Oct 102020
 
Institut Pasteur de Lille - Avec votre don, accélérez les avancées de nos  chercheurs dans la lutte contre le cancer et bénéficiez d'une déduction  fiscale pouvant atteindre jusqu'à 75 %.

Imaginez qu’un établissement de recherche médicale sérieux et renommé – l’Institut Pasteur de Lille (IPL) – annonce avoir vraisemblablement trouvé un médicament contre la Covid : en étudiant les effets produits sur ce satané virus par quelques 2000 molécules déjà présentes dans la pharmacopée, les chercheurs en ont décelée une « active contre le coronavirus. Nous l’avons testée sur des cellules humaines du poumon et les résultats se sont révélés très prometteurs », annonce le Pr Benoît Déprez, directeur scientifique de l’IPL, à La Voix du Nord le 29 septembre dernier. C’était notre billet du 2 octobre, où nous nous insurgions que l’État ne verse pas les cinq millions d’euros qui manquaient pour valider définitivement le traitement par un essai clinique. Pensez donc : on pourrait disposer dès cet été, non d’un vaccin, mais d’un médicament capable de soigner les malades de la Covid, qui a déjà tué 32 690 personnes en France, dont 62 hier (109 la veille). Mentionnons au passage que ces chiffres sont sans doute gonflés en attribuant systématiquement les décès à la Covid à partir du moment où feu le patient y est positif (même s’il est en fait mort d’autre chose), comme l’expliquent 250 chercheurs, ce qui pourrait augmenter le total de jusqu’à 30%. Mais tout de même ! Veut-on sauver des vies, oui ou non ? Cinq millions d’euros, c’est trop quand on prétend s’engager contre la pandémie « quoi qu’il en coûte » ?

COVID-19 - Les chiffres clés en France au 09/10/2020
Santé publique France, chiffres du 9 octobre 2020

« Face à la pandémie mondiale, la découverte scientifique des chercheurs de l’Institut Pasteur de Lille suscite un espoir de traitement énorme. Il est vital que ces recherches puissent se poursuivre et c’est dans ce but, que j’ai décidé d’apporter un soutien pour cette phase capitale d’essais cliniques. Je suis fier que cette découverte ait été réalisée par des équipes de ma région d’origine, et espère vivement que leurs travaux aboutiront dans les meilleurs délais. » Enfin ! Emmanuel Macron a pris la mesure du défi. Mais c’est étrange, il est originaire de Picardie, pas du Nord, c’est différent… Donc ce n’est pas lui. Qui alors va verser les cinq millions d’euros manquants, en majesté ? Bernard Arnault, Monsieur LVMH, troisième homme le plus riche du monde avec une fortune personnelle de 76 milliards de dollars. Rassurez-vous, les cinq millions ne seront pas prélevés sur ses propres deniers, c’est le groupe qui paye. Enfin, la Fondation d’entreprise Louis Vuitton, créée pour ses actions de mécénat.

Le château de Versailles acquiert un trésor national grâce au mécénat de  LVMH - Presse - Château de Versailles
Louis Vuitton Mwait and see ce que ça rapporte

Une affaire qui roule, le mécénat. « La France s’est dotée en 2003 d’un dispositif fiscal en faveur du mécénat des entreprises «parmi les plus généreux sur le plan international», selon la Cour [des comptes], qui appelle à «mieux encadrer» ce dispositif, écrit Libération en novembre 2018. Il « permet de déduire directement 60% des dons de l’impôt sur les sociétés » et, grâce à lui, « LVMH a économisé 518 millions d’euros d’impôts sur dix ans », de 2007 à 2017. In fine donc, c’est bien l’État qui paye (à 60%), ce qui semble légitime en l’occurrence s’agissant de la recherche médicale. Sauf que c’est au prix d’un appauvrissement de ses recettes fiscales, nouvelle offrande aux entreprises – aux très grandes essentiellement, « 24 entreprises ont représenté 44% de la dépense fiscale en 2016 », celles qui n’en finissent plus de se gaver (et de gaver leurs dirigeants et actionnaires). Sauf, surtout, que le mécénat se pratique par définition à la discrétion du mécène, suivant ses propres choix le portant vers telle cause ou tel projet que son arbitraire aura désigné. C’est institutionnaliser la charité. Les progressistes – les vrais ! – préfèrent l’impôt qui redistribue suivant les décisions politiques de dirigeants élus du peuple que le bon vouloir des riches.

« Je sais que vous êtes expert en optimisation fiscale, Monsieur Trump… Je ne me défends pas mal non plus. »

On marche sur la tête. C’est la Fondation d’entreprise Louis Vuitton qui va payer 40% de ces cinq millions, mais ça n’empêche pas Bernard Arnault d’écrire, dans un communiqué – chaque mot y est soigneusement pesé, foi de communicant -, « J’ai décidé d’apporter un soutien ». L’IPL a peut-être découvert un médicament contre la Covid mais sa mise au point dépend de l’initiative privée d’un milliardaire. Monsieur est trop bon. Et la puissance publique dans tout ça ? L’intérêt général en pleine catastrophe sanitaire inédite dans l’histoire de l’humanité ? Est-ce à l’État ou à Bernard-la-magouille, comme on ne l’appelle pas dans les milieux chics de l’oligarchie, de protéger la population française ? On en est là. L’Assistance publique/Hôpitaux de Paris (AP-HP) a créé son fonds d’urgence Coronavirus Covid-19, expliquant en mai dernier : « Le volume considérable de patients que les équipes de l’AP-HP sont amenées à suivre, mais également l’excellence de sa recherche clinique, en font un acteur crucial de la lutte contre l’épidémie. Depuis la prise en charge des premiers cas en France à l’AP-HPune véritable course contre la montre est engagée. Les équipes sont entièrement mobilisées pour la prise en charge de tous les patients, mais elles doivent mener de front le soin et la recherche. Des renforts sont nécessairesdans l’immédiat pour le soutien aux équipes en première ligne et comme pour le lancement des projets de recherche mais aussi dans les semaines à venir, pour continuer à soutenir toutes les initiatives qui auront émergé et les besoins qui resteront non couverts. Pour cela, nous avons besoin de votre soutien, exceptionnel et immédiat. » L’Assistance publique ! Est-ce aux Français de venir à son secours ou à l’État de lui procurer les moyens dont elle a besoin ? L’institut Pasteur lance un appel aux dons pour la mise au point d’un vaccin. « Gérald Darmanin lance un appel aux dons pour les entreprises en difficulté », alors ministre de l’Action et des Comptes publics et pas encore fascistoïde ministre de l’Intérieur. La Macronie ne fait pas encore assez de cadeaux aux entreprises, le quidam est appelé à mettre la main à la poche.

