Déc 082020
 

Il n’y aurait pas de « violences policières » mais des « violences de policiers », tortille du popotin Emmanuel Macron sur Brut. Et que fait-on quand elles se produisent ? On prononce « des sanctions très claires », comme le président l’a ordonné à Darmanin pour les agresseurs de Michel Zecler. Problème : le préfet de police vient de leur accorder le bénéfice de « la solidarité nationale » en payant leurs frais de justice avec vos impôts !

Photo réalisée par l’avocate de Michel Zecler

Les femmes et hommes de bonne volonté de la France entière, y compris de droite, ont été révulsés par les images de la caméra de vidéo-surveillance montrant trois policiers s’acharner pendant quinze minutes à coups de pieds, de poings et de matraque sur Michel Zecler, coupable d’être rentré chez lui pour éviter une amende pour non-port du masque sanitaire. Un déchaînement de violence qui soulève le cœur. Or qu’apprenons-nous par Libération ? « Le 26 novembre, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, annonçait vouloir demander la «révocation» des agents du commissariat du XVIIarrondissement de Paris mis en cause dans le tabassage du producteur de musique noir. Dans le même temps, le préfet de police de Paris, Didier Lallement, a octroyé le bénéfice de la protection fonctionnelle aux quatre policiers mis en examen, selon un tract du syndicat Unsa Police, dont les informations ont été confirmées à Libération par le cabinet du ministre de l’Intérieur et la préfecture. Cette décision assure aux agents une prise en charge de leurs frais de justice par la collectivité publique et symbolise l’expression de la solidarité nationale. Gérald Darmanin a été «avisé» de cette mesure, ajoute son entourage. » Ainsi donc Lallement considère qu’il faut venir en aide à des brutes racistes et menteuses sous serment. Or cette « protection fonctionnelle » ne peut être octroyée si la personne concernée à commis une « faute personnelle », à savoir «un comportement incompatible avec les obligations qui s’imposent dans l’exercice des fonctions publiques» ou qui «eu égard à leur nature et aux conditions dans lesquelles ils ont été commis, revêtent une particulière gravité» (Conseil d’État, 30 décembre 2015). Alors pour les agresseurs de Zecler ? Les deux, mon général préfet ! Mais non, pour Lallement, tabasser sans raison pendant 15 minutes un citoyen n’est pas « un comportement incompatible avec les obligations qui s’imposent dans l’exercice des fonctions publiques», sans « particulière gravité ». Bienvenue dans la police de Macron. Et Darmanin a été « avisé », donc il couvre.

Le président Emmanuel Macron et le préfet de police Didier Lallement lors d'une rencontre les policiers de la BAC en juillet 2020.
Macron a personnellement nommé Lallement préfet de police de Paris malgré (ou grâce à ?) ses mensonges avérés à Bordeaux pour couvrir les violences contre les Gilets jaunes.

« Ensuite, quand il y a des violences policières sur le terrain, on doit donner tout éclaircissement à ces violences, déclarait en 2017 le bonimenteur suprême en campagne. Quand il y a des violences, il y a une responsabilité hiérarchique. Il y a des commissaires, des directeurs départementaux de la sécurité publique, des préfets, des ministres. Il n’y aura pas d’incident sans réponse. Moi je suis pour un système de responsabilité. » On va t’aider Manu : Lallement, Darmanin. Démissions ?

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Déc 072020
 

Les dévots d’Emmanuel Macron et tout le ban et l’arrière ban de la droite continueront sans doute, les éditocrates à l’unisson, de nier toute dérive autoritaire. Pourtant, la réalité, têtue, indique que les gendarmes pourront désormais inscrire dans un fichier des informations relatives «à la prétendue origine raciale ou ethnique, aux opinions politiques, philosophiques ou religieuses, à l’appartenance syndicale, à la santé ou à la vie sexuelle ou l’orientation sexuelle» (article 2 du décret n°2020 151 publié du 22 février dernier).

fichagepolitique
Illustration du Blog de Gabas dans le Club Mediapart

Il y a certes des garde-fous : ces collectes de données sensibles «ne sont possibles qu’en cas de nécessité absolue pour les seules fins et dans le strict respect des conditions définies au présent décret, dans les limites des nécessités de la mission au titre de laquelle elles sont collectées» et «le traitement de telles données n’est possible qu’en cas de nécessité absolue, sous réserve des garanties appropriées pour les droits et libertés de la personne concernée». Mais Checknews de Libération donne la parole à la pénaliste Virginie Gautron : « Certes, le texte limite l’enregistrement aux informations « nécessaires, adéquates et proportionnées », mais comme aucune cible n’est précisée, les gendarmes sont totalement maîtres de la décision et de l’interprétation des critères de nécessité. Un cadre plus précis éviterait les collectes de précaution, « au cas où cela pourrait servir », une tentation qu’on retrouve dans toutes les institutions.»

