Oct 112010
 

La patronne du Medef monte spectaculairement au créneau pour fustiger les grévistes : encore un effort, camarade, n’oublie pas les paroles de Maître Yoda : « Quand le patronat se plaindre tu entendras, sur la bonne voie tu seras, continuer à l’affoler tu devras ». Ne lâchons rien, nous sommes des millions ! Et exigeons le retrait de cette réforme antisociale des retraites qui est bien, ainsi que Laurence Parisot l’a avoué involontairement sur France Info, celle du Medef !

Les effets de notre grève du zèle, qui en est déjà à son sixième jour, commencent à porter leurs fruits : faut-il que plumedepresse dérange pour que Laurence Parisot en personne, ci-devant présidente du Medef, en vienne à sortir du bois pour prendre la parole sur les antennes de la radio du service public ! Ou bien est-ce plutôt la perspective d’un blocage généralisé de l’économie du pays, avec pénurie de carburant (compte à rebours toujours enclenché, pour dans « quelques jours » selon la CGT), blocage des routes et des transports ? Toujours est-il que la Parisot n’a pas de mots assez forts pour fustiger les grévistes. Morceaux choisis, puisés dans Libération : « C’est toute la fiabilité de la France qui est en question. L’image et la fiabilité de la France, c’est quelque chose de très concret », a-t-elle déclaré. La journée d’action « peut avoir un impact sur les relations commerciales, sur les relations de partenariat. Le nombre de réunions qui dans la semaine vont être annulées parce que le partenaire français de la réunion européenne ne pourra pas être présent, c’est incalculable », a souligné la patronne du Medef. « J’ai l’impression que beaucoup ne mesurent pas que tout ceci participe à une dégradation très préjudiciable pour chacun de nous de notre réputation », a-t-elle ajouté. Alors que « ce que nous sommes en train de faire en ce moment, c’est tout simplement de sauver le système de répartition », estime la présidente de l’organisation patronale. « Cette réforme est le fruit d’une très grande concertation et de beaucoup de compromis. Je suis étonnée de voir que certains considèrent qu’il n’y a pas eu de dialogue alors qu’il y a eu de nombreux échanges et que chacun a apporté ses idées, sa contribution », a-t-elle poursuivi. Considère-t-elle que c’est bonne réforme ? Pour Mme Parisot, « c’est un bon compromis, et c’est un compromis que chaque Français devrait s’approprier ». En outre, à ceux qui estiment qu’il faudrait agir d’abord contre le chômage pour aider les retraites, Mme Parisot a répondu que « le fait majeur qui explique le déficit du système par répartition, c’est l’évolution de la démographie. Même si on fait l’hypothèse d’un taux de chômage très bas, ce déficit sera présent. » Joli morceau de bravoure.