« Plutôt qu’organiser un «Téléthon de la honte», rétablissez l’ISF, Monsieur Darmanin !, l’interpelle vigoureusement Maxime Combes le 3 avril dernier. L’appel aux dons plutôt que lever l’impôt est-il la nouvelle doctrine de l’exécutif ? En annonçant une plateforme de dons en ligne pour que les « particuliers ou entreprises apportent leur contribution à l’effort de solidarité de la nation envers les plus touchés », Gérald Darmanin illustre à nouveau l’incurie d’un gouvernement qui se refuse à prendre des mesures à la hauteur des enjeux. Il y a des appels à la «solidarité nationale» qui sonnent comme une invitation à l’indignation collective », proteste l’économiste membre d’Attac et contributeur de l’excellent webzine Basta!, jugeant le procédé « à la fois extravagant et indigne » : « Extravagant parce qu’on attend de l’exécutif qu’il prenne des décisions courageuses et visionnaires à la hauteur des difficultés que nous traversons. (…) les pouvoirs publics doivent débloquer des financements pérennes, prévisibles et suffisants. Pas que le gouvernement se lance dans l’organisation hasardeuse d’un Téléthon géant, aussi gênant qu’inapproprié. Indigne parce que les personnels soignants, et, plus largement, toutes celles et tous ceux qui prennent soin de nous, risquent leur vie quotidiennement en raison de l’incurie d’un gouvernement défaillant incapable d’assurer à chacun.e le matériel nécessaire pour se protéger. Pourvoir aux besoins des hôpitaux et amortir les conséquences sociales et économiques de la crise sanitaire nécessitent immédiatement des financements publics et pérennes, pas un appel à dons ponctuel et incertain. (…) Les appels au don ? Quelle honte ! Pour la 6e puissance mondiale, dans un pays où l’évasion fiscale est évaluée entre 60 et 100 milliards d’euros par an et où les entreprises du CAC40 prévoient de verser près de 50 milliards d’euros de dividendes. (…) Non, on ne financera pas les hôpitaux par des appels à dons. Mais en s’assurant que chacun.e, entreprises multinationales comprises, paient leur juste part d’impôt. Lutte implacable contre l’évasion fiscale, rétablissement de l’impôt sur la fortune et de la progressivité de l’imposition sur les revenus du capital, suppression du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), voilà les mesures que l’exécutif devrait prendre s’il était un tantinet conséquent. Si la crise économique qui s’annonce est plus dure qu’en 1929, comme l’affirme Bruno Le Maire, on n’organise pas un Téléthon. On met à contribution les millionnaires et les milliardaires de ce pays : les taux supérieurs de l’impôt sur le revenu ont atteint 70% à 94% entre les années 30 et le début des années 80 aux États-Unis. Et près de 80% en France, sous la présidence du général de Gaulle au milieu des années 1960. Chiche ? »

Il nous est avis qu’on peut toujours attendre.

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Sep 302020
 

Extension du « secret des affaires » et journalistes sommés de déguerpir durant les manifestations : au secours, la Macronie mène une attaque frontale contre la liberté d’informer, pilier de la démocratie ! « Essayez la dictature » ?

Épinglé sur Police
Manifestation contre la loi Travail en 2016 : la dérive autoritaire du pouvoir avec son escalade répressive date de Hollande-Valls. Le nouveau Schéma national du maintien de l’ordre vise entre autres à interdire de tels témoignages des violences.

Nous avons vu comment la Macronie a voulu porter atteinte à la liberté de manifester, empêchée par le Conseil d’État, et à la liberté d’expression et de communication, contrecarrée cette fois par le Conseil constitutionnel. Ce qui confirme une dérive autoritaire et son escalade répressive incontestable au vu des violences policières ayant entre autres accablé le mouvement des Gilets jaunes. Eh bien un nouveau cran est haussé avec une double attaque contre la liberté d’informer. C’est d’abord le nouveau Schéma national du maintien de l’ordre (SNMO) paru le 16 septembre dernier, ainsi résumé par Libération en titre : Maintien de l’ordre: journalistes et observateurs pourront être interpellés en couvrant des manifs. Explication : « Le nouveau Schéma national du maintien de l’ordre souligne que les ordres de dispersions de manifestations ne connaissent nulle exception, au risque d’empêcher la presse et les ONG de témoigner d’éventuelles violences. Journalistes et observateurs pourront être interpellés en couvrant des manifs. » Textuellement : « le délit constitué par le fait de se maintenir dans un attroupement après sommation ne comporte aucune exception, y compris au profit des journalistes ou de membres d’associations, annonce tout-de-go le ministère de l’Intérieur. Dès lors qu’ils sont au cœur d’un attroupement, ils doivent comme n’importe quel citoyen obtempérer aux injonctions des représentants des forces de l’ordre en se positionnant en dehors des manifestants appelés à se disperser.»

« Et si les violences policières n’étaient que la pointe, tranchante, d’un iceberg étonnamment bien sculpté, qui endigue tout courant d’eau tentant de s’y frayer un chemin ?  Dans sa « petite encyclopédie critique », Répression, l’État face aux contestations politiques, l’historienne et politologue Vanessa Codaccioni démonte, pièce par pièce, la mécanique actuelle de la répression étatique face au militantisme et à l’activisme. »

Réaction au SNMO de Dominique Pradalié, secrétaire générale du Syndicat national des journalistes (SNJ) : « Je pense que le ministre [Gérald Darmanin, ndlr] méconnaît la liberté de la presse, il est dans le déni. Notre confrère David Dufresne a effectué un travail très sérieux en documentant 117 cas de journalistes empêchés de travailler par les forces de l’ordre depuis un an et demi. Pour le SNJ, c’est 200 journalistes qui sont concernés. Ce texte n’essaie pas de comprendre notre métier, il est fait pour restreindre la liberté d’informer. On veut transformer les journalistes en propagandistes (…). Nous allons donc réaffirmer la liberté des journalistes, qui est de pouvoir être témoin de tout, partout et en tout moment La syndicaliste parle de journalistes « empêchés de travailler », mais c’est en fait pire, comme l’analyse l’historienne et politologue Vanessa Codaccioni, maîtresse de conférences en science politique à l’Université Paris VIII et autrice de Répression – L’État face aux contestations politiques, dans les colonnes des Inrockuptibles : « On observe un ciblage des journalistes depuis au moins la ZAD (Zone à défendre, ndlr) de Notre-Dame-des-Landes en 2014, où de très nombreux journalistes avaient déjà été blessés. Depuis ce moment, beaucoup de journalistes sont victimes de la répression : soit ils sont blessés, soit leur matériel est saisi, soit ils sont inculpés et parfois jugés, comme dans le cas de Gaspard Glanz. Cela témoigne d’une volonté de cibler les journalistes qui sont sur le terrain et qui rendent visible la brutalité de la police et de l’État. »

Schéma national du maintien de l'ordre
Pour les distraits, il n’est nullement question ici du Syndicat national des médecins ostéopathes.