PS : pour rendre à César ce qui lui appartient Next INpact a débusqué le lièvre dès le 4 décembre, directement dans le terrier du Journal officiel.

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Déc 062020
 

Faire dégénérer, systématiquement, toutes les manifestations. Se montrer ultra violente avec les manifestants et étonnamment permissive avec les casseurs. Telle est la doctrine de la police macroniste, avec un double objectif : dissuader par la peur les citoyens d’aller manifester – plus de cortège à Paris sans lacrymogènes, c’est terminé ! – et faire accréditer par l’opinion le « Moi ou le chaos » qui justifie toutes les répressions. Ce qui passe par commettre, provoquer ou laisser faire les violences. Qui seront ensuite complaisamment exposées et mises en avant en boucle par les médias dominants. Une stratégie forcément consciente. Et liberticide. De Macron à Castex en passant par Darmanin et le préfet de police Lallement, tous coupables. Comme Hollande, Valls et Cazeneuve avant eux, et Sarkozy en précurseur. Que se vayan todos !

Olivier Bonnet, journaliste d’opinion, ne vous déplaise, Monsieur Macron (« Certains journalistes, quasi militants, contribuent à créer une bulle où on laisse croire qu’en France on va réduire les libertés » sur Brut).
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La fraction de seconde précise où l’on peut croire, avec l’effet de perspective, qu’un policier est changé en « torche humaine ». Alors que pas du tout, comme le montre cette vidéo. LCI a affiché cette photo hier soir durant une grande partie de ses émissions.

Quatre cent casseurs qui ne sont pas maîtrisés, c’est une incompétence extrême de Monsieur le préfet Lallement, et c’est plutôt surprenant… Posons-nous la question de savoir à qui profite ces débordements… sans doute au gouvernement. » Notre phrase du jour a été prononcée sur BFMTV par l’avocat pénaliste Yassine Bouzrou, qui défend par exemple les familles Traoré (pour Adama) et Redouane (pour Zineb). Il a ainsi précisé sa pensée (limpide) : « Ça arrange beaucoup de monde que cela se passe comme ça. Dont le préfet de police de Paris. Il est hostile à ces rassemblements et il n’est pas possible de ne pas prévoir ces débordements. Ou alors c’est de l’incompétence, et il doit partir ».
La police laisserait donc sciemment faire les casseurs ? L’accusation est tout sauf invraisemblable. Rappelons un précédent historique : « Patrick Buisson, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, affirme que ce dernier a délibérément laissé des casseurs provoquer des émeutes, lors des manifestations anti-CPE, en 2006″, rapportait Le Télégramme dix ans plus tard. « Il était prévu que, dans un premier temps, les casseurs puissent s’ébrouer sans intervention de la police« On les laissera faire leurs courses chez Darty et à Go Sport » avait intimé l’homme fort du gouvernement. L’émotion fut en effet à son comble, après la publication de photos (…) dont l’opinion ne retiendrait qu’une chose: des hordes sauvages étaient entrées dans Paris », écrit l’ancienne âme damnée d’extrême droite de Sarkozy, citée par BFMTV, dans son livre La cause du peuple. La suite ? « Le lendemain de ces violences, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, se félicite de l’opération de police selon lui réussie, et dénonce les militants « de l’extrême gauche, de l’extrême droite », alliés à des « hooligans » et à des « voyous d’un certain nombre de quartiers » qui ont attaqué les CRS. »

CPE, loi Travail, Gilets jaunes, Sécurité globale : un continuum de répression des manifestants conjuguée au laisser-faire des violences par les casseurs.

