Juil 012020
 

Pour l’ensemble de son œuvre, hélas encore inachevée, le préfet de police de Paris Didier Lallement méritait bien son pilori sur plumedepresse !

Lallement et Castaner, les copains et les coquins, morts de rire lors de la première journée nationale d’hommage aux victimes du terrorisme (11/06/2020).

Le dossier est lourd, très lourd. Par quoi commencer ? Allez, la déclaration qui a inspiré le (piteux) titre de ce billet, en date du 24 juin 2020, carrément dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Le préfet de police de Paris, Didier Lallement, y était auditionné par la commission d’enquête parlementaire sur les obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire. Répondant à Ugo Bernalicis, député La France insoumise, à propos du laisser-faire total de la préfecture face aux manifestations « sauvages » des policiers – parfaitement illégales – protestant qu’on les accuse de racisme et de violence et qu’on veuille les empêcher d’étrangler les gens jusqu’à la mort, il a osé cette réponse : « Je n’ai pas trouvé les organisateurs. » Libération déduit : « En conséquence : aucune interpellation n’a pu avoir eu lieu puisque pour que le délit d’attroupement «soit constitué, il faut que la personne qui a appelé à la manifestation soit identifiée». Didier Lallement venait pourtant d’expliquer que dans les cas des manifestations non autorisées, qui sont appelées sur les réseaux sociaux, «la doctrine que j’ai mise en place, c’est de dire : oui, on interpelle, puisqu’il y a un délit d’attroupement qui est constitué».
Sauf que là, donc, il n’a pas trouvé les organisateurs.

L’humoriste Alex Vizorek, au micro de Par Jupidémie sur France Inter, s’illustre mieux qu’un analyste juridico-politique en s’exclamant en substance : « C’est bête, quel dommage qu’il ne dispose pas d’équipes d’enquêteurs ! » C’est entendu, ce « Je n’ai pas trouvé les organisateurs » est à la fois grotesque et odieusement méprisant tant il insulte la représentation nationale à laquelle il s’adresse. Les députés vont-ils croire une seconde que le préfet de police de Paris est incapable de trouver qui a organisé cette manifestation illégale de policiers ? Les limiers de Libération y sont parvenus, eux : « En cherchant l’origine de ces manifestations sur les réseaux sociaux, CheckNews a pu identifier plusieurs messages, qui indiquent que les rassemblements parisiens répondent à l’appel de la BAC 75N, c’est-à-dire la brigade anticriminalité de nuit de Paris. Ainsi, la page Facebook du syndicat policier Unité SGP Police 94 note le 14 juin qu’elle «a répondu présente à l’appel initié par nos collègues de la BAC 75N, appelant à se réunir au pied de l’arc de Triomphe». Idem le 18 juin, elle note «Unité SGP 94 présent lors du rassemblement initié par la Bac 75 N au Château de Vincennes», où avait lieu un nouveau rassemblement. » Ce bon préfet Lallement n’avait pas pensé à aller voir sur Twitter ! Et les organisateurs de la manifestation illégale ne seront pas inquiétés.

Une autre déclaration de Lallement fait encore frémir à la relecture : « ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, ceux qu’on trouve dans les réanimations, désormais, aujourd’hui, ce sont ceux qui au début du confinement, ne l’ont pas respecté. C’est très simple. Il y a une corrélation très simple. » Cette fois, le préfet a dû présenter ses excuses: « la préfecture de police a fait savoir, par le biais d’un communiqué, que Didier Lallement « regrette les propos qu’il a tenus ce matin lors d’une opération de contrôle des mesures de confinement et tient à les rectifier. » Toujours selon la préfecture, « son intention n’était pas d’établir un lien direct entre le non-respect des consignes sanitaires et la présence des malades en réanimation. Il s’agissait de rappeler la nécessité d’une stricte application du confinement dans cette période, pour la protection de la santé de chacun. » En bref, il ne voulait pas dire ce qu’il a très exactement dit, en des termes on ne peut plus explicites. Sors les rames, Didier !

« Nous ne sommes pas dans le même camp, Madame »
Nous vous annoncions un dossier très lourd et nous tenons nos promesses. Il y a donc aussi cette scène captée en vidéo, face à une manifestante Gilet jaune.