Mais revenons à nos moutons : le SNMO dispose que si les policiers ordonnent la dispersion, journalistes et observateurs doivent obtempérer. C’est-à-dire quitter le théâtre d’opérations et ainsi ne plus être en mesure de témoigner de la suite des événements, bref empêchés d’exercer leur métier d’information des citoyens. Quand on nie les violences policières, il est gênant qu’elles soient exposées au grand jour dans les gazettes et sur les réseaux. « L’emploi de la force par les forces de sécurité intérieure doit être absolument nécessaire, strictement proportionné et gradué, avec des moyens adaptés », proclame le document ministériel page 25. Qui pourra le dire si ce n’est pas le cas ? Notons au passage que cette décision d’obliger journalistes et observateurs à déguerpir sous peine d’être embarqués lors des manifestations et de restreindre aussi manifestement leurs droits ne passe pas par une loi, débattue et votée au parlement. Non, juste le ministère de l’Intérieur qui pond un texte. La police qui fait la loi, en fait, tranquille. Et une police très politique. Ainsi va la démocratie en Macronie.
Sauf que ce n’est finalement peut-être pas aussi simple : « Un recours au Conseil d’État contre le nouveau Schéma national du maintien de l’ordre est engagé, nous apprend Reporterre. Car syndicats, sociétés de journalistes et ONG des droits humains ne décolèrent pas face à des mesures qui les empêcheront de couvrir correctement les manifestations. »

La riposte concentre d’abord ses feux sur une autre phrase de l’exposé de la nouvelle doctrine macronienne du maintien de l’ordre : « Seuls les journalistes dont l’«identification est confirmée et leur comportement exempt de toute infraction ou provocation (sic)» pourront porter des protections, indispensables aujourd’hui comme l’atteste le nombre de blessés lors des manifestations de 2019 et 2020. Mais qui jugera de leur supposée provocation? », interroge le communiqué de la Société civile des auteurs multimédia. Les mêmes qui vous collent de l’outrage et de la rébellion. Et le diable se nichant dans les détails, que signifie cette « identification confirmée » ? « Autoriser seulement les journalistes dont «l’identification est confirmée» et donc détenteurs d’une carte de presse, exclut de fait ceux et celles qui n’en ont pas et qui pourtant informent, soit sur les médias indépendants du net, soit en réalisant des documentaires. » Reporterre souligne également ce point : « pour couvrir une manifestation, un journaliste devra désormais être accrédité et posséder une carte de presse. Une disposition inadmissible pour une quarantaine de société de journalistes qui ont publié le 22 septembre un communiqué, demandant au ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, de corriger ce nouveau schéma qui porte atteinte à la liberté d’informer. Cette tribune rappelle que l’exercice de la profession de journaliste, telle que définie dans le code du travail, ne nécessite pas la possession d’une carte de presse. (…) Un constat partagé par l’ONG Reporters sans frontières«La profession s’est précarisée et un grand nombre de journalistes ne peuvent pas détenir la carte de presse. Il est d’autant plus difficile pour eux de s’enregistrer car ils sont souvent prévenus au dernier moment qu’ils vont couvrir une manifestation», explique à Reporterre Pauline Ades Mevel, porte-parole de RSF. »

Et si on interdisait la présence des journalistes quand les flics commettent des violences ?
– Pas con.

Suite à la levée de boucliers, Gérald Darmanin a tenté un rétropédalage, le 23 septembre au micro de France Inter, plaidant un «malentendu» avec les journalistes : «On n’a jamais demandé une carte de presse pour être journaliste sur une manifestation. Je suis bien conscient qu’il y a des journalistes qui n’ont pas de carte de presse. […] Par ailleurs ils ont le droit de rester dans la manifestation même s’il y a une question de sécurité lorsque les manifestations deviennent violentes.» Faut-il le croire, ou croire ce qui est inscrit noir sur blanc dans le SNMO ? Affaire à suivre.

Les risques industriels désormais classés secrets des affaires

Une atteinte macroniste aux libertés fondamentales chassant l’autre, voici revenir le sinistre « secret des affaires ». Rappel : la loi relative à la protection du secret des affaires du 30 juillet 2018, adoptée en plein été donc et selon une procédure accélérée – c’est ça aussi, la démocratie macronienne – « met sérieusement en danger l’équilibre démocratique et constitutionnel de notre pays. Elle érige le secret des affaires en un principe général et relègue la liberté d’information au rang de simple exception, sans poser de cadre précis. » Conséquence : « Les lanceurs d’alerte seront systématiquement traînés en justice, avant même de pouvoir faire la preuve de leur bonne foi. Les représentants du personnel pourront être poursuivis pour avoir diffusé des informations aux salariés. (…) Désormais, la loi donnera aux entreprises le pouvoir de poursuivre tous ceux qui oseront révéler des informations sensibles dans l’intérêt général. (…) Nous refusons qu’une loi votée au nom du peuple soit instrumentalisée afin de bâillonner les citoyens. Nous ne pouvons accepter que des lobbys, quels qu’ils soient, dictent l’information. » Qui parle ? Qui donc a eu beau ainsi vilipender solennellement cette loi, sans ralentir le moins du monde le bulldozer libéral aux ordres patronaux ?

La journaliste Elise Lucet défend sa pétition contre la directive \"secret des affaires\", à Paris, le 15 juin 2015.
Élise Lucet, fer de lance médiatique de la résistance au secret des affaires

Le collectif Stop secrets des affaires, signataire de cette tribune titrée Secret des affaires : monsieur le Président, en marche vers la censure? et dont la pétition a réuni la signature de 550 000 citoyens et qui rassemble 52 organisations et syndicats : Anticor, les Amis de la Terre, CCFD-Terre solidaire, Greenpeace, Ligue des droits de l’Homme, Syndicat des avocats de France, Syndicat national des journalistes et SNJ-CGT, Snesup-FSU, Syndicat national des chercheurs scientifiques, Solidaires, plus 38 sociétés des journalistes, des rédacteurs et organes de presse (entre autres Radio France, France télévisions, Libération, L’Obs, Mediapart, Bastamag, Fakir, mais même aussi BFM TV, Les Echos, Europe 1, TF1, Le Point, Le Parisien, Le Journal du dimanche)… Avec les prestigieuses signatures individuelles d’Élise Lucet, Paul Moreira, Fabrice Arfi, Laurent Mauduit, Hervé Kempf…

Pourquoi vous reparler aujourd’hui du secret des affaires ? Parce que son champ vient d’être étendu, par la grâce d’un amendement gouvernemental glissé dans la loi Asap, pour Accélération et simplification de l’action publique. Ce texte mérite un billet à lui tout seul ; en attendant, concernant notre sujet du jour, son article 25 bis A « précise que les citoyens ont droit à l’information concernant les risques [industriels] auxquels ils sont soumis… mais dans la limite du secret des affaires », synthétise Reporterre. Tout l’art du « en même temps » dans ce texte : « Toute personne a un droit à l’information sur les risques majeurs auxquels elle est soumise dans certaines zones du territoire et sur les mesures de sauvegarde qui la concernent. Ce droit s’applique aux risques technologiques et aux risques naturels prévisibles », mais en même temps « Dans ce cadre, ne peuvent être ni communiqués, ni mis à disposition du public des éléments (…) dont la divulgation serait de nature à porter atteinte à des secrets de fabrication ou au secret des affaires ». Pour fêter le premier anniversaire de la catastrophe industrielle de Lubrizol, il fallait oser. Mais c’est à ça qu’on les reconnaît.