Hypocrisie, mauvaise foi et propagande

Bon, on l’a compris, c’est la catastrophe : des réunions commerciales européennes vont être annulées ou se tenir sans le représentant français, imaginez l’horreur. Pis, ce dernier ne sera du reste certainement plus invité à l’avenir, puisque « les Français sont toujours en grève ». Ah que cette sale réputation va gravement nous nuire sur le marché des échanges internationaux : on va en perdre des contrats, vous verrez ! Autant dire que notre pays se met au ban du monde moderne ! Les avantages sociaux, le droit du travail qui protège les salariés, tout ça c’est ringard ! Comment voulez-vous qu’on soit compétitif s’il faut tenir compte des desideratas de la piétaille ? Et la « fiabilité de la France », ça compte, bon sang ! Ils y pensent ces irresponsables qui, au lieu de sagement se laisser exploiter et travailler de plus en plus dur et de plus en plus longtemps pour gagner de moins en moins, se piquent de ne plus accepter n’importe quoi ? Allons, se mettre en grève n’est pas raisonnable : comment allons-nous garantir à nos actionnaires leurs beaux dividendes et payer leurs golden-tout-ce-que-vous-voulez à nos dirigeants, si les gens arrêtent de travailler pour nous ? Nous venons de pratiquer un saisissant exercice d’empathie – et nous en sortons tout chamboulé ! -, dans la peau de celle qui déclare tranquillement : « Est-ce si catastrophique que ça de partir à la retraite à 63 ans et demi ? » Ça dépend de ton boulot, infecte égoïste nantie pourrie ! Mais calmons-nous un peu et penchons-nous plus sérieusement sur les foutages de gueule qui tiennent lieu d’arguments à Parisot. « Cette réforme est le fruit d’une très grande concertation et de beaucoup de compromis. Je suis étonnée de voir que certains considèrent qu’il n’y a pas eu de dialogue alors qu’il y a eu de nombreux échanges et que chacun a apporté ses idées, sa contribution. » Tiens, mais comme c’est curieux, la solution retenue, après toutes ces simagrées de « concertations », c’est précisément celle que réclamait le Medef ! Le compromis (« chose due », complétait Coluche) a consisté à ne tenir aucun compte de ce que proposaient toutes les autres organisations. Un compromis, dit le dictionnaire, est un « accord entre des parties, impliquant des concessions réciproques ». Quelles sont les concessions du gouvernement ? Et où est l’accord ? Qui est d’accord avec le gouvernement, parmi les partenaires sociaux, à part le Medef ? Ah le joli compromis. Les mots ont un sens, Laurence ! Et que dire d’un « dialogue » qui commence par ces termes : « vous pouvez bien faire ou dire ce que vous voulez, quoi qu’il arrive, ce sera 62 et 67 ans » ? Prends-nous pour des gogos, Parisot ! Enfin, affirmer : « le fait majeur qui explique le déficit du système par répartition, c’est l’évolution de la démographie. Même si on fait l’hypothèse d’un taux de chômage très bas, ce déficit sera présent » est pure manipulation. Le nombre d’actifs n’a en effet pas de sens si l’on ne prend pas en compte l’évolution de leur productivité, et la notion de déficit non plus sans considérer la progression des richesses, à l’horizon où ce déficit se présentera, qui permettra de le juguler sans sacrifices autres qu’accorder une part moins importante desdites richesses aux profits du capital, qui se gave sans mesure depuis 20 ans. Juste en rééquilibrant la part du travail.

Evidemment, Parisot sait tout cela mais, en bonne petite propagandiste, rien ne l’arrête, pas même de qualifier le texte du gouvernement de « bon compromis » le même jour qu’un sondage révèle que 61% des Français sont favorables à une grève « durable et continue ». Nos compatriotes ont bien compris que, loin d’un compromis, il s’agit d’un coup de force ! Alors peu nous chaut présentement l’ « image » et la « réputation » de la France. S’il faut aujourd’hui créer la pagaille, c’est à cause de l’entêtement de cette caste dirigeante à refuser d’écouter le peuple. En démocratie, celui-ci est souverain, et il va simplement se charger de le rappeler à nos voleurs de retraites. Marre de suer sang et eau pour une minorité de privilégiés qui se gobergent ! Et ils ne parviennent même plus à s’en cacher : « ce que nous sommes en train de faire en ce moment, c’est tout simplement de sauver le système de répartition », déclare benoîtement Parisot. Outre le fait qu’au contraire, le texte ouvre des brèches dans lesquelles vont s’engouffrer les assurances privées – tiens, elles sont membres du Medef ! -, loin de sauver le système par répartition, c’est le « ce que nous sommes en train de faire » qui nous interpelle. Qui ça, « nous » ? Parisot parle exactement comme le ferait le chef de l’Etat : « ce que nous sommes en train de faire, avec mon Premier ministre »… La seule différence, c’est qu’elle ne précise pas, l’ingrate, « avec mon président de la République ».

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  22 commentaires à “La contre-réforme du gouvernement est celle du Medef : l’aveu de Laurence Parisot”

  1. […] This post was mentioned on Twitter by Olivier Bonnet, JamesDarlays and Lorti Tna, Stéphane Dardenne. Stéphane Dardenne said: RT @OlivierBonnet: La contre-réforme du gouvernement est celle du Medef : l’aveu de Laurence Parisot http://alturl.com/xbkoy #retraites […]

  2. L’état fait cadeau de 173 milliards d’euros par an au patronat.
    http://www.plumedepresse.net/173-milliards-de-cadeaux-fiscaux-au-medef-deux-ans-de-plus-a-trimer-pour-le-peuple/
    Cela permettrait de payer à 7.208.333 retraités une pension de 2.000 euros par mois.
    Il n’y a donc pas besoin de réforme des retraites, il faut juste reprendre l’argent que L’UMP a volé pour le donner à ses copains…

  3. « C’est toute la fiabilité de la France qui est en question. L’image et la fiabilité de la France, c’est quelque chose de très concret », a-t-elle déclaré. La journée d’action « peut avoir un impact sur les relations commerciales, sur les relations de partenariat. Le nombre de réunions qui dans la semaine vont être annulées parce que le partenaire français de la réunion européenne ne pourra pas être présent, c’est incalculable »

    A lire Madame parisot, on se rend bien compte effectivement de l’inanité de M.Sarkozy. Oser ruiner la France, franchement, il devrait avoir honte et penser à démissionner. Tant d’incompétence surprend.