Alexandre Langlois, secrétaire générale du Syndicat de police Vigi, qui vient de démissionner avec fracas de la police, témoignait au lendemain d’une énième manifestation violente, le 1er mai 2018 : « il a rapporté sur Twitter les témoignages de collègues CRS, qui auraient reçu la consigne suivante : « En cas de casse, on laisse casser« , relate Marianne. Il nous confirme au téléphone avoir reçu ces informations des CRS présents sur place. Des consignes, selon lui, toujours données à l’oral. « Nos collègues CRS nous ont alerté hier. La consigne était la suivante : « s’il y a de la casse on laisse casser ». Selon lui, cette stratégie du laisser faire devient classique, et en dit long sur la stratégie politique adoptée par le gouvernement pour traiter la grogne sociale: « L’objectif est de détourner le message social, je n’en vois pas d’autre ». Le magazine recueille aussi le témoignage direct d’un CRS, qui confirme : « C’était pareil au moment des manifestations contre la loi Travail : ils voulaient qu’on laisse faire. C’est une question politique. Ces règles sont édictées au plus haut niveau de l’exécutif ».

 
Me Arié Alimi raconte comment on nasse en interdisant donc de quitter les lieux, puis on gaze les manifestants pris au piège au motif qu’ils ne se sont pas dispersés !

En dehors des casseurs, comment créer des incidents, pour déconsidérer le mouvement et dissuader par la violence les citoyens de venir manifester ? Facile ! En juin dernier, un autre avocat, Arié Alimi (qui défend par exemple le confrère Taha Bouhafs ou les familles de Rémy Fraisse et Cédric Chouviat), racontait ainsi la manifestation Justice pour Adama, sous la plume de l’excellent Samuel Gontier pour Télérama : « En résumé, les forces de l’ordre ont employé l’éprouvée technique du grenadage massif, combiné à la nasse, afin de procéder à une dispersion dans le calme et la bonne humeur. «J’y étais, rappelle l’avocat. Ce que j’ai pu voir et ce qu’on m’a rapporté, c’est une nasse de toutes ces personnes jusqu’à La Fourche, c’est loin, et des gaz lacrymogènes lancés au sein même de la foule alors qu’on ne peut partir puisque les personnes sont nassées.» «C’est ce qu’on entend très souvent », note la présentatrice. «C’est ce qu’on appelle la “technique Lallement”, explique Arié Alimi. Le préfet de police de Paris décide, au moment où les gens essaient de partir, de nasser tout le monde et de balancer des lacrymogènes pour créer la conflictualité Je m’inscris en faux : ce n’est pas spécifiquement la «technique Lallement» (même si celui-ci la manie avec talent) puisqu’elle était déjà à l’œuvre en 2016, lors des manifs contre la loi Travail (j’y étais). «C’est pour créer le conflit, c’est fait exprès ? », demande la journaliste. «C’est la technique du préfet de police de Paris pour décrédibiliser la manifestation Toutes les manifestations. Sauf celles de la Manif pour tous – ou celle des fafs le 1er Mai dernier. «Il sait que ça va créer une tension et entraîner quelquefois des débordements, des mouvements de foule, des incidents.» Dont vont se repaître les télés. »

Alors quand bien même la stratégie gouvernementale d’instrumentalisation de la violence se voit comme le nez au milieu de la figure, elle pourrait bien porter ses fruits auprès d’une opinion biberonnée à BFMTV et CNews. Darmanin a tweeté « Les casseurs cassent la République. Soutien à nos policiers et nos gendarmes, une nouvelle fois très violemment pris à partie », faisant état d’un bilan de 95 interpellations et « Parmi les blessés, 67 policiers et gendarmes dont 48 à Paris ». Le pyromane de Beauvau ne parle pas des blessés manifestants ; BFMTV mentionne qu’ « un manifestant a été grièvement blessé à la main, un autre a été touché au front et un journaliste à la jambe ». A part ça, que reste-t-il des 95 interpellations ? « Vingt-cinq personnes, dont deux mineurs, ont été placées en garde à vue à Paris, a indiqué le parquet, récapitule 20 minutes. La majorité des gardés à vue le sont pour «participation à un groupement formé en vue de la commission de violences», a-t-on précisé de même source, selon un bilan établi à minuit. Une personne est entendue pour «violences volontaires sur personne dépositaire de l’autorité publique», a ajouté parquet. » Bref, un seul homme vraiment accusé de violence et 25 de s’être trouvés au mauvais endroit, les autres arrêtés pour rien. Et combien d’arrestations de casseurs ? La tête à Toto Lallement. Qui est censé maintenir l’ordre ? Le préfet de police de Paris, et Darmanin par ricochet, son supérieur. De qui cette manifestation est-elle la faillite – une de plus ? Mais il ne sera sans doute encore pas démissionné, et l’on ne retiendra que les violences des méchants casseurs d’extrême gauche et les pauvres policiers violentés. Désespérant.

