Mai 132013
 

lm_optLe journaliste co-fondateur de Mediapart, Laurent Mauduit, ancien chef du service économique de Libération et ancien directeur adjoint de la rédaction du Monde, excusez du peu, sort un essai titré L’étrange capitulation. En voici l’argument : « C’est une histoire sans précédent pour la gauche qui a commencé avec la victoire de François Hollande. Par le passé, une fois arrivés au pouvoir, les socialistes français ont tenté, dans un premier temps, d’honorer leurs engagements. Ce fut le cas sous le Front populaire qui engagea de grandes réformes sociales avant de heurter le « mur de l’argent » ; ce fut le cas en 1981, quand la gauche chercha à « changer la vie » avant de se convertir à la rigueur ; ce fut le cas en 1997, quand Lionel Jospin chercha à sortir le pays de l’ornière libérale avant de reculer devant la finance. Depuis son entrée à l’Elysée, François Hollande, lui, n’a pas cherché un seul instant, à modifier la politique de son prédécesseur. C’est d’abord cette sidérante volte-face que cet ouvrage veut raconter et mettre en perspective. Prolongation de la politique d’austérité ; abandon de la réforme fiscale ; reprise des mesures pour la compétitivité prônées par le patronat ou des thématiques sécuritaires de Nicolas Sarkozy… depuis le 6 mai 2012, le « peuple de gauche » a le sentiment qu’on lui vole sa victoire. (…) » D’où les 150 000 manifestants – on prend le chiffre des organisateurs et on déduit celui de Valls 😉 – présents lors de la Marche pour la 6e République, contre la finance et l’austérité… Mais revenons à Laurent Mauduit et ce qu’il dit de son ouvrage chez Les Inrocks : « Avec Hollande, on est dans la prolongation de l’impuissance. Nombre de ses réformes sont dictées par le camp d’en face. C’est vrai que l’on peut parler de duperie – j’assume ce mot. Prenez la réforme du marché du travail : Hollande a caché pendant sa campagne qu’il projetait de mettre à bas le droit du licenciement. Prenez encore le “choc de compétitivité”, avec ses 20 milliards de cadeaux aux entreprises : à quelques modalités techniques près, c’est la réforme que défendait Sarkozy. Pis ! Le même Hollande avait dénoncé le recours à la TVA pour financer cette réforme. Pourtant, il se renie et a choisi de procéder à une hausse de cet impôt, le plus injuste de tous puisqu’il pèse plus sur les pauvres que sur les riches. »

