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Délinquance des mineurs : la politique du pire

Première partie : pour un couvre-Hortefeux !

mercredi 18 novembre 2009, par Olivier Bonnet


"La part des mineurs [dans la délinquance] a augmenté de près de 5% en un an, pour atteindre 18%", prétend le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, qui émet le 3 novembre dernier l’idée d’un couvre-feu pour les lmdélinquants mineurs de moins de 13 ans. On assiste une nouvelle fois en direct à ce que dénonçait le directeur de recherche au CNRS et sociologue Laurent Mucchielli il y a un an, dans la conclusion de sa Note statistique de (re)cadrage sur la délinquance des mineurs : "Il s’agissait « simplement » ici de soumettre à quelques vérifications le diagnostic sur l’évolution de la délinquance juvénile avancé par les pouvoirs publics pour justifier un nouveau durcissement de l’arsenal pénal. Notre conclusion est que ce diagnostic n’est ni neutre, ni objectif, ni fondé. Il apparaît au contraire totalement orienté, ne rend absolument pas compte de la totalité des éléments de connaissance statistique disponibles, dissimule tout ce qui ne « colle » pas avec la démonstration souhaitée, et conduit au final à énoncer de telles déformations de la réalité que l’on peut parler de véritables contre-vérités induisant les citoyens en erreur." Les contre-vérités de Brice Hortefeux, c’est justement le titre de l’interview accordée au Monde par Laurent Mucchielli, qui démonte les affirmations du ministre de l’Intérieur. Extraits choisis : "Les mineurs ne représentent que 8,6% des personnes condamnées par la justice en 2007 (dernier chiffre publié) ; et les mineurs de moins de 13 ans..., moins de 0,3% ! Là encore, il s’agit de chiffres stables. Précisons que ceux-ci incluent, à la différence des statistiques de police et de gendarmerie, la délinquance routière et les contraventions de 5e classe". Voilà donc comment Hortefeux produit du vent en brandissant le hochet d’un couvre-feu qui concernerait un nombre dérisoire d’individus et qui s’avèrerait en outre parfaitement inapplicable par la police, elle aussi victime de la pénurie de moyens lié au désengagement systématique de l’Etat orchestré par l’UMP depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. Mucchielli poursuit : "Ce discours sur les mineurs délinquants "de plus en plus jeunes et de plus en plus violents" est une ritournelle que les ministres de l’Intérieur entonnent depuis le début des années 1990 quasiment sans discontinuer (relisons par exemple les discours de Jean-Louis Debré en 1995), et qui est déjà très présente dans les années 1960, quand on s’inquiétait des bandes de "blousons noirs." bhMais à quoi donc ce discours sert-il ? A justifier une politique sécuritaire démagogique à souhait, à afficher une posture autoritaire qui a le double avantage de plaire à la frange dure de la droite classique comme à l’extrême droite, à entretenir la peur et prétendre résoudre le problème par toujours davantage de répression. Comme si l’incarcération de plus en plus massive et automatisée (peines plancher...) ne favorisait pas, au contraire du but affiché, une recrudescence de la délinquance, en enrôlant des armées de jeunes au sein de l’école du crime que constitue la prison. Comme si l’on pouvait s’étonner que la délinquance monte lorsqu’on délaisse totalement tout le volet de la prévention, qu’on coupe les vivres au travail social de terrain, qu’on réduit à peau de chagrin les moyens alloués aux politiques en faveur de l’enfance et de la jeunesse ! L’Union des familles laïques récapitule : "Remise en cause de l’ordonnance de 1945 sur les mineurs justiciables, transfert de charges vers le Département jamais mis en oeuvre, absence de continuité des dispositifs d’insertion sociale globale des jeunes entre 16 et 25 ans, carence d’une politique nationale pour les mineurs étrangers isolés, disparition de l’institution Défenseur des enfants. Dans un contexte de crise économique, alors que la solidarité devrait être plus importante, le désengagement de l’Etat fragilise davantage les Français les plus exposés : enfants, jeunes et familles en difficulté. A l’approche du 20e anniversaire de la Conférence Internationale des Droits de l’Enfant, un nouveau coup de semonce rappelle cette réfaction étatique. Plus de deux ans après la publication de la loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l’enfance, la mise en oeuvre du fonds national de financement, pourtant prévu par cette même loi, semble aujourd’hui remise en cause. La plupart des départements ont anticipé le versement du fond national de financement de la protection de l’enfance, afin de ne pas retarder l’application de la loi. Ils en ont appliqué les dispositions immédiatement sans délais d’attente de la parution du décret. Aujourd’hui, la loi a été mise en oeuvre sur les territoires, mais l’État n’a toujours pas engagé sa part du financement. Dans un contexte particulier de crise, les six Conseils généraux de Seine-et-Marne, Seine-Saint-Denis, Paris, Val-de-Marne, Val-d’Oise et l’Essonne, s’unissent pour dénoncer le refus du gouvernement d’appliquer la loi du 5 mars 2007. Le fonds national de financement de la protection de l’enfance n’est toujours pas créé. La dotation de ce fonds national s’élève à 150 millions d’euros".