PS : pour être juste, précisions que la gestion de l’ordre d’extrême droite ne date pas de Sarkozy, plus ancien président cité dans ce billet, et qu’elle est la digne héritière de la tradition des barbouzes du Sac de l’ère gaulliste et des brutaux ministres de l’Intérieur à la Poniatowki ou Pasqua.

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Déc 052020
 

Déjà inférieure au seuil de pauvreté, l’allocation devait tomber à moins de 700 € par mois en moyenne !

Conseil d’État, mon amour ? Réforme de l’assurance chômage : le Conseil d’État censure une des dispositions les plus dures, titrait Libération le 25 novembre dernier. Constatons aujourd’hui que l’affaire n’a pas produit beaucoup de bruit médiatique. Tout réside dans la hiérarchie de l’information. Ce qui fait les grands titres, qui suscite les débats et éditoriaux, ce qui est traité en bref et ce qui est passé sous silence. Force est de constater que l’islam, l’immigration et l’insécurité, savamment amalgamés ne serait-ce qu’allusivement – ou frontalement par les voix d’extrême droite qui possèdent leur rond de serviette sur les chaînes dite « d’info » – sont les thèmes largement privilégiés par les médias dominants, qui suivent ainsi l’agenda politique à la fois de Macron, des Républicains et de Le Pen. Amusant : c’est justement la nouvelle majorité parlementaire qui a fait passer la loi Sécurité globale. [Ce qui n’empêche pas Léa Salamé de continuer à faire passer Macron pour un « centriste », contestable conception de sa mission d’information sur le service public audiovisuel.]

Toujours est-il que la décision du Conseil d’État nous semble mériter davantage d’exposition – d’où ce billet. « La réforme de l’assurance chômage voulue par le gouvernement est injuste pour certains demandeurs d’emploi, résume Libération. Ce ne sont plus seulement les syndicats qui le disent, mais la plus haute juridiction de l’administration française. Le Conseil d’État a porté ce mercredi un coup majeur à ce texte, en annulant l’un de ses piliers jugé illégal : le nouveau mode de calcul du «salaire journalier de référence» (SJR). » L’affaire est un poil technique : « le calcul du SJR, dont découle le montant des indemnités versées, ne devait plus porter sur les seuls jours travaillés, mais aussi sur ceux non travaillés. Avec un effet immédiat pour les salariés qui enchaînent les contrats courts de manière décousue : selon une estimation de l’Unédic publiée à la mi-novembre, pas moins de 840 000 personnes, un nouvel allocataire sur trois entre avril 2021 et mars 2022, seraient concernées. Et verraient leur allocation baisser de 24% en moyenne, avec de grandes disparités selon les situations. » Réponse cinglante du Conseil d’État : «Le montant du salaire journalier de référence peut désormais, pour un même nombre d’heures de travail, varier du simple au quadruple en fonction de la répartition des périodes d’emploi au cours de la période de référence d’affiliation de vingt-quatre mois. (…) il en résulte, dans certaines hypothèses, une différence de traitement manifestement disproportionnée au regard du motif d’intérêt général poursuivi (…) ces dispositions portent atteinte au principe d’égalité». Rien que ça ! Du simple au quadruple et ni Muriel Pénicaud, qui portait à l’origine la réforme, ni son Premier ministre Édouard Philippe, ni aujourd’hui Élisabeth Borne, actuelle ministre de la Chasse aux chômeurs l’Emploi, ni le locataire de Matignon Jean Castex, ni Jupiter à l’Élysée, Emmanuel Macron – dont la volonté personnelle est à l’origine de la réforme – n’ont pensé qu’il y aurait peut-être tout de même un léger problème avec le principe d’égalité ? Mais par qui sommes-nous donc gouvernés ?

