Juil 182020
 

Pour tous les soignants, la Covid 19 sera au-to-ma-ti-que-ment reconnue comme maladie professionnelle, jurait-il, la main sur le cœur. Mais une immense majorité des soignants contaminés sera finalement laissée pour compte. Le reniement, c’est maintenant.

Le syndicat Sud alerte : « Olivier Véran avait promis solennellement et réaffirmé devant l’assemblée nationale le 21 avril : «s’agissant des soignants, quels qu’ils soient, quels que soient leur lieu d’exercice et leur mode d’exercice – à l’hôpital, en Ehpad, en ville –, quelle que soit la discipline concernée, nous avons décidé une reconnaissance automatique comme maladie professionnelle, ce qui signifie une indemnisation en cas d’incapacité temporaire ou permanente, et, en cas de décès, des mesures au bénéfice des descendants. Autrement dit, l’imputabilité du travail dans la survenue de la maladie est automatique. C’est unique. (…) Un soignant n’aura pas à démontrer qu’il a été contaminé sur son lieu de travail ; on considérera automatiquement qu’il l’a été.»

Deux fois « automatique » et une fois « automatiquement » : le ministre de la Santé avait été on ne peut plus clair ! Mais que croyez-vous qu’il advint ensuite ? Les syndicalistes racontent : « Une réunion de présentation du futur décret créant le nouveau tableau de maladie professionnelle lié au Covid s’est tenue ce vendredi 10 juillet devant les organisations syndicales des hospitaliers. On nous y annonce que seule.e.s les hospitalier.e.s contaminé.e.s par le Covid ayant bénéficié d’une assistance par oxygène seront reconnus automatiquement en maladie professionnelle. Soit une infime proportion au regard du nombre de professionnel.le.s contaminé.e.s ! Pas de négociation, le texte est bouclé, nous a-t-on répondu. (…) La Fédération Sud Santé Sociaux a dénoncé cette décision insultante, et averti de la colère et du dégoût que cela allait susciter dans les équipes, à l’heure où l’on nous prépare à une deuxième vague. »

« Et aussi vrai que les promesses n’engagent que ceux qui les croient, je veux dire aux soignants… »
Derrière, Édouard Philippe sifflote.
©JACQUES WITT / POOL/EPA/MAXPPP

La conclusion est sans appel : « derrière ce texte, se cache la volonté du gouvernement de masquer la réalité du nombre de contaminations et d’assumer pleinement qu’il a envoyé sans moyen de protection et mis en danger des centaines de milliers de soignant.e.s ! La fédération Sud Santé Sociaux est d’ores et déjà en ordre de bataille pour engager des voix de recours et faire en sorte que toutes les victimes puissent faire valoir leurs droits. »

Décidément, après n’avoir cessé hier de glorifier les soignants, à longueur d’hommages et de remerciements éplorés, ces hypocrites n’ont pas mis longtemps avant de revenir à leur ancien monde. Où les acteurs du système de santé ont pu se mettre en grève et manifester pendant plus d’un an (avant la crise sanitaire) sans rien obtenir que gazages et coups de matraques, ce monde où on les ignore et les méprise. Comme l’on ignore et méprise les revendications sociales et écologiques. Non sans belles paroles à l’exact opposé des actes ! Que se vayan todos*.

Post scriptum : puisque le port du masque dans les lieux publics couverts sera obligatoire à partir de lundi, réitérons qu’il est scandaleux que lesdits masques ne soient pas gratuits !

La France insoumise fait une proposition de loi pour la gratuité des masques. On parie que les macronistes vont refuser ?


*« Qu’ils s’en aillent tous » en espagnol, slogan du mouvement des piqueteros en Argentine face à la banqueroute bancaire en 2001.

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Mai 052020
 

Toujours soucieux de donner un coup de main au gouvernement – vous nous connaissez ! -, Plumedepresse.net propose sa contribution dans la lutte contre les fausses informations engagée par la Macronie, qui vient de créer son propre service de factchecking (vérification des faits, pour les personnes hermétiques à l’anglais), la rubrique Désinfox sur le site gouvernemental officiel. C’est la porte-parole Sibeth Ndiaye qui l’a elle-même annoncé sur Twitter, déclenchant une hilarité furieusement contagieuse parmi les internautes.

Désinfox recense donc des articles de presse, de FranceTVInfo, Libération, 20 Minutes, l’AFP, Le Monde…, qui démentent les informations erronées circulant à propos du Covid-19. Justement, en bon journaliste citoyen, nous lui signalons la parution d’un article qui participe de façon exemplaire à cette entreprise de salubrité médiatique : Réouverture des écoles : le choix du gouvernement est bien en désaccord avec le conseil scientifique, du Monde. Parce que figurez-vous que certains prétendent l’inverse ! Un exemple ? Olivier Véran, ministre de la Santé (et mêmes des Solidarités paraît-il). « Le conseil scientifique était opposé à la réouverture des écoles comme avant, ce qui n’a jamais été notre volonté. Nous sommes donc en accord », a déclaré le bougre.

