Juin 262011
 

Le 18 mars dernier, à l’époque du regretté Kiosque permanent, nous attribuions pour la première fois au ministre de l’Intérieur une citation en rubrique Ferme ta gueule en ces termes : « Son prédécesseur place Beauvau était un habitué de la rubrique, bienvenue à Claude Guéant ! Il « pourrait être adhérent d’honneur du FN puisqu’il est touché par la grâce, sauf que cela n’annonce que les prochaines élections », a ironisé Marine Le Pen, après que le ministre de l’Intérieur a cru malin de déclarer que «les Français à force d’immigration incontrôlée ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux». Et la cheffe de Front national de joindre le geste à la parole pour lui proposer la carte du parti. C’est là qu’elle se plante : pas besoin d’être encarté au FN pour tenir des propos xénophobes. On ne compte plus les dérapages du côté de la minorité présidentielle, avec des Hortefeux ou des Mariani en incendiaires cyniques. L’UMP, ce grand parti d’extrême droite… » Nous ne retirons évidemment pas un mot, d’autant que Guéant a depuis persisté comme signé. Nouveau billet le 4 avril, et nouveau Ferme ta gueule ! : « La question interpelle nos concitoyens : nombreux sont ceux qui pensent qu’il y a des entorses à la laïcité. En 1905, il y a avait très peu de musulmans en France, aujourd’hui il y en a entre 5 et 6 millions. Cet accroissement du nombre de fidèles et un certain nombre de comportements posent problème », citions-nous. « Il y a donc trop de musulmans en France, d’après le ministre de l’Intérieur (et des Cultes, détail piquant). Guéant devrait lire Le Figaro, qui nous a appris le 16 mars dernier, en 8 petites lignes pages 12 comme le relevait Guy Birenbaum, qu’il y en a en réalité trois fois moins ! Mais peu importent les faits, il faut agiter le péril islamique. »

Nous voilà à nouveau aujourd’hui obligé d’intimer de façon un peu virulente au ministre l’ordre de se taire : « Lorsque Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, a déclaré l’autre semaine que les deux tiers des échecs scolaires étaient le fait des enfants d’immigrés, nombre de chercheurs et de journalistes se sont insurgés et ont démenti la réalité de ces chiffres », résume Le nouvel observateur, qui donne la parole au sociologue et démographe Jean-Luc Richard : « Ce chiffre est en effet totalement inexact. Sur 100 enfants qui quittent l’école sans diplôme ni qualification, 25 ont un ou deux parents immigrés. On est loin de la proportion des deux tiers. C’est ce qui ressort de l’analyse de l’EDP, l’échantillon démographique permanent de l’Insee, qui permet de suivre dans la durée un échantillon de 1% de la population résidant en France. La chercheuse Yaël Brinbaum, qui, elle, a étudié les données du Céreq (Centre d’Etudes et de Recherches sur les Qualifications), arrive même au chiffre légèrement inférieur de 22%. »

Ah il ne fait pas dans le détail, le Guéant : de 22-25% en réalité jusqu’aux 66% qu’il avance, il y a le gouffre d’un énorme mensonge. Jean-Luc Richard reconnaît que 10% des enfants d’immigrés sortent de l’école sans qualification contre 6% des petits Français, ce qui tendrait à observer chez eux une moins bonne réussite scolaire, sauf qu’en fait non, pas du tout : « Lorsque l’on analyse les résultats en fonction du diplôme du père ou de la mère, tout change. Ainsi, selon les données de 1999, 20% des garçons obtenaient le bac quand le père immigré n’avait aucun diplôme. On passait à 78% si le père étranger avait un diplôme supérieur, ce qui, bien sûr, ne concernait qu’une petite minorité des élèves. Ces performances étaient voisines de celles des enfants français de même milieu sans origine immigrée, qui avaient un taux de réussite respectivement de 20% et de 65% (donc inférieur) lorsque le père était diplômé du supérieur. » La cause est par conséquent sociale, mais jamais la droite n’accepte de prendre en compte ce facteur, qu’elle nie par nature, en bonne championne de la société à deux vitesses au bénéfice d’une oligarchie. Corréler résultats scolaires et immigration, comme amalgamer immigration et délinquance, ça, elle sait faire, notre droite nationale-péno-sarkozyste. Même si les faits démentent le lien. Qui se soucie des faits quand il s’agit de flatter le racisme d’un certain électorat ? Mais délinquance et milieu social ? Réussite scolaire et origine socio-culturelle ? Accidents, maladies et niveau de revenu ? Circulez, la question sociale n’existe pas pour les valets des actionnaires, du Medef et du club du Fouquet’s. Feignons d’ignorer les conséquences de nos cadeaux aux riches sur les pauvres. Mieux, nions-les !

