Août 292010
 

Tous dans la rue le 4 septembre contre la « politique du pilori » du gouvernement, d’accord. Mais pas pour fêter une République, la Troisième, abreuvée du sang des Communards ! Rappel historique.

« Une grande manif doit se tenir le 4 sep­tem­bre 2010, convo­quée par toute la gauche, les syn­di­cats, les asso­cia­tions anti­ra­cis­tes ou de sou­tien aux tra­vailleurs immi­grés, etc. », résume Mondialisme. L’objet de ce billet n’est pas de se dissocier de cet appel à la mobilisation : contre la dérive xénophobe de la Sarkozie, il faudra être dans la rue – avant d’y retourner le 7 pour les retraites – et nous y serons. Voici l’Appel citoyen que nous avons signé : « Les plus hautes autorités de l’Etat ont fait le choix de jeter à la vindicte publique des catégories entières de population : Roms et Gens du voyage accusés comme les étrangers d’être des fauteurs de troubles, Français d’origine étrangère sur lesquels pèserait la menace d’être déchus de leur nationalité, parents d’enfants délinquants, etc. Voici que le président de la République accrédite aussi les vieux mensonges d’une immigration coûteuse et assimilée à la délinquance, et offre ainsi à la stigmatisation des millions de personnes en raison de leur origine ou de leur situation sociale. Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche ne s’inscrit pas dans le débat légitime, dans une démocratie, sur la manière d’assurer la sûreté républicaine. Le nécessaire respect de l’ordre public n’a pas à être utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs émissaires, ni pour instituer des peines de prison automatiques, contraires aux principes fondamentaux du droit pénal, à l’indépendance de la justice et à l’individualisation des peines. La Constitution de la France, République laïque, démocratique et sociale, assure « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Nul, pas plus les élus de la nation que quiconque, n’a le droit de fouler au pied la Constitution et les principes les plus fondamentaux de la République. Notre conscience nous interdit de nous taire et de laisser faire ce qui conduit à mettre en péril la paix civile. » Jusque-là, pas de souci. Le diable se niche dans la dernière phrase : « Nous appelons à une manifestation le samedi 4 septembre 2010, place de la République à Paris, à 14h00, et partout en France, afin de fêter le 140e anniversaire d’une République que nous voulons plus que jamais, libre, égale et fraternelle. »

Voilà le problème soulevé par Mondialisme : si 140e anniversaire il y a, l’Appel remonte donc à la Troisième République. « Curieusement, jusqu’ici aucun des his­to­riens ou des intel­lec­tuels qui fus­ti­gent Nicolas Sarkozy pour sa mani­pu­la­tion ou son igno­rance de l’Histoire n’a fait remar­quer que la Troisième République a été fondée sur le sang des Communards, les persé­cutions, les condam­na­tions à l’exil, au bagne et à la prison, quand ce n’était pas le poteau d’exé­cution décidé par les conseils de guerre qui sié­geront pen­dant les quatre pre­mières années de la Troisième République ou les cours pré­vô­tales qui fusillaient les hommes et les femmes pris les armes à la main, observe le site. Les réd­acteurs et les 30 000 signa­tai­res de l’appel « Non au pilori » ont com­plè­tement oublié les 20 000 morts de la Commune de Paris, les 38 000 arres­ta­tions, les 50 000 juge­ments qui se pour­sui­vront jusqu’en 1877, les 4000 per­son­nes expédiées au bagne, le tout pour quoi ? Pour célébrer, le 4 sep­tem­bre 2010, la Troisième République…. des bour­reaux du peuple pari­sien. » Descendons donc dans la rue contre le gouvernement le 4 septembre, mais certainement pas pour fêter le 140e anniversaire d’une République (la Troisième) dont les pères fondateurs ont sur la conscience la répression de la Commune ! « N’oubliez pas qui était Adolphe Thiers, le chef des Versaillais, celui qui a lancé 130 000 sol­dats contre les ouvriers et les arti­sans pari­siens, le pre­mier pré­sident de cette Troisième République qui a com­mencé aussi mal qu’elle a fini et que nos citoyen­nis­tes sans mém­oire vou­draient que nous fêtions en enter­rant une seconde fois les Communards », insiste Mondialisme. Voilà qui est dit.

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  19 commentaires à “Et la Commune ?”

  1. […] This post was mentioned on Twitter by Olivier Bonnet, Valérie de Saint-Do. Valérie de Saint-Do said: RT @OlivierBonnet: D'accord pour manifester le 4 mais… pas pour fêter l'écrasement de la Commune ! http://www.plumedepresse.net/?p=156 […]

  2. D’autant que la 3ème république, c’est aussi l’accélération du développement de l’Empire colonial, de l’écrasement des cultures considérées comme « primitives » ou « inférieures » en métropole comme outre-mer, et de l’instillation de l’esprit revanchard et nationaliste contre l’Allemagne….