Or qu’a précisément statué le Conseil scientifique, dans son avis finalisé le 16 avril ? « Le risque de transmission est important dans les lieux de regroupement massif que sont les écoles et les universités, avec des mesures barrières particulièrement difficiles à mettre en œuvre chez les plus jeunes. En conséquence, le Conseil scientifique propose de maintenir les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités fermés jusqu’au mois de septembre. » Les Décodeurs, pseudonyme collectif des auteurs de cette rubrique du Monde, poursuivent leur démontage : « Les recommandations sanitaires publiées dans l’avis du 24 avril ne changent pas la position du Conseil scientifique : celui-ci énonce clairement une deuxième fois avoir « pris acte » de la décision politique et formule des recommandations en conséquence de cette décision. M. Véran joue sur le fait que le conseil a formulé ces recommandations pour sous-entendre qu’il soutient cette décision, ce qui est inexact, pour trois raisons. D’abord, parce que le conseil a énoncé une position opposée claire, ensuite parce que le conseil n’a, à aucun moment, dit « soutenir » de près ou de loin cette initiative. Et, enfin, parce que ses recommandations suivantes ne changent pas sa position. Le conseil a en effet un rôle d’aide à la décision qui implique qu’il formule des recommandations pour éclairer la décision politique… ou s’adapter à celles déjà prises. »

Quand le gouvernement se pique de traquer les fausses informations, que ses membres en profèrent eux-mêmes fait singulièrement désordre. Ou comme dit le proberbe, « Quand on grimpe au cocotier, il faut avoir le cul propre ».

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Avr 082020
 

C’est le directeur de l’Agence régionale de santé du Grand Est qui parle, dans L’Est républicain : « Pas de raison de remettre en cause le Copermo pour le CHRU [Centre hospitalier régional universitaire] de Nancy. Le dossier devait être examiné début juin. Nous aurons quelques semaines de retard mais la trajectoire restera la même en faisant le pari du développement de la chirurgie ambulatoire et de la rationalisation des installations en passant de 7 sites à un seul. C’est une vision très exigeante . » Très exigeante ? Christophe Lannelongue manie l’euphémisme. En effet, le Copermo (acronyme typique de la Novlangue signifiant Comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers) prévoit la suppression de 598 postes dans les cinq ans et la fermeture de 174 lits. Dans le Grand Est, donc, précisément là où la pandémie met en lumière le criant manque de lits hospitaliers ! Pour Lannelongue, « pas de raison » donc. Est-il possible d’être aussi aveugle ?

Réponse du CHRU de Nancy : « Totalement mobilisées, les équipes ont augmenté de manière exponentielle les capacités en lits de réanimation, passant de 70 à 150 lits ouverts au service des malades. Dans ce contexte, la position de l’ARS Grand-Est énoncée ce matin dans la presse régionale, évoquant la suppression de 598 postes et 174 lits, apparaît comme totalement décalée. Évoquer de tels chiffres à l’heure où les équipes vont au bout de leur investissement personnel est à la fois déconcertant et indécent. Cela témoigne d’une absence de compréhension des réalités de terrain et d’empathie par rapport aux soignants, ce qui ne manquera pas de les blesser en plein combat. (…) Cette crise planétaire que nous affrontons nous imposera collectivement une révision complète de la politique de santé dans ce pays depuis le début du siècle, pour l’adapter aux enseignements que nous devrons en tirer. Le Copermo tel que nous l’avons connu avec ses normes, abaques et doctrine n’est de toute évidence plus adapté. »

Réaction du ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, sur Twitter : « L’heure viendra de tirer les enseignements de cette crise sans précédent et de refonder notre hôpital. Tous les plans de réorganisation sont évidemment suspendus à la grande consultation qui suivra.” Allons bon, une grande consultation… Alors que les personnels soignants sont en lutte depuis plus d’un an et qu’on les a écoutés jusqu’à présent à grands coups de gaz lacrymogènes et de matraques ! En outre, puisque les mots ont un sens, que signifie « suspendre » ? Réponse du dictionnaire Larousse : « Interrompre momentanément le cours d’une action, de quelque chose; remettre à une date indéterminée ce qui était prévu« . Inutile de préciser qu’il y a lieu d’être sceptiques quant à l’abandon de l’idéologie mortifère qui met notre système de santé à genoux.

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