agissements des policiers lorsque l’interpellé perd connaissance : « La police des polices s’interroge aussi sur le temps de réaction de l’équipage lorsqu’il constate son malaise. Ils mettent «1 minute 58 secondes environ» pour lui enlever la première menotte et «2 minutes et 56 secondes» pour commencer «un massage cardiaque».

 Cédric Chouviat avait été interpellé le 3 janvier près de la tour Eiffel. Il est décédé deux jours plus tard sans avoir repris connaissance.

Lorsque l’on continue à étrangler un homme qui s’étouffe, jusqu’à lui briser le larynx, il s’agit d’un assassinat. Que les policiers ont essayé de dissimuler : « les faits ont été relatés sur les ondes radios de la police par un policier de la BAC (brigade anticriminalité) du VIIe arrondissement, le conjoint de la policière présente au moment des faits. «Il s’agit en fait d’un individu qui a été contrôlé par PS07, ce dernier a été invité à les suivre suite au contrôle. Ce dernier s’est rebellé ; pendant la rébellion, il a fait un arrêt cardiaque», a-t-il déclaré à l’état-major de la Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne. Il tient à préciser et cela peut mettre la puce à l’oreille : «Il n’y a pas eu d’étranglement ni de coups portés». Cette version, qui concorde avec celle d’un des commandants de police du VIIe arrondissement, a été reprise dans des communiqués de presse par le préfet de police de Paris, Didier Lallement. Une version contredite par l’autopsie [qui] a vite révélé une asphyxie avec fracture du larynx, que «seule une pression prolongée et très forte avec deux points d’appui, par-devant sur la pomme d’Adam et par-derrière dans le haut du dos peut provoquer», selon un expert médical. »

Un joyeux anniversaire

Heureusement moins dramatique, une autre affaire ressemble bien à une énième bavure, survenue il y a dix jours : « Ils étaient venus célébrer les 23 ans d’une amie. Sept d’entre eux ont terminé la soirée en garde à vue. Une fête d’anniversaire organisée dans un appartement du 19e arrondissement de Paris a dégénéré, dans la nuit du vendredi 10 au samedi 11 juillet », rapporte franceinfo. Cette fois encore, les versions de la police et des participants n’ont rien à voir. Côté bleu, « Une source policière explique à l’AFP que les policiers ont d’abord verbalisé l’occupante de l’appartement. » Pour tapage nocturne, motif de leur présence. « En repartant, ils ont aussi interpellé pour « outrage » une femme qui venait de les injurier, dans le hall de l’immeuble.  » À ce moment-là, ceux qui étaient dans l’appartement sont descendus et s’en sont pris aux policiers, y compris physiquement », raconte cette source. « L’un d’eux a menacé de prendre l’arme du policier et de lui tirer une balle dans la tête, le véhicule des policiers a été dégradé », poursuit cette même source. Des renforts sont alors appelés et sept personnes sont interpellées, tandis que deux policiers, légèrement blessés, sont emmenés à l’hôpital. » Et que disent les invités de cette fête d’anniversaire, qui a réuni une quarantaine de personnes maximum ? « Ils estiment avoir été eux-mêmes victimes de violences de la part des policiers présents sur place. « La fille dont c’était l’anniversaire s’est fait violenter en bas, raconte un des fêtards. Quand elle est remontée avec du sang partout, ça a mis un froid. » Un autre se souvient de policiers beaucoup plus nombreux, « entre 30 et 50 », « très énervés », « très méchants ». Lisa*, que franceinfo a contactée, souffre toujours, trois jours après, d’une « énorme ecchymose au niveau de la clavicule », conséquence « des nombreux coups de matraques que les policiers m’ont infligés dans le hall de l’immeuble. » (…) Christophe, lui, ne comprend « toujours pas » pourquoi un policier lui a passé les menottes. « Enfin si, j’ai vite compris ce qui m’arrivait, assure-t-il. Une fois dans le camion, ils ont commencé à me crier dessus, à me traiter de fils de pute… Ils me disaient que j’avais frappé leurs collègues. J’avais beau leur dire qu’il y avait erreur, ils ne voulaient rien entendre. » Après les insultes, les coups, selon son témoignage : arrivé au commissariat, il raconte que « trois policiers se sont jetés » sur lui, « l’un d’eux m’a fait une balayette, m’a relevé par le cou avant de me mettre une droite. J’étais au sol, sonné, plein de vertiges et je saignais ». Il explique que les agents lui ont alors « demandé de nettoyer » son propre sang. » Que s’est-il réellement passé ? L’enquête le dira (ou pas). En attendant, on a pu compter sur le camarade préfet Lallement pour y aller de son habituel message sur Twitter.

Racisme systémique ?

