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Tristan Sadeghi : la mobilisation a payé

Non réinscription du lycéen bloqueur : le ministre pour l’illégalité

Mais il est tout de même réinscrit

samedi 18 juillet 2009, par Olivier Bonnet


tristanNous vous en parlions le 6 juillet dans un billet au titre explicite, Chantage à la réinscription pour un lycéen bloqueur : Tristan Sadegui avait reçu une lettre de son proviseur, Philippe Guittet, par ailleurs secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale, qui subordonnait sa réinscription au lycée Maurice Ravel (paris 20e), afin d’y effectuer sa Terminale, à un engagement écrit de sa part de ne pas participer à des blocages à la rentrée prochaine. Notamment soutenu par le Parti de gauche, duquel il est l’un des plus jeunes adhérents, le lycéen avait pris le parti de médiatiser son cas, qui avait dès lors entraîné des polémiques : d’un côté, ceux qui s’indignaient d’une mesure discriminatoire - dont nous étions, faut-il le préciser ? - et de l’autre, les réactionnaires de tous poils qui félicitaient le proviseur pour son attitude. Citons par exemple le blogueur Authueil, l’un des plus en vues de la réacosphère, qui écrivait : "Un leader lycéen est tout étonné que le proviseur ait des réticences à le réinscrire en terminale, à la suite de sa participation active au blocage de son établissement au cours de l’année scolaire 2008-2009. Un nombre important de personnes semblent s’en indigner. Personnellement, je trouve cela normal !" Authueil développait ensuite ses arguments, nuls et non avenus, que le juriste le plus célèbre de la blogosphère, eolasl’avocat Maître Éolas, mettait joyeusement en pièces : "je suis en désaccord avec Authueil sur 5 points. "Ce lycéen a 17 ans, il n’a plus d’obligation scolaire, s’il veut intégrer un établissement scolaire, il doit en accepter les règles." (...) le fait qu’il ait dépassé l’âge de l’obligation scolaire est sans la moindre pertinence. Il n’a plus l’obligation de se scolariser, mais il en conserve la liberté, que le Code de l’éducation élève au rang de droit : "Le droit à l’éducation est garanti à chacun (...)." 15 ou 17 ans, l’élève a autant de légitimité à vouloir suivre des études, et l’État doit lui en fournir les moyens. (...) "Vu qu’il a allègrement violé le règlement intérieur, et l’a clairement montré en devenant un représentant du mouvement, on peut comprendre les craintes du proviseur sur les risques de récidive. Qui trouverait à y redire s’il s’agissait d’un élève violent et isolé qui perturbe la vie du lycée par son indiscipline ? Pourquoi, parce que ces faits se seraient déroulés dans le cadre d’une action politique, il devrait être absout ? Une perturbation reste une perturbation et on peut très bien manifester et avoir une activité politique sans bloquer un établissement." Sur ce dernier point, je suis d’accord (bon pour pinailler jusqu’au bout, je dirai qu’on ne le peut pas, mais qu’on le doit). Mais ça s’arrête là. Le proviseur a des craintes ? Je lui recommande la verveine. Il y a des voies de droit pour sanctionner un élève. Et le chantage à la réinscription ne fait pas partie de cet arsenal (article R.511-13 du Code). Car le proviseur n’a pas le pouvoir de sanction : il appartient au Conseil de discipline (art. R.511-20 et s. du Code) qu’il saisit et préside (ce qui au passage n’est pas conforme à la convention européenne des droits de l’homme qui exige la séparation des autorités de poursuite et de jugement). En exerçant ce chantage à la réinscription, le proviseur usurpe les prérogatives du Conseil de discipline, dont la composition vise précisément… à limiter le pouvoir coercitif du proviseur. Bref, pour sanctionner une violation de la loi par l’élève, le proviseur viole la loi. Les enseignants sont censés donner l’exemple, pas le suivre, non ? (...) Bref, une mesure illégale, inefficace et qui déshonore celui qui la prend."

Qu’un blogueur de droite, enclin à justifier par idéologie toute sanction frappant un contestataire, quand bien même celle-ci serait prise en violation flagrante de la loi, cela n’a rien d’étonnant. Il n’est après tout que blogueur, ni juriste, ni journaliste. Nous voulons dire par là qu’on n’est pas censé attendre de sa part, ès qualités, des arguments forcément lcsolides et pertinents. Mais il en va tout autrement de la part du recteur de l’Académie de Paris, Patrick Gérard, qui soutint pourtant la décision du proviseur, et a fortiori de la part du... ministre de l’Éducation nationale ! Que dit en effet Luc Chatel ? "Je trouve que la démarche du proviseur est tout à fait légitime. Le proviseur est responsable de l’organisation de son établissement. Il a été victime pendant plusieurs semaines de blocages, qui ont pénalisé non seulement l’ensemble des élèves, mais l’ensemble des personnels de l’établissement. Il est légitime qu’il sensibilise un élève qui manifestement a été fortement impliqué, en lui disant : "tu es le bienvenu au lycée, (...) mais si tu reviens au lycée, le lycée de la République, ce n’est pas un lieu de blocage, de fermeture, d’exclusion. C’est un lieu d’apprentissage du savoir, d’égalité d’accès pour tous". Chatel est lamentablement hors-sujet. Il existe des règlements et des lois. Si le proviseur entend sanctionner l’élève, il doit saisir le Conseil de discipline, point barre. Toute autre démarche, en l’espèce exiger un engagement écrit de sa part sous peine de ne pas le réinscrire, est illégitime. Qu’un ministre prétende le contraire et défende ainsi l’illégalité en dit long sur le niveau auquel est tombée la Sarkozie. On croit toucher le fond ? Sans cesse, les UMPistes continuent de creuser !

L’épilogue de l’histoire est néanmoins heureux : le 16 juillet dernier, Tristan a été réincrit au lycée Ravel sans condition. Formidable aveu que la démarche du proviseur était, dès le départ, manifestement abusive. Et formidable désaveu pour un ministre capable, sans que l’on sache si c’est par incompétence, aveuglement idéologique ou les deux, de prendre le parti de l’illégalité. Score final : droit et justice 1 - gouvernement 0. Il est vrai que ce dernier est habitué à cette note.

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22 Messages de forum

  • Le ministre soutenait une mesure illégale

    18 juillet 2009 11:15, par Duszka
    Luc Chatel ministre (sans majuscule) de l’Education Nationale, déjà, en soi, c’était pire que comique ! Dérisoire et inquiétant à la fois, voire cynique. Enfin, les ministres c’est de la roupie de sansonnet, le seul ministre c’est notre petit bonhomme en mousse bien-aimé !

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  • Le ministre soutenait une mesure illégale

    18 juillet 2009 11:31, par MAMITA
    Bravo !... Pour une fois que la raison (des vrais démocrates) l’emporte sur les abus d’une politique impérialiste, de plus menée par ce gnome ignare et mégalomane hystérique, on ne peut que se féliciter !!! Et retenons la leçon, Médiatisons, Médiatisons à tout va et du plus fort que nous pouvons. Merci, Olivier, d’avoir été parmi les premiers à rapporter cette ignominieuse affaire... (et continue, encore et encore.)

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  • Le ministre soutenait une mesure illégale

    18 juillet 2009 11:38, par Etiam Rides

    Tu m’as devancé... Ca m’épargnera la peine de faire un billet.

    Bon, la morale de cette histoire, c’est que Chatel est suffisamment démago pour soutenir une mesure électorale pour flatter son électorat.

    Mais qu’au sein de son cabinet, il y a des gens qui connaissent un peu la loi et qui savaient que l’Etat risquait de se faire condamner et de se ridiculiser par la même occasion.

    Avec un faux cul comme ça à la tête du MEN, bon courage aux enseignants...

    Mon lien : http://www.etiamrides.blogspot.com/

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  • Le ministre soutenait une mesure illégale

    18 juillet 2009 14:14, par Louis
    Et un ministre (représentant de l’exécutif, par définition) est-il encore légitime après avoir soutenu et justifié une action illégale ? On peut aussi parler de nos 296 députés qui ont sciemment passé en force une loi anticonstitutionnelle le 12 mai dernier. Est-il légitime qu’ils aient conservé tous leurs pouvoirs ?