Pourquoi donc le préfet, qui « s’abstient, dans l’exercice de ses fonctions, de toute expression ou manifestation de ses convictions religieuses, politiques ou philosophiques » (code de déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale), dit-il à cette femme qu’ils ne sont « pas dans le même camp » ? Parce qu’elle manifeste contre le pouvoir ? Qu’elle manifeste tout court ? La question reste posée. La réponse suggérée côté préfectoral relève là encore du parfait foutage de gueule : « L’entourage du préfet de police de Paris assure à franceinfo que Didier Lallement parlait « du camp des casseurs et pas de celui des gilets jaunes. » Il est vrai que la femme à qui il s’adresse ressemble furieusement à une membre des black blocks !

« Mise en danger de la vie d’autrui »

Priscillia Ludosky, co-organisatrice d’une manifestation Gilets jaunes en novembre 2019, porte plainte contre le préfet de police de Paris.

Mais voyons concrètement comment Lallement traite donc ces Gilets jaunes qu’il assimile tous à des casseurs, avec l’exemple d’une manifestation de novembre 2019, qui lui vaut une plainte pour « atteinte à la liberté individuelle par personne dépositaire de l’autorité publique », « entrave à la liberté d’expression, de réunion et de manifestation » et « mise en danger de la vie d’autrui. » Les plaignants sont les co-organisateurs de la manifestation, Priscillia Ludosky et Faouzi Lellouche. Ils sont soutenus par la Ligue des droits de l’Homme, qui dénonce de « graves atteintes aux libertés » et « un recours disproportionné à la force publique », et décompte « au moins 94 blessés. » Dont un énième éborgné : insupportable ! Que s’est-il passé ?

La stratégie de la nasse contre le droit de manifester est le titre du rapport de 30 pages de L’Observatoire parisien des libertés publiques, émanation de la Ligue de droits de l’Homme. En voici la conclusion : « La manifestation prévue au départ de la place d’Italie a été le théâtre d’interventions violentes, d’un recours massif aux armes du maintien de l’ordre, dont des armes de guerre, par les forces de police et de gendarmerie présentes sur place. Place d’Italie, on dénombre 94 personnes prises en charge par les secouristes de rue présents sur place, une personne mutilée ayant perdu un œil, un journaliste grièvement blessé au visage et des personnes en état de détresse (évanouissements, crises de panique). L’Observatoire s’inquiète de l’emploi d’armes qui mutilent, blessent et traumatisent. Utilisées dans le cadre d’une stratégie de dissuasion et d’intimidation, elles affaiblissent le droit de manifester pourtant nécessaire dans une société démocratique. Il s’alerte également que journalistes et «streets-médics» soient pris pour cible. (…) De multiples irrégularités ont été constatées, telles l’absence de sommations, l’utilisation d’armes en dehors de toute nécessité ou proportionnalité, et l’absence d’insignes ou d’identification de policiers en intervention. »

Premier mai 2019 chamailleur

« L’Observatoire s’inquiète de la pratique de la nasse comme technique de maintien de l’ordre, poursuit le rapport. Cette technique policière à l’utilisation de plus en plus fréquente, pose en effet des réelles questions quant à sa légalité (privation de liberté hors cadre légal, limitation injustifiée des libertés d’aller et venir, d’expression, de réunion et de manifestation) et aux risques qu’elle engendre pour l’intégrité physique des personnes, manifestant·es ou non. Ces éléments conduisent l’Observatoire à s’interroger quant aux objectifs poursuivis par les autorités et salles de commandement à travers la mise en place d’un encadrement de cette nature, dont la capacité à accroître considérablement les tensions et à augmenter les risques de blessures graves ne pouvait raisonnablement être ignorée. Les autorités ont-elles véritablement souhaité éviter les heurts, violences ou débordements ? Au contraire, il apparaît que la stratégie du maintien de l’ordre adoptée et la stratégie de communication offensive, ont constitué un cadre particulièrement favorable au développement de ces situations, entraînant in fine la justification de la nasse place d’Italie, de «l’interdiction» de tout départ de cortège et de la répression particulièrement violente qui a suivi au cours de l’après-midi. »

A police officer kicks a protester during an anti-government demonstration called by the « Yellow Vest » (Gilets Jaunes) movement on January 12, 2019, on the Place de l’Etoile, in Paris. – Thousands of anti-government demonstrators marched in cities across France on January 12 in a new round of « yellow vest » protests against the president, accused of ignoring the plight of millions of people struggling to make ends meet. (Photo by LUDOVIC MARIN / AFP)

