Mai 042011
 

« L’Assemblée nationale a commencé mardi l’examen d’un projet de réforme constitutionnelle sur l’équilibre des finances publiques », annonce l’AFP : « le ministre du Budget, François Baroin, a prévenu la gauche que « ceux qui voteront contre auront la responsabilité » d’une mauvaise gestion des finances publiques, alors que la France s’est engagée à ramener son déficit public de 7 à 3% du PIB d’ici à 2013″. Eh bien ceux qui voteront pour porteront la responsabilité de l’instauration de la dictature financière ! Parce qu’on sait bien que la réduction des déficits publics n’est bonne qu’à justifier le désengagement de l’Etat, la casse du service public, les privatisations et les coupes claires dans les budgets sociaux, et qu’on n’y songe plus au moment d’accorder des cadeaux fiscaux aux privilégiés, des exonérations de cotisations sociales aux entreprises, de renflouer les banques ou d’envoyer l’armée en Libye ! Que signifie ce projet d’interdire les déficits dans la Constitution ? « Cette mesure est une attaque d’une extrême gravité contre le salariat (93% de la population) mais n’aura aucune incidence sur les banques qui portent pourtant l’entière responsabilité de l’augmentation de la dette publique au cours des trois dernières années, analyse Jean-Jacques Chavigné pour Démocratie & socialisme. Qui peut imaginer un seul instant, en effet, que si les banques nous replongeaient dans la même galère qu’il y a trois ans, Sarkozy ne serait pas le premier à leur offrir les centaines de milliards d’euros dont elles auraient besoin pour financer leurs créances toxiques, garantir les dépôts de leurs clients et leur éviter la faillite ? Qui peut penser qu’il n’augmenterait pas aussitôt le déficit public pour satisfaire les besoins des banques ? (…) La dette publique sert, en effet, de bélier à Sarkozy et à son gouvernement pour imposer les « réformes » néolibérales qu’ils n’avaient pas encore pu nous infliger. Avec la retraite à 62 ans, les deux ans de travaux forcés qu’il essaie de nous imposer ne sont qu’un avant-goût de ce qu’il nous concocte. La privatisation de pans entiers de l’assurance-maladie, du secteur hospitalier, de la dépendance, des retraites est au menu de son plan d’austérité. La diminution des emplois publics, la destruction de l’Éducation nationale s’accentueront. Les collectivités locales pourront toujours moins financer les prestations sociales qu’il leur incombe de prendre en charge. » Du côté du Parti de gauche, on proteste que « les causes des déficits structurels sont uniquement recherchées du côté des dépenses alors que les réductions des recettes de l’Etat en sont en grande partie responsables. Le groupe Camdessus (groupe de travail mis en place pour préparer cette contre-réforme, NdA) concède que le retour à l’équilibre ne peut pas être envisagé de façon réaliste comme une perspective de court terme. D’après lui, ce contexte appelle la mise en place d’un cadre institutionnel qui puisse nous préserver, à l’avenir, de la propension aux déficits tout en permettant une adaptation aussi fine que possible aux fluctuations de la conjoncture. “Le redressement des finances publiques ne doit pas être l’engagement d’un gouvernement mais de la Nation. Il doit s’inscrire dans la durée et, pour cela, la gouvernance de nos finances publiques doit être modifiée. C’est pourquoi je souhaite la mise en œuvre d’une réforme constitutionnelle.” Cette conclusion est une négation pure et simple de la démocratie : l’orientation du gouvernement actuel serait imposée aux gouvernements suivants. Le peuple n’aurait plus le droit de changer de politique. » Le Parti ouvrier indépendant est également vent debout : « Demain, la Constitution pourrait ainsi être opposée aux droits des organisations syndicales à représenter les intérêts de la classe ouvrière et à négocier sur la base de ses revendications. Ce serait donc une atteinte d’une gravité exceptionnelle contre la démocratie ».

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  7 commentaires à “Vers la dictature financière”

  1. Bravo, bel engagement d’un journaliste responsable.

    Pendant que le pays s’enfonce dans la misère et la précarité, on constate que Sarkozy et ses mercenaires continuent leur découpe de l’Etat social et de la démocratie. Deux trajectoires complètement opposées, dont l’une vise à sombrer dans une dépossession sociale et politique annoncée et l’autre d’accumuler encore plus de pouvoirs et de moyens pour un groupuscule, la caste capitaliste et ses serviteurs politiques, médiatiques, juridiques, etc.
    Face à une telle déconnection, on ne peut rester au stade du diagnostic et des discours soigneusement indignés de députés qui font un petit tour et puis s’en vont rejoindre leur confortable fauteuil de velours rouge en attendant de passer un week-end cossu à la campagne.

    Il faut d’ors et déjà faire la liste des députés qui vont voter pour cette forfaiture ou s’abstenir, et les casser aux élections suivantes.

    Mais peut-être que les grandes centrales vont se rappeler que le week-end pascal est fini et qu’outre cette sanctuarisation annoncée de la canaille bancaire et de la ruine du peuple français par ses représentants, il y a un passif très très lourd qui s’appelle gel des salaires pour les fonctionnaires, gel du SMIC, augmentation de toutes les énergies, hausse des prix à la conso continue en toute impunité, explosion des temps partiels, stagnation des salaires.

    D’autant que si Thibault, Chérèque, Mailly et autres syndicats patronaux type CFE-CGC peuvent constater comme nous que pas un élu en France n’a diminué ses considérables indemnités. Et pas un banquier n’a déclaré qu’il baissait sa rémunération. Et pas un actionnaire n’a renoncé à ses dividendes.

  2. Qui gère et détient l’argent des syndicats?

    La France ( et autre) n’a plus le contrôle de sa monnaie , un « président » européen qui n’a pas été élu , le FMI qui gère le budget de la Grèce ,…

    L’Europe est le prototype du Nouvel Ordre Mondial : une seule monnaie , un seul président et bientôt une seule gestion du budget par le FMI.

    Certains ont des yeux pour voir , d’autres ont des yeux pour pleurer.

  3. […] : http://www.plumedepresse.net/vers-la-dictature-financiere/ Share Cette entrée a été publiée dans ESCROQUERIE MONETAIRE, L'EUROPE VERS LE NWO, LA FRANCE […]

  4. Bah… ! prédisons que les socialistes vont, comme à Versailles, s’abstenir. Encore.
    Mais qu’ils ne manqueront pas de nous rappeler au « vote utile » pour « faire barrage » gniagniagnia… Encore.

    La routine, quoi.

  5. Lu et approuvé, sauf le tout premier mot. Mais ce projet n’est peut-être qu’une des ultimes tentatives pour empêcher cette dictature de s’effondrer.
    La prochaine réforme sera l’interdiction de douter, car c’est le manque de confiance qui nuit le plus aux marchés. Et qui empêche les bulles de gonfler indéfiniment.

  6. « Vers la dictature financière »

    Y’a « vers » qu’est en trop.

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