Mar 182020
 

Confinement, jour 1.

L’impression est persistante de vivre à l’intérieur d’un film de science-fiction. Déjà hier soir devant l’allocution de Sa Suffisance Présidentielle, en acteur de série B tentant vainement de donner de la crédibilité à un mauvais texte, outrageusement dramatique et martial, martelant à six reprises « Nous sommes en guerre ». Avec une précision, la première fois : « certes sanitaire ». Mais guerre tout de même.

Allons bon. Puisque guerre il y a et que chacun des Français est appelé à prendre part au conflit pour terrasser l’ennemi invisible, nous autres journalistes, bien que confinés en bons citoyens, devenons de facto correspondants de guerre (certes sanitaire). L’exercice est singulier, qu’allons-nous bien pouvoir raconter ? Autrement dit, quelles nouvelles de ce drôle de front ?

Levé à l’aube, commandé en ligne des blocs de nourriture pour poissons d’aquarium – un bloc tient quinze jours -, passé chercher ma commande à l’animalerie restée ouverte, fait ma valise puis départ pour le lieu de confinement par moi choisi, à une grosse heure d’Alfa de mon domicile port-de-boucain. Le Luberon, dans une superbe ancienne bergerie restaurée, avec un immense jardin. Ma belle-mère y a besoin de moi. Arrivé à 11h59 précises ! Pas peu fier du timing. Sur la route, appel de ma supérieure hiérarchique : notre administration nous renvoie chez nous, jusqu’au 31 mars pour commencer, éventuellement mobilisables, le traitement payé normalement. Sur la route encore, une notification bipe sur mon téléphone. Je m’approche du pare-brise où est fixé son support : GOUVFR lis-je. Le film de science-fiction continue : voilà que le gouvernement m’envoie directement un texto sur mon téléphone personnel (de rappel du confinement).

Le lecteur sera ravi d’apprendre que j’ai déjeuné d’un couscous-boulettes. Arraché un peu de mauvaises herbes. Pris mes marques en ce lieu de villégiature. Autant être à la campagne. On est donc parti pour un minimum de quinze jours (comme le bloc pour mes poissons). C’est que nous avons une guerre à gagner ! En ce jour 1, la résignation est de mise, teintée d’optimisme : profitons du confinement pour lire, écrire, jouer et regarder films et séries. Ça devrait aller.

Confinement, jour 2

Bon, il va quand même falloir que l’on m’explique cette affaire de l’ « attestation dérogatoire de déplacement ». Je veux dire : à quoi ça sert ? Je comprends les contrôles policiers et gendarmesques, mais pourquoi faut-il avoir sur soi ce papier que l’on se fait soi-même qui dit, dans la plupart des cas : je vais faire des courses ou je fais une activité physique ? J’ai fait des recherches pour savoir si une explication de l’utilité de cette ADD était proposée. Sans en trouver. Si, une, sur le site officiel d’Apple, iGeneration, dans un article expliquant pourquoi une version numérique de l’ADD était finalement interdite : « Il ne s’agit pas de faciliter la vie des Français », confirme Christophe Castaner. L’objectif est bien que l’attestation soit une contrainte, qu’elle invite les gens à rester chez eux. Attestation ou pas, le confinement doit rester la règle, et le déplacement doit rester l’exception. » Donc ils ont trouvé ce moyen pour limiter les déplacements, lors d’un concours d’idées entre crânes d’œuf : « Et si on les obligeait à remplir un papier à chaque fois qu’ils sortent ? » Pardon, mais c’est parfaitement stupide. Ah, il faut un papier ? Allons-y. Qui donc se dirait : « Oh tant pis pour les courses, il faut faire un papier, j’ai trop la flemme ! » ? Ou alors : « Médor va faire sur le tapis mais tant pis, ça me saoule leur attestation » ? Donc on doit se doter d’une attestation pour sortir son chien. Si, si. Et si on ne l’a pas, on se prend une amende, parce qu’on a sorti le chien sans leur fichu papier-à-Dédé. Parce qu’on n’a pas écrit : « J’atteste sur l’honneur que je suis en train d’emmener faire ses besoins à l’animal que vous pouvez voir au bout de cette laisse et qui se trouve être mon chien ». À stupide, j’ajoute donc ridicule et grotesque. Tiens, comme Castaner !

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