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    • Le ministre soutenait une mesure illégale 18 juillet 2009 14:48, par Olivier B.
      Sans compter qu’il y a aujourd’hui deux parlementaires qui siègent dans les rangs de l’UMP, Tibéri et Dassault, l’un condamné pour faux électeurs et l’autre pour achat de voix ! Rappelez-nous qui voulait "remettre de la morale en politique" ?

      Mon lien : Plume de presse

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      • Le ministre soutenait une mesure illégale 18 juillet 2009 20:00, par Authueil

        Tu veux qu’on parle de tous les élus de gauche impliqués dans des magouilles et condamnés. Ce serait match nul !

        Merci au passage pour la réacosphère. C’est vrai qu’à ta décharge, vu ton gauchisme militant, toute personne à la droite de Bayrou est un réac :)

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        • Le ministre soutenait une mesure illégale 18 juillet 2009 20:22, par Olivier B., gauchiste militant

          Bonjour Authueil et merci d’être passé,

          match nul, je ne crois pas, l’élève ne dépasse tout de même pas le maître ! Comme Bayrou est de droite, à la droite de Bayrou, c’est bien à droite droite, forcément ;-)

          PS : rien à redire sur l’expression "gauchisme militant". C’est exact et je l’assume. Pas toi pour la réacosphère !

          Mon lien : Plume de presse

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          • Le ministre soutenait une mesure illégale 18 juillet 2009 21:19, par Louis

            Ce que font les élus à côté de leur mandat, c’est le problème de leurs électeurs. Le jour où la population se rappellera que l’information et le vote peuvent aussi servir à punir, la politique sera épurée d’un grand nombre de magouilleurs. Du moins tant qu’on reste en démocratie. Mais c’est là un autre débat.

            Non, je parlais de ce que font ces députés qui violent la Constitution (à laquelle ils sont quoi qu’il advienne soumis) par ordre du président et de ce ministre censé faire exécuter la loi, et qui incite à la violer. Ils violent la Constitution, la Loi, et par là, ils violent la République et le Peuple.

            Alors dites-moi, sieur Authueil puisque vous venez porter une saine contradiction (réactionnaire) jusque sur ce blog, en quoi sont-ils encore légitimes à proposer, voter, et faire appliquer des lois ?

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        • Le ministre soutenait une mesure illégale 20 juillet 2009 11:22, par 0deconduite13
          "gauchisme militant", c’est une expression hors sujet. Etait-ce l’ultime argument pour ne justifier, en définitive, que le soutien à une mesure illégale... ?

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  • Le ministre soutenait une mesure illégale

    19 juillet 2009 08:31, par Duszka
    En ce jour 19 juillet 2009 on croise les doigts pour les aixois ! Mais, après tout la balle est dans leur camp. Puissent-ils l’envoyer dans le bon panier !

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  • démocratie

    19 juillet 2009 08:59, par LutoPick
    C’est clair qu’en Sarközie la justice on ne connait pas, pour un chef de clan avocat c’est un comble. Mais c’est surement parce que nous ne sommes plus en démocratie. ;-)

    Mon lien : RESpublica

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  • La politique menée actuellement, me donne le sensation d’une nouvelle mise en œuvre de celle menée à Vitrolles ou Orange en 1995, mais à l’échelle nationale.

    Est-ce un abus de considéré la loi Hadopi comme un autodafé (dans l’acception moyenâgeuse du terme) ?

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  • bastaközy

    21 juillet 2009 15:17, par luc nemeth
    cet épisode est là pour rappeler si besoin est qu’il y a dans ce pays des gens à qui le résultat des présidentielles 2007 est manifestement monté à la tête. Ce qui est vrai de ce proviseur l’est tout autant de ce commissaire, qui à Marseille se voyait déjà s’offrir le luxe de faire sanctionner la réflexion "Sarkozy, je te vois". Ou encore de ces fragnolis, qui sans le début d’un commencement de preuve et même d’un commencement de délit, n’en finissent pas de ferchier la célèbre Cellule Invisible.

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