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Sep 062020
 

Découvrez les incroyables déclarations de ces ministres macronistes, qui semblent ne plus même se rendre compte de l’énormité de leurs propos. Au point de convoquer le grand penseur italien Aldo Maccione pour leur intimer : « Tais-toi quand tu parles » !

Commençons notre distribution de gifles par le champion des champions de ce jour, Olivier Véran, ministre de la Santé, déjà distingué pour ses perles sur plumedepresse le mois dernier, un habitué ! De quoi s’agit-il cette fois ? Le foutage de gueule à propos des masques continue de plus belle :

Tellement énorme que ça tient de la provocation

Relisez posément : « Je ne voudrais pas que les Français pensent qu’on leur a caché l’utilité du masque parce qu’on en aurait manqué ». Véran possède l’esprit de synthèse : il a parfaitement résumé la situation. Tout en la niant, contre l’évidence, quitte à insulter collectivement l’intelligence des Français. Ou voulait-il dire : il ne faudrait pas que les Français aient compris qu’on a prétendu que les masques ne servaient à rien parce qu’il n’y en avait pas. Mais c’est trop tard, pauvre docteur Véran ! L’ancien élu local Christophe Grébert, journaliste blogueur (ex PS puis ex Modem, désormais cadre d’Anticor) rétorque fort à propos :

Les faits sont têtus

La gestion de l’affaire des masques par le gouvernement suscitait déjà la risée générale (on se souvient par exemple des sketchs de Sibeth Ndiaye) ; Véran ajoute simplement une dose de ridicule supplémentaire. En parlant de ridicule, il est un autre ministre qui s’en couvre lui aussi joyeusement, l’inénarrable Gérald Darmanin.

On salue le niveau

Le ministre de l’Intérieur avait à nouveau parlé d’ensauvagement et aussitôt ordonné une opération de police à Grenoble à la vue d’images qui étaient en réalité celles du tournage d’un clip de rap. Après cet épisode des plus grotesques, il enchaîne avec cette déclaration sur le sujet des stupéfiants : « S’il n’y avait pas de consommation, CQFD, il n’y aurait pas de trafics ». Oh bien sûr, s’il n’existait pas de fumeurs de cannabis pour en acheter, il ne s’en vendrait pas. Cette lapalissade vaut à Gérald-la-flèche la moquerie de méchantes langues, mais ne nous y arrêtons pas : ce n’est nullement la consommation qui crée les trafics mais bien la prohibition. Légaliser la consommation de cannabis, comme dans des pays de plus en plus nombreux, voilà qui mettrait fin aux trafics (de cannabis). Quant à la prohibition, que Darmanin-le-cowboy dit vouloir durcir – avec des déclarations de matamore au petit pied du style « Ce sont les trafiquants qui vont arrêter de dormir » -, elle représente « un échec complet », comme le résume cet article de L’Humanité : « La répression a totalement échoué, il faut désormais légaliser. Voilà la position très claire avancée par le Conseil d’analyse économique (CAE) qui conseille le premier ministre dans une note intitulée Cannabis : comment reprendre le contrôle ? «En dépit d’une des politiques les plus répressives d’Europe, les Français, et en particulier les mineurs, figurent parmi les plus gros consommateurs de cannabis de l’UE. Le système actuel de prohibition ne fonctionne pas : il est inapte à protéger les plus fragiles, il pèse lourdement sur les dépenses publiques et il profite au crime organisé !» proclament, dans un verdict sans appel, les auteurs de cette étude, les économistes Emmanuelle Auriol et Pierre-Yves Geoffard, qui estiment qu’«on ne peut pas faire pire qu’aujourd’hui». Qu’ils sont défaitistes ! Comptons sur Darmanin pour y parvenir.

Notre troisième ministre du jour à conquérir de haute lutte sa place dans notre rubrique Ferme ta gueule! est celle du Travail, Élisabeth Borne, citée par FranceTVInfo : « École ou classe fermée pour cause de Covid-19 : « La priorité c’est que les parents puissent continuer à travailler ».

À ce degré de cynisme…

L’urgence sanitaire, le devoir de protéger les enfants, potentielles victimes de contaminations ? L’éducation, cette noble mission de la République que d’instruire les jeunes générations, de former les citoyens de demain ? Non, « que les parents puissent continuer à travailler », voilà la priorité pour Borne, qui les dépasse en l’occurrence allègrement. Tellement prioritaire que le gouvernement, est-ce ballot, n’a pas pensé à ce qu’il adviendrait des parents qui ne pourront tout de même pas aller travailler. Parce qu’il y avait vendredi 22 établissements et une centaine de classes fermées, d’après le décompte du ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a préparé cette rentrée de façon totalement indigente. Pensez-vous que nous exagérons en affirmant que le gouvernement n’y avait pas songé ? « Au micro de France Info, Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du logement, a promis «une solution rapide» pour les parents qui ne peuvent plus mettre leurs enfants à l’école à la suite de la fermeture de classes, où des cas de coronavirus ont été détectés. «Une solution rapide» sera trouvée «dans quelques jours», a-t-elle affirmé ce samedi 5 septembre. » Rappel, la rentrée s’est déroulée mardi. «Cette solution sera soit un mode de garde qui permet quand même aux parents d’aller travailler, soit évidemment le télétravail si c’est possible, c’est la solution la plus simple, soit, sinon une forme d’indemnisation», a détaillé la ministre. «Elle n’est pas complètement dessinée aujourd’hui mais on y travaille», a-t-elle précisé. » Il serait temps : ce n’est pas comme si on n’avait pas pu prévoir qu’il y aurait immanquablement des classes et des établissements fermés ! Impréparation, improvisation, incompétence… La marque de fabrique macroniste.

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Août 282020
 

Au terme d’une complaisante énumération de faits-divers, Philippe Bilger désigne les coupables : les Arabes et les Noirs. Et il regrette que « l’infinie pudeur médiatique » empêche que l’on dévoile cette vérité (sic) aux citoyens. La fachosphère en mode #OnVeutLesNoms exulte et les ferments de guerre civile germent, germent, germent…

Sud Radio - Philippe Bilger donne de la voix à midi ! ➡... | Facebook
Philippe Bilger sévit aussi sur Sud radio.