Utiliser sciemment la violence pour imprimer la peur et dissuader les citoyens d’aller manifester : la systématisation de cette pratique date en France de François Hollande (pour réprimer la contestation de la loi El Khomri), dont on n’imaginait pas le jour de son élection qu’il infligerait au « pays des droits de l’Homme » (sic) une telle escalade autoritaire et liberticide. Emmanuel Macron s’est coulé avec aisance dans ses traces. Et la justice, laisse-t-elle faire ? La plainte contre Lallement n’a évidemment aucune chance : à Lyon, en 2010, plus de 600 personnes avaient été encerclées par la police pendant plus de six heures sur la place Bellecour, lors d’une manifestation contre la réforme des retraites de Sarkozy, et 19 associations et syndicats avaient porté plainte, comme le rappelle Le Monde. Verdict : non-lieu pour le préfet et le chef de la police lyonnaise de l’époque, confirmé en mars dernier par la cour d’appel. Pas trop de soucis en vue pour notre préfet de police de Paris. Sauf si l’on considère qu’à la différence de l’affaire lyonnaise, on a compté 94 blessés place d’Italie !

Même s’il s’agit de son bilan le plus glorieux, Lallement n’en est pas à son coup d’essai en matière de brutalité : avant Paris, il était préfet de Nouvelle-Aquitaine. Résultat ? Un rapport de soixante pages dédiées à sa politique lors des manifestations en termes de maintien de l’ordre, signé de l’Observatoire girondin des libertés publiques. Émanant comme son frère parisien de la Ligue des droits de l’Homme, il rassemble notamment Greenpeace, Médecins du monde ou le Syndicat des avocats de France. Sous le titre offensif d’Une politique d’intimidation, le rapport ne mâche pas ses mots : « politique d’escalade de la violence« « sommations inexistantes », « répression des manifestations lycéennes », « usage non-maîtrisé et dangereux des armes » (grenades GLI-F4, LBD-40, Lacrymogènes…), « répression judiciaire » (« entrave à la liberté de manifester », « gardes a vues », « traitement judiciaire des procédures à l’encontre des manifestants »…), énumère France 3.

Le matraquage de parlementaire aussitôt approuvé

« Je marchais tranquillement pour rejoindre mon vélo, avec un ami, vers la place des Victoires quand on s’est fait rattraper par des policiers. J’ai à peine eu le temps de sortir ma carte de parlementaire, de crier mon nom et ma qualité, que je me suis pris des coups de matraque télescopique. Mon ami a eu le même sort » : tel est le récit que fait le député France insoumise Loïc Prud’homme des faits survenus le 2 mars 2019 à Bordeaux. Et le préfet de Nouvelle-Aquitaine d’alors dans cette affaire ? Eh bien notre ami Lallement s’est fendu d’un message sur Twitter à chaud : pour lui, en matraquant un parlementaire qui quitte tranquillement une manifestation, les policiers « ont fait correctement leur travail » et il « les soutien[t] totalement. » Voilà qui suscite la colère d’Eric Coquerel, qui s’exprime ci-dessus, et de son organisation entière, comme le relate L’Obs.com : « La France Insoumise a affirmé dans un communiqué que Loïc Prud’homme avait été matraqué « en toute impunité » par « des policiers » alors qu’il « partait pacifiquement de la manifestation. Ils l’ont fait consciemment après avoir reconnu la fonction de Loïc », ont-il dénoncé. « Frapper un député symbolise la dérive autoritaire actuelle. Nous demandons immédiatement la démission de M. Castaner, ainsi que des excuses et l’ouverture d’une enquête de l’IGPN. » Les Insoumis peuvent toujours courir, et Lallement lui aussi, court toujours… Car revenons à l’accablant rapport de l’Observatoire girondin des libertés publiques, et précisément à sa conclusion : « L’OGLP s’inquiète de voir que les stratégies bordelaises du préfet Didier Lallement, que nous dénonçons dans ce dossier, semblent au contraire avoir été appréciées du gouvernement, au point qu’il a été promu depuis à la préfecture de Paris, comme symbole du durcissement souhaité de la politique du maintien de l’ordre dans la capitale. Nous y voyons une fuite en avant dangereuse pour les droits et libertés comme pour les personnes et souhaitons que ce dossier serve de signal d’alarme. »

Le journaliste David Dufresne dénonce l’omerta des médias français sur les violences policières.