  3. Je suis très heureux qu’Olivier Bonnet relève que cette commémoration pourrait être une façon de se moquer de la population, car, en effet, s’il y a des racines profondes propres au monde populaire, c’est bien la commune de 1870 dont la troisième république a tout fait pour la faire oublier et l’effacer… — La Commune, bien davantage que toutes les autres révoltes ou révolutions, (comprise : celle de 1789) est la référence essentielle pour penser un autre système… (Marx s’y est essayé !) car ce fut la première fois que le peuple s’est réellement pris en main sans s’en remettre à des représentants ou des gouvernants. La Vraie Gauche a tout son fondement en elle car il y avait en sa nature : l’esprit du coeur.

    En fait, le vrai communisme est totalement en elle et non pas dans ce qu’en ont fait les soviétiques qui ont dénaturé la « commune ». Moi, je me sens un homme de la commune et un communiste issu d’elle.

    Et je clame depuis longtemps que le Sarkozysme est tout simplement l’esprit des Versaillais dont l’apothéose se retrouve dans la Cagoule.

    Alors, merci Olivier, pour rappeler la Commune et éviter une farce qui devrait énormément faire rire le tenancier de l’Elysée et sa maffia !

  4. Merci Olivier de rappeler que nous descendrons dans la rue le 4 septembre, non pas pour fêter le 140e anniversaire de la 3e République, mais pour défendre celle d’aujourd’hui. J’ai commis l’erreur, souvent, de ne pas calculer 2010 – 140, et obtenir ainsi 1870…

  5. C’est dit, et très bien dit. Merci Olivier, merci Mondialisme. Perso, je privilégie la première république et plus particulièrement les quelques mois entre le 4 août 1789 et le 28 juillet 1794, à peine cinq années.

    Et ressuscitons ceci: Article 35 Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, 24 juin 1793 :

    Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. :->

  6. Faudrait lui rappeler au mètre zéro deux que « Tout ça n’empêche pas Nicolas, qu’la Commune n’est pas morte » !

    L’insurrection vient…

  7. Communards qui chantaient la Marseillaise,n’en déplaise à certains esprits chagrins.
    Mais effectivement il valait mieux aussi fêter les 221 ans de l’esprit républicain.
    Surtout que les combats restent les mêmes dans un contexte différent.

  8. Thiers est l’ignoble boucher de la commune, certes, mais également celui qui a empêché le retour de la monarchie. Les fondateurs de la troisième république sont coupables, atrocement coupables des massacres et répressions de la commune, mais la troisième donne le cadre d’un état de droit, où les affrontements sont violents, mais dont les institutions sont solides.
    exemples : le général Boulanger, appuyé par les monarchistes et les bonapartistes, n’a pu prendre le pouvoir. L’affaire Dreyfus s’est soldée par la réhabilitation du capitaine.
    Il ne faut pas confondre les personnes au pouvoir et les institutions qui donnent le cadre du pouvoir. Le colonialisme s’est développé sous la troisième, mais ce n’est pas troisième qui en est responsable.
    En revanche, c’est la troisième qui a permis la séparation de l’église et de l’état, acte incroyable, obtenu par volontarisme politique. C’est la troisième qui a permis la mise en place de l’instruction publique, toujours par volontarisme politique…
    Renier la troisième république est à mon avis un non-sens.

    • Intéressante prise de position. Qu’en pensez-vous, chers commentateurs ?

      • Thiers n’a en rien « empêché » le retour à la monarchie. Par ailleurs, il dit lui-même en quittant le pouvoir: qu’un retour à la monarchie est impossible car il y a trois prétendants : les comtes de Chambord et de Paris, et le prince impérial, fils de Napoléon III. Pourquoi ne pas dire alors que grâce à Sarkö, le Pen n’est pas au pouvoir? Etrange réflexion. Et pour finir Balzac disait de lui: « Monsieur Thiers n’a jamais eu qu’une seule pensée : il a toujours songé à Monsieur Thiers ».

      • Le terme « empêché » est sans doute mal choisi, mais en 70 l’établissement d’une république pérenne, même bourgeoise, était plutôt mal barré. Thiers, « foutriquet », est un criminel sanguinaire, mais c’est un fait que malgré les monarchistes majoritaires à l’assemblée, il a imposé des institutions républicaines.
        Cela dit, j’applaudirais des mains et des pieds si on débaptisait toutes les rues et avenues Thiers qui pullulent en France, au profit de rues et avenues Louise Michel !