Un autre papier de franceinfo abordait le 13 juin dernier le thème du racisme au sein des forces de l’ordre, témoignages de flics à l’appui. Stéphane, policier municipal depuis vingt ans : « Les propos racistes, c’est tout le temps. Tous les jours. (…) Pendant le confinement, on effectuait des contrôles d’attestation de déplacement dans les véhicules. Souvent, et naturellement, mes collègues excusaient les personnes blanches, les jeunes femmes, qui n’avaient pas leur attestation. Mais les personnes « de couleur » étaient verbalisées. » Robert, 48 ans : « Je me souviens d’un collègue pendant des contrôles de véhicules. Il était proche de la retraite, moi tout jeune. Il voit passer deux Maghrébins. Il me dit, devant tout le monde : « arrête-moi les deux fellagas, les deux fellouzes ». Samir, policier en région parisienne depuis dix ans : « J’ai vu des usages illégitimes de la force dans certaines cellules de gardés à vue. Quand je reprenais mon service en fin de nuit, des personnes africaines ou arabes avaient de multiples fractures, des ecchymoses, alors qu’elles étaient en bonne santé la veille au soir. En patrouille, d’anciens collègues, qui sont toujours dans le même commissariat que moi, se sont réjouis de la tuerie de Christchurch en Nouvelle-Zélande, trouvant légitime la motivation du terroriste. Lors de contrôles, ils traitent certaines personnes de « sales races », de « bâtards », de « rats ». Ils le font quand ils sont en surnombre ou que la personne est isolée et ne peut se défendre. » Bernard, policier depuis quinze ans en région parisienne : « Un de mes collègues a été évincé au bout de six mois parce qu’il ne tolérait pas les pratiques de la Bac. Contrôles d’identité musclés, propos racistes, coups portés sur les Noirs et les Arabes… Il a voulu en parler à sa hiérarchie, il a été écarté d’office. Et cet écart s’accompagne souvent de harcèlement. » Ah, les célèbres cowboys de la Bac, de sinistre réputation… L’article n’oublie pas de rappeler le « Un bicot comme ça, ça nage pas »prononcé par un policier fin avril, et évoque aussi le rapport du désormais ex Défenseur des droits Jacques Toubon, dénonçant un « harcèlement discriminatoire », et l’usage des « réseaux sociaux et les messageries instantanées, comme l’illustrent deux affaires récentes. La première révèle l’existence, dans des groupes Facebook privés, de dizaines de messages racistes attribués à des membres des forces de l’ordre. La seconde a démarré en décembre 2019, avec la plainte d’un policier noir déposée contre six de ses collègues, après la découverte de propos racistes, notamment à son égard, dans un groupe WhatsApp. »

Linda Kebbab, reine du déni et de l’amalgame

© Fred Kihn pour Libération, janvier 2019

Concluons ce billet comme nous l’avons commencé, par l’évocation d’une autre figure du syndicalisme policier. « Dénoncer les bavures (policières), ça renvoie à un amalgame ! », protestait vigoureusement Linda Kebbab sur un plateau de France.TV en janvier 2020 (vidéo non disponible). La déléguée syndicale nationale Unité SGP Police FO (encore !), qui possède son rond de serviette à la cantine de BFM TV – où l’on sert une excellente soupe macroniste -, a fait l’objet d’un portrait dans Libération, sous le titre inspiré des Mots bleus : « Selon elle, ce n’est pas la police qu’il faut changer, mais l’image que s’en font les gens. «Les citoyens devraient remettre en question leurs a priori qui ne sont basés sur rien.» Sur rien, vraiment ? Et les 83 blessés graves parmi les Gilets jaunes recensés par CheckNews ? Mais attention, pas d’amalgame ! Or que lisons-nous sur le compte Twitter de la dame ?

Laval vient de la gauche – en réalité, il a rompu définitivement avec elle dès 1926 – et il a ordonné la rafle du Vel’ d’hiv’, donc c’est « l’autorité zélée de l’extrême gauche » qui est coupable de ladite rafle. Singulière – et un tantinet inculte – relecture de l’histoire ! Quant à Mélenchon, il serait « l’héritier idéologique » de ces responsables… En matière d’amalgame, on tient-là une championne du monde ! Mélenchon se voit ainsi littéralement agressé par Linda Kebbab parce qu’il a le toupet d’effectuer le rappel historique de la réalité de la collaboration massive de la police française avec les nazis et que la bouillante syndicaliste policière s’avère adepte du déni. Comme sur le sujet des violences policières actuelles (avec les macronistes au pouvoir, à commencer par Macron lui-même). Parce que « Dénoncer les bavures (policières), ça renvoie à un amalgame ! » Idem du racisme au sein de la police. Commode : les forces de l’ordre sont ainsi blanchies de tout, à la sauce Kebbab.

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Juil 202020
 

Une interview accordée par la nouvelle ministre déléguée à la Citoyenneté a fait bondir une trentaine de féministes au cœur des mobilisations actuelles, qui l’accusent de « diversions xénophobes » et recherche de « boucs émissaires ».

« Nous, féministes, dénonçons un gouvernement qui cherche des boucs émissaires et des diversions xénophobes. » De qui, ce cri de colère ? Une trentaine de militantes associatives et politiques, de la fondatrice de la Newsletter Les Glorieuses, Rebecca Amsellem, à Caroline de Haas (#NousToutes), Fatima Benomar (Les effronté-es), ou encore aux deux historiennes Mathilde Larrère et Laurence de Cock, signent une tribune dans le Journal du dimanche titrée Le discours fémonationaliste indigne de Marlène Schiappa. En cause, l’interview accordée au même média par l’ancienne secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes et désormais ministre déléguée à la Citoyenneté. Nous ignorons si cet élément a été validé par la macroniste ou s’il marque un choix éditorial indépendant (et putassier) du journal d’Arnaud Lagardère, mais toujours est-il que l’entretien est publié sous le titre de « Il faut des opérations de reconquête républicaine ».

Commençons donc par cette déclaration. Schiappa est interrogée à propos du « plan contre le communautarisme et les séparatismes«  annoncé par Macron en février et devenu priorité de Jean Castex, avec une loi annoncée dès la rentrée, « visant notamment l’islam politique », précise FranceTVInfo. « Que proposez-vous pour lutter contre ces phénomènes ? », lui demandent donc les deux consoeurs du JDD, ce à quoi elle répond : « D’abord, l’affirmation du principe de laïcité lors des parcours de naturalisation – je souhaite mettre en lumière ces cérémonies, moments solennels, émouvants pour ceux qui deviennent citoyens français ! Ensuite, des opérations de reconquête républicaine de terrain comme lorsque Gérald Darmanin et moi allons, de nuit, Porte de la Chapelle à Paris, aux côtés des forces de l’ordre. Sans prévenir, parce que la République est chez elle partout. »

