Avr 252011
 

« Tu la vois, la prime ? Regarde bien, je la déplace, tu la vois toujours ? Et là ? Où elle est, la prime ? » Sarkozy adore jouer au bonneteau, cette arnaque pratiquée clandestinement sur les trottoirs : qui s’y laisse prendre ne revoit jamais la couleur de son argent, toujours sous un autre gobelet que celui où le prestidigitateur a fait mine de le placer. Face au mécontentement général et confronté à une impopularité sans précédent, celui qui avait osé se prétendre « le président du pouvoir d’achat » tente de reprendre la main.

 Il avait laissé ses sous-fifres défendre la minuscule et pitoyable revalorisation kilométrique (moins de 19€ pour 6,1 millions de personnes sur un an, avec le plein à 70€ !). Le voilà qui ne laisse à personne le soin de faire des moulinets avec ses petits bras comme il sait si bien le faire pour vanter le dernier subterfuge gouvernemental de la « prime de 1000€ » : « J’ai vu se dresser devant moi les murs du conservatisme et de l’immobilisme, à gauche parce qu’on aurait aimé le faire et qu’on ne l’a jamais fait, à droite parce que c’est trop, au centre parce que ce n’est pas encore assez ». Cet homme-là, en vérité, est un révolutionnaire. Seul contre tous. Primes contre dividendes : Sarkozy ne cèdera pas, titre La Tribune du 19 avril. « Quand il y a la reprise j’affirme qu’il est normal que les salariés et les ouvriers à qui on a demandé des efforts pendant la crise bénéficient de la reprise, c’est un principe sur lequel je ne céderai pas. » Pour le président, « c’est une question de justice » et chacun sait, par les exemples du bouclier fiscal et de l’allègement de l’Impôt sur la fortune, à quel point Sarkozy est attaché à la justice. 

« A l’occasion de sa rencontre avec les ouvriers de la Fonte ardennaise, une entreprise située à Vrigne-aux-Bois dans la région Champagne-Ardenne, Nicolas Sarkozy a joué la carte de la fermeté alors que le patronat et les syndicats s’opposent – pour des raisons différentes – à la volonté du gouvernement d’instaurer l’obligation de versement d’une prime d’au moins 1 000 euros aux salariés des entreprises qui souhaitent augmenter les dividendes accordés à leurs actionnaires », écrit La Tribune. Quelle fermeté ? L’homme qui ne cèdera pas a déjà cédé : la « prime de 1000€ » a perdu en route son montant : « Les modalités de versement de ces primes devront être discutées dans chaque entreprise. Il s’agit d’une reculade de la part du gouvernement face au Medef (Mouvement des entreprises de France) qui était contre le montant fixe de 1 000 euros annoncé par François Baroin, le ministre du Budget », explique La dépêche. Il faudra donc négocier le montant : comment osent-ils encore ce coup-là ? « Concernant le contenu de la mesure, la CGT a dénoncé l’absence « d’obligation de résultat » des négociations qui auront lieu dans toutes les entreprises concernées sur les modalités de cette prime, selon le gouvernement », cite Europe 1. D’abord, seules les entreprises de plus de 50 salariés connaîtront le caractère obligatoire de la prime, mais quelle obligation exactement ? Obligées de négocier mais pas de parvenir à un accord : voilà le blanc-seing pour une prime obligatoire de… 10€. Quand on ne contraint pas à une vraie négociation, c’est le Medef qui dispose. Sans même parler des nouvelles exonérations de charges dont il est question, qui pillent la protection sociale. La montagne accouche d’une souris et les « vous allez voir ce que vous  allez voir ! » de matamore sont déjà tout vus. « La prime aux salariés, annoncée par le président Sarkozy, se révèle être une imposture sociale, résume le Parti communiste. Annonce après annonce, elle est réduite à peau de chagrin par les responsables de la majorité présidentielle, au point qu’aucun montant n’est désormais fixé. Non seulement, cette prime accentuera la pression des actionnaires et financiers, obsédés par les taux de rentabilité, sur la masse salariale, mais de plus les exonérations de cotisations sociales qui y sont attachées reviennent à pénaliser doublement les salariés : d’abord sur les salaires, puis sur la protection sociale. Cette prime, comme la plupart des dispositifs fiscaux imaginés par la droite va surtout faire la fortune des avocats fiscalistes ; le patronat étant passé maître dans l’art de dissimuler ses bénéfices ! Réforme de l’ISF, blocage des salaires… La nuit du Fouquet’s a assez duré ! » Alors on lui en collerait, des « je ne cèderai pas », au tartuffe de l’Elysée. Qu’il se la garde, sa prime à 1€.

