Sep 192012
 

Le texte que s’apprêtent à faire ratifier par le parlement les sociaux traîtres n’est pas seulement un scandaleux déni de démocratie, comme le dénonce le Front de gauche qui appelle à une grande manifestation à Paris le 30 septembre. C’est aussi une profonde stupidité, comme le soulignent « Les économistes atterrés ».

« Nous intervenons ici, en tant qu’économistes, pour mettre en garde contre les dangers que comporte le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de l’Union économique et monétaire. Ce Pacte budgétaire marque une nouvelle étape de deux offensives, celle des libéraux contre la pratique keynésienne de la politique économique, celle des instances européennes contre l’autonomie des politiques budgétaires nationales, écrit le collectif des Économistes atterrés, éminents spécialistes qui s’inscrivent en faux face à la doxa libérale complaisamment colportée par les médias dominants. Ce traité ne s’attaque pas aux causes de la crise financière : l’aveuglement et l’avidité des marchés financiers, l’éclatement des bulles financières et immobilières induites par la financiarisation, le gonflement des inégalités de revenus permis par la concurrence effrénée entre pays favorisée par la mondialisation. Il ne s’attaque pas aux causes de la crise de la zone euro : l’absence d’une réelle coordination des politiques économiques ayant l’emploi comme objectif, le déséquilibre provoqué par la recherche d’excédents des pays du Nord, l’interdiction inscrite dans la Constitution européenne de financement des États par la BCE, ce qui permet à la spéculation de se déclencher alors qu’elle est impuissante contre les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni pourtant plus endettés que la zone euro. Le traité entérine les politiques d’austérité, suivies depuis trois ans, qui enfoncent l’Europe dans une  récession sans fin, qui aggravent la mise en cause du modèle social européen, qui plongent des millions d’européens, en premier lieu les jeunes, dans le chômage et des millions de famille dans la pauvreté. Le pacte budgétaire repose sur un diagnostic erroné. Le coupable serait le manque de discipline budgétaire. Pourtant, les pays de la zone euro ne se caractérisaient pas avant la crise par des déficits publics particulièrement forts : sur les trois années d’avant crise (2004-07),  les États-Unis avaient un déficit de 2,8% du PIB, le Royaume-Uni de 2,9%,  le Japon de 3,6%, la zone euro de 1,5%, nettement moins que le montant des investissements publics ou le niveau requis pour stabiliser la dette. Seule, la Grèce présentait un déficit public élevé. En fait, les instances européennes polarisées sur le respect aveugle de normes arbitraires, soucieuses d’affirmer leur contrôle sur les politiques nationales, ont laissé grandir les déséquilibres en Europe entre les pays du Nord qui accumulaient les excédents et les pays du Sud entrainés par une bulle immobilière. Elles ont nié les périls que faisait courir la dérégulation financière. (…) Selon l’article 3, les pays devront maintenir un quasi-équilibre des finances publiques (soit un déficit public structurel inférieur à 0,5% du PIB), ce qui n’a aucun fondement économique. La vraie « règle d’or des finances publiques » justifie, au contraire que les investissements publics soient financés par l’endettement. Dans le cas de la France, cela autorise un déficit public structurel de l’ordre de 2,4% du PIB(…) L’objectif du Traité est bien  de réaliser le rêve de toujours des libéraux : paralyser les politiques budgétaires, imposer coûte que coûte l’équilibre budgétaire. Il tourne le dos aux enseignements de 75 ans de théorie macroéconomique(…) Le souhait du nouveau gouvernement français de renégocier le TSCG a abouti le 29 juin à un Pacte pour la croissance et l’emploi. Malgré son titre, celui-ci n’est pas le symétrique du Pacte Budgétaire. Il ne comporte aucun objectif précis en termes d’emploi ou de croissance. Pour l’essentiel, il ne fait que reprendre des projets déjà engagés, généralement d’inspiration libérale : la stratégie Europe 2020, la nécessité de garantir la viabilité des systèmes de retraite (c’est-à-dire de reporter l’âge de la retraite ou de réduire le niveau des pensions), d’améliorer la qualité des dépenses publiques (ce qui signifie souvent réduire les dépenses sociales jugées improductives, en augmentant les aides aux entreprises), de favoriser la mobilité de la main d’œuvre, d’ouvrir la concurrence en matière de services, d’énergie, de marchés publics. » Et c’est au nom de ce « volet Croissance » que les « socialistes » prétendent signer ce traité ? Qu’ils aillent au diable ! « Les mesures de relance, à proprement parler, sont limitées, pour ne pas dire inexistantes. Il est question de 120 milliards soit 1% du PIB de la zone, mais sur un laps de temps indéfini, alors que les programmes d’austérité nationales représentent 240 milliards par an. (…) Le Traité ne remet pas en cause l’absence de garantie des dettes publiques par la BCE ; il ne prévoit pas l’émission d’euro-obligations ; le Mécanisme de Européen de Solidarité ne prévoit d’aider que les pays qui auront ratifié et respecté le Traité. Le pays aidé perdra toute autonomie, devra soumettre sa politique économique à la Troïka (la Commission, la BCE, le FMI) et devra s’engager dans une politique restrictive, qui comme le montre les exemples de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande, l’enfoncera dans la récession et la misère. »