L’ancien juge d’instruction puis avocat général, Philippe Bilger, sarkozyste fervent puis repenti – rupture actée par ses critiques dans l’affaire tunisienne de Michèle Alliot-Marie en février 2011, n’en reste pas moins de droite. Il est même désormais, tranquillement, sur des positions d’extrême droite. Tout en le niant : « Je l’avoue : j’ai un peu peur de formuler cette interrogation, sont les premiers mots de son billet intitulé Qui ensauvage la France?. Je pressens les tombereaux d’insultes qui vont se déverser sur moi, notamment dans ce cloaque qu’est souvent Twitter, et dont la moindre sera l’accusation de penser et d’écrire comme le RN. [Rassemblement national] Ce reproche sera grotesque mais il constituera, comme d’habitude, l’argumentation simpliste de ceux qui n’en ont pas d’autre. » Voyons donc pourquoi on l’accuserait, comme il en a déjà la fulgurante intuition en débutant son texte, « de penser et d’écrire comme le RN ».

Marine Le Pen agite encore la peur de "l'ensauvagement"...en vue ...
Bilger dit exactement la même chose que Marine Le Pen, en osant s’en défendre !

Pour commencer, il utilise le mot ensauvagement. Comme Gérald Darmanin, récemment, ministre de l’Intérieur macroniste en flagrant délit de racolage électoraliste sur les terres de l’extrême droite. « Dans son discours de rentrée, prononcé à Henin-Beaumont ce dimanche 8 septembre [2019], Marine Le Pen a consacré un long passage au thème de l’insécurité en appuyant sa démonstration sur de récents faits divers afin de dénoncer “l’ensauvagement progressif de la société”, dont l’immigration serait selon elle en grande partie responsable », résume le Huffington post. Et que fait très exactement Philippe Bilger ? Il égraine les faits-divers, en une interminable succession de 18 questions commençant par « Qui ». Exemples : « Qui a agressé et tué Philippe Monguillot à Bayonne parce que conducteur d’autobus exemplaire, il avait voulu faire respecter l’ordre et la loi ? Qui, sans permis, sous l’emprise de la drogue, récidiviste, a été responsable de la mort de la gendarme Mélanie Lemée ? Qui à Seynod a insulté et agressé des chasseurs alpins faisant tranquillement leur footing ? » Il ne s’arrête pas à des faits précis et enfourche à l’occasion des généralités aussi approximatives que zemmouriennes : « Qui multiplie les refus d’obtempérer, se soustrait aux interpellations de la police avec des conséquences souvent dramatiques que leur mauvaise foi et le soutien médiatique imputeront systématiquement aux FDO [forces de l’ordre] ? Qui dans les cités et les quartiers sensibles se livre au trafic de stupéfiants, terrorise les résidents honnêtes, empêche les interventions de la police ou n’hésite pas à exercer des violences de toutes sortes contre elle ? Qui tend des guet-apens aux pompiers et à la police ? » Rappelons à ce stade que penser et écrire comme le Rassemblement national (RN) est pour l’auteur de ces lignes un reproche « grotesque ». Mais qui se cache donc (surprise ?) derrière l’insistant « qui » de l’avocat général en retraite ? Au long de son énumération, alors que le suspense devient insoutenable, Bilger lâche un indice : « l’anonymat systématique concédé aux transgresseurs [laisse] présumer leur origine ». Anonymat, origine ? Bon sang mais c’est bien sûr : l’homme qui ne pense ni n’écrit nullement comme le RN nous assène sa réponse, sur le ton de l’évidence : « On comprendra que ces interrogations sont de pure forme puisqu’à tout coup la responsabilité incombe à des fauteurs d’origine étrangère, maghrébine ou africaine, parés nominalement de la nationalité française grâce à un droit du sol qui n’a plus aucun sens puisqu’on l’offre mécaniquement à des générations qui haïssent ce cadeau et dévoient cet honneur. Sans oublier les clandestins qui se glissent dans ces bandes ou participent à ces exactions. » L’on comprend que l’ancien magistrat, assis sur un baril de poudre et allumant la mèche, s’attend à recevoir « des tombereaux d’insultes » : il vient tranquillement de nous exposer que ce sont des personnes d’origine étrangère, avec l’utile précision qu’ils viennent du Maghreb ou de l’Afrique – entre parenthèses, le Maghreb EST en Afrique, Bilger pense donc « des Arabes et des Noirs » – sont responsables de ce supposé ensauvagement de la France. S’agit-il de tous les Arabes et les Noirs ? Est-ce justement parce qu’ils sont Arabes ou Noirs ? L’ignoble billet ne le précise pas.

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Philippe Bilger police le discours de Génération identitaire.

Après avoir censément établi que les Arabes et les Noirs ensauvagent la France, la plume de fiel de Bilger déplore : « L’infinie pudeur médiatique avec laquelle, dans neuf cas sur dix, on occulte les identités est la preuve la plus éclatante de l’écrasante domination de ces Français dans le tableau pénal national et dans les prisons, notamment en Île-de-France ». Il ose parler de preuve : qu’ « on occulte les identités » prouve que ce sont des Arabes et des Noirs. Quel dommage que « l’infinie pudeur médiatique » empêche les médias d’annoncer en titre des journaux : « Encore un fait-divers qui implique un Arabe ou un Noir » ! C’est le mot-clef (hashtag) en vogue dans la fachosphère sur Twitter : #OnVeutLesNoms. Bilger poursuit : « Le refus entêté d’authentiques statistiques ethniques est également un indice capital qui explique la répugnance de la bienséance à prendre la mesure d’une réalité qui démolirait ses préjugés et sa bonne conscience. » Discours typique, ici particulièrement ampoulé, des autoproclamés « briseurs de tabous » chers au camarade Sébastien Fontenelle, qui pourfendent le « politiquement correct » et « la bien-pensance » (souvent de « bobos ») et se répandent partout pour déplorer qu’on les empêche de s’exprimer !

Délinquance et immigration : amalgame, vraiment ? - Le Salon Beige
Enfin une presse affranchie de « l’infinie pudeur médiatique » !

« Est-ce à dire qu’il n’existe pas des voyous français de souche ? Assurément il y en a mais leur rareté est démontrée par le fait troublant que, si l’un d’eux est impliqué – une agression contre une mosquée à Bayonne par exemple -, on peut être sûr qu’on aura son identité complète, son âge, son passé judiciaire et sa structure familiale. Ces données sont si chichement communiquées dans les comptes rendus habituels qu’aucune hésitation n’est possible et l’appréciation quantitative vite opérée. » Et la question vite répondue ? Des Arabes et des Noirs, on vous dit ! On apprécie au passage l’estimation de la « rareté » des « voyous français de souche ». Un sur dix, à la louche du pyromane.

