Permalien : http://www.plumedepresse.net/spip.php?article548
vendredi 5 janvier 2007, par Olivier Bonnet
Le 2 janvier dernier, le jeune Adel Taarabt, Franco-algérien formé à Lens, a rejoint en prêt avec option d’achat le club de Tottenham, où il pourra signer son premier contrat professionnel à sa majorité, le 24 mai prochain. Il devient ainsi le trentième joueur tricolore à fouler cette saison les pelouses de la Premier League. Au sein de ce contingent brillent tout d’abord les stars du football français : sur les 23 sélectionnés à la coupe du monde, sept officiaient au sein de l’élite anglaise : William Gallas (passé de Chelsea à Arsenal), Mikaël Silvestre (Manchester United), Jean-Alain Boumsong (ancien de Newcastle, depuis parti à la Juventus de Turin), Pascal Chimbonda (alors à Wigan, aujourd’hui à Tottenham), Claude Makelele (Chelsea), Louis Saha (Man Utd) et Thierry Henry (Arsenal). Mais on peut aussi ajouter à cette liste des vedettes bleues ayant bâti leur notoriété en Premier League : Patrick Vieira, ancien inamovible capitaine des gunners parti à Turin en 2005, et Sylvain Wiltord, aujourd’hui Lyonnais mais lui aussi transfuge d’Arsenal. Sans oublier Fabien Barthez, ex gardien de Man Utd. Ce qui nous donne donc 10 joueurs sur les 23 ! Et l’on peut aussi citer plusieurs internationaux non sélectionnés pour le Mondial 2006 : Patrice Evra, passé de Monaco à Man Utd au début de cette saison, Nicolas Anelka, qui connaît avec Bolton son quatrième club anglais (après Arsenal, Liverpool et Manchester City) ou encore Ousmane Dabo, arrivé en 2006 à Man City. Complétons l’énumération des noms un peu
connus par l’ancien international Philippe Christianval (Fulham), l’international B (équipe de France réserve) David Sommeil (Sheffield), les internationaux en catégorie Espoir Mathieu Flamini, Abou Diaby et Gaël Clichy (Arsenal), Lassana Diarra (Chelsea), en Espoir lui aussi – on le présente comme le successeur de Makelele - ou encore Steed Malbranque (Tottenham), ancien international Espoir n’ayant (encore ?) jamais grimpé à l’échelon supérieur. En parlant d’espoirs, nombre de frenchies débarquent en Angleterre très jeunes, formant une prometteuse classe biberon qui pourrait bien faire parler d’elle dans le futur : outre Adel Taarabt précité, Benoît Assou-Ekotto (Tottenham), Jérémie Aliadière (Arsenal), Nabil El Zhar (Liverpool), Franco-marocain qui a choisi les lions de l’Atlas plutôt que les Bleus, Ibrahima Sonko (Reading), qui hésite toujours pour sa part entre l’équipe de France ou celle du Sénégal, ou encore Hameur Bouazza (Watford), dans la même situation vis-à-vis de la sélection algérienne, et Toumani Diagouraga (Watford lui aussi), en passe d’opter pour celle du Mali. Mais la légion française d’Albion n’est pas composée que de stars, actuelles, passées ou en devenir. Elle compte aussi des joueurs faisant figure de seconds couteaux, honnêtes anciens pensionnaires de Ligue 1, voire de Ligue 2 : Didier Agathe (Aston Villa), Antoine Sibierski (Newcastle), Noé Pamarot (Portsmouth), Sylvain Distin (Manchester City) et Frank Queudrue (Fulham). Pour être complet, mentionnons Djimi Traoré (Charlton), Franco-malien âgé de 26 ans, international chez les Aigles, qui n’a évolué dans l’hexagone qu’une saison (à Lens), ayant accompli tout le reste de sa jeune carrière à Liverpool, où il a débuté en 2000. Mais pourquoi donc cet attrait réciproque si fort entre footballeurs français et clubs anglais ?