Une réforme profondément antisociale

« Ca va être une tuerie » : si même la CFDT

Avec la réforme telle que la souhaitait le gouvernement, le montant de l’allocation des chômeurs (la petite minorité de ceux qui sont indemnisés seulement, puisque 63% d’entre eux ne touchent pas d’allocation) passera en moyenne de 902 € à 689 € net par mois. « Derrière ce chiffre, des disparités subsistent selon les catégories. Dans le premier décile, les demandeurs d’emploi touchent en moyenne 245 euros contre 1 585 euros pour le neuvième décile », précise La Tribune. Comment vit-on avec 245 € par mois ? Mais restons sur la moyenne, 902 € : elle est déjà inférieure au seuil de pauvreté (1 015 € ). Et la Macronie entendait la faire dégringoler encore, à 689 € ! Voilà qu’elle doit revoir sa copie. Grâce au Conseil d’État. Mais ce que ne remet pas en cause la plus haute juridiction administrative française est résumé par Libération : « Les autres dispositions principales du texte, à savoir une élévation du seuil à partir duquel il est possible d’ouvrir des droits et une dégressivité des allocations pour les salaires les plus élevés, ont en revanche été validées par la juridiction ». Sans se prononcer sur le second point, qui n’a au moins pas l’effet de précipiter des centaines de milliers de Français dans la pauvreté, à l’inverse de la baisse de l’allocation, le juge administratif suprême valide l’élévation du seuil. Qui privera d’autres centaines de milliers de chômeurs d’allocation, faute du droit à les percevoir – donc les condamne de facto à la misère.


La réforme de l’assurance chômage était censée représenter une économie de 4,5 milliards d’euros en trois ans. Le coût pour les finances publiques des réformes fiscales macronistes (transformation de l’ISF en IFI et flat tax) s’élève à 2,9 milliards d’euros par an. Soit, si nous comptons bien, 8,7 milliards en trois ans. Tout est affaire de choix politiques. Macron choisit de financer l’allègement de la contribution à l’impôt des riches par le sacrifice des précaires, dans une France qui compte dix millions de pauvres. Cerise sur le gâteau, « la Macronie a voté lundi soir une baisse de 11% du budget de l’aide alimentaire, s’indignait début novembre L’Humanité. En pleine épidémie, alors même que de plus en plus de citoyens ont faim. » De 72 millions en 2020 à 64 millions en 2021. Huit millions pris à l’aide alimentaire. Tout est affaire de choix politiques, bis.
Et vous l’aurez remarqué, cette information-là n’a pas elle non plus fait les gros titres. La réalité est pourtant bien visible et incontestable, chiffrée : Macron et ses sbires creusent les inégalités, enrichissent les fortunés et aggravent la pauvreté. Voilà le vrai « en même temps ». Le corps électoral gagnerait à en être plus clairement informé.

Muriel Pénicaud, ministre du Travail et Elisabeth Borne, ministre de la Transition
« Vous touchiez une misère, j’en suis fort aise ; eh bien crevez maintenant. »

PS : « La réforme de l’assurance-chômage fait suite à la promesse de campagne d’Emmanuel Macron d’ouvrir le droit aux allocations chômage aux salariés démissionnaires* et aux travailleurs indépendants », explique le site gouvernemental Vie publique. Leur ouvrir le droit aux allocations, très bien, a-t-on envie d’applaudir. Avant de constater comment la promesse est tenue : en distribuant des clopinettes de plus en plus réduites à un nombre de chômeurs toujours moins nombreux.
* finalement, ne riez pas, seulement pour 2,3% d’entre eux !

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Déc 032020
 

Lors de l’hagiographique Matinale de France Inter consacrée à Giscard suite à la mort de l’ancien président, alors que tous les intervenants rivalisaient de compliments pour vanter l’accordéoniste de Chamalières, ça a été plus fort qu’elle : il a fallu que Léa Salamé le compare à Macron !

Lauréate du prix de la meilleure intervieweuse de France en 2015, surprenante distinction quand on sait la complaisance dont elle fait régulièrement preuve à l’égard du pouvoir (comme ici, face à Bruno Le Maire, pointé par Acrimed), Léa Salamé s’est fendue ce matin sur France Inter d’une incroyable question adressée à Jean-Louis Borloo, l’ex ministre « centriste » (cet autre positionnement de droite), à propos d’Emmanuel Macron et de feu Valéry Giscard d’Estaing, président de la République de 1974 à 1981, décédé hier : « En voulant gouverner en même temps à gauche et à droite, Emmanuel Macron est-il le véritable héritier de Valéry Giscard d’Estaing, n’a-t-il pas réussi au fond à faire aboutir le rêve centriste de l’ancien président ? » Un rêve centriste à base de sarkozysme ? Borloo ne répond pas, il « ne [veut] pas commenter la vie politique actuelle ». Alors Léa insiste : « Mais enfin tout de même !, lâche-t-elle très agacée, sans commenter la vie politique, l’idée de casser la droite et la gauche, c’était, euh… là, c’est une question historique, je ne vous demande pas de commenter l’actualité politique… » Une question historique, pour sûr ! « C’est aussi une chose dont vous rêviez, à l’origine… » Réponse de Borloo : « Je ne crois pas du tout qu’il faille casser la droite et la gauche ! » La pauvre Salamé en est pour ses frais.
Mais tout de même : que Macron ait pu faire croire aux naïfs qu’il n’était ni de droite ni de gauche pour se faire élire en 2017 est surprenant, mais véridique ; qu’après le virage sécuritaire tout droit vers l’État policier avec un ministre aligné sur les syndicats d’extrême droite de la police, son texte voté à l’unisson par une nouvelle majorité La République en marche, Les Républicains et le Rassemblement national, faire encore passer devant des millions d’auditeurs Macron pour un « centriste » ? Comment dire…