Résumons-nous et concluons : non, las, ce rapport n’aura pas servi de signal d’alarme et le maintien à son poste de cet énergumène, promu à Paris en récompense de ses multiples dérapages, avec sa soi-disant doctrine de gestion de l’ordre qui ne fait que semer le chaos (et terrifie les citoyens, à qui ça apprendra d’aller manifester !), illustre la dérive d’une Macronie en roue libre, qui n’est plus aujourd’hui soutenue par personne mais use et abuse de la violence pour étouffer les oppositions. Cela avec la complicité des médias dominants : « Il y a eu une «omerta ahurissante» des médias français sur les violences policières durant le mouvement des Gilets jaunes, a lancé David Dufresne, en recevant jeudi 14 mars son Grand Prix du jury du journalisme 2019 des mains des journalistes du Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin. «Ces images étaient sous nos yeux. Faites votre boulot !», a-t-il lancé, en emportant son trophée, sous une belle ovation. »

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Juin 142020
 

Le Conseil d’État met le holà à la dérive autoritaire de la Macronie.

« Dérive autoritaire du pouvoir », comme accuse régulièrement La France insoumise ? Une nouvelle pièce est versée au dossier, à charge, d’une Macronie violant les libertés fondamentales. L’interdiction de manifester sur la voie publique, prise dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire par l’article 3 du décret du 31 mai 2020, qui proscrit les rassemblements, réunions ou activités réunissant plus de dix personnes dans l’espace public, était-elle fondée et légitime ?

Le Conseil d’État a répondu hier, le 13 juin : « Le juge des référés relève que le Haut Conseil de la santé publique ne préconise, dans ses recommandations du 24 avril 2020, aucune restriction à la circulation dans l’espace public tant que les « mesures barrières » sont respectées (distanciation d’un mètre ou port du masque notamment), et qu’une reprise de l’épidémie n’est pas constatée. Alors que la liberté de manifester est une liberté fondamentale, le juge des référés en déduit que, sauf circonstances particulières, l’interdiction des manifestations sur la voie publique n’est justifiée par les risques sanitaires que lorsque les «mesures barrières » ne peuvent être respectées ou que l’événement risque de réunir plus de 5000 personnes. »

Voilà donc le gouvernement pris sur le fait d’attenter à une liberté fondamentale sans justification valable. Selon la formule célèbre du Canard enchaîné, Pan sur le bec de la Macronie ! « Selon l’avocat Paul Mathonnet, qui a déposé la requête au nom de cinq organisations syndicales (CGT, Solidaires, Fédération syndicale unitaire, Syndicat de la magistrature et Syndicat des avocats de France) [excusez du peu !, NdA], cette interdiction « porte une atteinte manifestement illégale à plusieurs libertés fondamentales : la liberté de manifester et le droit d’expression collective des idées et des opinions, la liberté de réunion et la liberté syndicale », résume Le Monde. Le Conseil d’État vient donc de lui donner raison, infligeant ainsi un nouveau camouflet majeur au gouvernement. Le pire étant que, pas plus tard que mercredi dernier, la fine équipe avait présenté une proposition de loi pour prolonger cette interdiction de manifester « manifestement illégale »… jusqu’au 10 novembre prochain ! Notons donc que, si nous ne sommes effectivement pas dans une dictature, c’est bien parce que les institutions républicaines empêchent le gouvernement de nous y conduire tout droit !

Conclusion gouleyante de l’avocat de la Ligue des droits de l’Homme, Maître Patrice Spinosi, cité par Franceinfo : « Lorsque le gouvernement abuse de l’état d’urgence sanitaire et interdit toutes contestations sociales, [le juge] vient rappeler au gouvernement que ce n’est pas possible. Quand on en arrive à avoir un ministre de l’Intérieur qui déclare publiquement que certes, les manifestations sont interdites, mais que des sanctions ne seront pas prononcées en cas de manifestations parce que l’émotion doit l’emporter sur le droit, on voit bien le malaise dans lequel est le gouvernement face à cette interdiction générale qu’il a lui même édictée. »

Imagine-t-on que ce type est ministre de l’Intérieur ? Son stupéfiant « L’émotion doit l’emporter sur le droit » vient juste après l’inénarrable expression « soupçons avérés » – qu’il a été contraint de retirer piteusement, non sans avoir osé prétendre, bougre d’âne, qu’il s’agissait d’une expression « volontairement choisie » – et confirme une incompétence sidérante à ce niveau. Christophe Castaner, grotesque personnage à la nullité abyssale, a mérité haut la main une place d’honneur dans notre rubrique Bonnet d’âne.

Pour conclure d’une blague du dimanche, nous vous livrons une astuce infaillible : comment savoir à coup sûr quand Castaner est en train de dire une bêtise ? Facile : à chaque fois que vous voyez ses lèvres bouger.