Partagez cet article

  19 commentaires à “Le traité européen « tourne le dos aux enseignements de 75 ans de théorie macroéconomique »”

  1. Une question me taraude. Sachant que la misère est un excellent frein à toute révolution, n’est ce pas justement l’intérêt de ladite troika, que tous les peuples d’europe soient occupés à chercher de quoi bouffer, plutôt qu’à penser à la façon dont ils pourraient améliorer leur existence ?
    Est-ce réellement un manque de discernement de la part des hommes politiques élus que de ratifier ce genre de traité, ou bien n’est-ce pas plutôt une politique au contraire très réfléchie de leur part, visant à asservir au maximum les peuples, afin de garder un pouvoir dont ils sont manifestement accros ?

    • Pourquoi pas. Sauf qu’une des causes principales de la révolution de 1789 ce sont deux mauvaises récoltes de blé successives. Par contre aujourd’hui je vois très bien une mise en place organisée par l’état et le capitalisme (l’un et l’autre se soutiennent depuis le début) de soupes populaires à bases de rebut de l’agro-business pour justement empêcher une révolte. Comme le « solent » du film.

      • Il n’y a pas eu que deux mauvaises récoltes, même si ça a joué un rôle primordial.
        Louis XIV avait tellement asséché les coffres de l’état, que la France à eu énormément de mal à se relever. Pour cela, il a fallu « vendre » des privilèges à une partie de la bourgeoisie qui était en plus lourdement imposée, sans octroyer le même statut qu’à la noblesse, laquelle était en partie exsangue, et ne pouvait combler les trous budgétaires.
        Mais tout cela n’a pas suffit, engendrant frustrations et mécontentements, et bien sûr toujours des problèmes de trésorerie.
        Bien sûr ce ne sont pas les seules raisons : sans ces deux récoltes catastrophiques, les choses auraient été différentes, sans doute.
        Mais qui a lancé la Révolution en 1789 ? Ce n’est pas le Peuple, mais la Bourgeoisie, qui non seulement était excédée, mais en plus jouait sur le peu de blé disponible pour se servir du peuple alors affamé.
        Et qui a récupéré le pouvoir, ben la bourgeoisie, même si la situation a été longue à stabiliser.

  2. La réflexion de Rigel est tout à fait pertinente.
    Il y a un moment où si les gens ne se révoltent pas, ce n’est parce que les choses ne vont pas si mal que ça, c’est peut-être parce qu’elle vont trop mal.