Et notre sinistre ministre de s’enfoncer : « Jusqu’à présent, l’affaire des statistiques bidons de Guéant sur l’échec scolaire des enfants d’immigrés avait surtout nui à l’image du ministre, écrit Libération. Désormais, elle est en train de dégénérer en vive polémique au sein de l’Insee. Mardi, les syndicats avaient demandé à la direction de l’Institut statistique de prendre position et de rectifier publiquement la lecture mensongère faite par Claude Guéant d’une étude de l’Insee ». Un autre article du quotidien relate parfaitement toute l’affaire : « Le 22 mai, le ministre de l’Intérieur déclare que deux tiers des enfants qui sortent du système scolaire sans qualification sont des fils ou des filles d’immigrés. S’ensuit une polémique d’où il ressort vite que les chiffres de Guéant, qu’il prétend issus d’une étude de l’Insee, sont fantaisistes. Si le rapport indique bien que les enfants d’immigrés ont deux fois plus de risques de sortir sans qualification du système scolaire que les autres, elle ne permet pas d’affirmer que deux tiers des sortants sans qualification sont des enfants d’immigrés. En se rapportant à la composition du panel de l’étude (où les enfants d’immigrés représentaient 10% des élèves enquêtés), il est aisé de calculer que cette part est de 16,5%. Très loin des deux tiers. Libération a consacré au sujet trois articles dans la rubrique Désintox. Sans que Guéant n’admette son erreur. Ce feuilleton a suscité moult railleries à l’endroit du ministre, mais pour les syndicats, il entache surtout l’image de l’Insee. Dans leur déclaration lors du comité technique paritaire, mardi, en présence du directeur général de l’institut, Jean-Philippe Cotis, les représentants du personnel ont dénoncé le silence de la direction qui a laissé le ministre de l’Intérieur déformer des travaux de l’Insee sur un sujet sensible. Pour l’intersyndicale, l’affaire, «extrêmement grave», pose donc la question de l’indépendance de l’institut, rattaché à Bercy, mais aussi de sa réputation. (…) l’affaire Guéant est jugée d’une toute autre gravité. «Qu’un ministre du gouvernement fasse une erreur aussi grossière sur une de nos publications, et surtout qu’il se permette de la répéter de manière aussi insistante, c’est nouveau», estime Marie-Josée Defrance, secrétaire générale de FO Insee. De fait, ce qui frappe dans cet épisode, c’est l’absence de scrupules de Guéant et son entêtement à faire mentir les statistiques. L’erreur initiale du ministre aurait pourtant pu être rectifiée très vite. (…) Mais Guéant, dans une étonnante fuite en avant, s’enferre. Le 27 mai dans un premier droit de réponse à Libération, puis dans un second courrier acheminé au siège du quotidien le 9 juin par deux motards de la police, le ministre a maintenu ses chiffres, en prétendant à nouveau s’appuyer sur une lecture correcte de l’étude de l’Insee. Pour les syndicats, l’institut aurait dû dire d’emblée que l’interprétation du ministre était fausse. Ce qui aurait (peut-on espérer) amené Guéant à se taire. Au lieu de quoi, c’est l’Insee qui s’est tu. A Libération, le service de presse, embarrassé, a répondu que l’institut «n’avait pas vocation à intervenir dans ce débat». Et il a été impossible de rentrer en contact avec le responsable de l’étude, comme cela est pourtant possible sur d’autres sujets. » Bon. On a un ministre qui ment effrontément pour colporter des idées racistes et la direction de l’Insee est complice. Franchement, nous ne voyons guère comment la Pen pourrait faire pire. FN, UMP, bonnet blanc, blanc bonnet.

 

PS : L’illustration « Claude Guéant déjà sur le Front » provient de chez TropicalBoy.

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  7 commentaires à “Marine Le Pen, Claude Guéant, même combat raciste”

  1. Bonjour , bon dimanche

    merci ! va falloir que je lise cet article en détail. mais là, la douche m’attend.

    bonne nouvelle : LeMonde.fr embarque à bord de la Flottille de la liberté 2011, à bord d’1 des 2 bateaux français pour Gaza.
    bon article de English Al Jazeera. Traduit et en lien sous sur Lepost
    http://www.lepost.fr/article/2011/06/25/2533222_a-bord-de-la-flottille-le-monde-fr-embarque-pour-gaza.html

  2. Je pensais que l’Algérie – territoire français – faisait, depuis 1830, de la France un pays aux nombreux ressortissants musulmans. Bien plus nombreux en tous cas qu’aujourd’hui et puis, je tombe sur cet article qui s’achève ainsi :  » Un constat d’évidence s’impose donc : durant la période coloniale (1830-1962), les musulmans vivant sous l’autorité de l’Etat français ont connu un statut juridique caractérisé par une double violation du droit : le non-respect des engagements contenus dans la convention de 1830 et la non application de la loi de 1905. »
    L’antiislamisme, un invariant de tous les pratiques politiques françaises depuis près de deux siècles ?
    Voir lien :
    http://www.islamenfrance.fr/2011/02/27/la-religion-dans-l%E2%80%99algerie-coloniale-par-gilles-devers/

  3. Il est tout à fait possible de truquer des résultats de sondages, surtout avec la complicité de l’INSEE, bien évidemment! Et ce n’est pas et ne sera pas la première fois!!!

  4. Cela démontre aussi que si les statistiques sont censées être neutres, on en fait avant tout un outil de manipulation de masse. N’oublions pas qu’Hitler avait rendu « scientifique » le caractère inférieur (en plus d’être vénal, fourbe et lâche) des juifs (entre autres).
    C’est quand même incroyable que Guéant (enfin l’UMP, le FN et tous leurs copains/chefs) utilisent les mêmes outils, et que pas un média de masse ne fasse ce type d’analyse…

  5. Encore une fois que font les commissions de déontologie diverses, et pourquoi pas le Conseil d’Analyse de la Société, pour une fois qu’il servirait ?..
    On a plusieurs exemples à la suite d’erreurs, a minima, sinon d’utilisation délibérément désinformatrices.

    Il serait tout à fait simple et pertinent, de compter ces désinformations successives, pour tous les partis – puisque le CSA se vante d’être trop pointu sur la surveillance des temps de parole politique – et à parti d’un certain nombre « d’erreurs » recensées et dénoncées, il devrait infliger une sanction.

    Je pense à un démenti/rectificatif sur une chaîne de grande écoute, concernant la liste des « erreurs » commises, par ceux-là même qui les ont commises, ou du moins un membre important de leur parti.

    En l’occurrence, Guéant a menti et le porte-parole de l’UMP serait tout désigné pour faire amende honorable en rétablissant la vérité, sur TF1 par exemple.

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