Steeve Briois, maire RN d’Hénin-Beaumont

Penser et écrire comme le RN ? Il faut décidément être d’une mauvaise foi abyssale pour le contester. « Qui ensauvage la France ? S’accorder sur le constat que je propose ne permettra pas de résoudre magiquement le problème lancinant causé par ces jeunes Français d’origine africaine ou maghrébine et ces étrangers en situation irrégulière (il va de soi que tous ne sont pas à stigmatiser dans ces catégories) [ouf !] mais au moins ne nous voilons plus la face. » D’accord avec la formation d’extrême droite sur un pseudo-constat (les Arabes et les Noirs coupables de tout), Bilger propose-t-il les mêmes « solutions » ? « On a trop longtemps refusé de répondre à cette interrogation, non pas à cause d’une quelconque incertitude mais parce que la vérité nous aurait encore plus confrontés à notre impuissance. Le désarroi d’une démocratie désarmée, répugnant à user de tout ce qu’elle aurait le droit d’accomplir, aspirant à l’ordre mais sans la force ! » Voilà qu’il appelle donc, comme l’extrême droite, à un durcissement de la répression. On se pince : les violences policières ne sont-elles pas déjà bien assez proliférantes ? Généralisons-les ! Systématisons-les. Contre l’ensauvagement, ensauvageons-nous !

Maréchal, la revoilà

« L’immigration légale n’est pas coupable mais la clandestine contre laquelle jusqu’à aujourd’hui on lutte mal, poursuit le juriste blogueur. Et, au sein de la première comme de la seconde, les délinquants déshonorant l’une et profitant de l’autre. » Pour être juste, notons ici un vrai désaccord avec le discours du RN, pour lequel toute immigration est « coupable ». Mais il est en réalité purement formel, puisque parfaitement incohérent : comment Bilger peut-il dénoncer « ces jeunes Français d’origine africaine ou maghrébine » et en même temps avancer que seule l’immigration clandestine – donc par essence composée d’étrangers, pas de Français – serait « coupable » ? Pourquoi écrire pareille ânerie ? Mais passons à la suite : « Les solutions pour combattre cette réalité, après en avoir pris acte sans barguigner, imposeront, outre un courage politique de tous les instants et une politique du verbe sans complaisance, expulsions et éloignements à un rythme soutenu, une action équitable dans sa rigueur, une police et une gendarmerie accordées avec une justice sans faiblesse, une exécution des sanctions efficace et réactive et, surtout, le retour des peines plancher sans lesquelles la magistrature ne tirera jamais assez la conséquence de certains passés judiciaires. » Traduisons : traque des sans-papiers, inhumanité de la séparation de familles, de l’expulsion de mineurs scolarisés, charters de la honte, durcissement généralisé et impitoyable de la répression… Voilà ce que propose Bilger pour lutter contre l’ensauvagement. Comme le RN. « Il conviendra de remettre en discussion, dans un débat honnête, sans excommunication, le droit du sol. » Voilà, il ne manquait plus que cela au catalogue des « solutions » de l’extrême droite, la remise en cause du droit du sol, qui veut que qui naît en France est Français. Bilger l’enfourche : « Envisager, aujourd’hui, dans une France éclatée, son effacement n’est ni inhumain ni contraire à une tradition dont les effets sont devenus dévastateurs. Ou alors continuons à révérer, contre vents et marées, celle-ci, et laissons l’ensauvagement de notre pays se poursuivre. Notre noblesse abstraite sera garantie mais non la sauvegarde de notre nation. On sait qui ensauvage la France. Ne fermons plus les yeux. Apeuré légèrement en commençant ce billet, je le termine en le jugeant nécessaire et, je l’espère, convaincant. » L’avocat-général en retraite s’imagine-il donc que ses lecteurs auront été convaincus que la violence de la société française sera réglée par une lutte sans merci contre l’immigration clandestine des Arabes et des Noirs et la remise en question du droit du sol, qui fabrique mécaniquement de futurs délinquants français nés de parents étrangers Arabes et Noirs ? Qu’il nous soit permis d’en douter, tant est grotesque ce parallèle caricatural entre violence et immigration, dont la démonstration repose exclusivement sur le fait que l’on ne cite pas les noms des criminels, pour ne pas révéler leur origine ethnique. Mais c’est le fantasme xénophobe basique. Que propage ainsi un éminent juriste, apportant sa caution intellectuelle à un discours raciste et semant ainsi des graines de guerre civile en France.

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Août 212020
 

Gérald Darmanin, l’homme qui profitait de sa position pour obtenir des faveurs sexuelles, incarne politiquement, de son poste stratégique de ministre de l’Intérieur, le virage à l’extrême droite de la Macronie. La République en marche et le Rassemblement national apparaissent dès lors comme des alliés objectifs : Macron ne gagnera la présidentielle qu’en se présentant face à Marine Le Pen ; son intérêt bien compris est par conséquent de faire monter le RHaine RN. Comment ? En popularisant ses thèses, en les plaçant sciemment au coeur de l’actualité du débat politique, en les reprenant à son compte. Comme Sarkozy en son temps, Macron ne craint plus aujourd’hui, par lieutenants interposés, de s’approprier les thèmes et le langage de l’extrême droite. Marlène Schiappa l’avait amorcé, Darmanin met le turbo. Il y eut, à propos des violences policières, l’abominable « Je m’étouffe », suivi ensuite de « l’ensauvagement ». Formule signature de l’extrême droite, comme on parle en gastronomie de plat signature, popularisée par La Pen. Dernière sortie en date du ministre de l’Intérieur : « Aucune communauté sur le sol de la République ne fait sa loi ; c’est  la police de la République, la gendarmerie, les forces légitimes d’intervention des forces de l’ordre qui font la loi dans notre pays. » Absolument pas, enfin ! Le parlement fait la loi, la police l’applique, nuance. Bonnet d’âne en droit constitutionnel à ce ministre qui oublie la séparation des pouvoirs entre exécutif, législatif et judiciaire, principe cardinal de la République. Inquiétant, mais passons.

Comment le porte-parole du Rassemblement national réagit-il ? « Il parle comme nous parlons depuis des décennies, si les mots étaient magiques je serais satisfait, déclare Laurent Jacobelli. Malheureusement les mots ne sont pas magiques. Il y a les actes derrière ». Darmanin « fait le même constat que nous, qu’il y a un lien entre immigration, demande d’asile et insécurité. Il y a un lien entre immigration incontrôlée et ensauvagement. Il a passé une étape, maintenant il va falloir qu’il passe l’étape des actes. » Soyons juste, c’est faux : Darmanin n’établit pas formellement de lien. Mais il y a la petite musique. On sait que Macron a coutume de caresser les chasseurs dans le sens du poil, mais voilà qu’il avalise désormais le braconnage, sur tes terres de l’extrême droite. Et il appellera ensuite les castors à faire barrage. Tandis que l’on espère encore, dans les salons de Montretout, que l’électeur finira par préférer l’original à la copie.

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Juil 312020
 

Partout où se rend le ministre de l’Intérieur, un comité d’accueil de citoyens en colère est présent pour le conspuer – il faut dire que le dossier du triste sire s’est singulièrement alourdi du fait de provocations répétées. Alors la police, dont il est le patron, met tout en œuvre pour faire taire la contestation, au mépris des libertés démocratiques fondamentales.