Sa pensée est encore mieux précisée et détaillée dans le billet qu’il publie sur le Huffington post, 6-mai, le plus triste des anniversaires : « ce qu’il y a d’inédit avec François Hollande, c’est qu’il a, dès le premier jour, appliqué la politique du camp d’en face – pour parler clair, une politique néo-libérale. Maintien de la politique budgétaire et salariale d’austérité ; application, sous des modalités à peine amendées, du « choc de compétitivité » voulu par Nicolas Sarkozy et quelques cénacles patronaux ; trahison des ouvriers de Florange ; abandon de la grande « révolution fiscale » promise, s’inspirant des travaux de l’économiste Thomas Piketty ; mise en œuvre d’une loi bancaire ridiculement peu énergique ; promotion d’une réforme du ETRANGE_CAPITULATION200_761376_optmarché du travail s’inspirant de la philosophie ultra libérale du FMI : le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a, pour l’essentiel, prolongé la politique économique du quinquennat précédent. Au point que beaucoup de Français ayant voté François Hollande ont pu avoir le sentiment légitime qu’on leur avait volé leur victoire. Sentiment d’autant plus ancré que beaucoup d’électeurs ont apporté leur suffrage au candidat socialiste non pas par un vote d’adhésion mais plutôt par un vote de rejet : pour tourner la page du sarkozisme, et notamment de l’affairisme, qui a été l’un de ses traits dominants. Or, cet espoir-là a aussi très vite été douché par le scandale Cahuzac, qui est venu attester qu’on était bien loin de la « République exemplaire » promise par François Hollande. Triste anniversaire, donc ! Car – et c’est aussi l’un des enseignements du passé – la gauche doit toujours avoir à l’esprit que le populisme peut trouver ses racines dans ses démissions ou ses atermoiements. C’est une des leçons des années 1930 mais pas seulement : quand la gauche n’assume pas sa mission de transformation sociale ; quand elle ne répond pas à l’espoir du peuple, elle peut, dans un terrible choc en retour, alimenter le désespoir populiste. Oui, sinistre anniversaire ! Pour éviter la catastrophe qui vient, il faudrait d’urgence un sursaut. C’est ce qu’a signifié, avec force, dimanche 5 juillet, la manifestation massive appelée par le Front de gauche. C’est ce que disent, avec leurs mots à eux, de grands intellectuels, comme Edgar Morin ou Emmanuel Todd. C’est ce que suggèrent même, de manière diplomatique et parfois un tantinet confuse, quelques ministres socialistes. Mais François Hollande voudra-t-il l’entendre ? Enfermé à l’Elysée, comme dans un bunker, pour l’heure, il semble sourd aux innombrables alertes… C’est aussi pour cela que ce 6-Mai est passablement désespérant. » Et c’est aussi pour cela que plumedepresse était à ce point en sommeil, son auteur désespéré par la trahison hollandiste. Attendue, certes, mais à ce point ?

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  12 commentaires à “Mauduit analyse le 1er anniversaire du quinquennat : le hollandisme, cette « duperie »”

  1. Oh, oui, quel plaisir que de te retrouver, plume plus acérée que jamais! Et en plus, je pense que c’est le bon moment…Merci, Olivier

  2. En un an, le gouvernement Hllande a été félicité par le Medef, et applaudi par le grand patronat comme Dassault, lui qui traitait les mesures de Sarkozy de « mesurettes ». ça met la puce à l’oreille. Même la droite Reconnait qu’Hollande applique son programme -en moins bien que ce qu’elle proposait, évidemment.

    Le terrain est en train de se débroussailler pour la Droite et son Extrême.

    Mais rien n’est perdu, il faut continuer à se battre, même si le constat est consternant (tiens c’est deux mots ont la même racine ! Bientôt un synonyme en politique ?)

  3. Le retour de M le Mauduit.

    Qui annonce l’effondrement électoral du PS, on s’en fout, mais aussi l’arrivée de vilains volatiles nocturnes qu’on avait cru définitivement disparus dans les cercueils de l’Histoire.

  4. Ce qui est absolument fascinant, c’est qu’il y ait encore des gens pour s’étonner qu’Hollande fasse la même politique que Sarkozy. Et comment pourrait-il faire autrement, alors que toutes les décisions dans les domaines d’importance sont dictées par Bruxelles ?
    Je vais même vous dire : vous pourriez élire Mélenchon ou MLP, ça n’y changerait rien, car ils ne préconisent pas la sortie de l’UE ! Nous sommes pieds et poings liés.
    Les prochaines réformes, nous les connaissons déjà : privatisation de ce qui nous reste de services publics (la Poste, l’eau, le gaz, l’électricité, l’éducation), allongement de l’âge de départ à la retraite et / ou (plus probablement « et » que « ou ») diminution du montant des retraites, suppression du SMIC au nom de la « compétitivité » et pour s’aligner sur le fameux « modèle allemand ».
    La seule solution pour éviter tout ça : sortir de l’UE. Un seul parti le propose : c’est l’UPR.

    • Tout est affaire de rapport de force. Sortir de l’UE serait une erreur. Ce qu’il faut, c’est infléchir la politique de l’UE dans le bon sens. Pourquoi impossible ? Asselineau n’est pas de gauche. Mélenchon, si.