« Gérald Darmanin et moi allons, de nuit, Porte de la Chapelle à Paris, aux côtés des forces de l’ordre. Sans prévenir, parce que la République est chez elle partout. »

Réaction de nos féministes en colère : « Questionnée sur la laïcité, Mme Schiappa répond aussitôt en évoquant les parcours de naturalisation, comme si les étrangers constituaient aujourd’hui la plus grande menace contre la laïcité en France. » Avec un logiciel buggé d’extrême droite dans la tête, c’est le cas : l’islam, les noirs, les Arabes, au secours ! Pas pour les signataires de la tribune : « Comme si les réseaux qui s’organisent aujourd’hui contre le droit à l’avortement, les programmes antisexistes à l’école, le mariage pour tous et la PMA pour toutes, étaient les étrangers et non les identitaires et autres chantres des racines chrétiennes de la France. Elle cite ensuite les « opérations de reconquête (sic) républicaine de terrain, (…) Porte de la Chapelle à Paris, aux côtés des forces de l’ordre » (un quartier parisien connu pour avoir une population particulièrement racisée), « parce que la République est chez elle partout » ajoute-t-elle, faisant un clin d’œil abject aux « On n’est plus chez nous » et autres « territoires perdus de la République ».

Non à la double peine

Les militantes féministes se hérissent particulièrement lorsque la ministre aborde à nouveau le thème des étrangers, cette fois comme auteurs de violences sexuelles : « Mme Schiappa se vante également d’avoir obtenu la double peine pour les étrangers qui ont commis des violences sexistes et sexuelles, afin qu’ils soient expulsés du territoire français, au lieu qu’ils puissent tout simplement purger leur peine. L’expression « violences sexistes et sexuelles » comprendrait donc les crimes, les délits et les actes sanctionnés par une contravention, comme le harcèlement de rue ? Cette expression, « violences sexistes et sexuelles », que nous utilisons pour souligner le continuum de ces violences, leur caractère banal et quotidien, devient donc un instrument au service d’une politique xénophobe visant les étrangers et leur distribuant des expulsions du territoire en notre nom. Nous, féministes, n’avons jamais revendiqué une quelconque double peine pour les étrangers. Les coupables doivent être jugés et condamnés, payer leur dette à la société comme tout justiciable, et la société doit se mobiliser pour comprendre les racines des violences qui sont commises en son sein. La Ministre de la citoyenneté, censée défendre l’État de droit, les principes républicains, la « présomption d’innocence » comme elle la réclame dans le même entretien pour M. Darmanin, ne peut réclamer « en même temps » un traitement différencié selon la nationalité. »

© Pascal Pochard-Casabianca Source : AFP
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« Si la maison de votre voisin s’effondre, vous l’accueillez. Mais s’il se met à tabasser votre sœur, vous le virez ! » Cette citation non plus, dans la bouche de Marine Le Pen Marlène Schiappa, ne passe pas, mais alors pas du tout. Qualifiée d’ « odieuse métaphore », « rappelant la vieille propagande des identitaires racistes de l’étranger s’immisçant dans leur domicile pour y agresser leurs compagnes. » Donc, dans le discours de la ministre de la Citoyenneté, les étrangers sont présentés à la fois comme une menace pour la laïcité, présumés indécrottables islamistes, et un danger pour nos mères, nos filles et nos femmes, à la merci de hordes d’agresseurs sexuels halal ! Bien-sûr qu’il ne s’agit pas de sa formulation, mais c’est bien le pré-supposé qui sous-tend ce discours, effectivement typique de l’extrême droite. Quoi d’autre que l’obsession xénophobe, qui fait des étrangers les responsables de tous les maux de la société, justifierait de les évoquer lorsqu’on parle de violences sexuelles ? Or cette problématique est bien plutôt franco-française, chiffres à l’appui que ne manquent pas de rappeler les signataires : « 90% des viols sont commis par une personne connue de la victime. 50% par un conjoint ou un membre de leur famille. Comme l’a dit Adèle Haenel, ces hommes, ce sont nos pères, nos frères, nos collègues, nos amis. Ce ne sont pas des monstres, et ce ne sont pas structurellement des hommes d’origine étrangère, loin de là. »

Que signifie donc, in fine, le message véhiculé par Schiappa (et Castex, qui ne voit ne pleine crise sociale qu’une urgence absolue : lutter contre les « séparatismes »!) ? C’est la conclusion de la tribune : « Nous, féministes, dénonçons un gouvernement qui cherche des boucs émissaires et des diversions xénophobes. Nous ne nous inscrirons jamais dans les stratégies d’instrumentalisation de nos luttes, que ce soit au service de politiques impérialistes pour aller soit-disant libérer les femmes dans les pays de « l’axe du mal », ou des politiques répressives et racistes à l’encontre des étrangers. Nous refusons que Mme Schiappa aille sur ce terrain en notre nom. »

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Juil 162020
 

Dans l’affaire Darmanin, la défense macroniste qui consiste à invoquer la présomption d’innocence revient à créer un rideau de fumée : derrière la querelle juridique de la qualification ou pas de « viol », reste la gravité des faits – monnayer un service contre des faveurs sexuelles -, non contestés par le désormais ministre de l’Intérieur.
Attention, article-fleuve !

AFP / GEORGES GOBET

Vendredi 10 juillet, des milliers de manifestants un peu partout en France, « en majorité des femmes », précise France 24, « ont répondu à l’appel national lancé par le collectif féministe Nous Toutes pour dénoncer « La culture du viol En Marche ». En cause, « la présence au gouvernement de Gérald Darmanin, accusé de viol, et d’Éric Dupond-Moretti, très critique envers le mouvement #MeToo ». Laissons de côté le cas de l’avocat pénaliste, qui n’est pas notre sujet du jour, pour nous pencher sur celui du désormais ex-maire de Tourcoing (démissionnaire le 14 juillet, nous annonce-t-on). Que reproche-t-on à Gérald Darmanin et, partant, à Macron qui l’a nommé « premier flic de France » ? Et le défend de façon pitoyable en expliquant benoîtement : «Il y a aussi une relation de confiance d’homme à homme » ?

