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Aix-en-Provence
Son mari doit rembourser les salaires exorbitants qu’elle lui accordait à la Mairie
dimanche 2 novembre 2008, par Olivier Bonnet
Maryse Joissains-Masini a le sens de la famille ! La député-maire UMP d’Aix-en-Provence commence sa carrière en reprenant en 2001 le siège de premier magistrat de la cité du Roy René, qu’occupait son mari, Alain Joissains, du 29 juin 1978 au 18 mars 1983. Ce pauvre homme a été chassé de la mairie à la suite d’une affaire, révélée par Le canard enchaîné, qui lui valut une condamnation pour "recel d’abus de biens sociaux" (avec, en prime, la radiation du barreau auquel il appartenait en tant qu’avocat). Maryse aussi est avocate, mais la voilà surtout maire d’Aix, puis députée en 2002, réélue à ces deux postes, respectivement en 2008 et 2007. A désespérer de la démocratie mais ceci est un autre débat.
On avait donc laissé Alain Joissains déshonoré par sa condamnation et l’on pouvait s’attendre à la voir piteusement disparaître de la vie publique. Mais Maryse est là, qui le nomme directeur de cabinet du maire. Et comme elle préside aussi la Communauté du Pays d’Aix, elle nomme comme directrice de cabinet à la CPA sa... fille, Sophie Joissains.
Nous avons trouvé sur le blog de la Toupie une formidable définition du népotisme : "Etymologie : du latin nepos , neveu. Historiquement et étymologiquement, le népotisme est une forme de favoritisme qui régnait au Vatican, en particulier au XVIe siècle, consistant pour un pape à attribuer des titres, des donations ou des faveurs à ses parents, notamment à ses neveux, d’où l’origine du mot. De nos jours, et par extension, le népotisme désigne une pratique qui, pour un responsable (élu, haut fonctionnaire, notable, dirigeant d’entreprise...), consiste à distribuer des honneurs, des avantages ou des emplois à des membres de sa famille, à des amis ou à des proches, plutôt qu’aux personnes qui y ont droit (logement, par exemple) ou qui sont les plus compétentes (promotion, attribution de postes). Le népotisme est donc un abus d’influence et d’autorité qui génère des injustices en écartant "ceux qui ne sont pas de la famille". Il s’apparente au clientélisme, voire à des pratiques mafieuses." (Une malencontreuse manipulation a fait apparaître ci-dessus les fils Sarkozy. Veuillez considérer cette image comme subliminale)
"Distribuer des emplois à des membres de sa famille" : avec Maryse, Alain et Sophie, nous sommes manifestement en présence d’un cas d’école de népotisme. Attardons-nous un peu sur le cas de la jeune Sophie, qui embrasse ci-contre sa maman qui vient d’être réélue (n’est-ce pas mignon ?). Directrice de cabinet de sa mère à la CPA de 2002 à 2008, elle aurait tout de même besoin d’un mandat électif, histoire d’asseoir une légitimité : il suffit de demander ! Maman l’inscrit sur sa liste pour les dernières municipales et hop ! La voilà élue. Plus fort encore : à la surprise générale, Sophie Joissains se retrouve immédiatement bombardée en deuxième position de la liste UMP pour les dernières sénatoriales. Ce qui la propulse automatiquement jusqu’au Palais du Luxembourg. Que s’est-il passé ? Maman Maryse l’a demandé au sénateur-maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, comme le raconte Hervé Vaudoit dans La Provence : "Gaudin n’a pu que se plier aux exigences de celle qu’il appelle "la dame d’Aix". Avait-il le choix ? Pas vraiment. Politiquement affaibli par le dernier combat municipal et - surtout - par la perte de la communauté urbaine - dont il avait promis la présidence à Renaud Muselier - le sénateur-maire de Marseille ne pouvait prendre le risque d’une liste dissidente à droite. Ce dont Maryse l’aurait menacé s’il continuait de dire non à sa fille. Membre du bureau national du Parti radical valoisien, Sophie avait la possibilité de monter sa propre liste. Avec quelques petites chances d’être élue, mais surtout la certitude de coûter un, voire deux sièges de sénateurs à Gaudin." Et voilà le travail : à 38 ans, après six mois d’expérience de conseillère municipale, Sophie Joissains est désormais sénatrice. Ne manquerait plus qu’elle se convertisse à l’islam en épousant un émir antisémite que nous serions tenté d’écrire : "Elle ira loin, cette petite !"
Lorsqu’elle ne règne pas en impératrice sur Aix-en-Provence, Maryse Joissains-Masini exerce l’activité de législateur, dans le cadre de son mandat de députée. Parcimonieusement, mais avec un goût très sûr. Citons par exemple son soutien au rétablissement de la peine de mort (pour les terroristes), sa défense du "rôle positif" de la colonisation ou bien sa tentative d’imposer un travail forcé aux chômeurs. Une magnifique proposition de loi en date du 17 décembre 2003, concernant "tous les demandeurs d’emploi de plus de 3 mois, indemnisés ou non, ainsi que les bénéficiaires du revenu minimum d’insertion dès leur entrée dans ce régime", qui se seraient vus contraints d’exécuter des "travaux d’intérêt général" pour le
compte des collectivités locales. Dernière proposition de loi en date de la députée Joissains ? Il y a neuf mois, "visant à interdire certaines pratiques électorales abusives". Co-signée avec d’aimables UMPistes comme Patrick Balkany ou Thierry Mariani. Quels sont donc ces indignes comportements qui menacent la démocratie élective ? "Des délégués de partis politiques, présents au moment du scrutin, avaient accès aux listes d’émargement et profitaient des informations récoltées pour contacter les électeurs n’ayant pas voté, et les inciter ainsi à venir s’exprimer." Vous vous rendez compte ? Un appel au vote, quel scandale ! Piquant de voir Joissains-Masini partir en croisade contre les "pratiques électorales abusives" : une requête a été déposée devant le Conseil constitutionnel dénonçant de nombreuses irrégularités ayant entaché les législatives dans sa circonscription.
