Permalien : http://www.plumedepresse.net/spip.php?article1274
Débat sur l’identité nationale
"Aux imbéciles heureux", écrit-il...
mercredi 11 novembre 2009, par Olivier Bonnet
Dans sa revue de Web consacrée au débat sur l’identité nationale, notre excellent confrère de Marianne2, Régis Soubrouillard, commente ainsi notre billet lapidairement titré Le débat-à-la-con : "Plumedepresse, bien décidé à évacuer le sujet, décrète pour sa part qu’« il existe un large consensus sur ce que sont les valeurs de la France - auxquelles la Sarkozie tourne du reste régulièrement le dos : les droits de l’Homme, la générosité, la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité. A quoi bon organiser un grand débat qui ne fera qu’entériner ces points ? ». Là aussi le propos est contradictoire, si la Sarkozie - 53% d’électeurs- tourne régulièrement le dos à des valeurs qui font consensus, c’est qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de France... Ce qui justifierait qu’on y prête un minimum d’attention. Passons..." Pas d’accord : ne passons pas ! "La Sarkozie - 53% d’électeurs" ? Quel raccourci et quelle erreur ! D’abord, Nicolas Sarkozy n’a absolument pas été élu par 53% des Français. C’est un comble que nous soyions encore, éternellement, obligé de rectifier cette falsification depuis deux ans et demi maintenant : le score réel obtenu est de 42,63% des inscrits exactement, soit un peu plus de 19 millions de Français, moins du tiers. Ensuite, continuer d’avancer ce chiffre - mensonger - de 53% des Français en novembre 2009 revient à faire mine que rien ne s’est produit depuis l’élection de l’agité de l’Elysée. Comme si le mécontentement ne s’était pas étendu dans l’opinion, comme si le président n’était pas actuellement au sommet de son... impopularité, comme si ne s’étaient pas multipliés comme des petits pain les cocus du sarkozysme. Un indice nous est livré par les dernières européennes - le rapprochement a bien sûr les limites qu’une élection n’est pas l’autre : l’UMP, qui s’est vantée d’un triomphe, a en réalité rassemblé 12% des inscrits à peine ! Ca n’a rien d’un détail : les médias en général occultent pourtant la plupart du temps joyeusement le problème de la participation. Quand plus personne ne va voter, peut-on encore entretenir la fiction d’une quelconque adhésion populaire ? A-t-on suffisamment dit que David Douillet a été élu par 17% des inscrits ?
Or donc, la Sarkozie ne représente nullement 53% des Français et le présupposé de Régis Soubrouillard est entièrement faux. Mais il y a pire : son argument pour disqualifier l’opinion exprimée dans notre billet est qu’il serait paradoxal que la Sarkozie, censée disposer du soutien de 53% de Français, "tourne régulièrement le dos à des valeurs qui font consensus". Ce serait donc que lesdites valeurs ne font pas
consensus, "Ce qui justifierait qu’on y prête un minimum d’attention". Remettons encore une fois les choses à leur place : l’adhésion à l’UMP n’a pas dépassé 12% aux européennes et 17% dans les Yvelines - ce qui ne l’empêche pas de l’emporter -, mais soit. Pour autant, ce soutien au parti majoritaire, allègrement surestimé par notre confrère de Marianne2, impliquerait-il que les Français dans leur ensemble ont une conception différente de l’identité nationale que constituée des valeurs que nous citions ? Pire : redouteraient-ils quelque péril la menaçant ? Ce serait alors, ni plus, ni moins que reprendre directement la parole présidentielle : "J’ai été élu pour défendre l’identité nationale". Marianne2 affichant une convergence de vues avec Sarkozy ne serait pas banal !* En fait, il est manipulateur d’affirmer que les électeurs de l’UMP cautionnent et soutiennnent chacun des points de son programme entier. Trop facile ! "53% des Français" seraient en faveur des franchises médiacales ? "53% des Français" ont-ils donné leur assentiment au soi-disant "mini-traité" censément "simplifié" ? "53% des Français" sont-ils favorables au maintien du bouclier fiscal, au refus de la taxation des profits bancaires, au changement de statut de La Poste ? Persister, comme le fait Régis Soubrouillard, à créditer Sarkozy de ce "53% des Français" revient à lui attribuer une espèce de super légitimité démocratique dont il est en l’occurrence objectivement dépourvu. C’est exactement la propagande du pouvoir, chaque fois qu’il se proclame élu pour "réformer", ce terme renfermant tout et n’importe quoi (et surtout n’importe quoi !). Nous maintenons par conséquent que ce débat sur l’identité nationale est un piège-à-cons. Qu’il nous soit permis ici de réexpliquer en quoi.
En réalité nous ne rejetons pas le débat sur l’identité nationale en tant que tel, nous rejetons ce débat-là, lancé par Besson-le-félon, entretenu par Hortefeux-le-boutefeu, ordonné par Sarkozy qui a avoué devoir son élection à l’adhésion des électeurs du Front national, mis au-devant de l’actualité de manière artificielle, façon rideau de fumée pour éviter de parler des vrais problèmes, sociaux, par un gouvernement qui s’illustre par ailleurs dans une politique xénophobe et inhumaine. C’est une chasse obscène aux voix d’extrême droite, comme le résume admirablement le dessin ci-contre du talentueux Placide. C’est ce débat-là, dans ce contexte-là, avec ces méthodes-là - la censure systématique de tous les commentaires hostiles sur le site officiel du ministère - qu’il faut refuser !
*Exception faite notamment d’un article sur la thématique sécuritaire d’inspiration sarkozyste pur jus, dénoncé en son temps par Acrimed, nous semble-t-il.
PS : à propos de l’identité nationale, lisez donc ce qu’en disait Claude Lévi-Strauss.