Et la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), où en est-elle ? Même motif, même punition. Exsangue. Contrainte à ne plus faire que de la répression au prix d’un singulier retournement sémantique : assurer la "protection de la jeunesse" consiste, pour le pouvoir sarkozyste, lmexclusivement à la punir ! Une belle régression, sur laquelle nous reviendrons plus avant dans notre billet de demain. En attendant, laissons la conclusion à Laurent Mucchielli, en citant une deuxième fois sa note statistique d’il y a un an : "Pourquoi nos dirigeants politiques tentent-ils à ce point d’induire en erreur les citoyens ? Quels sont les véritables objectifs de ces propos et de ces lois ? Et pendant ce temps là, est-ce que des enjeux vraiment importants pour améliorer le traitement judiciaire de la délinquance des mineurs (par exemple le problème des moyens humains et financiers des enquêtes menées durant l’instruction des dossiers et celui des moyens humains et financiers de l’exécution des décisions de justice) ne seraient pas occultés ?" Pose-t-il vraiment la question ?

PS  : l’illustration avec le sigle BH sous l’emblème du FN provient de Cpolitic.com.

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12 Messages de forum

  • Délinquance des mineurs : la politique du pire

    18 novembre 2009 09:27, par dan
    Bonjour, Mon commentaire n’apportera rien au débat et je vous demande de m’en excuser, mais plus le temps passe et plus je souhaite mille maux à tous ceux qui ont voté pour une telle politique et je suis sûre, pour beaucoup d’entre eux, en pleine connaissance de cause.

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  • Ça augmente avant les élections, et ça diminuera après les élections... voire peut-être même le lendemain des élections ! À chaque élections c’est pareil. À chaque élection c’est la même histoire... C’est un peu le marronnier du politicien, je trouve.

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  • Délinquance des mineurs : la politique du pire

    18 novembre 2009 13:46, par vieilledame

    Prétendre à une augmentation de la délinquance ne devrait être un argument que pour une "opposition" qui arrive à faire croire qu’elle n’a pas gouverné - mais pour celui qui gouverne, c’est un aveu d’impuissance... , logiquement cela devrait affaiblir son impact électoral. Seule la promesse de "encore plus de répression" est alors avançable. Alors la peur, plus fantasmatique que réelle en beaucoup d’endroit (on vote beaucoup à l’extrême droite dans de petits villages pleins de retraités et très paisibles).

    L’extrême droite se nourrit aussi de l’exaspération du "lumpen prolétariat" (dont je fais partie : je suis exaspérée mais pas à droite) que la gauche a toujours méprisé, parce que trop souvent son sens de la justice s’arrête au traitement des fonctionnaires... Pour moi c’est le comportement de la "gauche" qui est la principale cause du développement de la droite. Elle est trop souvent, au niveau local, équivalente à "népotisme", "bureaucratie" et "arrogance".