Manifestation féministe contre le nouveau gouvernement à Paris - Photo Rebecca Amsellem
Photo Rebecca Amsellem

« Dimanche 26 juillet, c’est un énorme dispositif policier qui voulait empêcher toute forme de contestation à la présence du ministre de l’Intérieur Darmanin durant la cérémonie d’hommage à Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray, résume un collectif regroupant 10 organisations et associations : rues barrées, checkpoints, contrôles d’identité, carton d’invitation exigé, liste de personnes indésirables… Contrairement aux années précédentes, de nombreux habitants n’ont donc pas pu entrer librement sur le lieu de la cérémonie. Tout était mis en place pour empêcher l’expression de celles et ceux qui pensent qu’un homme accusé de viol ne devrait pas être au gouvernement, et encore moins chef de la police. (…) Cette colère féministe, qui a déjà été exprimée par des milliers de femmes et de manifestants un peu partout dans le pays depuis la nomination de Darmanin, a malgré tout pu se faire entendre : cris et pancartes ont accueilli les premiers mots du discours du ministre. Décidément, partout où Darmanin passe, il est attendu et contesté. Cela a évidemment fortement énervé ses gardes-chiourmes qui ont procédé à l’interpellation de onze personnes, dont quatre ont passé 24 heures en garde à vue au commissariat de Rouen. L’une d’entre elles est désormais poursuivie pour «outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique» et est convoquée devant le juge le 23 novembre prochain. Nous exigeons l’abandon de toutes les poursuites contre V. Les seuls délits commis dimanche 26 juillet sont le fait de l’État et de la police qui entravent désormais systématiquement le droit de manifester et de s’exprimer librement. C’est ainsi que lors d’un des rassemblements devant l’hôtel de police de Rouen pour exiger la libération immédiate des personnes gardées à vue, une quinzaine de soutiens a été contrôlée et verbalisée pour «tapage diurne». L’État et la police ne savent vraiment plus quoi inventer pour protéger ce ministre, dont le comportement sexiste et les propos homophobes sont pourtant désormais largement connus… quitte à piétiner sauvagement les libertés fondamentales. Cela n’est plus acceptable. C’est pourquoi les sept personnes retenues abusivement pendant plusieurs heures à l’hôtel de police ont décidé de porter plainte pour «atteinte à la liberté individuelle par une personne dépositaire de l’autorité publique». En effet, elles estiment avoir été maintenues illégalement dans ces lieux, en étant privées de leur liberté d’aller et venir, et sans avoir été avisées de leurs droits. »

La pétition, la « vie de jeune homme », « je m’étouffe » Darmanin, démission !

Le choix de Tourcoing : je démissionne de la mairie le lendemain
Photo François Lo Presti/AFP

Rappel des faits : Gérald Darmanin, lorsqu’il était un jeune chargé de mission au service des affaires juridiques de l’UMP et un élu municipal à Tourcoing, a au moins en deux occasions sollicité – et obtenu – des faveurs sexuelles en échange d’une intervention de sa part. Pour demander auprès de la ministre de la Justice l’effacement d’une condamnation pour harcèlement envers un ex d’une adhérente de l’UMP et en échange d’un logement – voire d’un emploi – pour une autre femme. Sa défense consiste non à le contester, mais à arguer qu’il ne s’agit pas d’un « viol » au sens juridique du terme. Nous parlons-là de sa défense face à la justice, puisque vis-à-vis du public, et relayé ad nauseam et à l’unisson par toute la Macronie, il prétend n’être coupable de rien ! Au point de promouvoir une pétition en sa faveur : « Gérald Darmanin, jamais mieux servi que par lui-même, a relayé la pétition mise en ligne par Émilie Spriet, relate Marianne. “Vous êtes nombreux à m’adresser des messages de soutien ces derniers jours, je tiens à remercier sincèrement chacun d’entre vous. Aujourd’hui, une Tourquennoise a créé une pétition en ligne sur change.org, vous pouvez : la retrouver, la signer, la partager, la faire signer”, a-t-il écrit sur Facebook ce samedi. La pétition partagée par le ministre s’indigne « des calomnies et des acharnements injustifiés sur les personnes » et dénonce « le procès de rue dont est victime Gérald Darmanin« . “La présomption d’innocence, surtout quand trois décisions de justice consécutives concluent à une absence d’infraction dans la même histoire, est un principe fondamental de notre démocratie et de notre état de droit”. Toujours le même argument tarte-à-la-crème. Faisons un sort tout de suite à ces « trois décisions de justice » : le parquet, placé sous l’autorité hiérarchique du gouvernement, a classé sans suite une plainte pour « abus de faiblesse », un juge d’instruction, suivant la réquisition du même parquet, a prononcé un non-lieu sans même rencontrer la plaignante – et encore moins la confronter au ministre – et une cour d’appel a jugé que le recours exercé par Sophie Spatz, la femme qui demandait à ce que son casier judiciaire soit expurgé et a accepté une nuit de débauche en compagnie de Darmanin comme prix de l’intervention de ce dernier, était trop tardif. La Cour de cassation a jugé le contraire et la procédure est donc rouverte. Donc, ne restent plus que deux « décisions de justice » : le parquet qui classe une plainte sans suite et un juge qui se rend coupable d’un déni de justice en ne convoquant même pas la victime. Sachant que le trafic d’influence et l’abus de faiblesse sont prescrits – les faits datent de 2009 -, seule la qualification de viol pourrait valoir au premier flic de France condamnation. Mais cela n’efface pas sa culpabilité d’avoir abusé de sa position pour imposer des faveurs sexuelles en échange de services. En outre, les trois décisions invoquées par la pétition ne concernent pas « la même affaire », contrairement à ce qu’elle écrit, mais deux affaires distinctes. Et pour la deuxième – un logement contre une fellation, alors qu’il était maire de la ville, en 2015 -, une nouvelle plainte a été déposée par un collectif féministe, non plus pour « abus de faiblesse » mais pour « trafic d’influence ». « En l’espèce, on a trace qu’il a écrit à quatre bailleurs sociaux pour leur demander d’examiner le dossier HLM d’une femme », explique au micro d’Europe 1 Anaïs Leleux, présidente de « Pourvoir féministe ». « Le souci, c’est qu’elle dit qu’avant ça, il est venu chez elle et qu’elle s’est sentie obligée de lui faire une fellation. En dehors de la question du viol et de l’abus de faiblesse, si les faits sont avérés, si Gérald Darmanin a sollicité ou même accepté un rapport sexuel avant d’intervenir en faveur d’une citoyenne, il y a ce que l’on appelle trafic d’influence, corruption », estime-t-elle. »

Tranquille » comme un Gérald Darmanin aux abois - Causette
Ce type n’a pas de figure.