Ah ah ah !

« Tout d’un coup, aux yeux des partisans comme des pourfendeurs de Gérald Darmanin, il n’est plus question de présomption d’innocence et encore moins de «grande cause du quinquennat», traduit Laure Bretton, cheffe du service Politique à Libération et autrice de cet excellent «D’homme à homme» : la double offense de Macron. On parle de solidarité masculine, de cet entre-soi qui est au cœur du combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes. » La consœur poursuit : « Emmanuel Macron, déroulant le même argumentaire juridique que tout le gouvernement depuis le remaniement, rappelle que cette affaire a fait l’objet de décisions de justice favorables à Gérald Darmanin. C’est vrai. Il y a eu classements sans suite mais uniquement parce que la procédure judiciaire n’avait pas été respectée. En l’occurrence, aucune confrontation n’avait été organisée entre son accusatrice et Gérald Darmanin, dont on peut raisonnablement penser que son statut de ministre avait pesé dans cette décision. Faussée, la procédure reprend. Politiquement et symboliquement, quand on se veut le héraut de la cause des femmes, il eût été raisonnable d’en attendre l’issue. » Et Laure Bretton d’enfoncer le clou, implacable : « La violence des mots présidentiels ne s’arrête pas là : décrédibilisant la victime présumée du désormais ministre de l’Intérieur (elle aurait tardé à faire éclater l’affaire, ce qui prouverait l’instrumentalisation politique), Emmanuel Macron confie que Gérald Darmanin a été «blessé» par les attaques de celles et ceux qui contestent sa promotion. C’est l’inversion du fardeau de la preuve, la victimisation de l’accusé, la confiance accordée sur le genre. »

Les faits, rien que les faits

Revenons à ce stade au fond de l’affaire, qui rend si insupportable cette réaction de Macron : mi-janvier 2018, Sophie Spatz dépose plainte pour viol contre Darmanin, alors ministre de l’Action et des Comptes publics, pour des faits survenus en 2009. « Sophie Spatz – une ex-call girl (et ex militante UMP, NdA) – avait pris contact avec Gérald Darmanin, alors chargé de mission au service des affaires juridiques de l’UMP, dans l’espoir de faire réviser une vieille condamnation en justice, résume Marianne. L’élu, alors âgé de 26 ans, aurait promis d’appuyer sa demande auprès de la ministre de la Justice… non sans adresser lui aussi une requête. «Il va falloir m’aider vous aussi», aurait-il annoncé, selon la plaignante [en posant sa main sur la sienne, NdA]. Se serait ensuivie une soirée à Paris, un détour par un club libertin, puis une nuit dans un hôtel où a eu lieu ce rapport sexuel, qui n’est pas contesté par les conseils du ministre. Plus tard, celui-ci a envoyé une lettre d’intervention à la garde des Sceaux, ce qu’il ne nie pas non plus. »

La défense se bat exclusivement sur le terrain juridique, afin de faire jouer la prescription. Un « trafic d’influence » et un « abus de faiblesse » sont prescrits (faits trop anciens pour être poursuivis), pas un « viol ». Mais sans contester les faits. C’est du reste ce qu’indique le long titre de l’article : Les avocats de Gérald Darmanin ne nient pas les faits qui lui sont reprochés… mais n’y voient pas un viol. Il est donc acquis que Darmanin a réclamé – et obtenu – des faveurs sexuelles en échange d’un service. Il a ainsi utilisé son pouvoir, en tant que chargé de mission au service des affaires juridiques de l’UMP, pour imposer à la plaignante des rapports sexuels, commettant ainsi « trafic d’influence » et « abus de faiblesse ». « Ces faits ne sont pas niés par l’entourage de l’ancien député. Dans la foulée, il aurait bien envoyé une demande d’intervention au ministre de la Justice pour qu’il soutienne la demande de Sophie Spatz », appuient Les Inrocks. Est dévoilé le contenu des SMS échangés par Darmanin et Sophie Spatz, qui « témoignent que du côté de la plaignante, cette nuit fut un cauchemar, qu’elle n’a répondu aux avances de M. Darmanin qu’en raison de sa promesse ». Marianne, taquine, conclut ainsi : « Dans ce dossier et au vu des faits, l’extinction de l’action en justice pourrait ne pas suffire à dissiper les débats sur le comportement de Gérald Darmanin. L’appartenance du ministre à La République en Marche, par exemple, ne pourrait-elle pas être questionnée ? Selon la charte des valeurs du parti macroniste, chaque membre doit respecter «les règles élémentaires de la courtoisie, du respect d’autrui, de l’honnêteté et de la probité.» En conséquence, «chacun de nos adhérents s’engage donc à ne pas commettre de discrimination ou d’abus de pouvoir et à être vigilant sur toute situation de conflit d’intérêt», assure LREM. » Exactement l’inverse des agissements de Darmanin.