Lorsqu’on interroge les joueurs ayant choisi d’évoluer en Angleterre, ils mettent toujours en avant son exceptionnel engouement populaire, le soutien sans faille de fans transis, le frisson ressenti en entendant les célèbres chants entonnés par les dizaines de milliers de poitrines qui peuplent des tribunes toujours bondées. Impossible de les démentir en l’occurrence : la moyenne de spectateurs par match sur la saison 2005/2006 est de 34 000, contre 21 500 en France. Ils parlent aussi souvent des caractéristiques propres au football d’outre-Manche, cette magnifique générosité dans l’engagement physique, l’aspect si spectaculaire d’un jeu offensif où l’on ne calcule pas. Voire : le niveau global, si l’on excepte les quatre ou cinq grands clubs, demeure tout de même assez modeste et le jeu s’apparente souvent à une empoignade entre "bourrins", l’engagement si vanté servant à masquer les lacunes techniques et entraînant une brutalité tolérée par un corps arbitral particulièrement complaisant. Le diagnostic est sévère, mais il convient néanmoins de le nuancer depuis quelques saisons, grâce à l’afflux de joueurs et d’entraîneurs étrangers (55,2% des effectifs, contre 38 en moyenne européenne). Avec cet effet pervers que l’on calcule justement de plus en plus, des équipes comme Chelsea et Liverpool, pourtant composées de très bons joueurs, étant montrées du doigt pour pratiquer un football peu flamboyant. Si le football anglais n’est donc pas aussi attrayant que cela au plan du jeu, où réside donc son principal atout ? Bien évidemment dans l’aspect financier, même si une hypocrisie bien compréhensible empêche les intéressés de le reconnaître. Parce que les clubs anglais sont riches, très riches. Les revenus annuels du football britannique sont en effet évalués à deux milliards d’euros, soit plus du tiers du total généré par l’ensemble du football européen. Et parmi les 20 clubs les plus riches, on trouve huit pensionnaires de Premier League. Le premier français, Lyon, est quinzième... Grâce à de substantielles
recettes aux guichets – les places en Angleterre sont hors de prix ! -, des droits télévisuels astronomiques et l’implication de milliardaires comme Abramovich, président de Chelsea et quatorzième fortune mondiale, les clubs anglais ont les moyens d’offrir des ponts d’or à leurs joueurs. Les Français ont d’autant plus de mal à suivre que la disparité fiscale les condamne sans appel : comme l’établit un rapport du sénat de 2003, lorsqu’un footballeur touche 1 800 000 euros net, il en coûte à son employeur anglais 3 341 879, contre 5 367 566 en France ! Les footballeurs français étant très bien cotés partout (deuxième plus important contingent, ex-aequo avec les Argentins et derrière les Brésiliens, à évoluer en Espagne, Angleterre, Allemagne et Italie), on comprend qu’ils se précipitent outre-Manche ! Mais gare : Chelsea, pourtant champion d’Angleterre, a connu la saison dernière un déficit de 210 millions d’euros. La fuite en avant pourrait bien mener droit vers le précipice.
En complément...
La love story entre le football anglais et les frenchies débute en 1992, lorsque Eric Cantona arrive à Leeds. Le club n’avait plus été champion depuis 18 ans ? Il est sacré au terme de la saison. L’année suivante, il est transféré à Manchester United avec qui il remporte le titre à quatre reprises (avec deux Cups en bonus). La cantomania atteint des sommets : il n’est plus seulement Eric the King, on l’appelle Dieu ! Même le fameux kung fu exécuté sur un spectateur n’y change rien : Cantona sera élu deux fois meilleur joueur d’Angleterre puis "joueur du siècle" de Man Utd. Il arrête sa carrière en 1997, à 30 ans, en pleine gloire.