L’article de Marianne précité, à propos de la pétition, révèle : « Émilie Spriet, qui a mis en ligne ce texte de soutien, n’est pas tout à fait une simple citoyenne de Tourcoing, croisée au hasard d’un marché. À lire le message posté sur Facebook par l’élu du Nord, c’est pourtant l’impression donnée. Son CV, posté sur Linkedin, présente en effet la mention « Adjointe de quartiers – Conseillère Municipale », fonction que la cheffe d’entreprise occupait depuis avril 2014. » C’est ainsi une co-listière du ministre aux dernières municipales qui a lancé la pétition. Autant dire que Darmanin l’a vraisemblablement encouragée : minable ! Comme cette déclaration dans La Voix du Nord : « c’est vrai, j’ai eu une vie de jeune homme ». Le fait d’être un jeune homme excuserait donc d’abuser sexuellement des femmes ? Mais cela, ses défenseurs feignent de ne pas le prendre en compte, comme ces 200 élus qui lui accordent leur soutien, toujours avec la bien commode présomption d’innocence : « Gérald Darmanin est un homme (…) dont l’action a toujours été guidée par le sens de l’État, de l’intérêt général et du service à ses concitoyens ». Éventuellement contre une petite pipe, ne précisent-ils pas. Face à eux, un collectif d’élues et responsables politiques (EE-LV, LFI, Génération.s, PS, PCF) proteste vigoureusement.

« Gérald Darmanin est présumé innocent, prennent-elles la précaution d’écrire, avant d’asséner : Mais comment justifier la promotion à l’Intérieur d’un ministre mis en cause dans une enquête préliminaire pour viol, harcèlement et abus de faiblesse et dont les avocats ne contestent pas les faits mais leur qualification pénale ? D’un ministère qui doit être celui de la protection des citoyennes face aux violences sexistes et sexuelles toujours aussi nombreuses ? (…) Au-delà des convictions politiques, nous, femmes responsables politiques, qui nous nous inscrivons dans la tradition républicaine et démocratique, dénonçons cette injure de trop, faite tout à la fois à l’exemplarité politique et, plus grave encore, à toutes ces femmes qui ont tant de mal à être entendues par les institutions policières et judiciaires de notre pays. »

Conversation secrète « de femme à homme »

Et qu’en dit au fond la grande muette de ce débat, la nouvelle ministre de l’Égalité femmes-hommes, Élisabeth Moreno ? Trouve-t-elle normal pour un élu de monnayer ses interventions contre des faveurs sexuelles ? « Tant que vous n’êtes pas condamné par la justice, vous êtes considéré comme innocent, botte-t-elle en touche, dans une interview du 19 juillet dernier. J’ai parlé avec M. Darmanin. J’ai eu une conversation de femme à homme avec lui. Je lui ai dit : « Il faut qu’on se parle là parce qu’on est dans la même équipe. Ton sujet va être un boulet à porter pour moi, il faut que tu m’expliques ce qui s’est passé. » Ce qu’il m’a dit me porte à le croire. Maintenant, je me mets aussi du côté des personnes dont j’ai la responsabilité, les femmes, et si jamais il m’a menti, j’en tirerai toutes les conséquences. » Qu’a donc bien pu lui dire Le-beau-Gérald, comme l’on pourrait surnommer un maquereau à Tourcoing, qui la « porte à le croire » ? Peut-être ce qu’il a déclaré sur Europe 1, repris et commenté par Libération: « Mardi, lors de son interview télévisée, Emmanuel Macron avait confié que Gérald Darmanin a été «blessé» par les attaques de celles et ceux qui contestent sa promotion au motif qu’il fait l’objet d’une enquête pour viol. Un bel exemple de victimisation de l’accusé que reprend à son compte le ministre de l’Intérieur ce matin sur Europe 1. «Je fais l’objet d’une calomnie. Je ne souhaite à personne d’être accusé à tort et je ne souhaite même pas à mon pire ennemi d’être victime de la chasse à l’homme dont je suis l’objet», se lamente-t-il. «Chasse à l’homme», le terme est lâché. Osé pour quelqu’un qui vient d’être nommé ministre de l’Intérieur et élevé au 7e rang du gouvernement. Puis il embraye sur l’air du complot politique. «Pour des raisons politiques – je vois Mme Dati, Mme Pécresse –, on cherche à affaiblir le gouvernement du président de la République, assène-t-il. Je me demande de temps en temps si on se rend compte de ce qu’on fait de l’honneur de quelqu’un.» Il parle d’honneur !

Peut-être aussi a-t-il complété son propos, face à la défenderesse gouvernementale des femmes, par ces paroles tenues au micro de Jean-Jacques Bourdin : « Je vous le dis les yeux dans les yeux. […] Je n’ai jamais abusé d’aucune femme et je n’ai jamais abusé de mon pouvoir. » Traduisons : simplement, mon sex appeal est tel que les femmes qui viennent me demander des services sont aussitôt prises de l’envie irrépressible de rapports sexuels ! Sans que je ne leur demande rien, pensez donc…
Crédible ?

L’indignité absolue

Un mot enfin de la scandaleuse provocation dont s’est rendu coupable Gérald-le-cowboy devant la commission des lois de l’Assemblée nationale ce mardi 28 juillet : « Quand j’entends le mot violences policières”, personnellement je m’étouffe », a-t-il commis, pesant des mots, manifestement ravi de sa trouvaille.

« Alors que ces deux mots – les derniers prononcés par Cédric Chouviat, selon les constatations de l’IGPN – sont devenus le symbole des violences policières ayant conduit à la mort étouffée du livreur de 42 ans lors d’un contrôle routier le 3 janvier dernier, cette sortie du ministre a provoqué la colère de sa famille et de son avocat », rapporte Marianne. Et il est vrai que l’utilisation du verbe étouffer ne saurait être fortuite – le malheureux Chouviat, agonisant le larynx fracturé par des brutes, la répété à sept reprises, et Darmanin le sait pertinemment – et elle est inqualifiable, digne d’une sortie d’extrême droite. « C’est une expression française utilisée communément, comprise par tous, prétend « l’entourage du ministre », cité par LCI. Il n’y avait aucune arrière-pensée. Il ne s’agit en aucun cas d’un parallèle dans une affaire où des mises en examen ont été prononcées. » Foutage de gueule, quand tu nous tiens… « Les mots du nouveau ministre de l’Intérieur (Gérald Darmanin), qui évidemment ne peuvent être fortuits, ont profondément scandalisé et heurté la famille de Cédric Chouviat, rectifie le communiqué des avocats de famille Chouviat, mentionné par L’Obs.com. Chacun doit mesurer ce que disent ces propos du mépris et du cynisme du ministre de l’Intérieur pour les familles endeuillées ou meurtries par des violences policières. » Les flics les plus violents vont continuer de se régaler et ce virage gouvernemental à la droite de la droite laisse présager des heures bien sombres pour la démocratie à la sauce de la Macronie.

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