Oct 212011
 

« Le 28 septembre 2010, le groupe Unilever a annoncé son projet de fermeture de Fralib Gémenos, résume la pétition en ligne. Les salariés, leurs syndicats CGT et CGC ont démontré à plusieurs reprises que l’argumentaire économique avancé par la direction ne tenait pas la route. Unilever a tout mis en œuvre pour plomber l’usine de Gémenos pour délocaliser la production en Pologne. » Le motif officiel de la fermeture est en effet une prétendue surcapacité de production. Or dans le même temps que le site de Gémenos est condamné, Unilever achète les machines pour produire en Pologne ! On est bien là dans un cas de délocalisation pure et dure, pour gagner deux ou trois centimes par sachet sur le dos d’ouvriers français sacrifiés, parce que coupables d’être mieux payés que leurs homologues polonais. Aujourd’hui les Fralib occupent leur usine 24h sur 24* et réclament de pouvoir utiliser les machines et garder la marque L’Eléphant, qui n’est produite par Unilever, via Lipton, que pour le marché français. « Cette marque, née à Marseille il y a 119 ans, appartient au patrimoine marseillais et aux salariés, affirme Gérard Cazorla, secrétaire au Comité d’entreprise. Selon une étude du cabinet Progema, les 182 emplois seraient maintenus à partir d’un seuil de production de 1 000 tonnes. Or notre usine en produit 2 900 tonnes. » Mais Unilever ne lâche rien, ne veut rien entendre. « Toutes les études du cabinet d’expertise comptable du Comité d’entreprise démontrent la rentabilité de Fralib avant que cette dernière ne subisse une contraction voulue de son activité, ont écrit en septembre dernier les salariés aux trois ministres du Travail, de l’Economie et de l’Agriculture, lettre cosignée par le député communiste André Chassaigne. Cette contraction a été volontairement organisée en 2007 par le groupe avec la mise en place d’une chaîne logistique USCC (Unilever Supply Chain Company) domiciliée en Suisse pour des raisons fiscales. Cette nouvelle organisation a transformé Fralib en «centre de coût». Les profits issus de l’activité de Fralib sont confisqués par l’USCC et échappent de fait à la fiscalité française. Les salariés refusent légitimement le chômage, la précarité et la misère. Ils se sont engagés dans la construction d’une solution alternative pour le maintien à Gémenos de l’activité thé et infusions sous la marque « Thé l’Eléphant » et des 182 emplois. Elle a reçu le soutien du Conseil régional et de l’ensemble des collectivités territoriales. » Mais peu importent les arguments rationnels face à la loi du profit maximum, Unilever ne voit que ses bénéfices et les dividendes versés aux actionnaires, comme le commande le système libéral mondialisé. Alors la lutte continue.

En occupant l’usine mais aussi devant les tribunaux. Le Comité d’entreprise conteste ainsi la régularité de la procédure d’information et de consultation sur le projet de fermeture du site de Gémenos, ce qui annulerait automatiquement le Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) proposé par la direction. Débouté par la Tribunal de grande instance de Marseille le 21 juillet dernier, il a fait appel et l’audience se déroulait ce mercredi devant la Cour d’appel d’Aix-en-Provence. Nous étions présent pour soutenir les salariés de Fralib, avec les représentants du Front de gauche – ceux du parti communiste (avec Pierre Dharréville, patron de la Fédération départementale) et du Parti de gauche (avec Hélène Le Cacheux, membre du Bureau national). Le jugement est mis en délibéré jusqu’au 17 novembre. Le délégué CGT de Fralib, Olivier Leberquier, sur le perron de la Cour d’appel, a livré sa synthèse de l’audience (voir notre photo ci-dessous).

« Notre avocat a plaidé que la décision du juge de fond ne se fondait sur aucun examen sérieux des arguments avancés par les représentants des salariés, tant sur la qualité de l’information justifiant la fermeture de l’usine et les 182 licenciements que la régularité du PSE, résume le blog de la CGT Fralib. Il a démontré une nouvelle fois, avec brio, qu’Unilever n’a pas respecté les obligations légales aux termes de la procédure de consultation du CE, qu’Unilever n’a pas communiqué – comme l’avait indiqué le juge aux termes de son ordonnance rendue le 4 février dernier – l’ensemble des documents et informations permettant au CE de donner un avis sur le projet de la direction. Il a démontré précisément, preuves à l’appui, notamment sur le reclassement et sur les moyens dont dispose le groupe Unilever, que le PSE n’était pas régulier et qu’il n’était pas conforme aux dispositions du code du travail. » En parlant de reclassement, le passage le plus truculent est relevé par Hélène Le Cacheux sur son blog : « Le président l’interrompt: «Lorsque vous parlez de mutations internes, vous parlez aussi de la Pologne ?» ; « Bien sûr ! », répond l’avocat. Le président interloqué : «Vous pensez vraiment que les salariés de Gémenos considèrent qu’une mutation en Pologne est une offre raisonnable ?» Ce sera donc notre Phrase du jour.


*
Extrait de La Provence de ce jour : « 26 salariés sont en effet assignés, ce matin, devant le juge des référés au Tribunal de grande instance de Marseille, par la direction, qui compte demander l’expulsion du site de Fralib. » Ils avaient obligation judiciaire de laisser entrer la direction, mais ils refusent la présence des 10 gardes du corps, excusez du peu,  sans lesquels ne se déplace jamais leur directeur, transfuge de Coca Cola surnommé El diablo par les salariés. « Nous ne sommes pas des voyous, on veut juste garder notre emploi », nous a expliqué l’un des salariés en lutte au rassemblement devant la Cour d’appel.

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  4 commentaires à “Fralib, la mère de toutes les luttes”

  1. Pourquoi pas une reconversion basée sur la production locale de plantes aromatiques, bio de préférence, qui ferait travailler, en plus des ouvriers, les agriculteurs locaux, et sur l’importation de thé équitable, avec bien entendu l’abandon de la marque « l’Éléphant », de plus en plus connotée grande industrie mondialisée, la célébrité ne fait pas tout.

    Il serait temps que le monde ouvrier s’allie avec ceux qui ne veulent plus détruire la planète. Mélenchon en parle un peu, mais ne s’attaque guère à cette évidence: si nous ne prenons pas les devant dans des reconversions « propres » (et même en le faisant, ce sera difficile) la montée des exigences écologiques détruira tellement d’emplois que c’est entre nous que nous nous battrons au lieu de nous battre contre le grand capital.

    C’est déjà commencé avec AREVA: http://reporterre.net/spip.php?article2246

    Ecolos contre prolos, on aura l’air malins!!!

  2. Les temps sont de plus en en plus durs pour les salariés, et leurs paroles souvent inaudibles. Un cas d’espèce, quasi une démonstration « scientifique » avec les fralibs. Et comment ne pas imaginer le sort des salariés, employés dans des boites plus petites, souvent sans syndicats, sans « marque » connue pour attirer si peu que ce soit les feux des projecteurs ? Misère…
    Petit clin d’œil personnel : message en provenance de paypal de ma part. Pas grand chose, mais mon estime voyage avec, et elle, elle est immense.
    Amitiés.

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