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Juin 082020
 
http://www.regards.fr/declarama/?fbclid=IwAR1O9pgN16wcZICVHvwVVfuUM4lxL39j2LA-zn1s9FgI1mwOVyAfM-MhNSE

Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, avait déjà tutoyé les cimes de la mauvaise foi le 14 janvier 2019, en osant, repris par Le Parisien : « Quand elles [les forces de l’ordre] sont acculées, elles utilisent des moyens [de défense]. Mais naturellement, je n’ai jamais vu un policier ou un gendarme attaquer un manifestant ou un journaliste. À l’inverse, j’ai vu des manifestants attaquer systématiquement nos forces de sécurité et attaquer des journalistes. » Deux jours plutôt, CheckNews avait publié son recensement dans les colonnes de Libération : 82 blessés graves parmi les gilets jaunes.

On peut aussi citer Emmanuel Macron lui-même, ordonnant le 8 mars 2019 : « Ne parlez pas de “répression” ou de “violences policières”, ces mots sont inacceptables dans un État de droit. » Puis, le 30 janvier 2020 : « Je récuse le terme de violences policières, la violence est d’abord dans la société ».

Au festival du Grand Déni, Christian Jacob, président de Les Républicains, ajoute donc sa salve gouleyante : « Des violences policières en France ça n’existe pas[en revanche] on a vu des violences de manifestants ». De quoi alimenter une nouvelle fois notre rubrique Ferme ta gueule!.

Il partage cette distinction avec la porte-parole du ministère de l’Intérieur, Camille Chaize, qui s’est fendue le 3 juin dernier d’un très puissant : « L’usage de la force engendre des images qui sont parfois complexes à comprendre pour les citoyens« . Bienvenue chez plumedepresse, Madame, et bravo pour cette entrée par la grande porte !

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Mai 182020
 

Nous vous en parlions dans un billet précédent : la création par le gouvernement du dispositif DésInfox, censé lutter contre les fausses informations, n’empêche pas l’équipe au pouvoir de continuer d’affirmer des contre-vérités. Suprême hypocrisie qui nous invite à jouer avec les gouvernementeurs aux arroseurs arrosés. À commencer par Sibeth Ndiaye. La porte-parole sait bien pourtant que ses déclarations sont particulièrement scrutées, au vu de ses antécédents, mais c’est plus fort qu’elle, dirait-on. Quand bien même la vérification de ce qu’elle avance est élémentaire.

Les décodeurs du Monde s’en chargent : « L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a-t-elle attendu le mois d’avril pour enjoindre aux pays d’effectuer des tests de dépistage des personnes suspectées d’être porteuses du SARS-CoV-2 ? C’est ce qu’a déclaré la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, sur BFM-TV, le 10 mai. Selon elle, la France se serait alignée sur les recommandations de l’OMS afin d’augmenter, au mois d’avril, les capacités de tests sur son territoire. Alors que la France a pris du retard dans sa stratégie, et que l’objectif gouvernemental annoncé de 700 000 tests par semaine est loin d’être atteint, Mme Ndiaye dit-elle vrai ? » À votre avis ? La vérité est que le directeur général de l’OMS, le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, a énoncé cette préconisation dès le 6 mars, répétée le 11 et martelée le 13 : trois fois, l’OMS a indiqué qu’un dépistage généralisé était nécessaire ! Et le directeur général déclarait le 16 mars : « Nous n’avons pas vu d’escalade assez urgente dans le dépistage, l’isolement et la recherche des contacts, qui sont le pilier de la riposte. » 

Ndiaye a menti, c’est entendu. Le gouvernement n’a pas voulu entendre la recommandation de l’OMS. Emmanuel Macron en personne s’est même autorisé à pontifier le 13 avril, comme cité par L’Obs :  « Nous n’allons pas tester toutes les Françaises et tous les Français, ça n’aurait pas de sens ». Sa Suffisance présidentielle contredisait ainsi, avec l’insupportable aplomb qu’on lui connaît, la doctrine officielle de la communauté scientifique internationale. Et que dire du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, qui prétend que dépister chaque Français répondrait « à des attentes médiatiques », mais « pas à des attentes médicales » ? Quel toupet ! L’hôte de la place Beauvau aura sans doute confondu : OMS ne signifie pas Organisation médiatique de la santé ! À croire que la Macronie a faite sienne la maxime de Joseph Goebbels : « Plus le mensonge est gros, mieux il passe ».

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