    Un type qui a doublé le nombre de chômeurs ne peut, en plus de cela, s’en prendre aux relations commerciale et bloquer les affaires en toute impunité sans qu’on lui cause en face. Il est vraiment temps si l’on comprend bien madame Parisot de l’arrêter net.

    Oser foutre le bordel comme ça, tandis qu’il n’a aucune légitimité pour débattre des retraites, vraiment, on prend la mesure des inepties présidentielles à leur juste aune décidément .

     » Je ne toucherais jamais à la retraite à 60 ans, je n’ai pas de mandat pour ça  » avait dit M.Sarkozy.

    Quelle honte vraiment d’oser sans aucune légitimité populaire mettre en péril ainsi un pays tout entier ! Où va t-on avec un type inconscient à ce point qui met en danger la France et les Français !

    Les gains de productivité ont triplé depuis la seconde guerre mondiale, c’est dire que sa petite mesurette idéologique n’était vraiment pas à l’ordre du jour.

    Madama Parisot a raison de nous alerter sur les dangers potentiels que la lubie présidentielle fait courir au cœur du pays. Il semble que M.Sarkozy n’y ait pas pensé. Un comble, pour quelqu’un qui se prétend Président ! Et de la république en plus !

    Heureusement que tout un peuple alarmé et conscient sera demain dans la rue pour arrêter la gabegie et l’inconscience Élyséenne !

    Place aux affaires & Responsabilité : Tous à la rue !

  4. Hé ! Psssttt ! Attention : les centristes du Sénat, il semble, et si j’ai bien compris*, vont voter contre le passage de 65 à 67…

    (* Mme Jacqueline GOURAULT (UC) qui vient de s’exprimer)

  5. Oula, pas si vite : une autre oratrice du centre s’abstiendra…. Et à l’instant un orateur du m^me centre (particulierement gerbant) votera pour.

  6. Respectivement (si j’ose dire…) Catherine MORIN-DESAILLY et Hervé MAUREY

  7. Et voilà, l’affaire est dans le sac :

    Pour 174

    Contre 159

    5 abstentions

  8. [ » C’est toute la fiabilité de la France qui est en question »]
    En Angleterre , la presse est trés étonnée qu’un ministre ( Woerth )n’est pas démissionné à cause de l’affaire.
    C’est donc l’état Français qui donne une mauvaise image de la France à l’étranger , il ne faudrait pas inverser les rôles.
    Quand le peuple Français comprendra que son ennemi n’est pas son voisin ni l’étranger, mais l’état qui n’est plus au service du peuple.
    Nous sommes devenus un danger pour les hommes d’état .

  9. La lutte continue.

    Après avoir visionné cette formidable vidéo SUR LES RETRAITES de
    Franck LEPAGE, peu nous importera le vote régressiste des nantis de
    tous ordres. Nous les balayerons comme poussières mortifères.

    http://www.dailymotion.com/video/xeq1io_inculture-les-retraites_news?start=1348#from=embed

    Vive la VI ° République !

  10. Un meilleur lien pour voir la vidéo de Franck Lepage sur les retraites :

    http://www.dailymotion.com/video/xeeo9h_vive-les-retraites_fun

  11. Y a t- il une initiative pour un traitement et une « harmonisation » européenne des retraites .

    Après tout, s’ il s’ agit de rassurer les marchés , autant essayer de le faire à l’ échelle européenne , plutôt que de se faire couillonner chacun dans son coin avec l’ argument fallacieux que tout le monde fait pareil .

    Sans être la panacée, ça peut-être un argument dilatoire , et pourquoi pas redonner une chance à la parole citoyenne .
    Les instances européennes ne sont pas réputées proches des peuples, mais compte tenu de la qualité du dialogue hexagonal, il n’ y a rien à perdre (?)