Nous y avions consacré un long article dont voici le début : "13 000 cartes d’électeurs de retour en mairie, pour n’avoir pas trouvé acquéreur ! Où habitent donc désormais ces mystérieux inscrits de la 14e circonscription des Bouches-du-Rhône (un des deux secteurs d’Aix-en-Provence) ? Ne devrait-on pas entreprendre des vérifications ? Employé municipal depuis 1983, Raymond Chaoul, adjoint administratif au service des Elections de la mairie, se dit "dégoûté" et parle de "manipulations politiques" : "Depuis environ trois ans, nous ne
révisons plus les listes à partir des cartes retournées", nous explique-t-il. Le nombre des inscrits augmente ainsi de façon artificielle : 13 000 électeurs sur 90 000 en tout, le pourcentage est énorme. Or, pour se maintenir au second tour des législatives, un candidat doit réunir les suffrages de 12,5% des inscrits : plus ils sont nombreux, plus il faut de voix, ce qui limite le risque d’une triangulaire. Sur les 13 000 cartes d’électeurs n’habitant pas à l’adresse indiquée, "7 000 ont été récupérées sans que les personnes ne prouvent leur rattachement à la commune", poursuit Raymond Chaoul, qui fournit également une dizaine de noms de proches de la mairesse, habitant en dehors d’Aix-en-Provence mais autorisés à y voter grâce à des certificats d’hébergement, d’ordinaire réservés aux seuls jeunes venant d’atteindre la majorité mais habitant encore chez leurs parents ! Et ces électeurs décédés non radiés des listes électorales ? Et la fameuse "liste Benon", du nom de l’adjointe chargée des Élections et de l’État-civil, Charlotte Benon, qui comprend des centaines de patronymes quasi exclusivement de sonorités exotiques, en vue de les radier des listes électorales ?" Le Conseil constitutionnel a rendu sa décision : "Si le requérant invoque diverses irrégularités relatives au fonctionnement de la commission administrative chargée de la révision et de la tenue de la liste, des radiations ou des inscriptions faites à tort, ainsi que la non actualisation des listes à partir des cartes d’électeurs et des enveloppes de propagande non distribuées, il n’apporte aucun élément de preuve de nature à établir l’existence de manœuvres dans l’élaboration des listes électorales ayant servi pour les élections qui se sont déroulées les 10 et 17 juin 2007". Traduction : l’assemblée ne nie pas les irrégularités mais bute sur l’absence de preuve qu’elles résulteraient de "manœuvres". Peut-être aurait-il souhaité que le fonctionnaire lui présentât un ordre signé Joissains de falsifier les listes ! Toujours est-il que ce dernier a fait l’objet de lourdes représailles : il a été muté d’office de son poste au service Élections, avec la perte de la prime informatique et de celle de l’accueil au public qu’il percevait jusque-là. Il a donc déjà été sanctionné, mais le courroux de la député-maire n’est pas calmé pour autant, qui l’a convoqué devant le Conseil de discipline, accusé d’avoir "divulgué des propos diffamatoires et des allégations mensongères". La sanction réclamée est d’un an d’exclusion temporaire de fonctions.
Pour en finir avec l’œuvre de législateur de la Maryse - et en revenir à notre sujet du népotisme - citons cette brève du Canard enchaîné du 18 janvier 2006 : "La député-maire UMP d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains-Masini, a déposé une proposition de loi qui fera sûrement date. Cette copine de Chirac veut permettre aux chefs de Cabinet et autres dircabs des collectivités territoriales d’intégrer la fonction publique sans passer de concours (...) Elle propose simplement deux conditions à remplir pour accéder directo au statut d’attaché ou d’administrateur territorial : disposer d’un diplôme universitaire "consacrant un cycle d’étude" et avoir été membre d’un Cabinet pendant "cinq années consécutives". Un pur hasard : c’est tout juste le profil de son époux Alain Joissains, son dircab à la mairie d’Aix-en-Provence depuis 2001, et de sa fille Sophie, sa chef de cab’ à la communauté du pays d’Aix depuis la même année." Bien tenté, non ?
C’est dans ce contexte des plus lourds que survient le 28 octobre dernier un rebondissement explosif : le Tribunal administratif de Marseille a annulé le contrat de directeur de cabinet d’Alain Joissains, à la suite de la plainte déposée par un politique aixois du Parti radical de gauche, Lucien-Alexandre Castronovo, qui le raconte sur son blog : "Le contrat et ses avenants ont été établis sur des bases illégales pour rémunération excessive. Ce contrat a donné lieu à une rémunération globale brute de 475 778€ sur sept ans au lieu de 307 972€, soit un surpassement de 167 806€ (soit 35,27% de trop). (...) En 2001, l’indice de rémunération, hors toutes primes, ne pouvait dépasser 90% de l’indice le plus élevé, 1057 points, dans la hiérarchie des effectifs municipaux, soit l’indice 951. Or, le contrat stipule un recrutement à l’indice 1232 (augmenté à 1279 en octobre 2001)." Pourquoi se gêner ? Conséquence de la décision de justice, Alain Joissians devra rembourser le trop perçu à la Ville. Le contribuable aixois récupèrera ainsi les sommes indûment accordées sur son compte par Madame à Monsieur. Les Joissains à Aix : quand la réalité dépasse l’affliction...

Depuis toute petite, Sophie Joissains caressait un rêve : "Plus tard, je serai une cagole fausse blonde comme Maman !"