Le rideau de fumée de la présomption d’innocence

Pour tenter de défendre l’indéfendable, les macronistes dégainent la présomption d’innocence. Tous l’invoquent : le Premier ministre Jean Castex, Darmanin lui-même, qui franchit désormais toutes les bornes de l’obscénité en se plaignant d’être victime d’une « chasse à l’homme », Macron en personne et désormais 167 députés LREM: « Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, nous sommes toutes et tous engagés au sein de la majorité présidentielle pour faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes et pour lutter contre les violences sexuelles et sexistes, osent ces tartuffes. C’est une grande cause nationale du quinquennat, nous la portons avec force, détermination et constance, et nous en sommes fiers. (…) En France, seule l’institution judiciaire peut dire qui est coupable ou non, et c’est un garde-fou contre l’arbitraire. (…) Dans les pays où la présomption d’innocence est bafouée, les victimes de violences sexuelles, et plus généralement les femmes, ne sont jamais mieux protégées. Au contraire. » Fort bien. Donc, pour « faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes et pour lutter contre les violences sexuelles et sexistes », on absout un homme qui a monnayé son intervention contre des faveurs sexuelles, en s’abritant derrière le fait qu’il n’ait pas été condamné et qu’il ne le sera vraisemblablement pas, si la qualification de « viol » n’est pas retenue. On vous voit, hypocrites ! La seule question qui vaille, à poser par exemple à Anne-Laurence Pétel et Alexandra Louis, députées marcheuses des Bouches-du-Rhône à l’origine de cette tribune collective et naturellement féministes autoproclamées, est simple : « Acceptez-vous qu’un homme demande et obtienne des faveurs sexuelles en échange d’un service ? »

– N’hésite pas Marlène, dans ton nouveau ministère, si tu as besoin que je te rende un service…
– Non merci, Gérald.

Marlène Schiappa, ancienne secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et désormais ministre à la Citoyenneté déléguée auprès du… ministre de l’Intérieur Darmanin, mérite dans cette affaire son petit paragraphe personnel. Invitée ce matin de La Matinale LCI, elle a prétendu : « Il y a eu trois décisions de justice et sur ces trois décisions de justice – on est en fait au-delà de la présomption d’innocence, hein -, on est là face à un homme qui est passé en jugement et il y a eu deux non-lieux et un classement sans suite. (…) Moi, je regarde la justice. Là, on n’est même pas dans la présomption d’innocence, on n’est pas en train de se dire : on attend de voir ce que va dire la justice. La justice s’est déjà prononcée. Et ensuite le dossier a été rouvert pour une question de procédure. »
Le classement sans suite dont elle parle concerne la plainte pour « abus de faiblesse » d’une habitante de Tourcoing, dont Darmanin était le maire, « déclarant s’être « sentie obligée » de coucher avec Gérald Darmanin pour obtenir un logement et un emploi ». Plainte classée sans suite par le parquet de Paris, qui n’est pas indépendant, le parquet en général étant placé hiérarchiquement sous la tutelle du ministre de la Justice. Donc le parquet, aux ordres du gouvernement, a classé sans suite une plainte visant un ministre : quelle surprise !
Et les deux non-lieux ? C’est l’affaire Spatz. Le Monde explique : « Un juge d’instruction avait refusé, le 16 août 2018, de relancer les investigations après un classement sans suite par le parquet de Paris (encore, NdA) de la plainte initiale de Sophie Patterson-Spatz. Cette dernière avait fait appel de cette décision, mais son recours avait été jugé hors délai par la cour d’appel de Paris. » L’affaire est remontée jusqu’à la Cour de cassation, qui a jugé que l’appel n’était pas hors délai et ordonné à la chambre de l’instruction de le réexaminer. Donc le premier non-lieu a été rendu, suivant la réquisition du parquet (aux ordres du gouvernement ; la pédagogie, c’est la répétition), par un juge qui n’a même pas jugé utile de recevoir la plaignante ! Sophie Spatz avait fait appel, réclamant son audition par le juge et une confrontation avec le ministre et on lui avait répondu, deuxième non-lieu : « C’est trop tard, ma bonne dame ». Réponse que la plus haute juridiction française a jugé fallacieuse. Et jamais Darmanin n’est passé en jugement, contrairement à ce que prétend Schiappa-l’arracheuse-de-dents. Son « la justice s’est déjà prononcée » est en réalité à traduire par « le parquet s’est ingénié à empêcher que les plaintes ne soient instruites ». Évidemment, dit comme ça, c’est moins convaincant.

Une indignation internationale

Shirin Ebadi, juge et avocate iranienne en exil, Prix Nobel de la Paix et féministe hystérique qui ne respecte même pas la présomption d’innocence !

Un collectif de 91 intellectuelles et militantes féministes de plus de 35 pays, dont Shirin Ebadi, Prix Nobel de la paix, et Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature, se charge de répondre à nos macronistes bêlant à la présomption d’innocence et à la justice-qui-s’est-déjà-prononcée : « Nous, militantes, intellectuelles, femmes politiques féministes, issues de plus de trente-cinq pays du monde, avons appris avec sidération, le 6 juillet, les nominations au poste de ministre de l’intérieur de la France de M. Gérald Darmanin et à celui de ministre de la justice de M. Eric Dupond-Moretti. Ce remaniement du gouvernement français représente un virage politique antiféministe, dont la portée dépasse largement les frontières de la France. Il vient renforcer le backlash [« retour de bâton »] contre les femmes, dont nous sommes victimes sur tous les continents, en violation de nos droits fondamentaux. En effet, M. Darmanin fait l’objet d’une procédure judiciaire pour viol, harcèlement sexuel et abus de confiance, qu’il aurait commis à l’encontre de Sophie Patterson-Spatz en 2009. Bien qu’il soit légalement présumé innocent, nous considérons comme politiquement impensable et inacceptable une telle promotion, compte tenu de l’instruction en cours. Nous alertons sur le risque que la nomination de M. Darmanin au poste de ministre de l’Intérieur, autorité hiérarchique des policiers chargés de l’enquête sur ses agissements, pourrait faire peser sur l’indépendance de la procédure. » Croyez-vous ?

Éthique politique, confiance démocratique

« L’argument qui consiste à dire « Il est présumé innocent » est finalement complètement faussé, analyse Beligh Nabli, maître de conférences Habilité à diriger des recherches (HDR) en droit public à l’Université Paris-Est Créteil et auteur de l’ouvrage La République du soupçon. La vie politique au risque de la transparence (Cerf, 2018). Certes, c’est le cas devant la loi, mais ce n’est pas la question. La question, c’est de savoir si cela sape ou non la confiance dans nos représentants. On a des représentants politiques accusés de viol, d’autres accusés de recel…  Mais l’exemplarité n’est pas une thématique proprement juridique, c’est une question à la fois d’éthique politique et de confiance démocratique. (…) Lorsque l’on interroge les Français sur leur représentation des politiques, les deux mots qui arrivent en premier sont « méfiance » et « dégoût ». Exactement ce qui fait grimper le Rassemblement national dans l’opinion, contre lequel les castors d’électeurs ont cru « faire barrage » en votant Macron…

Poignée de mains entre coupables, avec Darmanin et Olivier Dussopt, sous le coup d’une enquête pour « corruption » et « prise illégale d’intérêts », qui ne nie pas non plus les faits mais a tout de même été nommé, tenez-vous bien, ministre chargé des Comptes publics !

Concluons en citant L’Obs, qui n’écrit pas au conditionnel puisque les faits ne sont pas contestés : « En 2009, Gérald Darmanin a demandé à une femme des rapports sexuels, lui promettant d’intervenir auprès du ministère de la Justice pour faire effacer le casier judiciaire de celle-ci. » Ce qu’elle a fait et qu’il a fait. (Et une deuxième femme l’a accusé de pareille demande contre un logement et un emploi.) Tout le reste est littérature. Et la Macronie est ce pays où l’on peut avoir ce comportement ignoble et être nommé ministre de l’Intérieur, patron de la police nationale. What else ?

Mise à jour du 31 juillet : Darmanin, l’acculé, interdit les manifestations contre lui-même.

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Juil 142020
 
Partagé sur Facebook par Christian Lehmann, le message d’un médecin en colère.

« Une cérémonie militaire réduite, qui rend hommage à ceux qui ont lutté contre le coronavirus », résume Le Monde : ainsi Emmanuel Macron a-t-il choisi de célébrer la fête nationale 2020. « En ce 14-Juillet (…) je souhaite, avec tous les Français, avec les armées elles-mêmes, rendre un vibrant hommage aux personnels de santé et à celles et ceux qui, dans tous les secteurs, ont permis à la vie publique, sociale et économique de continuer », a annoncé le président. Poudre aux yeux ! Le Collectif inter-urgences ne s’y est du reste pas trompé, qui explique dans son communiqué pourquoi il a fait déployer au-dessus de la place de la Concorde une superbe banderole disant son fait à l’homme aux promesses jamais tenues. Magnifiquement bien joué ! FranceTVinfo précise : « Accrochée à des ballons gonflés à l’hélium, la banderole n’a pas été filmée par les caméras retransmettant l’événement ». Comme dans une dictature, en fait : les chaînes de télévision – en tout cas le responsable de la réalisation de la retransmission – ont fait le choix délibéré d’occulter ce qui gêne le pouvoir.

Thomas SAMSON / AFP

C’est justement du « Ségur de la santé » dont nous entendons parler : alors que le nouveau Premier ministre, Jean Castex, a claironné que l’accord signé à son terme était « historique », pour 8,1 milliards d’euros, le compte n’y est certes pas du tout ! Les trois syndicats signataires ont ainsi parfaitement rempli leur sale besogne de « jaunes ».

« Six organisations syndicales, dont la CGT, SUD-Santé, Amuf, pour les urgentistes, et la SNPI, qui représente les infirmiers, appellent à un rassemblement place de la République à Paris ce mardi pour porter les revendications du personnel soignant », résume LCI. « Estimant que le gouvernement « méprise leurs demandes et leurs revendications », six organisations syndicales considèrent que « le Ségur de la santé est une imposture ». Si la concertation vient d’aboutir à un projet d’accord sur la revalorisation des personnels non médicaux, avec une augmentation générale de 183 euros net par mois, certains syndicats en attendent plus et comptent le faire savoir. » En effet, les soignants français perçoivent des salaires de 15 à 20% inférieurs à la moyenne européenne, selon les gauchistes échevelés des Échos. « Les 300 euros nets pour tous les personnels ne sont pas atteints, pas d’enveloppe spécifique pour un plan massif de formation de professionnels et de recrutement de personnel alors qu’il s’agit d’une priorité pour améliorer les conditions d’exercice des personnels, écrit la CGT. Par ailleurs il n’y aucun engagement de pris à ce stade sur l’arrêt des restructurations en cours et la réouverture de lits, services et établissements dont nous avons tant besoin pour préserver notre système de santé et d’action sociale. »

On le voit, le « monde d’après » promis n’est qu’un mirage – y aviez-vous réellement cru ? – et la réinvention de lui-même annoncée par le manipulateur de l’Élysée n’est qu’un nuage de poudre de perlimpinpin.

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Juin 202020
 

Acculée par l’affaire des procurations frauduleuses qui prend un tour franchement sordide et les sondages qui la donnent perdante, la présidente LR du Département des Bouches-du-Rhône et de la Métropole Aix-Marseille Provence, candidate à la mairie de la cité phocéenne en héritière de l’inamovible Jean-Claude Gaudin, invente la fable improbable d’un « coup d’État » de « l’ultra gauche ». Prends tes pilules, Martine !

Hallucinante interview de Martine Vassal à La Provence

L’ultra gauche est en passe de prendre Marseille, la 2e ville de France. Donc les équipes de Mélenchon sont aux portes de la ville. On est en train d’essayer de créer un climat – mais y’a pas que pour cette raison, hein ! -, un climat qui est en vérité… Bon, je vais oser le mot : un coup d’État. L’ultra gauche est en train de faire un putsch à la cubaine ou à la vénézuélienne sur Marseille.