    Et puis si en France on arrive à connaître les mêmes déboires que la Grêce ou l’Espagne, on entendra probablement des réflexions nauséabondes du genre « et encore, heureusement que ces mesures ont été prises, sinon ça aurait été pire », ou bien  » si l’austérité avait établi plus tôt, on n’aurait pas tout ces problèmes ».
    Et des gens y croiront et voteront pour ces menteurs. On tourne un peu en rond…

    • T’es gentil de rajouter probablement à ta réflexion. Tu accordes à tous ces enc… le bénéfice d’un doute qui n’existe, à mon avis, absolument pas. Comme dans le cas des grecs, on nous fera bien comprendre que c’est de notre faute à nous, les citoyens, et absolument pas de la faute de l’oligarchie, qui a fait tout ce qui lui était possible de faire.

  3. Rigel et Galien ont sans doute raison. Mais il ne faudrait pas non plus oublier les pressions des lobbies à l’Assemblée nationale et dans l’UE pour empêcher les élus d’entendre la misère qui s’exprime dans notre pays et ailleurs. Ceci dit, s’ils voulaient vraiment faire des politiques citoyennes, ils auraient commencé par virer les lobbies…

    • « pour empêcher les élus d’entendre la misère »

      Attends, ça, ce serait de la faute des lobbies ? Faut pas exagérer non plus. Effectivement; les lobbies sont une gangrène, personne ne peut décemment remettre ça en cause. Mais jusqu’à preuve du contraire, personne ne met un couteau sous la gorge d’un élu en lui disant « signe ça ». Sauf erreur de ma part, les élus ont leur propre conscience (ou, en l’occurence, absence de), leur propre libre arbitre. S’ils n’entendent pas la misère, c’est peut-être aussi parce qu’ils n’en ont pas envie, ou qu’ils s’en foutent. On dit qu’il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Il me semble que ça s’applique à fond dans ce cas.

      • Inutile de mettre un couteau sous la gorge d’un élu, une liasse de billet suffit amplement, ou autre chose de similaire.

      • C’est bien pour ça, Rigel-le-rapide, que j’ai mis « Ceci dit.. » 😉

        • Lol. Pas faux. Je dois avouer que le coup des lobbies, ca me fait monter en pression assez rapidement. Entendons-nous bien, je déteste le principe même des lobbies, mais j’exècre par dessus tout les politiques merdeux dont la conscience dépend de la hauteur de la liasse. Si interdire les lobbies me ferait plaisir, flanquer ces politiques là contre un poteau avec 12 fusils en joue me ferait encore plus plaisir.

  4. c’est inacceptable
    Manon

  5. Et ça continue… encore et encore…

  6. Même en admettant l’idée de « faire des économies » il est étonnant, alors que le rapport Dosière montre que entre les dépenses fastueuse de l’Elysée sous Sarkozy, le cumul des mandats, les ministères, les collectivités locales etc… il pourrait être économisé au moins 15 à 20 milliards d’euros par an, personne ne bouge sur ce terrain là. Sans compter les cadeaux fiscaux etc… Il pourrait aussi être possible de permettre à la population de dépenser moins en faisant un certain contrôle des prix par exemple. Or ce n’est pas la voie qui est prise: il s’agit surtout de faire supporter le choc aux plus faibles, et de temporiser pour le reste, en prenant des mesures qui vont aggraver la situation. Il s’agit donc d’épargner pour faire prospérer toujours les mêmes. Pour ceux et celles qui s’amusaient à ça, il y avait une expression : « affameurs du peuple » et c’était un délit.

  7. Cessez donc de croire que les Etats et les gouvernements qui les dirigent veulent le bien du peuple.

    C’est une oligarchie qui détient le pouvoir et qui ne cherche à modifier le système en place que pour leur bénéfice…

    Misère…

  8. Ils nous font marrer avec ce fameux déficit, surtout quand on sait que le chiffre de 3% de déficit public a vu le jour… au doigt mouillé http://www.leparisien.fr/economie/l-incroyable-histoire-de-la-naissance-des-3-de-deficit-28-09-2012-2184365.php

    • Du grand n’importe quoi, une escroquerie intellectuelle qui cache, je le crains – comme je l’écris dans mon billet d’aujourd’hui -, « une entreprise systématique et concertée de paupérisation des peuples au profit de l’oligarchie ».

 Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces tags et attributs HTML: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

(requis)

(requis)