Plume de presse








Accueil du site > Humeur > Outreau : les magistrats lavent plus blanc

Permalien : http://www.plumedepresse.net/spip.php?article770

Outreau : les magistrats lavent plus blanc

dimanche 11 juin 2006, par Olivier Bonnet


L’affaire Outreau. Un homme, Franck Lavier, condamné pour viol alors que l’examen clinique de la prétendue victime révèle qu’elle est toujours vierge. Treize personnes jetées en prison, où elles croupissent des années sans que personne ne les écoute hurler leur innocence : 16 demandes de remise en liberté pour Odile Marécaux, ignorées avec superbe bien que les progrès de l’enquête démontraient peu à peu l’inexistence du réseau pédophile, 112 ( !) pour Dominique Wiel, toutes également rejetées. Des accusés possédant les alibis prouvant qu’ils ne pouvaient être présents au moment des faits qui leur sont imputés. Une instruction autiste à force d’être uniquement à charge. Une litanie de témoignages accablantjustice_aveugle4s devant la Commission parlementaire : Thierry Dausque, 18 mois d’instruction sans avocat : « Tout ce qu’on pouvait dire, le juge, il s’en foutait » ; Pierre Martel, qui n’a vu le juge Burgaud que quatre fois en trois ans : « Il ne m’a jamais interrogé sur le dossier. Il était le bon Dieu » ; Daniel Legrand : « Le juge ne voulait rien savoir. Je lui ai dit : "Vous incarcérez un innocent." Alors il m’a fait : "L’innocent, il est pas près de sortir." » Treize vies brisées. Face à une telle tragédie, l’Inspection Générale des Services Judiciaires (IGSJ) était chargée d’un rapport, dont elle a livré les conclusions vendredi dernier. En résumé, circulez, y’a rien à voir ! "La manière de procéder de certains magistrats (...) ne caractérise pas de fautes pouvant recevoir une qualification disciplinaire dès lors qu’elle n’a pas été guidée par une volonté délibérée de porter atteinte aux droits de la défense ou accomplie dans des conditions faisant apparaître des négligences graves ou répétées incompatibles avec leurs devoirs de magistrats", juge l’inspecteur général Christian Raysseguier. Certes, il est pointé des "défauts de méthode" de Fabrice Burgaud, des critiques sont émises à l’encontre du Parquet de Boulogne-sur-Mer et du procureur Gérald Lesigne et sont mentionnés les "dysfonctionnements" dans la "chaîne judiciaire" liés à "l’inexpérience et aux choix inappropriés", des "comportements critiquables". Mais pas de sanction disciplinaire. Les magistrats de l’IGSJ blanchissent finalement tout le monde. Il appartient à présent au garde des sceaux, Pascal Clément, de décider s’il saisit ou pas le Conseil Supérieur de la Magistrature, seule autorité compétente pour sanctionner un juge pour des fautes commises dans le cadre de ses fonctions. En attendant, les acquittés sont écoeurés. "Il y avait d’autres personnes expérimentées derrière lui (le juge Burgaud) et sur ces 66 magistrats, personne n’a su arrêter la machine (…) On nous dit que personne n’a fait d’erreur, j’aimerais qu’on m’explique", s’indigne sur LCI l’une des acquittés, Karine Duchochois. Ce n’est en tout cas pas le rapport de l’IGSJ qui lui fournira l’explication qu’elle attend.

Mise à jour du 12 juin  : Pascal Clément a décidé de saisir le Conseil Supérieur de la Magistrature "pour avis" sur les cas de Fabrice Burgaud et Gérald Lesigne, en précisant que la décision de les sanctionner ou pas lui reviendrait en dernier ressort... mais qu’il suivrait quoiqu’il arrive l’avis du CSM. 

Posté par Olivier Bonnet à 13:59 - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Répondre à cet article


Répondre à cet article


Retour à l'accueil


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP