Juin 182011
 

« Dès les lendemains de la guerre de 1967, Israël a mis en place à Gaza une administration militaire, qui restera en fonction jusqu’à la création de l’Autorité palestinienne, en 1994, rappelait un article du Monde de juin 2010. Son objectif était clair : affaiblir Gaza, démographiquement (par des déportations dans le Sinaï), et par un blocus économique, qui s’exercera par la fermeture du port. Sara Roy, chercheuse au Centre des études sur le Proche-Orient de l’université Harvard et spécialiste reconnue de Gaza, explique dans ses publications que « le déclin, la destruction de l’économie et de la société de Gaza ont été délibérés, le résultat d’une politique d’Etat, consciemment planifiée et mise en oeuvre. Si Israël en porte la responsabilité principale, ajoute-t-elle, les Etats-Unis et l’Union européenne, parmi d’autres, sont également coupables (par leur silence), ainsi que l’Autorité palestinienne ». Lorsque éclate la seconde Intifada (septembre 2000), rappelle Sara Roy, « la politique de fermeture d’Israël est en place depuis sept ans, entraînant des niveaux de chômage et de pauvreté qui étaient sans précédent. Si cette politique s’est révélée si destructive, c’est en raison d’un processus vieux de trente ans consistant à intégrer l’économie de Gaza dans celle d’Israël, qui a sapé la base économique locale en la rendant dépendante d’Israël. Résultat, lorsque Gaza a été séparé d’Israël par le blocus, les moyens d’une autosuffisance n’existaient plus ». Le blocus et les destructions causées par la seconde Intifada sont intervenus « sur une fondation déjà minée par trente-huit ans d’une politique israélienne délibérée d’expropriation, d’intégration et de dé-institutionnalisation, qui avait depuis longtemps dépouillé la Palestine de son potentiel de développement, en s’assurant qu’une structure économique (et donc politique) viable ne pouvait émerger », ajoute Mme Roy. »

Un an plus tard, le 16 juin dernier, huit intellectuels (un politologue, des sociologues, universitaires, chercheurs…) dressent dans le même journal le constat suivant : « Les dirigeants des pays occidentaux déplorent régulièrement « l’impasse » des négociations entre Israéliens et Palestiniens. Ne devraient-ils pas cesser de s’émouvoir et agir concrètement pour que le droit international soit enfin respecté, en exigeant la mise en œuvre de leurs propres déclarations ? Les gouvernements européens, France en tête, doivent faire réellement pression sur Israël, pour qu’enfin cet Etat se conforme au droit international, respecte les conventions de Genève et applique les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. « Condamner » régulièrement l’Etat d’Israël, sans mettre en place des sanctions, est vain. » En conséquence de quoi les signataires du texte appellent-ils aux actes : « C’est parce qu’ils ne supportaient plus cette passivité que les passagers de la première flottille ont embarqué pour Gaza. C’est parce que l’inaction perdure qu’une deuxième flottille fera route, dans quelques semaines, vers l’enclave palestinienne, à laquelle se joindra pour la première fois un bateau français. Nous, membres de la société civile française, soutenons sans réserve cette deuxième flottille de la liberté, pacifique et non-violente, et le signe d’espoir qu’elle représente pour la population palestinienne de Gaza. Nous demandons au gouvernement français de confirmer l’élan que représente cette initiative citoyenne. » Ils rejoignent ainsi les 172 personnalités ayant lancé l’Appel en soutien au bateau français pour Gaza : « Le blocus de Gaza n’a que trop duré. Nous ne pouvons plus admettre que la population de ce territoire subisse, depuis plus de trois ans maintenant, une situation profondément injuste et inhumaine. Nous ne pouvons accepter que des centaines de milliers d’enfants, de jeunes, de femmes et d’hommes vivent reclus, hantés par la peur du lendemain, les privations de toutes sortes et l’absence totale de perspectives.

Le blocus constitue de fait une punition collective à l’encontre de toute la population civile de Gaza, et représente donc une violation claire du droit humanitaire international. Après l’assaut livré en haute mer à la « Flottille de la liberté », le 31 mai 2010, une pression internationale considérable s’est exercée sur le gouvernement israélien, qui avait annoncé des mesures « d’assouplissement » du blocus. Qu’en est-il aujourd’hui ? A ce jour, les seuls changements notables observés sont l’augmentation des importations de biens de consommation et de denrées alimentaires et un accroissement des autorisations de circulation aux hommes et femmes d’affaires. Pour le reste, comme vient de le confirmer un rapport publié par 26 ONG européennes, « Des espoirs réduits à néants. Prolongement du blocus de Gaza », rien n’a changé à Gaza. 80% de la population dépend de l’aide internationale ; les pannes d’électricité durent 4 à 6 heures par jour et souvent davantage ; 60% de la population ne reçoit l’eau courante qu’une fois tous les 3 à 4 jours, pendant 6-8 heures. Une économie paralysée par le manque de matières premières et l’impossibilité d’exporter, une population emprisonnée dans son territoire, une précarité insupportable en matière de santé ou d’éducation, tels sont les effets principaux d’un blocus qui ne peut plus durer.

Pour tenter d’y mettre un terme, une nouvelle flottille de la liberté, comprenant un navire français,  doit s’élancer vers Gaza en juin prochain. Nous soutenons cette initiative citoyenne et non-violente. Alors que de nombreux appels et déclarations des institutions internationales, de l’Union européenne et des Etats sont restés sans effet, aussi bien pour Gaza que pour l’arrêt de la colonisation en Cisjordanie, nous appelons tous les citoyens de notre pays à soutenir activement le bateau français pour Gaza. Parce que nous voulons manifester notre solidarité envers la population palestinienne de Gaza et lui faire parvenir une aide humanitaire, parce que nous voulons que nos gouvernements transforment leurs déclarations en actes, parce que nous voulons que cesse le blocus. Quelles que soient nos origines ou nos convictions, nous nous exprimons au nom des valeurs universelles qui ont été proclamées pour que chaque être humain se voie reconnaître sa dignité. Nous ne demandons pas autre chose que le respect du droit international. »

Le bateau français prendra aujourd’hui un départ symbolique et un grand rendez-vous festif de soutien est organisé à Marseille, à partir de 14h sur le Vieux-Port, notamment soutenu par le Parti de gauche. Un député communiste fait partie des passagers, Jean-Paul Lecoq, député-maire de Gonfreville l’Orcher (Seine-Maritime). « Membre de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, il s’était rendu à Gaza en février 2009, peu de temps après Plomb durci, la sinistre opération militaire israélienne », rapporte Paco sur Le Post. « Toute la zone d’activité de Gaza était rasée, broyée. Ce n’était pas que l’effet d’une opération militaire. Derrière les canons, les bulldozers étaient passés. Il y avait vraiment la volonté de terroriser la population palestinienne. Même les bassins de rétention d’eau, qui ne sont pas des terrains militaires, étaient détruits. Le président de l’Assemblée nationale avait promis de reconstruire l’hôpital de Gaza. Nous avions l’intention de revenir un an après pour voir l’avancement des travaux, mais nous n’avons pas eu l’autorisation. Nous y serions pourtant allés dans le cadre d’une délégation officielle… » (…) En mai 2010, une première flottille non-violente, pacifiste et humanitaire avait était violemment attaquée par la marine israélienne dans les eaux internationales. Bilan : vingt-huit passagers blessés et neuf morts. « Des meurtres » pour Jean-Paul Lecoq qui sera le 18 juin à Marseille où une série de rendez-vous politiques et festifs accompagneront le départ du bateau français. Le député-maire ne montera à bord qu’à Athènes, le 25 juin, pour la dernière partie de la traversée vers Gaza. Dans sa poche, il aura une lettre de Serge Grossvak, militant antisioniste de l’Union juive des Français pour la Paix, qui dit : « Amis palestiniens, je fais le rêve du jour où nous célébrerons ensemble tout à la fois les états israéliens et palestiniens. Je fais le rêve du jour où nous commémorerons tout à la fois les souffrances juives et palestiniennes. Ensemble, nous serons humains parmi les humains. » plumedepresse soutient ardemment le bateau français pour Gaza.

Mise à jour : nous avons participé au rassemblement et publié le compte-rendu. Deux bateaux français se joindront finalement à la « flottille de la liberté » et monteront à bord un député, une eurodéputée, un Conseiller régional et Olivier Besancenot !

 

Partagez cet article

  11 commentaires à “Un bateau français pour Gaza : départ symbolique de Marseille”

  1. Bon retour Olivier, tu nous manquais !
    J’ai lu sur Dazibaoueb ton dernier article, une attitude profonde qui dit bien davantage que le grand mouvement des désenchantés du moment…

    Merci de ce rappel sur les Palestiniens, interminables martyrs !
    Mais les autres, jusqu’où seront-ils capables d’aller dans cette inhumanité qui semble leur être chère !

  2. Espérons que, suite au récent camouflet infligé à Obama par Netanyahu, les Etats-Unis durciront enfin le ton face à l’arrogance criminel de l’Etat israélien.
    Sans un franc revirement des Etats-Unis, je ne cois pas qu’une réelle évolution de la situation soit envisageable, malheureusement.

    Solidarité et espoir quant à cette nouvelle action.

  3. Il est irrationnel et inéthique de vouloir la perdurance de l’état sioniste, car elle est incompatible avec l’inaliénable droit au retour des Palestiniens non tués expulsés en 1948 et 1967 et/ou leurs descendants.

    Un état unique souverain, démocratique, non confessionnel, d’une taille indispensable pour être environnementalement et économiquement viable, de la Méditerranée au Jourdain pour le moins donc, en compagnie d’ex-Juifs israéliens non racistes ou repentis ayant pris une carte d’identité palestinienne et la nationalité palestinienne, est LE seul juste objectif et LA seule décision fondamentale pour toute personne réaliste suffisamment informée. Mais la définition de l’avenir palestinien relève uniquement de l’organisation, avec notre aide « occidentale » (même éventuellement financière), d’un référendum planétaire pour tous les Palestiniens constitué fait de quelques propositions de choix clairs.

    • Bravo pour tous les commentaires et souhaitons que cela débouche sur une victoire nécessaire et éthique!!!

    • Je suis en désaccord avec vous, Jean-Marie. Je prône deux Etats mais dans les frontières de 1967 et avec continuité territoriale entre Gaza et Cisjordanie. C’est la seule solution raisonnable : Israël ne disparaîtra pas.

  4. Bon dimanche à toi, Olivier

    je vois ton site « tourne  » bien , j’y vois choses interessantes ( l’artcile Libye Palestine, la méprise)
    je ne t’ai que vite survolé hélas, tu sais les raisons de mon ‘surbooking » actuel…

    tu es au courant aussi, y a du bon en cours malgré tout, pour moi . cf mon « I have a dream »…

    je mettrai certainement ton article dans actualisataion de mon « petit fil d’infos Flottille , bateau français pour Gaza » sur LePost , ( si ça tarde, c’est juste affaire de journées bien remplies pour moi)

    faut te faire « remonter » dans la page à google…

  5. […] qui ont annoncé qu’ils seraient à bord : le député communiste Jean-Paul Lecoq (comme nous l’annoncions hier ) mais aussi, et il s’agit là d’informations majeures révélées hier, une eurodéputée […]

  6. […] ont annoncé qu’ils seraient à bord : le député communiste Jean-Paul Lecoq (comme nous vous en informions hier) mais aussi, et il s’agit là d’importantes nouvelles révélées hier, une eurodéputée […]

 Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces tags et attributs HTML: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

(requis)

(requis)