Martine Vassal, 17 juin 2020

Les bras nous en tombent. De quoi Martine Vassal parle-t-elle exactement ? En quoi consisterait ce « coup d’État » ? Relisez posément : c’est « un climat » qu’« on est en train de créer » (qui est ce « on » ?) qui constitue le terrifiant « coup d’État » qu’élucubre – osons un néologisme – la représentante de la droite bucco-rhodanienne. Sur quoi s’appuie-t-elle ? Nous n’en saurons rien puisqu’elle n’apporte aucune précision. Le journaliste de La Provence lui a-t-il posé la question ? On imagine que oui, tant l’affirmation est énorme. Mais sans doute a-t-elle refusé de répondre. Et pour cause : Vassal serait bien en peine de s’expliquer. En l’occurrence, le « coup d’État » consiste seulement à l’empêcher d’être maire de Marseille !

Les insoumis s’amusent bien sur les réseaux sociaux.

Le même jour, la candidate LR accorde un autre entretien à Sud radio où elle élucubre derechef : « Les Marseillais ne veulent pas de l’ultra gauche à Marseille, ils ne veulent pas d’un pantin. Parce que c’est quoi, Madame Rubirola aujourd’hui ? C’est le fantôme de Monsieur Mélenchon qui traîne derrière. » D’autant plus gonflé que le député insoumis n’a apporté son soutien au Printemps marseillais, coalition de gauche, écologiste et citoyenne dont Michèle Rubirola (Europe Écologie-Les Verts, EELV) est la tête de liste, que le 7 juin, et encore de façon on ne peut plus mesurée ! Et sans l’avoir soutenue au 1er tour.

En réalité, la France insoumise (LFI) marseillaise s’est déchirée à l’occasion de cette élection. S’il y a bien des insoumis candidats pour le Printemps marseillais (dont Sophie Camard, la suppléante de Mélenchon) – et nous avons l’honneur d’en compter plusieurs parmi nos camarades -, présenter l’ancien double candidat à la présidentielle comme le marionnettiste qui tire les ficelles et décide de tout en sous-main est proprement invraisemblable. Le Printemps marseillais réunit PS et PC – Vassal dit toujours « les socialo-communistes », parce que « socialistes », tout seul, ça ne fait vraiment peur à personne ! -, collectifs citoyens (dont ceux qui se sont formés suite à la catastrophe de la rue d’Aubagne, symbole de la gestion Gaudin, criminelle à force d’être antisociale) et certains insoumis. EELV y est allée au 1er tour de sa liste propre – Rubirola était alors dissidente dans sa volonté de rassembler, lire par exemple Malgré une tête de liste écologiste au Printemps marseillais, EELV veut aller « jusqu’au bout » -, avant de se rallier après son score de 8,94%, loin derrière les 23,44% de Rubirola (Vassal a fait 22,32%). Voilà donc ce qu’est le Printemps marseillais et prétendre que Mélenchon en est le vrai candidat est grotesque.

Mais Vassal voit le député de Marseille comme l’épouvantail rêvé pour remobiliser l’électorat de base de la droite, d’où son absurde tentative de le faire passer pour le vrai candidat caché. Elle dit du reste textuellement dans Le Figaro : Mélenchon est « le vrai candidat du Printemps marseillais».

Et derrière Mélenchon, cette fameuse ultra gauche (dont il serait le chef). Le délire de Vassal monte encore d’un cran : « On a aujourd’hui un enjeu colossal sur Marseille ; aujourd’hui sur Marseille, l’ultra gauche est ultra violente, poursuit l’affabulatrice sur Sud radio. On a un quartier qui s’appelle La Plaine. Ce quartier-là… Les habitants, les commerçants n’en peuvent plus. Toutes les semaines, il y a des émeutes. La police, elle prend… elle est à bout, la police. On demande des effectifs de police. On veut que cette ville, ce soit la plus belle ville, excusez-moi, de France et du monde, parce qu’on y croit. Parce que cette ville, elle a tous les atouts pour réussir. Mais on veut pas des casseurs. On veut pas de l’ultra gauche. (…) Alors oui, les Marseillais sont des révolutionnaires. Et là, on va montrer qu’on n’est pas dupes et on ne va pas se faire voler l’élection. C’est un coup d’État de Mélenchon. Moi, je dis non au coup d’État de Mélenchon ! » Mais prends tes pilules, Martine !

Il n’y a évidemment, pas plus qu’un fantasmatique coup d’État, d’émeutes à La Plaine chaque semaine. Imaginez bien que vous en auriez entendu parler ! Mais un mouvement citoyen de contestation par les habitants d’un projet d’aménagement de… la mairie Gaudin, dont Vassal est la représentante adoubée par le vieux sénateur LR. L’histoire du « coup d’État » et de « l’ultra gauche » qui mettrait Marseille à feu et à sang n’est qu’une pathétique diversion. D’abord parce que le dernier sondage donne Rubirola à 35% et Vassal à 30. Ensuite parce que le scandale des procurations frauduleuses prend de l’ampleur et un tour de plus en plus sordide.

