Août 102011
 

A la Une de notre Kiosque, cette interview de l’alter-économiste Frédéric Lordon dans Marianne, en forme d’implacable réquisitoire :  » dans la logique même des entreprises d’aujourd’hui, la Bourse est une aberration :

1) les entreprises vont moins s’approvisionner en capital à la Bourse qu’elles n’y vont s’en faire dépouiller, puisque ce que les actionnaires leur extorquent (en dividendes et en rachat d’actions) finit par l’emporter sur ce qu’ils leur apportent, de sorte que ce n’est plus la Bourse qui finance les entreprises mais les entreprises qui financent la Bourse ;

2) la contrainte actionnariale censure une part de plus en plus importante de l’investissement en écartant les projets jugés insuffisamment rentables (et l’« insuffisance » commence à 10% voire 15%…), par conséquent la Bourse est un frein au développement économique ;

3) les entreprises sont soumises par l’actionnaire à des contraintes de gestion (modes managériales successives, court-termisme…) incompatibles avec la conduite de moyen-long terme de projets industriels ;

4) et le comble du paradoxe est atteint lorsque les actionnaires finalement découragent eux-mêmes le financement par action puisque les nouvelles émissions ont des propriétés dilutives… »

Conclusion de Lordon : « les appels à la modération qui ont pour nom « moralisation du capitalisme » sont d’une indigence qui partage entre le rire et les larmes. L’emprise acquise sur les firmes par le capital actionnarial au travers de la configuration présente du capitalisme est un fléau que l’on ne réduira que par les mêmes moyens qui l’ont imposé : une transformation radicale de structures. (…) c’est bel et bien la fermeture de la Bourse que je prône ! (…) Puis on entre dans le roboratif avec le SLAM (Shareholder Limited Authorized Margin) qui est un impôt non pas sur les profits d’entreprise (comme on le lit parfois) mais sur la rentabilité actionnariale, et qui plus est un impôt de plafonnement : c’est-à-dire qui prend tout au-delà d’un certain seuil maximal autorisé de rentabilité, le but de la manœuvre étant de cisailler les incitations actionnariales à pressurer toujours davantage les entreprises puisque tout ce qu’elles leur feront cracher en plus pour les actionnaires leur sera confisqué. Le plat de résistance bien sûr, c’est la fermeture de la Bourse elle-même. » Pour finir l’interview, le journaliste l’interroge à propos de la « gauche de gouvernement ». Nous vous laissons découvrir l’amusante réponse de l’économiste.

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  14 commentaires à “Lordon : « la Bourse est une aberration », fermons-la !”

  1. Ce Frédéric Lordon à quelque chose d’un Lucchini de l’économie.
    Je le trouve raffiné, hilarant, indispensable et profond.
    Faut pas rater ses interventions, c’est toujours puissant et fin,
    la classe, quoi !
    🙂

  2. coucou Olivier, coucou Chomp 🙂

    Oui il est très drôle et pertinent ce Frederic Lordon, j’adore aussi.

    je viens de recevoir le communiqué d’Attac France, « Crise financière : les dernières digues se fissurent » un extrait :

    « Aujourd’hui les États sont paralysés. Pendant trente ans ils se sont mutilés à coups de dégrèvements et de niches fiscales au bénéfice des plus aisés. Le sauvetage des banques en 2008 et la récession ont terminé le travail. L’explosion des dettes publiques, en Europe et aux États-Unis, ne laisse plus la moindre marge de manoeuvre en cas de krach. La dégradation de la note des États-Unis par Standard & Poors précipite la prise de conscience des opérateurs : banques et fonds spéculatifs savent désormais qu’ils sont sur la corde raide sans aucun filet de sécurité. Si les États n’ont plus les moyens de privatiser les pertes, tout devient possible, surtout le pire, pour les rentiers.

    Les solutions sont désormais en nombre limité. Soit les pouvoirs publics s’accrochent aux dogmes néolibéraux (austérité forcenée, sacralisation des dettes, refus de la régulation financière) et l’effondrement sera terrible ; soit ils jettent leurs croyances aux orties. Les Banques centrales pourraient alors ouvrir grand les vannes de la liquidité et racheter (pour les effacer) les dettes publiques. Mais les Traités européens l’interdisent à la BCE…. En outre cette politique nécessiterait une vraie coopération mondiale pour ne pas dégénérer en une guerre des monnaies. L’urgence est donc que les mouvements sociaux qui montent aujourd’hui en puissance imposent un défaut sélectif mais massif sur les dettes publiques, un désarmement des marchés financiers, une redistribution des richesses et une véritable coopération monétaire et financière internationale. »

    Bon on verra….les mouvements sociaux ? où ça ?

    des bises

  3. F .Lordon est reelleement epoustouflant.Ca fait 3 ou 4 ans que je suis toutes ses interventions ecrites ou orale.c’est un vrai bonheur pour comprendre la politique economique ,terminologie disparue aujourdhui..Les analyses et les termes qu il utilise necessitent une attention particuliere.Une astuce que j ai adopte : l’enregistrement de ses interventions et leur ecoute sur mes trajets .On apprend bien plus.Et surtout il me fournit une grille d analyse et de lecture qui decode les differents evenements politico economiques.En plus il me fait rire

  4. http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1871

    Aecouter l emission sur sa proposition de fermer la bourse
    Bonne ecoutel

  5. Et ça (article du Diplo, interview Mariâne, émission Mermet) date de presque un an et demi… Quel temps perdu !

  6. Ah… cher Olivier, comme c’est bon de partager les mêmes valeurs (pas celles de la pétasse aux rillettes, ni celles cotées en Bourse, évidemment) !
    « Raffiné, hilarant, indispensable et profond » – merci, Chomp’ – et hélas ! trop rare. Mais je comprends ce choix de Lordon d’éviter la médiatisation. Il s’en explique d’ailleurs très bien, chez @si, je crois. Oui, voici le lien :
    http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2152
    mais peut-être faut-il être abonné pour y accéder ?
    Bises, cher Olivier.

  7. Plus d’A Plus !

    Il n’y a plus d’A plus !
    Plus rien dans les caisses
    la température monte, et la vue baisse
    Alors ? je saute ou je ne saute pas ?
    si je réfléchis, je ne saute pas…
    si je ne saute pas, je cède le pas !
    et la roue continue de tourner…

    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/08/plus-da-plus/

  8. Je ne manque pas une intervention de Frédéric Lordon. Je vous conseille de chercher les vidéos de ses interviews, c’est un régal.
    Et vlatipa qu’il vient de commettre un nouvel article :
    http://blog.mondediplo.net/2011-08-11-Le-commencement-de-la-fin
    Bonne lecture !

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