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Nov 302020
 

La préfecture de police de Paris a menti pour couvrir les tirs d’un policier sur des jeunes innocents, titrent ces empêcheurs de jouer les cowboys en rond de Mediapart. L’information n’est pas parvenue aux oreilles de la rédaction de la matinale de France Inter à cette heure, qui n’en souffle mot, mais la déflagration est pourtant prévisible, inévitable (pourquoi le taire dès lors ? Gagner du temps ? Mal faire son métier, en tous les cas). De quoi s’agit-il ? « Six jeunes, n’ayant commis aucun délit, sont violemment interpellés par des policiers agissant en toute illégalité, résume le chapeau de l’article. L’un des agents tire deux fois, sans sommation, vers la tête du conducteur. La préfecture de police de Paris n’a pas suspendu ce policier affirmant que la justice avait conclu à la légitime défense. Ce qui est faux. » À l’appui, des images de vidéosurveillance, implacables.

Ces images « démentent la version des policiers qui m’ont accusé de violence. J’ai été poursuivi pour ça et relaxé seulement en novembre dernier. Par contre, le policier qui a tiré en me visant continue de se balader avec son arme. J’ai porté plainte, mais l’enquête est plus longue le concernant. »

L’affaire n’est pas nouvelle, elle remonte au 30 avril 2019, mais « les seuls enregistrements provenant des caméras de vidéosurveillance n’ont été transmis à Paul [conducteur de la voiture, dont la vitre a explosé sous l’impact d’une balle] qu’en juin, après de nombreuses demandes, depuis octobre 2019, de son avocat, Raphaël Kempf, auprès du parquet de Paris ». Où en est-on donc exactement aujourd’hui ? C’est là qu’est directement impliqué Didier Lallement, le préfet de police de Paris : « Contactée par Mediapart, la préfecture nous a communiqué une fausse information, déclarant, le 16 novembre, que «le parquet a conclu à la légitime défense», justifiant ainsi qu’«aucune procédure administrative n’a été diligentée à l’encontre du policier ayant fait usage de son arme de service». C’est tout de même ballot, de mentir à Mediapart, comme si ses fins limiers n’allaient pas vérifier ! « Pourtant, de source judiciaire, le parquet n’a rien conclu de tel. » Et voilà, patatras : « L’enquête ouverte en mai 2019 pour «violences par personne dépositaire de l’autorité publique» vient de se terminer et les policiers pourraient bien être poursuivis. La préfecture de police nous a recontactés le 28 novembre, jour des Marches pour les libertés, légitimant cette fois l’absence de suspension des policiers par «la complexité juridique de cette affaire». La complexité juridique ? Très haut niveau de foutage de gueule, au vu des images. Idem de l’invocation, pitoyable, de la légitime défense. « Une communication qui s’emmêle pour tenter de justifier qu’aucune mesure n’a été décidée par le préfet Didier Lallement à l’encontre de ces agents. » Et oui, le tireur se promène toujours tranquillement son arme à la ceinture.