  5. A un moment donné, il faut prendre un peu de recul et se poser les bonnes questions. Pourquoi croyez-vous que depuis 30 ans qu’on nous promet « une autre Europe » elle n’arrive jamais ?
    1. Parce que l’UE est intrinsèquement une machine libérale. C’est même sa raison d’être : imposer le libéralisme aux peuples d’Europe en court-circuitant la représentation nationale.
    2. Parce que le « rapport de force », dans une Europe à 27, est de 1 contre 26. Si vous attendez que les 26 autres membres de l’UE élisent eux aussi, au même moment, un parti type « FdG », vous pourrez attendre longtemps (ça fait d’ailleurs longtemps qu’on attend, déjà). La probabilité que cela se produise est de 1.8 secondes tous les 10 trillions d’années. J’espère que vous avez un bon bouquin, l’attente va être longue.
    Asselineau n’est ni de droite ni de gauche, et ça n’est d’ailleurs pas la question. A l’heure actuelle, si vous voulez mener une politique de gauche, il faut d’abord sortir de l’UE.
    Regardez : même le principal syndicat du rail en GB exige la sortie de l’UE et dit qu’il ne faut pas laisser ce combat à la droite :
    http://www.u-p-r.fr/actualite/europe/que-dites-vous-de-cela-m-melenchon-le-principal-syndicat-britannique-des-transports-demande-le-retrait-du-royaume-uni-de-lue

  6. Cela faisait effectivement un bail! Bon retour sur le clavier!

    Mais je suis en total désaccord avec cette vision des choses, celle de M. Mauduit. Pour moi, il n’y a pas « capitulation », ni « volte-face », ni « duperie », ni « trahison » comme certains pensent. La politique libérale qu’allait mener le candidat PS (Strauss-Kahn d’abord,remplacé au pied levé par Hollande) était connue de longue date. Beaucoup d’articles et de billets d’avant l’élection (dont les miens si je peux me permettre ;-)), basés sur un décorticage précis du programme solférinien, anticipaient parfaitement le script qui allait se dérouler une fois les élections remportées par les « socialistes ».

    Le volte-face eut été qu’ils fissent une politique de gauche.

    Notre plus gros problème, pour nous les gens de gauche, est d’ailleurs l’utilisation impropre (par habitude ou par facilité de langage pour certains et à dessein machiavélique pour d’autres) du terme de « gauche » pour parler du PS. Et malheureusement, cela continue puisque M. Mauduit introduit son sujet ainsi: « C’est une histoire sans précédent pour la gauche qui a commencé avec la victoire de François Hollande« .

    • Ce n’est pas à vous de définir « la gauche »….Il y en a toujours eu deux, une révolutionnaire et une réformiste. Vous n’aimez pas Hollande et les socialistes, ils vous le rendent bien. La gauche radicale a sombré par le passé dans le sang et la dictature, la sociale démocratie dans le réformisme mou. Pourquoi voulez-vous que les socialistes capitulent, puisqu’ils n’ont jamais admis votre vision « marxisante » du socialisme…..Nos descendants inventeront peut-être une autre voie pour que l’argent ne mène plus le monde, mais pour l’instant on se retrouve avec les deux increvables versions de la gauche, les mêmes insultes et analyses biaisées. Ridicule et inutile…..

  7. L’élection de Hollande aura eu au moins l’avantage de nous débarrasser de Sarkozy dont les turpitudes pourraient enfin être mises au grand jour, ce qui va le conduire à s’expliquer devant la justice…

  8. Comment un homme pourrait-il sauver l’humanité ou les USA ou l’Europe ou quoi ? … La planéte ? ……
    Nous sommes définitivement empétrés dans nos stupidités religieuses …….. Tous nos chefs ne sont que des avatars de Jésus ……… Le besoin de croire sera toujours le plus fort : croire en un sauveur quel qu’il soit ……… La démocratie n’est toujours qu’une utopie et sans doute pour encore longtemps ……..

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