Le 4 décembre dernier, le tabloïd The Sun rapportait une énième rumeur de transfert concernant Thierry Henry : le club de Barcelone serait disposé à mettre 40 millions d’euros sur la table pour s’adjuger les services du capitaine d’Arsenal. Le joueur a une nouvelle fois démenti toute velléité de départ. Une constante chaque saison ! Arrivé à Londres en 1999, il y a tout gagné sauf la Ligue des champions : soulier d’or européen en 2004, meilleur buteur d’Angleterre en 2002, 2004, 2005 et 2006, champion en 2002 et 2004, vainqueur de la coupe en 2002 et 2003 et élu meilleur joueur d’Angleterre par ses pairs en 2003, 2004 et 2006… Alors on a beau faire miroiter des sommes mirobolantes et prétendre l’expédier au Barça, à Chelsea ou au Real, toujours Titi re-signe à Arsenal. Où il pourrait bien finalement achever sa carrière.
15 des 25 plus gros salaires de footballeurs d’Europe, tous pays confondus, sont généreusement distribués par des clubs de Premier League, celui de Chelsea FC s’offrant même le luxe de compter seul 7 joueurs dans cette liste ! Ce n’est donc pas une surprise que le palmarès des joueurs les mieux payés d’Angleterre couronne un quatuor de Blues : Frank Lampard et John Terry émargent à 780 000 euros par mois et Michael Ballack et Andriy Shevchenko à 740 000. Vient ensuite notre Thierry Henry national avec 668 000 euros. En sixième position, on trouve Didier Drogba (encore Chelsea), qui en touche 615 000. Le premier red devil de Manchester United, Rio Ferdinand, suit avec 560 000. A titre de comparaison, le Lyonnais Juninho, joueur le mieux payé de Ligue 1, ne touche "que" 230 000 euros par mois.
Chris Waddle, ancien du grand OM, inoubliable technicien élu meilleur joueur d’Angleterre en 1993 et actuel consultant à la BBC, jette un regard sans concession sur la qualité du jeu en Premier League et dénonce le moule de la formation anglaise. Ce qui explique que soient aussi prisés là-bas les "Brésiliens de l’Europe" !
La valeur du spectacle en baisse
Manchester Utd et Arsenal sont les deux seules équipes pour lesquelles je paierai pour voir un match actuellement. Elles sont les deux équipes les plus spectaculaires de la Premier League et obtiendront toujours des résultats en raison du jeu qu’ils développent. Ailleurs, la valeur du spectacle est en baisse. Chelsea par exemple. Ils possèdent les plus grands joueurs mais ne développent pas un jeu spectaculaire. Je ne dirais pas qu’ils sont la plus grande équipe au monde à regarder. Ils sont efficaces et professionnels, mais ne me font pas lever de mon siège. Liverpool joue un peu comme Chelsea. Les Reds aspirent avant tout à ne pas prendre de but avant de penser à en marquer. Ce qui nuit au spectacle.
Un déficit de talent
Il y a beaucoup de bons joueurs. Mais peu sont excitants. Il y a quelques joueurs comme Thierry Henry, Cristiano Ronaldo, Tomas Rosicky ou Arjen Robben qui me viennent à l’esprit comme étant des joueurs capables d’éliminer un adversaire. Moi j’admire les managers comme Ferguson ou Wenger. Vous voyez des choses à Old Trafford ou Emirates Stadium que vous ne voyez pas ailleurs. Dites-moi quels joueurs anglais jouent comme ceux que j’ai cités : Wayne Rooney, Aaron Lennon, Shaun Wright-Phillips et Joe Cole. Et encore, quand Cole perd la boule, Jose Mourinho a tendance à le remonter. En plus notre formation ne produit plus actuellement ce genre de joueurs. On en veut qui courent vite et qui sont forts, costauds. Dans les équipes de jeunes en Angleterre, on demande aux joueurs de se débarrasser au plus vite de la balle et de courir vers elle. Je le vois quand je vais voir mon fils jouer. Si quelqu’un garde le ballon et le perd, le coach lui dit que s’il recommence, il sortira.
Propos reproduits par Footanglais.com
Dossier à paraître dans le magazine Playboy