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lundi 30 novembre 2009, par Olivier Bonnet
Jacques Sapir, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, a publié le 23 novembre dans Marianne2 une tribune destinée à alerter l’opinion sur un sujet peu médiatisé et pourtant d’importance : "Obsession de longue date de l’UMP, la disparition des humanités dans les classes est à l’ordre du jour. Le ministre de l’éducation nationale devrait annoncer dans les jours qui viennent la suppression de l’histoire et de la géographie comme matières obligatoires dans les classes scientifiques".
"Alors que, aujourd’hui, plus de 50% des élèves ont choisi la Terminale Scientifique, ceci revient à enlever l’enseignement d’Histoire et Géographie à cette même proportion", évalue-t-il. Sapir digresse ensuite à propos du débat sur l’identité nationale, dont l’histoire et la géographie sont des éléments fondateurs, puis aborde le sujet fondamental de la citoyenneté : "Dans la formation du citoyen, ces disciplines ont un rôle absolument fondamental. La compréhension du monde contemporain, de ses crises économiques ou géostratégiques, des rapports de force qui se nouent et se dénouent en permanence entre les nations, implique la maîtrise de l’Histoire et de la Géographie. Est-ce à dire que, pour le ministère de l’Éducation nationale, les élèves des Terminales Scientifiques sont appelés à être des citoyens de seconde zone ? Est-ce à dire que l’on n’attend plus d’un mathématicien ou d’un physicien qu’il soit aussi un citoyen ? Ou bien, voudrait-on ici organiser à terme une France à deux vitesses où d’un côté on aurait de grands décideurs dont la science serait au prix de leur conscience, et de l’autre le simple citoyen [qui] ne pourrait plus peser sur les décisions politiques ? Il est vrai que l’on peut s’interroger aujourd’hui devant la réduction, sans cesse croissante, de la démocratie à ses simples formes, qui ont elles-mêmes été bafouées comme on l’a vu pour le vote du référendum de 2005." L’économiste termine en se penchant sur sa propre discipline, expliquant en quoi la connaissance de l’histoire et la géographie sont indispensables à son exercice - ce qui est effectivement une évidence -, avant de conclure : "Il faut donc arrêter cette mesure avant qu’il ne soit trop tard, et pour cela susciter le mouvement de protestation le plus important et le plus large possible. Le ministère doit impérativement réintégrer l’Histoire et la Géographie parmi les matières obligatoires en Terminale Scientifique !" Nous nous associons bien sûr à cette exigence. En soupçonnant que cette mesure est prise sciemment : un homme sans mémoire ni repères est plus aisément manipulable. L’appréhension de la politique, surtout elle, ne se conçoit pas sans examen historique. Les Sarkozy d’aujourd’hui ne sont pas une génération spontanée d’hommes nouveaux, comme ils aimeraient nous le faire croire, mais ils s’inscrivent au sein d’une tradition qu’il faut connaître (de même que les représentants de la gauche). Reléguer l’histoire aux oubliettes est une démarche parallèle à l’affirmation que la distinction entre gauche et droite est dépassée, qu’on n’a pas le choix des politiques à mener. Le rêve UMPiste en pilules somnifères : "Regardez TF1 et consommez. Pour le reste, ne vous inquiétez pas, on s’occupe de tout, c’est pour votre bien."