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Plume de presse manifeste à Montpellier !
dimanche 22 novembre 2009, par Olivier Bonnet
Quatre à cinq cents personnes se sont rassemblées en ce samedi après-midi à Montpellier, autour des sans-papiers du quartier populaire d’habitat collectif de la Paillade. "Première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d’immigrés." Organisatrice, la Coordination des comités de soutien aux sans-papiers de Montpellier, qui place l’événement sous ce slogan : "La crise, c’est pas les immigrés !" La charmante Leyla, porte-parole du jour, métisse au visage rieur constellé de taches de rousseur, chemine à nos côtés en tête de la manifestation. Avec l’amie qui m’héberge en ce week-end montpelliérain, Ko, membre des Collectifs unitaires pour une alernative au libéralisme, nous avons reçu la mission de porter la banderole de "la Coord’ " ouvrant le défilé.
Je me retourne de temps en temps pour embrasser du regard le cortège qui serpente à travers les allées de la cité HLM géante. Une foule enthousiaste de laquelle s’échappent parfois des volées de "youyous" lancés par les femmes. Les percussions donnent le rythme. "Français, immigrés, solidarité !"
Juste derrière nous, les Amoureux au ban public, l’association qui défend les couples mixtes avec ce crédo : "Les mariages en couleurs ne sont pas des mariages blancs". Justement, Eric Besson vient de jeter une nouvelle louche d’huile sur le feu de son débat piège-à-cons sur l’identité nationale en stigmatisant ce qu’il appelle "les mariages gris", où le sans-papier est coupable d’ "escroquerie sentimentale". « Si l’on veut réduire l’immigration familiale, alors qu’elle est légale, il faut introduire le soupçon : ce ne sont pas de vraies familles, ce ne sont pas de vrais couples ! », commente le sociologue Eric Fassin dans l’Humanité. "Eric Besson, lui, insiste sur la vulnérabilité des moitiés abusées mais n’avance aucun chiffre pour justifier sa volonté de durcir de l’arsenal législatif. Il estime que les victimes seraient « plusieurs milliers ». (...) Sauf qu’en plein débat sur l’identité nationale, la mise en exergue d’un phénomène de l’ordre de « plusieurs milliers » est évidemment un biais. Vu que, comme la trilogie éternelle « baguette, béret, camembert », le mariage mixte est bien une tradition française", pointe avec justesse Rue89. Les Amoureux s’élèvent
contre cette logique de suspicion insupportable qui empoisonne la vie de couples persécutés. Pour la liberté de s’aimer ! Tout à l’heure, avant le départ de la manif’, ils ont interprété une scénette qui voyait un mariage interrompu par la police venant embarquer un conjoint, promis au charter sur Air Besson. "En Sarkozie, on épouse Carla et on expulse Karima", lit-on sur une pancarte. Mon voisin de banderole parle à peine français, mais il reprend tous les slogans à sa façon approximative. A côté, un jeune noir habillé d’une élégante veste se retourne sans cesse vers la queue du cortège, un sourire à la fois incrédule et triomphant aux lèvres. La fierté se lit sur les visages. Les sans-papiers défilent dans leur quartier, affirment leur droit à la régularisation : "On vit ici, on bosse ici, on reste ici !" "Aucun être humain n’est illégal", martèle la Coord’. "Et des papiers ? Pour tous !" lui font écho les manifestants. Les slogans sont radicaux : " Français, immigrés, même
patron, même combat !" ; "C’est pas les sans-papiers qu’il faut virer, c’est le capitalisme et l’Etat policier, c’est la misère et la précarité !" Les anarchistes de la Confédération nationale du travail sont là, comme Réseau éducation sans frontières, les militants de Solidaires aussi, et ceux du NPA, du Parti de gauche, du PC, sans oublier Alternative libertaire. L’unité dans les luttes... "Régularisation de tous les sans-papiers !"
A quoi ça sert, tout ça, à quoi bon ? "C’est vrai que c’est un peu vain, admet Ko, mais on se tient chaud". Il y a de ça : un sentiment d’appartenance, le plaisir d’affirmer ensemble les valeurs si malmenées en Sarkozie, de solidarité, d’humanité tout simplement. Au moins montrer que la propagande du pouvoir flattant les bas instincts n’a pas encore tout à fait gagné la partie. Au moins afficher son refus, presque son hérésie à l’heure où le politiquement correct dans les grands médias ne fait plus envisager l’immigration que comme un problème. Ensemble, cinq cents gauchistes héraultais de tous poils se sont dressés contre la logique du rejet et de la haine, et un réconfortant élan de fraternité a soufflé sur la Paillade en ce samedi après-midi. Et finalement, c’est déjà ça.
PS : photos de la manif tirées du blog de la Coord’ (sauf les trois jeunes filles, copyright Ko !).

"Besson, t’es foutu, le Vazy est dans la rue !"