  12. Le policier qui a tué le jeune manifestant grec en décembre 2008 vient d’être condamné à la prison à vie.

    Ils sont fous ces grecs…

    Chez nous, on est bien plus mesurés : les 2 policiers qui se sont acharnés sur Malik Oussekine en 86 ont pris 2 et 5 ans de prison (avec sursis) et ont été sanctionnés comme il se devait par leur hiérarchie, l’un a été mis à la retraite (il avait 53 ans lors de ses exploits, on est encore vigoureux à cet âge, s’il est pas crevé cela fait donc 20 ans qu’il coule une retraite paisible… Retraite… retraite… vous voyez, je ne suis pas hors-sujet, hein)) et l’autre héroïque a été muté…

    Une plaque commémorative (placée par terre) a été inaugurée par notre bon Delanoé en décembre 2006. Il y est (courageusement) écrit :

    « A LA MEMOIRE DE MALIK OUSSEKINE ETUDIANT AGE DE 22 ANS FRAPPE A MORT LORS DE LA MANIFESTATION DU 6 DECEMBRE 1986  »

    That’all folks…

  13. Malik Oussekine. Je n’ai personnellement pas oublié :
    Pandreau et Pasqua, les deux cochons qui giflaient le mort au petit matin entre un œuf dur cassé sur le zinc et deux ricards.

    Delanoë peut préparer dès maintenant une nouvelle plaque  » politiquement correcte  » pour Ben Barka :

    « « A la mémoire de Mehdi Ben Barka âgé de 45 ANS, torturé, frappé à mort et coulé dans l’acide après avoir été enlevé 151 boulevard Saint-Germain le 29 octobre 1965  »

    Affaire Ben Barka : perquisition au siège de la DGSE
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/10/11/affaire-ben-barka-perquisition-au-siege-de-la-dgse_1424248_3224.html#xtor=AL-32280308

  14. Parisot au cachot ! Les patrons en zonzon ! Sarkozy et le gouvernement en taule ! Allez, hop ! la racaille, les terroristes et les casseurs sociaux au gnouf !

    Demain dans les manifs :

    Je marche
    Tu marches
    Il marche
    Nous marchons
    Vous marchez

    Ils dÉTAlenT !

  15. « Sauver le système de répartition », dit-elle. Rien que le mot la trahit. Démonstration :

    Qu’est-ce qu’un plan de « sauvegarde » de l’emploi ? c’est un plan de licenciements, c’est-à-dire un plan de destruction de l’emploi.
    Qu’est-ce que « sauver » le système de répartition ? c’est détruire la répartition, et par ici la bonne soupe ! venez vous goinfrer de capitalisation, tous les Kessler, tous les Sarkozy Frère, etc.

    Ah ! la novlangue de nos zélites… Chaque fois que vous entendez ou lisez « sauver », « sauvegarde » de la part de « ces gens-là », n’ayez aucun doute : c’est le rouleau compresseur néolibéral qui passe. « Pendant les travaux [de destruction], la vente [à la découpe] continue ! »

  16. Maâm’ Parisot, sous prétexte de déficit d’amour inhérent à la classe de nantis qu’elle côtoie a tenté de baiser du travailleur français. Pari risqué,la gourmande, elle finira sur les rotules.

    A vous lire, mon sous-commandant, il me vient l’anecdote d’une mésaventure que me contait mon père retour de cote d’ivoire où il termina sa carrière, survenue à un de ses collègue qui exécrait si tant les Africains qu’excédés, ceux-ci l’avait épinglé à l’usine un dimanche et ligoté nu au poteau de la cour. Ils lui avaient alors exécuté la danse du sabre version coupe-coupe… Ce qui avait eut pour effet de stopper net et à tout jamais l’élan de ses provocations racistes…

    Du bonheur de trouver une pédagogie fiable.

    Du bonheur de vous lire, tous les jours renouvelé.

  17. […] consacré à ce monument de mauvaise foi, d’hypocrisie et de propagande que fut le passage de Laurence Parisot sur France Info. Plus tard dans la journée, c’est l’institut BVA qui a dégainé son […]

  18. […] écrit : La contre-réforme du gouvernement est celle du Medef : l’aveu de Laurence Parisot (billet du 11 octobre dernier). Dopée par les effluves de la victoire sur les travailleurs qu’elle anticipe avec […]

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