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Chaise vide sur France Inter
Quand on ne peut justifier l’injustifiable...
mercredi 21 octobre 2009, par Olivier Bonnet
Ah pour les entendre à tort et à travers, ça, on les entend. Les cadors de la com’ présidentielle l’ouvrent partout, sur tout et sur n’importe quoi. Et la plupart du temps
n’importe comment, par exemple pour jubiler, tel Xavier Bertrand, pitoyable Secrétaire général de l’UMP, à la suite de l’élection d’un judoka chiraquien, tendance Bernadette : "le soutien au président de la République continue à être affirmé", se frotte-t-il les mains à l’issue du scrutin. Avec une participation à 33,70% ! Si on fait le calcul, Douillet n’a recueilli les suffrages que de 17% des inscrits. La voilà, la crise de la démocratie : ça suffit à faire de lui un député UMP. Mais le "soutien au président" à 17%... Frédéric Lefebvre n’est pas non plus le dernier pour se répandre dans les médias, ce qu’il vient de faire pour critiquer... les médias : "Il y a un phénomène dans ce pays, c’est qu’on a une opposition qui ne fait plus son travail » et que « les médias considèrent chaque matin qu’il faut trouver le sujet pour essayer de déstabiliser le président de la République" (sur l’antenne de RTL, vidéo dans l’article de Libération). Voilà autre chose : il y aurait donc un complot des médias contre Sarkozy, qui travaillerait inlassablement à sa perte. Comme si l’ami (non, "le frère") Lagardère ne possédait pas son empire médiatique, comme si le parrain (du fils du président) Martin Bouygues n’était pas le patron de TF1, comme si Le Figaro n’appartenait pas à Serge Dassault... Le complot cher au chevelu porte-parole de l’UMP étendrait même ses ramifications à l’étranger : il suffit de lire la presse internationale sur le cas du prince Jean. Cette thèse, grotesque, est pourtant le nouvel angle d’attaque d’une majorité
acculée par sa médiocrité à nous entonner l’air du "C’est la faute aux médias".
Le reste, c’est Daniel Schneidermann qui le raconte dans sa chronique matinale d’@rrêt sur images : "Beau débat, que le débat budgétaire, qui vient de commencer à l’Assemblée. Taxe professionnelle, bouclier fiscal, proposition socialiste de taxe additionnelle sur les bénéfices des banques : voilà une mine de sujets passionnants, pour les radios du matin et les télés du soir, qui concernent chaque citoyen. Voilà bien LE sujet, le seul peut-être, dont on est absolument certain, dans le brouillard des fumigènes et des effets d’annonce, qu’il ne constitue pas une diversion. Le débat budgétaire est le moment de vérifier si les proclamations sont en accord avec les actes, de tester la cohésion ou les fractures des camps politiques, c’est le moment pour chacun de connaître en direct l’utilisation faite de ses impôts. On attendait donc, dans la Matinale de France Inter, qui consacre au sujet d’excellents papiers, le premier débat contradictoire sur le budget. Surprise : à la place de ce sujet incontournable, c’est l’architecte Jean Nouvel qui, sans actualité évidente, était invité à discourir du grand Paris. Pourquoi ? Eh bien...parce qu’aucun UMP n’a consenti à venir débattre à
France Inter. Schneidermann recopie ensuite le courriel que lui a adressé Didier Migaud, le président socialiste de la Commission des Finances de l’Assemblée : "Ce soir, j’apprends à la dernière minute qu’un débat prévu dans la matinale de France Inter est purement et simplement annulé au motif de la défection de tous les contradicteurs pressentis. Du coup, les auditeurs sont privés de débat et écouteront demain matin Jean Nouvel monologuer sur le grand Paris alors même que le débat budgétaire commence dans l’hémicycle (...)" "A en croire Migaud, ajoute Schneidermann, ce n’est pas une première, et "à chaque fois, faute de participant de la majorité, le débat a été annulé, les médias subissant la plupart du temps ce diktat et renonçant à laisser l’opposition s’exprimer seule".
Il est clair que lorsqu’on est chargé de tenir des positions indéfendables, comme le maintien du bouclier de la honte quand les foyers modestes prennent la crise de plein fouet, ou comme le refus de taxer les bénéfices des mêmes banques qu’on vient d’obligeamment arroser de milliards d’argent public, sans aucune contrepartie, pour les sauver de la banqueroute... Quand de tels choix sont ainsi injustifiables, autant ne même pas essayer, se dit-on dans les sphères du Pouvoir. Et ça évite qu’on parle un peu trop des sujets gênants... Et tout ça passe, tous les mensonges, toutes les manipulations, tous les scandales, parce que les gens, écoeurés, ne vont plus voter. Alors Douillet est le nouveau député des Yvelines. Et avec la réforme des élections régionales, le futur Conseiller territorial sera UMP, lui aussi : Sarkozy s’apprête à imposer le coup de force d’un scrutin à un seul tour. Comme la droite fait le plein dès le premier tour, c’est tout bénéfice. Une clique s’est accrochée au pouvoir et continue de l’exercer sans partage avec une légitimité démocratique de plus en plus dérisoire (voir les dernières élections européennes, 12% des inscrits pour l’UMP). Comment en sortir ? Comment les sortir ?