Voilà donc un préfet de police, dont nous avions détaillé les antécédents particulièrement lourds dans un article fleuve qui, coup sur coup, fait donner la violence policière contre les journalistes se plaignant qu’on attente à leur liberté d’informer, lors de deux manifestations consécutives, en mode : « Ah tu te plains qu’on veuille t’empêcher de travailler ? Eh bien prends ce grand coup de matraque dans ta face pour t’apprendre la liberté d’informer ! » Maladroit, pour le moins… Le même préfet lance une ignoble chasse aux migrants place de la République, dans un déchaînement de violence (filmée, toujours, où l’on revient à l’article 24 de la loi Sécurité globale) qui a forcé nos gouvernants à faire mine d’en être choqués. Alors que la seule nouveauté de l’histoire, c’est que ça se passe place de la République devant les caméras, moins discrètement qu’à Calais ou en Seine-Saint-Denis, où les comportements sont identiques depuis des années (superbe continuum Sarkozy-Hollande-Macron !). Lire à ce sujet l’extraordinaire article, de Mediapart là encore, Place de la République: le déshonneur. Le même préfet enfin, qui interdit d’abord la Marche des libertés, lui préférant une « nasse », avec le fallacieux autant que grotesque prétexte sanitaire : on risquerait davantage la contamination covidienne en étant collés-serrés sur une place plutôt qu’en marchant ! Retoqué par le tribunal administratif. Et comment gère-t-il donc la Marche des libertés, puisque celle-ci a bien lieu samedi ? Il laisse faire les casseurs, dont on ignore par quel miracle ils n’ont pas été filtrés et fouillés, et 98 policiers sont blessés, avec des scènes insoutenables – sans doute moins que celles du tabassage en règle de Michel Zecler, mais c’est un autre sujet – d’hommes frappés à terre, victimes d’une défaut manifeste de commandement. Et maintenant, l’affaire qui nous occupe ce matin : celle de trop.

Que Lallement soit débarqué, il est plus que temps. À notre sens, Gérald Darmanin aussi, pour l’ensemble de son œuvre de ministre de l’Intérieur – et déjà pour ses antécédents de monnayeur de faveurs sexuelles. Mais le vrai responsable est tout en haut, sur l’Olympe jupitérien : « C’est Emmanuel Macron en personne qui, au cœur de la crise des «gilets jaunes», l’a choisi pour devenir préfet de police de Paris« , précisait Le Monde en février dernier. Il a nommé en toute connaissance de cause un fou furieux, contesté jusque dans les rangs de la police, pour mieux réprimer les Gilets jaunes. Cynique hypocrite. Dans Les Jours heureux est détaillée sa dernière sortie : « Emmanuel Macron, chef de l’État français, s’est donc fendu, ce vendredi 27 novembre 2020, après la diffusion des images du tabassage en règle d’un producteur parisien roué de coups et d’insultes racistes par des policiers, d’un long communiqué, publié sur Facebook et sur Twitter. Il commence par ces mots : «Les images que nous avons tous vues de l’agression de Michel Zecler sont inacceptables. Elles nous font honte. La France ne doit jamais se résoudre à la violence ou à la brutalité, d’où qu’elles viennent. La France ne doit jamais laisser prospérer la haine ou le racisme.» (…) Puis il annonce : «Je demande au gouvernement de me faire des propositions pour (…) lutter plus efficacement contre toutes les discriminations.» On le constate : Emmanuel Macron omet d’abord de rappeler que «l’agression de Michel Zecler» a été perpétrée par des fonctionnaires de police [1]. Plutôt que de nommer pour ce qu’elles sont ces violences policières, il s’empresse au contraire de les insérer, comme pour mieux les relativiser, et en même temps qu’il assure que les images qui les montrent dans toute leur cruauté sont «inacceptables», dans une plus large condamnation de «la violence» et de «la brutalité, d’où qu’elles viennent». Il est vrai qu’il avait, au mois de janvier dernier, formellement «récusé» (…) «le terme “violences policières“» [2]. Et qu’il n’a pris ensuite aucune mesure pour empêcher ces brutalités dont il niait donc la réalité (dûment documentée, pourtant, par les glaçantes images, parmi d’autres, de l’interminable répression, qui avait ému jusqu’à l’ONU, du mouvement des gilets jaunes) – mais dont il prétend aujourd’hui, après les avoir ainsi encouragées par son refus de les reconnaître (car qui ne dit mot consent), qu’elles lui feraient «honte». Les coups de matraque, les éborgnages de manifestants, c’est donc Macron !

« Quel genre d’ordre maintient Monsieur Lallement ? »

Et puisque le problème est bel et bien systémique : « La police est mal employée, mal formée, mal commandée, mal équipée. Elle est donc inefficace. Comment s’en sortir ? En réformant de fond en comble toute la police : ses effectifs, sa formation, sa doctrine d’emploi, son commandement » : Jean-Luc Mélenchon, septembre 2020.

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