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  6 commentaires à “La prime bonneteau du bonimenteur”

  1. Si j’ai bien compris, en échange d’exonération de charges sociales, seules les entreprises distribuant des dividendes à leurs troupes de rentiers et ayant augmenté leurs profits par rapport à l’année précédente seraient concernées. Sarkozy persiste donc sur le chemin de l’aide aux riches et du pillage du pays. Barbare et prédateur.
    A combien se montent déjà les exonérations de cotisations sociales ? Les exonérations fiscales ?
    Aider les riches pour qu’ils ne mettent pas à exécution leurs menaces de quitter le territoire voilà le seul credo du pouvoir en place. Argument que nul ne réfute vraiment, ne songe même à étudier sur le fond. Je plaide pour qu’ils dégagent. Pour que dans l’allégresse, nous courrions le petit risque qu’ils foutent le camp. Frissons.
    Questions aux économistes, aux fiscalistes, aux financiers, aux spécialistes des monnaies : Quelle est exactement la réalité de cette menace ? A quelles conditions peut-on y faire face ?
    Car traverser une frontière, changer de pays ne peut se faire qu’en transférant de la monnaie scripturale grâce à l’informatique et non des demeures, des usines, des terres agricoles, des œuvres d’art …
    Nous devons reprendre le pouvoir sur les banques, les bourses, les monnaies. Combattre les paradis fiscaux, la spéculation, la corruption… N’aider que ceux dont nous déciderons démocratiquement qu’ils peuvent l’être. Car ainsi qu’a pu le dire Frédéric Lordon :  » Un entrepreneur c’est quelqu’un qui veut faire quelque chose qui nécessite d’être plusieurs. » Et ce point de vue change tout, permet de penser autrement les rapports sociaux et démocratiques dans l’entreprise et la répartition de sa richesse.
    Questions aux partis de gauche délaissés par les ouvriers : quels sont exactement vos programmes à ce propos ? Plus fort, on n’entend pas.

  2. Pffff. Il est sacrément malin Sarkozy ! J’ai le sentiment que les français cette fois-ci ne sont pas dupes. Ceci dit certains médias parlent encore de prime de 1000 euros alors qu’il n’en est rien et des 8 millions de salariés concernés alors que ce n’est vrai puisque même les salariés de Total ne toucheraient rien par exemple. « Les promesses des hommes politiques n’engagent que ceux qui les reçoivent » disait Charles Pasqua. Et puis Le Figaro rappelait « qu“il n’est pas nécessaire d’avoir tenu toutes ses promesses de campagne pour être réélu” » avec l’exemple de Mitterrand promettant en 1981 que la France ne compterait pas deux millions de chômeurs. On commence à nous sur-vendre le bilan Sarkozy. Ça promet ! Le story telling continue. Sarkozy va s’arranger pour que Borloo et De Villepin ne se présentent pas en 2012 et Marine ne passera pas. Ou bien Hulot, voire Tapie piqueront des voix au PS qui pourrait très bien ne pas être présent au second tour. On se moquait des américains qui avaient réélu G.W Bush ou des Italiens avec Berlusconi mais je constate que beaucoup de français ne s’indignent pas et se résignent… Bref, les français ne sont pas dupes mais pourraient bien le réélire en 2012.

  3. Ne pas oublier Carla Bruni enceinte dans le story telling : http://www.youtube.com/watch?v=v_MarGN8yTU&feature=player_embedded

  4. Excellent billet,Olivier, et derrière l’ironie de ce texte se cache une de ces envies de pleurer!!!

  5. […] n’imposera pas de montant minimum ». Ça touche au sublime. Il est bien sûr question de la fameuse « prime bonneteau© » de Nicolas Sarkozy : « Tu la vois ma prime ? Tu la vois plus ! » La « prime à mille […]

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