Alors qu’une enquête à propos de procurations frauduleuses pour le camp de la droite était déjà ouverte, on apprend que les équipes de Vassal auraient fait voter au 1er tour 51 résidents d’un Ehpad, dont certains ne sont absolument plus en possession de leurs capacités intellectuelles. « La semaine dernière, L’œil du 20H montrait qu’une candidate de la liste LR à Marseille proposait d’obtenir une procuration sans passer par le commissariat. Nos équipes révèlent à présent que lors du premier tour des élections municipales, des électeurs ont voté par procuration à la place des résidents d’un Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) qui ne les connaissaient pas. Les familles des personnes âgées, pour certaines malades d’Alzheimer, sont sidérées », dévoile France 2. Qui ajoute que des procurations ont été établies sans pièce d’identité – ce qui est parfaitement illégal. « Les listes d’émargement font apparaître parmi les mandataires de ces pensionnaires les noms de plusieurs proches de Julien Ravier [le maire LR des 11 et 12e arrondissements], dont son directeur de cabinet, un élu ou encore la directrice générale des services de sa mairie », précise 20 minutes. Le gratin. Bien-sûr, Ravier prétend n’être au courant de rien et a demandé à son directeur de cabinet de « se mettre en retrait » de la campagne. Et Vassal ? Au courant de rien non plus. Jusqu’à qui l’enquête parviendra-t-elle à remonter ? Quoi qu’il en soit, le discrédit et l’opprobre sont désormais jetés sur la candidate LR. D’où son discours de semi-démente, pour reprendre une formule adressée par Mélenchon à Marine Le Pen. Et il est vrai que Vassal se couvre du même niveau de ridicule. Voilà où en est aujourd’hui la droite marseillaise. Et que vive le Printemps marseillais !

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Juin 172020
 

De 58 milliards à… 500 : le chiffre dont s’est vanté le président hisse le mensonge à une échelle stratosphérique. Dans l’indifférence quasi-générale.

« Super-menteur » : les Guignols avaient ainsi surnommé Chirac et Sarkozy s’était ensuite aisément glissé dans le costume. Mais Macron les fait aujourd’hui passer pour des amateurs.

« Nous avons mobilisé près de 500 milliards d’euros pour notre économie, pour les travailleurs, pour les entrepreneurs, mais aussi pour les plus précaires. C’est inédit. Et je veux ce soir que vous le mesuriez aussi pleinement. Dans combien de pays tout cela a-t-il été fait ? C’est une chance et cela montre la force de notre État et de notre modèle social. »

Emmanuel Macron, 14 juin 2020

Devant notre écran de télévision comme 23,6 millions de Français, nous avions certes un peu sursauté : tant que cela ? « 500 milliards », mince, ça en fait de l’argent magique* ! Sauf qu’il s’agit d’argent imaginaire. Mais l’invraisemblable multiplication (par 8,6, comme la bière !) qu’a opérée Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée n’a pas fait les gros titres de l’actualité, bien que démontée par plusieurs confrères. Comme si le mensonge en politique ne choquait plus personne, tant il est devenu habituel. L’opinion est-elle mithridatisée ? Plutôt écœurée, sur l’air du « tous des menteurs, tous des voleurs, tous pourris ! », qui fait prospérer le meilleur ami du président, le vote d’extrême droite, son assurance-vie de réélection. Mais n’oublions pas le principal : aussi peu relevée, cette élucubration des 500 milliards passe pour vérité auprès de la grande majorité des citoyens.

Tout tient d’abord dans l’usage du mot « mobilisé », comme l’écrit très prudemment notre confrère du « quotidien de révérence référence » : « Selon les données communiquées au Monde par le ministère de l’Action et des Comptes publics, l’État a effectivement «mobilisé» 463 milliards d’euros pour lutter contre les conséquences du Covid-19, y compris celles liées au système de santé, soit un total proche du chiffre mentionné par le chef de l’État. » Bon, de 463 à 500, on n’est plus à cela près, penserez-vous. Mais gardez-vous bien d’en rester là : en fait, « Le chiffre impressionnant avancé par Emmanuel Macron ne comprend en réalité «que» 58 milliards d’euros de dépenses effectives« . Comment passe-t-il ainsi de 58 à 500 ? Facile, il compte les garanties accordées par l’État, qui représentent à elles seules 327 milliards d’euros potentiellement dépensés. Les entreprises souscrivent des prêts et, si jamais elles venaient à faire défaut – qu’elles ne les remboursaient pas -, c’est l’État qui mettrait alors la main à la poche. Autrement dit, seul un pourcentage infime de ces sommes sera effectivement dépensé. Ajoutons à cela 32,5 milliards d’aides en trésorerie et en capital, qui ne sont que des avances aux entreprises, donc ne sont pas dépensés non plus. La conclusion du Monde marche sur des œufs : « Le chiffre de 500 milliards d’euros peut donc porter à confusion quant au niveau des dépenses réelles de l’État pour lutter contre les conséquences de l’épidémie ». Porter à confusion, sans rire ?

Nous préférons la formulation utilisée par Regards, beaucoup plus explicite : « Emmanuel Macron a déclaré avoir «mobilisé près de 500 milliards d’euros pour notre économie». C’est une fake-news« . Qui alerte en outre d’une « entourloupe sur le financement de la sécurité sociale » : « Le déficit 2020 de la sécurité sociale devrait être supérieur à 50 milliards d’euros (…) [L’État] ne prendra pas à son compte le financement de ce déficit supplémentaire et qui va perdurer plusieurs années. (…) Cela a deux conséquences : dès maintenant, comme le souligne Thomas Piketty, et contrairement à ce qu’a affirmé le président de la République, des augmentations d’impôts ont été décidées. Mais pas ceux qui devraient l’être. Créée en 1996, la CRDS (Contribution au remboursement de la dette sociale) qui équivaut à un prélèvement de 0,5% sur tous les revenus des Français «des plus bas jusqu’aux plus hauts» devait être supprimée en 2024. «Le principe de prolonger ce prélèvement pendant dix ans» a été adopté. Et pour demain, cela annonce de nouvelles attaques contre la sécurité sociale. »

Edit : l’humoriste Nicole Ferroni consacrait justement son billet de ce matin sur France Inter à ce mauvais coup porté à la Sécurité sociale

*: « Il n’y a pas d’argent magique » : formule utilisée par Macron devant des infirmières en avril 2018.

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