    • Processus évolutif dans un tâtonnement expérimental de ce que d’aucuns appellent Démocratie.
      Alors 1er, 2ième, 3ième, 4ième, 5ième ne sont que des appelations contrôlées sans souffle, sans utopie, sans rêve, sans invention…

      Et si nous tournions nos pensées, nos envies, nos plaisirs vers les réappropriations, les possessions, les partages dans une perspective de changer le monde sans prendre le « Pouvoir ».
      Sempiternel problème du pouvoir.

      Si nous essayions, simplement, dans un désir individuel et/ou collectif d’imaginer une société d’ordre sans pouvoir. Chemin le plus difficile, car sans esclave (posture sécurisante) et sans maître (posture de désir d’ascension).

      Alors les Républiques pourront bien aller se rhabiller.
      Le Bonjour à tous.

      • C’est un plaisir de te lire après tout ce temps, sur ce « nouveau blog », cher GPMarcel 🙂

      • Les républiques ne sont que des cadres institutionnels.
        C’est ce que nous en faisons qui est important.
        Et nous n’utilisons pas plus du quart des droits collectifs que nous donne la constitution,et nous sommes incapables de faire appliquer les autres.
        Inutile de taper sur les institutions c’est sur notre incapacité à nous unir pour nous faire respecter qu’il faut taper!

  9. On y sera le 4 ! y’a pas de doutes, je partage ton texte sur facebook, meme blaze, tiens bon !

  10. Et comme il vaut mieux avoir les yeux rivés sur le futur avec la certitude des dérives présentes chevillées au corps pour préparer le changement indispensable… gardons l’esprit léger et alerte, et forgeons au plus vite une nouvelle et véritable solidarité citoyenne.
    Objectif VIè république. Enfin…

  11. Quasi une fantasia…
    Comme une fantaisie
    La Rochelle fut le théâtre d’une métamorphose :
    On a vu de grises mines devenir des mines toutes roses.
    la fleur du rosier qui fait oublier… Toutes les roses fanées
    Il y aura des primaires, on s’y attendait…
    De petits flirts entre ennemis… Mais aucune étreinte forcée !
    Ni contraception, ni avortement, mais un enfant chéri dont on taira le nom, parce qu’il a partie liée avec les mauvais esprits. Il aura pour mission de rassembler sous le ciel, tous les parents artificiels qui vont nous apprendre ce que l’on sait déjà, que le pouvoir ne sera plus crucial, que l’arène ne sera jamais royale.
    Le message nous a semblé très clair, il n’y aura pas de programme commun, mais un problème commun… enfin, il y en a UN.
    Pour occulter les opinions vicieuses ou viciées… Le problème n’est pas la justice sociale, ni la détresse générale. Mais de sauver avec tout son cœur, les meubles d’une vieille demeure dans laquelle aucun homme, aucune femme, n’y mettront jamais les pieds.
    Vous avez… vous aussi oublié l’adresse ?
    Notez vite le numéro de la rue : 000
    Le chiffre sulfureux qui indique que : « la politique n’est plus rien d’autre, qu’un refrain cynique ».
    Difficile à retenir. C’est pour cette raison que personne ne l’a retenu.

    http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Balle%20de%20la%20Rose

  12. En somme, cet Appel reprend l’argument de l’anniversaire de la IIIe Rép. ( non dans les intentions ) du « Grand Apéritif Républicain » organisé par Ch. Tasin, Riposte Laïque etc… dans 15 villes de France …
    Ne relevant eux que ce qui les intéresse, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.
    Je remarque d’ailleurs qu’à ce sujet, à part un élu (Verts )du II arr. de Paris, n’y a pas beaucoup de républicains au compteur pour dénoncer, ne serait-ce que pour la forme, cette opération.
    Lui il a demandé à la préfecture qu’elle soit interdite.
    Dans les autres villes, dont la mienne, à moins d’avoir raté quelque chose ( possible) silence radio. Ce sera la surprise… auront-ils réunis des gens ou pas …l’actu le dira.
    J’irai lire ça sur Le gaulois ou La poule déchaînée, ça me distraira…
    Quand je me souviens des indignations à la suite du premier « apéro saucisson » et les réactions dans ma ville qu’avait entraîné le reportage de France2 sur l’église St Eloi, suis « surprise »
    C’est quoi la différence ?! quand je vois leur affiche, moi je n’en vois strictement aucune. Les priorités du moment sans doute.

    Comme toi, la Commune

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