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  • Délinquance des mineurs : la politique du pire

    18 novembre 2009 14:31, par Didier Goux
    Collez-moi tous ces petits cons aux Enfants de troupe, encadré par la Légion, et qu’on n’en parle plus, nom d’une culotte de peau !

    Mon lien : http://didiergouxbis.blogspot.com

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  • Délinquance des mineurs : la politique du pire

    20 novembre 2009 13:01, par Guillaume B.

    la base de toute analyse réflexive est a minima de s’interroger sur les catégories avec lesquels on réfléchit

    qu’est-ce que le mot "délinquant" ?

    c’est un terme directement issu d’une classification juridique. Ordonnance de 1945, qui s’inscrit dans le fil du (très récent) droit des mineurs, initié en 1912. Il s’est répandu et imposé surtout à partir des années 60-70.

    Alors, avant la décennie 70, comment appelaient-on les "délinquants" ?

    ils faisaient partie des "inadaptés". "Inadaptation" est une notion codifiée par le conseil technique de l’enfance déficiente et en danger moral, en 1943. Conseil créé sous Vichy, donc, et qui comptait dans ses membres des personnalités reconnues pour leur action éducative (prêtres et laïcs), des psychiatres et neuro-psychiatres (le conseil est présidé par Georges Heuyer), et quelques magistrats.

    Après les travaux de ce conseil, seront "inadaptés" l’ensemble des enfants présentant des déficiences d’ordre sensoriel, moteur, cognitif, mental, langagière, et tous ceux qu’avant 1943, et depuis le XIX ème siècle (en particulier sa fin, avec la mise en place d’un ordre scolaire primaire), on nommait les "instables" ou/et "caractériels". (Lire Michel Chauvièr, Jean-Marie Renouart)

    En 1975, avec la loi dite "en faveur des personnes handicapées", s’effectue une scission de l’ensemble hétéroclite relevant de "l’inadaptation". Après que les sphères de la production de l’idéologie dominantes (lire Bourdieu/Boltanski), c’est à dire pour notre sujet les commissariat au plan (rupture nette avec le rapport Bloch-Laîné en 1967) aient introduit la notion de "handicap", il va y avoir un re-découpage.

    Le "handicap" recoupe exactement l’ancienne "inadaptation" à deux détails près :

    > il concerne les adultes, là où l’inadaptation ne concernait que l’enfance

    > il exclut la nouvelle figure du "délinquant" (ancienne "enfance coupable", ou "en danger moral", ou "instable", "caractériel").

    La présence forte de psychiatres dans le conseil de 1943, et leur annexion professionnel du secteur des "instables", va voir le développement d’une conception selon laquelle les enfants deviennent instables ou caractériels - ou "délinquants", selon une étiologie qui renvoie à leur développement intellectuel.

    En d’autres termes, les délinquants le sont parce qu’ils sont déficients intellectuels.

    Cette conception s’est progressivement euphémisée, mais je pense qu’elle continue à exister très fortement, et en particulier dans le milieu qui fournit nos gouvernants actuels.

    Par extension, ce qu’il faut lire, c’est que tous les pauvres le sont parce qu’ils sont déficients intellectuels, et qu’ainsi tout est bien à sa place. On ne peut trop demander l’avis d’arriérés, puisqu’il ne produiront qu’un avis d’arriéré. On ne peut leur faire comprendre quoi que ce soit, puisqu’ils n’ont génétiquement pas les moyens de comprendre quoi que ce soit. Les pauvres sont naturellement handicapés intellectuels. Les plus dangereux d’entre eux sont les délinquants.

    Je vous engage à lire les références évoquées, en tout cas pour tout ceux qui souhaient produire un travail de journaliste éclairé par l’histoire des catégories qu’ils utilisent pour penser.

    Si on pense avec les mêmes notions, catégories et classifications que nos adversaires, on joue leur jeu, on a perdu d’avance.

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